‹ Essai sur les monuments grecs et romains relatifs au mythe de PsychéChapitre 3 sur 31 · ORIGINES DES REPRÉSENTATIONS DE PSYCHÉ · texte numérisé non relu

ORIGINES DES REPRÉSENTATIONS DE PSYCHÉ

établissent la date de la mosaïque du plafond de Sainte-Constance , à Rome, qui offre la dernière représentation connue de Psyché (1). C'est dans la première moitié du quatrième siècle qu'il faut placer le moment où ces décorations sont exécutées (2).

Le témoignage de ces monuments est très-net. Il permet de conclure que les représentations de Psyché aujourd'hui connues prennent place entre le cinquième siècle de Rome d'une part , et, de l'autre , le quatrième siècle de l'ère chrétienne. Si l'on considère que le seul texte où il soit fait mention de Psyché , celui d'Apulée, date du deuxième siècle ap. J.-C, il paraît impossible de demander au conte latin le commentaire des monuments figurés. Les artistes se sont inspirés , bien avant Apulée , des scènes décrites dans VAne d'or (3) . L'étude directe des monuments doit donc précéder l'examen des textes ; on évitera ainsi de prêter aux influences littéraires du deuxième siècle une importance que démentent les faits.

Les dates que nous avons essayé de fixer conviennent aux représentations de Psyché , telles qu'elles sont vulgarisées et comme consacrées par l'art. Mais le type de Psyché n'est que le dernier exemplaire , et le plus achevé , d'une série de formes attribuées à l'âme par les artistes grecs. Il n'est pas inutile de rappeler brièvement les origines plastiques de ce type idéalisé. Par là nous verrons mieux que l'expression figurée du mythe est .empruntée à une conception tout hellénique. On appréciera en même temps quelle part il convient de faire, dans la fable de Psy-

(1) « Eodem tempore fecit Constantinus Augustus basilicam beatss Agnes martyris ex rog^u Constantinœ filise suae , et baptisterium in eodem loco. » {Liber Pontifiealis, Ed. Vignoli, § 23, Vita sancti Sylvestri),

Ces mosaïques ont été étudiées en détail par M. Eug. Mûntz , Revue arehéoUh giquCt 1875 : Notes sur les mosaïques chrétiennes de l'Italie.

(2) Le groupe de Psyché unie à Eros se trouve répété deux fois sur les consoles de la maison dite de Crescentius , à Rome. Cet édifice date du dixième siècle ; mais la maison a été construite en grande partie avec des fragments antiques : ces consoles elles-mêmes sont certainement antiques. Elles offrent en particulier de grandes ressemblances avec celles du palais de Dioclétien , à Spalatro. Voye2 les deux ouvrages consacrés à ce palais , celui de l'Anglais Adams (Ruins of the palace of Diocletian at Spalatro , Londres » 1764), et celui ^u Français Cassas (Voyage pittoresque de l'istrieet de la Dalmatie^ Paris, 1802)*

(3) Un kyathos de beau style grec , appartenant à M. Fol , offre une scène qu'Apulée raconte tout au long : a Femme à demi-couchée et appuyée sur le coude gauche; de la main droite étendue, elle offre à boire à un ftne; derrière elle , une amphore ornée de pampres est plantée en terre » (Catalogué du m%ué$ Fol à Genève (antiquités), n» 201).

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ché , au jeu de mots de ^ujii , signifiant à la fois Tâme et un papillon.

Les Grecs ont toujoiïrs eu un goût très-vif pour les abstractions figurées sous une forme sensible. Si délicats et si vagues que puissent paraître certains sentiments , Timagination grecque trouve des images pour les traduire; on voit souvent, sur les vases peints , de petits génies volant à côté des personnages ; leurs gestes ou leurs attitudes, parfois même leur seule présence , expriment les pensées ou les émotions qui agitent les acteurs de la scène. De bonne heure, les artistes et les peintres céramistes se montrent préoccupés de donner un corps à Tâme elle-même (1).

Ce souffle presque impalpable ('j/ux^) , mais ^ssez matériel pour trouver de la résistance dans ce que le poète appelle le « rempart des dents (2) , » revêt la forme d*un efôwXov , petit fantôme ailé , composé d'une matière subtile et ténue. Un curieux bas-relief en terre cuite , trouvé à Milo (3) , montre Pâme prenant Tapparence de TetawXov à la sortie du corps. Persée vient de tuer Méduse ; une petite figure sort du col de la Gorgone décapitée ; elle est encore engagée à demi dans le buste d*où elle s'échappe. Les représentations figurées de Tâme sont fréquentes et variées sur les vases peints. On peut les ramener à un petit nombre de types , dont les artistes s'écartent peu.

1*» L'âme a la forme d'un petit hoplite ailé qui voltige près du corps du guerrier mort. Elle figure , dans des proportions trèsréduites , l'homme avec l'aspect extérieur qu'il offrait de son vivant (4).

2*» Elle est représentée comme un oiseau à tête humaine , ou simplement comme un oiseau. La littérature grecque témoigne

(1) La ôoneeption pi'eSklUé matérialiste de l'âniô, telle qu'on la trouve dans llomère , favorisait ce penchant des artistes grecs à la figurer sous des traits précis ( Voyez Alf. Maury, Les religions de la Grèce antique ^ t. 1, p. 333 et ëuiv. Yœicker, Ueber die Bedeutung von ^ux^ und eïôwXov, Giessen, 1825. Nitisch, Zur Odyssea, III, p. 188 et suiv.» etc.

(2) Elle s'échappe aussi par les trous des blessures : vtaf* oÙTajjLévyiv àxeiXi^v {Iliade, XIV, 518; IX. 409).

(3) Bas-relief conservé au British Muséum. Millier- Wieseler , Denkmàler , 1. 1, pJ. XIV, n» 51. Cf. Kotylos de Tarquinies : Persée tuant Méduse , et Tet- (((dXov s échappant de son corps. Stackelberg, Gràber der Hellenenf pi. XXXIX.

(4) V. Plutarque , De sera numinis trindictâ, 22, p. 563, F.

Les exemples de cette représentation sont très-nombreux , surtout sur les vases à peintures noires. Voyez : Otto lahn , Àrchàologische Beitràge , p. 128 et buiv. De Witte, Ànnali delV Instituto, V, p. 315, et Nouvelles annales de V Institut archéologique, t. II, p. 118,

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d*une conception analogue; une épigramme de TAnthologie mon- j j tre rame de Platon sous la forme d'un aigle posé sur un tombeau >y et regardant le ciel (1).

3® L*efô(oXov ne garde du corps mortel qu'une ressemblance lointaine. C'est une petite figure ailée , très-mince , qui paraît n'avoir aucune consistance. Elle voltige auprès de la stèle du mort sur un grand nombre des lekythoi blancs d'Athènes , où sont représentés les rites funèbres près d'un tombeau. Il semble que ce soit la forme consacrée pour l'efôwXov aux beaux temps de la céramique athénienne (2).

Les Grecs n'ont jamais abandonné cette façon un peu matérialiste de prêter à l'âme une existence distincte du corps. On peut suivre jusqu'à nos jours la trace de cette croyance qui a résisté à l'action du christianisme , et qui explique bien des usages de la Grèce moderne. Sur ce point , l'art byzantin a continué les traditions du paganisme. La scène de la Dormition de la Vierge (3) (Ko{{iYjcrtç TYjç 0eoT<Jxou) , qui figure dans toutes les églises byzantines , montre le Christ tenant dans ses bras l'âme de la Vierge , petite image vêtue de blanc , où l'on reconnaît sans peine comme une traduction chrétienne de l'etSwXov antique. Cette conception s'est modifiée dans l'art, grâce à une allégorie qui repose sur une équivoque. Les artistes et les poètes se plaisent à jouer sur le mot 4«>5c^ , signifiant tantôt l'âme , tantôt cette espèce de papillon qu'attire , pendant les nuits d'été , l'éclat de la lumière , et qui souvent se brûle les ailes à la flamme (4). Cette équivoque paraît avoir été en grande faveur ; l'esprit grec la mêle souvent aux idées

(i) Anthologie palatine f VU, 6^. Cf. de Witte, Catalogue d'une collection dé eases peints trouvés en Etrurie , n® 139. Le Bas, Monumenti d'antiquité figurée re-* eueiUis en Morée, p. 150 et 152. D'Hancarville, Vases d'Hamillon, II, pi. CXXVT. Millingen. Ancient Unedited Mon., pi. XIV.

(2) Voyez Conze, Ànnali deW Instituto, 1864, p. 197, et Monunientii VIU, 4, p. 6 , n® 6. Amphore athénienne d'ancien style. M. 0. Benndorf a publié un beau lekythos d'Athènes offrant la représentation de reîSwXov : Griechische und sicilisehe Vasenhilder, pi. XIV. Cf. une stèle sépulcrale trouvée à Athènes , au Dipylou, avec l'inscription IwxpàTYiç HpaxXécoTY];. Quatre petites figures ailées, peintes en couleur sombre, volent du môme côté {Bullettino deW InstitutOf etc., 1864, p. 48). Les musées et les collections d'Athènes possèdent beaucoup de vases où l'stôtoXov est figuré de cette façon ; j'en ai décrit plusieurs dans mon catalogue encore inédit des vases peints du musée d'AthèneS;

(3) Voyez A. Dumont , Mélanges archéologiques : Quelques représentations dé la mort de la Vierge.

(4) « *H çàXaiva éortiv -fi «ap* Tf)(iîv ^\Jx^... » Schol. Nicandr. , Theriac, v. 760/ p. 108. Bd. Schneidewin. Cf* Hesychius : siib verho Vwx^»

les plus graves. Il n'est pas rare de voir, sur les monuments funéraires, rame figurée par un papillon (1).

Tels sont les éléments simples de la représentation plastique de Psyché. Par un travail de goût et d*épuration dont nous ne pouvons suivre toutes les phases , les deux conceptions se mêlent , et de cette union sort le type de Psyché, tel que les œuvres d*art Tout rendu populaire. L'allégorie du papillon a vécu longtemps, et a trouvé place sur les monuments à coté des représentations de Psyché. Mais nous la négligerons, pour ne plus considérer désormais que la gracieuse figure consacrée par la tradition. Un bronze alexandrin (2) nous montre Psyché sous les traits d'une jeune flUe, vôtue d'une tunique talaire et d'un péplos qui laisse l'épaule droite à découvert. Sur d'autres monuments , le buste est nu ; une draperie entoure les hanches, et retombe par devant avec un agencement de plis harmonieux. Les jambes sont croisées, attitude consacrée sur les monuments de l'art grec pour signifier le repos (3). Des ailes de papillon sont attachées à ses épaules. Sa chevelure, divisée en bandeaux parallèles, relevée sur les tempes, et réunie en corymbe sur le sommet de la tête , donne à son visage une expression toute juvénile. Cette disposition particulière de la coiffure paraît être un des attributs qui caractérisent Psyché , si l'on en juge par le soin scrupuleux et naïf avec lequel les, sculpteurs du troisième siècle enroulent des bandeaux égaux sur la tête de la jeune fille. Les œuvres d'art les plus achevées , celles qui témoignent d'un goût sûr et d'une recherche heureuse d'expression , prêtent à Psyché les formes élégantes mais encore un peu grêles de l'adolescence.

(1) Vofei, âuf Cé âujet, une disàertatioii de Gesdiier : De anima symhôlo ptipU iionis, Oq peut citer, comme exemple de cette représentation , un fragment de stèle trouvé à Athènes, aujourd'hui conservé au British Muséum. Papillon sur le fronton; au-dessous on lit :

MOYCcoNIAC

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bodwell, Classical tour through the Greece, t. I, p. 466» — Cf. Cippe funéraire de Saïda : Renan , Mission de Phénicien p. 381. — Cippe du musée de Naples^ représentant un squelette de la bouche duquel s'epvole un papillon. Gerhard et Panofka, Neapels antike Bildwerke, p. 61.

(2) Collection Oppermann, n*» 26.

(3) Voyez P. Ravaisson : Un has-relief funéraire attique (Revue archéoiogiqw i 1875).

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