LES PIERRES GRAVÉES ET LES PEINTURES MURALB
Les monuments de cette classe sont très-nombreux; cependant, nous ne signalons pas tous ceux qui existent , soit dans les musées d'Europe , soit dans les collections particulières. Nous en avons négligé beaucoup ; d'autres, sans doute, nous ont échappé. L'intérêt que présentent les pierres gravées est moins dans le grand nombre que dans la variété des sujets traités. Les répliques plus ou moins fréquentes d'une scène connue n'ont qu'une importance secondaire ; car il est souvent fort difficile de clistinguer les originaux antiques des imitations faites par les faussaires ; et les auteurs des anciens recueils de pierres gravées n'ont pas toujours apporté à ce départ une critique assez exercée. Nous nous sommes attaché surtout à recueillir les principaux types des repré* scntations, h en former des séries et à les classer en procédant du sujet le [A AS ôimple au plus compliqué.
On ne saurait établir avec rigueur la date de toutes ces pierres gravées. Elles se répartissent sur un très-long espace de temps, qui va de la période macédonienne à la basse époque romaine. Plusieurs sont même postérieures au siècle des Antonins et reproduisent des épisodes du récit d'Apulée; ces dernières forment une série spéciale.
Les pierres gravées , classées suivant les sujets, peuvent se ra-t mener à plusieurs séries , qui sont les suivantes :
1** Représentations de Psyché seule ;
?** Psyché maltraitée par Eros ;
3** Triomphe de Psyché sur Eros ;
4<» Union de Psyché et d'Eros ;
50 Sujets divers ;
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6*" Pierres gravées offrant quelque analogie avec les épisodes du cpnte d'Apulée.
Première série, — Psyché seule.
Une obsidienne du musée do Berlin (l) montre Psyché sous les traits d'une jeune femme, la tête à demi couverte d'un voile et saisissant du bout des doigts un papillon posé sur son sein. Le travail en est très-soigné ; on s'accorde à y reconnaître une œuvre grecque. C'est la forme la plus simple et ]a plus gracieuse à la fois sous laquelle on puisse concevoir Psyché : il est probable que ce n'est pas la plus ancienne. Il semble qu'on n'ait pas dû atteindre du premier coup ce degré de mesure , où l'allégorie (on peut dire le jeu de mots) qui assimile l'âme au papillon, est exprimée avec précision et avec goût, sans que la forme humaine soit altérée par des accessoires symboliques. Ce n'est pas une simple fantaisie d'artiste. Les nombreuses répliques de cette pierre gravée témoignent de la faveur dont la composition jouissait auprès du public et du sens Irès-net qu'on y devait attacher (2).
Sur une autre pierre gravée appartenant à la collection de la ville de Genève, dite musée Fol, le papillon et Psyché ne font plus qu'un (3). Les ailes du papillon sont attachées à la tête de la jeune fille, au-dessus des oreilles. La collection de Genève possède cinq répliques du même sujet avec de légères variantes ; l'ailette est tantôt celle d'un oiseau , tantôt celle d'un papillon , et s'attache h la tête ou à la naissance des épaules. J'ai pu voir ces pierres gra-* vées , qui sont d'un travail assez médiocre et d'un caractère tout latin. Elles offrent cependant un grand intérêt : elles montrent les
(1) N" 33. Cf. les pierres gravées décrites sous les numéros 34-45, qui sont (Jes répliques de l'obsidienne de Berlin.
(2) Je ne range pas parmi les représentations de Psyché les pierres gravées oU figure le papillon associé à différents emblèmes, bien que dans plusieurs recueils elles soient désignées sous ce titre.
En voici une courte liste.
a. Gemme représentant une couronne , une lyre , un vase, des tenailles, une tête de mort, un papillon. Ficoroni y voit l'idée de la mort et de l'immortalité de l'âme. Ficoroni, Gemmœ antiquœ litleratœ : Gemmœ rariores, tab. VIII, fig. 1.
h. Papillon volant au-dessus d'une lyre. Hirt , Abhandlungen der Berliner Àkademie der Wissenschafterij 14. Maffei, Gemme antiche, IV, 09.
c. Différentes scènes où figure le papillon. Gemme antiche figurate incise da Pietro Santé Bartoli, illustrate da Michelangelo Causeo de la Chausse, Rome, 1805,. p. 145, 181. 187, 190, 191, 192.
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difiTérentes variétés du type de Psyché , Tallégorie persistant à travers les changements, et la figure de Psyché s*approchant de plus en plus du type consacré.
Deuxième série. — Psyché maltraitée par les Eros,
Les monuments de cette série reproduisent avec des variantes une même idée : Psyché subissant des tourments ; tantôt enchaînée par Eros, tantôt brûlée par lui à la flamme de sa torche, tantôt attelée à son char.
Plusieurs pierres gravées (1) la représentent nue , les mains attachées derrière le dos et liée à un tronc d'arbre , soit dépouillé de ses feuilles , soit verdoyant. Le papillon qui vole près de Tarbre (2) donne un sens précis à cette figure de femme prisonnière, et permet d*y reconnaître Psyché. La cornaline de Florence , où * Psyché , portant des ailes de papillon , est agenouillée, les mains liées derrière le dos, ne laisse pas de doute (3). D'autres fois, elle est assise, ]o pied pris dans un piège (4).
L'auteur des tourments est Eros. Il apparaît dans plusieurs scènes analogues à celles qui précèdent. Psyché est attachée à une colonne , et , derrière elle , Eros , plus petit , lui lie les mains à l'aide d'une longue bandelette (5).
L'idée de l'âme tourmentée par les désirs est ici très-claire. Mais il est rare que, sur des monuments de ce genre , l'idée ne se complique pas d'accessoires ajoutés par l'imagination de l'artiste, et qu'on ne saurait expliquer qu'avec beaucoup de réserve. Telle est la scène où trois Eros entourent Psyché enchaînée (6). Ailleurs Psyché , reconnaissable à ses ailes de papillon , est assise au pied d'un arbre, enchaînée par un Eros ; un autre , armé d'une verge , regarde la scène (7). Dionysos assis sur un rocher, un thyi^e à la main , paraît présider au supplice. Une épigramme de Méléagre
(5) Gerhard {Hyperboreisch. Bôrnische studien fur Archàologiet Berlin, 1853), interprétant cette scène, pensait d'abord à Vénus Lihitina. L'analogie qu'elle présente avec d'autres , où l'on ne peut méconnaître Psyché, l'a déterminé à changer d'opinion. N" 62.