LES PIERRES GRAVÉES ET LES PEINTURES MURALES
deau de noce. La scène de Psyché , des Eros et des papillons paraît être une simple allégorie galante , où la passion a plus de part que les idées morales sur la destinée de Tâme. Le sujet figuré sur ce vase , postérieur aux pierres gravées de Tépoque alexandrine, résume, dans une scène plus étendue, Tesprit général des représentations de Psyché réunies dans la seconde série.
G*est la psychologie figurée de Tamour spirituellement exprimée, tantôt à Taide de personnages , tantôt par des symboles très-clairs et compris de tous.
Troisième série, — Psyché triomphante.
Psyché et les Eros sont les acteurs d'une série de petites scènes traitées dans un goût un peu mièvre et dont Tidée générale est rame se vengeant des souffrances que Tamour lui a fait subir. C'est une des phases de Pétat passionné ; nuance délicate , observée et rendue avec une exactitude psychologique qui n*est pas exempte de raffinement.
Psyché a désarmé Eros ; elle lui a ravi sa torche , lui a mis en main un hoyau et le condamne à un rude travail (1). Dans une autre scène , Eros est pris au piège que lui a tendu Psyché , et dont Tappât est figuré par un papillon. Eros prisonnier, tristement assis , se désole ; un de ses compagnons , le doigt levé , paraît le réprimander et lui reprocher sa déconvenue. Une cornaline de Florence (2) , dont les répliques sont nombreuses , le montre enchaîné à une colonne ; le papillon , qui monte le long de la colonne , indique la part que Psyché a prise à cette capture. D'autres fois (3), les Eros ont remplacé les Psychés sous le joug ; c'est rame qui les conduit attelés à son char et attachés par de légères bandelettes.
L'idée d'Eros vaincu n'est pas nécessairement associée à celle d'une victoire de Psyché. Les représentations d'Eros enchaîné et gémissant forment tout un cycle , voisin de celui de Psyché , et qui peut , par comparaison , éclairer les origines du mythe. Elles ont le même sens allégorique ; les préoccupations d'une philosophie trop élevée pour ces scènes gracieuses ne sauraient y être mêlées. Sur un camée de Florence (4) , ce n'est plus Psyché qui
(4) Welcker, Bheiiiisches Muséum, 1839, p. 585. — Vîverzio, Gemme antiche^
30 LfiS MONUBfENTS RELATIFS AU MYTHB DE PSYCHÉ.
triomphe d'Eros ; c'est Niké. Une palme est plantée en terre près d'elle , et Hermès attache aux épaules de la jeune fille les ailes enlevées au prisonnier. Un cachet , conservé à Arolsen et publié par Otto lahn (1), reproduit sans doute une statue connue que Fartiste avait conçue , comme une fantaisie spirituelle , dans le même ordre d'idées. Il montre Eros désarmé et confus, les mains attachées derrière le dos. C'est à propos d'une statue analogue qu'a été écrite l'épigramme de Krinagoras (2). « Oai, pleure et gémis, traître , maintenant que tes mains sont attachées : pleurer te sied bien. Personne ne te détachera. Ne regarde pas d'un œil oblique. Tu as fait jaillir les larmes de bien des yeux, lorsque, lançant des traits dans les cœurs , tu distillais le poison des désirs qu'on ne saurait fuir, ô Eros. Les douleurs des mortels te semblent choses risibles. Eh bien ! tu souffres ce que tu as fait souffrir. La justice a du bon. »
Les scènes que nous avons décrites sont la traduction de ces épigrammes, qui marquent dans l'hellénisme une période de raffinement littéraire et de fantaisie mythologique. Il n'y a pas là , à proprement parler , un mythe , mais plutôt un ensemble d'idées et de sentiments dont le caractère commun est de se rattacher à la psychologie des passions. Psyché est sœur de ces génies ailés : souvent vaincue , parfois victorieuse dans la lutte que livrent à l'âme humaine les désirs inquiets et mobiles qui naissent de l'amour.
Quatrième série. — Psyché réunie à Eros»
Plus de trente pierres gravées représentent l'union de Psyché et d'Eros. C'est la dernière phase de l'allégorie ; elle clôt la série des revers et des triomphes par lesquels l'âme a passé.
Un grand nombre de ces pierres offrent la reproduction du groupe du Capitole ; beaucoup des répliques accusent un travail romain. Elles présentent un grand intérêt. Par leur ressemblance avec les statues d'ane part , de l'antre avec les groupes funèbres des sarcophages , elles témoignent que les idées sur l'âme et l'amour formaient comme un vaste cycle très-étendu et très-varié, et qu'elles se prêtaient à des interprétations fort différentes. Elles
per la piii parte inédite. Roma. 1809, t. II. — Guigaiaut, Religions de V antiquité, pi. CV bis, n» 409 d. — Wieseler, Alte Denkmàler, LV, n. 699.
(1) BerichU derkomigl. sachs. Akad. der Wissenschaften, 1851, Taf. VI. 7;
(2) Anthologia plan., IV, 199. .