‹ Essai sur les monuments grecs et romains relatifs au mythe de PsychéChapitre 6 sur 31 · LES PIERRES GRAVÉES ET LES PEINTURES MURALES · texte numérisé non relu

LES PIERRES GRAVÉES ET LES PEINTURES MURALES

semble se rapporter à cette scène ou à une auJtre analogue (1). La présence des Eros et du dieu de Tivresse indique que Tartiste ne s'est pas sans doute élevé à la haute pensée qu'imagine Maffei : a la vertu réduite en servitude par le vice (2) » , mais qu'il a simplement voulu traduire dans une scène figurée l'état passionné d'une âme en proie aux désirs. C'est Tesprit général de toutes ces représentations gravées sur des pierres fines : elles expriment plutôt l'allégorie des passions que des théories philosophiques.

La même idée règne dans les séries (3) suivantes. Le genre de supplice qu'Eros fait subir à Psyché est seul différent. Eros, armé d'une torche , foule aux pieds Psyché qu'il a saisie par les cheveux ; la jeune fille, les bras élevés, supplie et se plaint. Los pierres gravées , très-nombreuses (4) , où Psyché est figurée sous la forme d'un papillon qu'Eros brûle à sa torche , sont la traduction énigmatique de la môme allégorie.

Ce thème de l'âme tourmentée par le désir est très-varié et trèscomplexe ; il comporte les nuances les plus délicates et les plus fugitives , qui n'ont pas échappé à l'analyse spirituelle et déliée des Grecs. Aussi ne faut-il pas s'étonner de trouver représentée , toujours dans le môme esprit d'allégorie enjouée , une idée au premier abord toute moderne : celle de l'âme purifiée par l'amour (5). Un Eros ailé tient d'une main le papillon au-dessus de la flamme d'un trépied , et de l'autre s'essuie les yeux en détournant la tête. L'amour purifiant l'âme qu'il torture à regret pour l'ennoblir , c'est une idée grave et sérieuse , plus élevée que les simples allégories de la passion. Aussi la retrouve-t-on sur les monuments funèbres. C'est là qu'elle a toute sa valeur , grâce à un rapport évident avec les idées sur la vie future et sur la destinée qui attend l'âme réunie pour jamais à l'amour divin.

Deux figures de Psyché attelées ensemble à un char que conduit Eros (6) ; deux papillons traînant un char ou une charrue

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(Ànth. pal, XII, 119).

(2) Gemme antiche figurate , vol. IV, tavola 74.

(3) N" 64 et suiv.

28 LES MONUMENTS RELATIFS AU BfYTHE DE PSYCHÉ.

SOUS Taiguillon d'Eros (1) ; ce sont encore des variantes de Fidée qui fournissait à Timagination des artistes un thème inépuisable. Vouloir les expliquer dans le détail, y chercher Tallégorie de deux âmôë unies sous l*empire d^me même passion, ce serait peut-être prêter aux graveurs en pierres fines une intention qu'ils n*ont pas eue. Pour des œuvres d'art de cette nature, destinées à servir de bijoux , l'exécution est tout , l'idée peu de chose. Il suffit que le sujet soit gracieux. Tout le mérite consiste dans le fini du détail. Il est d'ailleurs très-difficile de faire le départ entre les allégories de l'âme et les scènes très-fréquentes où un enfant, plusieurs quelquefois, jouent avec un papillon. Venfant au papillon est un motif aimable , emprunté à la vie réelle , et dont le caractère convenait à merveille pour la décoration d'un bijou délicat. Il devait être traité fréquemment. Il ne comporte pas de sens symbolique , non plus que Venfant jouant avec un oiseau , dont les musées et les villas de Rome possèdent tant de répliques antiques.

Un vase de sardonyx (2), conservé à Saint-Pétersbourg, permet d'apprécier dans quelle mesure et avec quel esprit les artistes anciens jouaient sur l'équivoque du nom de Psyché ; il montre bien comment le thème infiniment varié de l'âme tourmentée par les mille désirs de la passion est devenu le motif de scènes très-différentes qui ne se relient entre elles que par l'unité de l'idée première. Le vase est très-riche et gravé en relief. Kœhler l'attribue aux premiers temps de l'époque impériale (3). D'un côté, Apollon est assis , sa lyre à la main. Diane est près de lui , un cerf à ses côtés. L'Hymen , portant un flambeau nuptial , et Hëbé volent derrière eux , le visage tourné vers le dieu qu'ils semblent écouter. Une jeune femme, élégamment vêtue d'une robe à longs plis, est assise près de ce groupe ; elle appelle un génie ailé qui lui apporte un alabastron. Dans la seconde partie , Psyché, enchaînée, est assise au pied d'un pin. Des Eros sont occupés à faire la chasse aux papillons. L'un d'eux va percer d'une flèche un papillon qui vole près de lui ; un petit génie en poursuit un autre qu'il menace de sa torche enflammée , tandis qu'un troisième génie s'envole dans une coquille attelée de deux papillons. La richesse de la matière, le fini du travail, le choix des sujets, qui se rapportent à une scène de mariage, font supposer que ce vase était quelque ca-

(3) GesammeUe Schriften, publiés par Stephani, 1851, p. 77 et 8uiv.

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