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en deux mots ce qui , dans le principe , se divisoit
en trois.
Ces considérations donnent sans doute quelque intérêt de plus à la conjecture de Wilford ; mais, quelqu’ingénieuse que soit son explication , nous ne prétendons pas nous en appuyer pour décider si les Mystères sont originaires de l’Inde, ou si l’Inde les a empruntés à quelque autre partie de l’Orient. Nous ne prétendons pas déterminer non plus si la forme extérieure des Mystères , tels que nous les connoissons , n’appartient pas exclusivement à la Grèce ; ce qui peut s’accorder parfaitement avec notre hypothèse touchant leur véritable origine. En général , de semblables recherches n’auroient d’autre résultat que des hypothèses en pure perte. Il seroit plus important de chercher les traces des Mystères dam le système religieux des Indiens. Excepté la formule expliquée par W ilford , on n’y a découvert , ce nous semble , aucun autre vestige de semblables institutions. On peut espérer, il est vrai, que la paix qui vient d’unir le monde entier, donnera une nouvelle activité aux travaux des Indianistes Anglois. Tout ce que les Anglois avoient fait dans l’espace de sept à huit ans, nous étoit presque entièrement inconnu. C’est avec surprise et admiration que l’on voit le développement continu des études Orientales, soit en Angleterre, soit dans les possessions
Angloises aux Indes. Un nombre prodigieux de lexiques et de grammaires, l’impression des textes originaux et sur-tout l’état florissant du collège fondé en 1 800 au Fort-William à Calcutta, en sont la preuve la plus manifeste. Espérons que les érudits de tous les pays de l’Europe s’uniront aux érudits Anglois , pour le progrès des connoissances générales ; elles sont le patrimoine de tous et de chacun. L’Allemagne , qui a si bien mérité de l’esprit humain , ne restera pas en défaut. Au milieu des convulsions politiques, elle a sauvé en Europe le flambeau de la philologie Grecque et Orientale ; elle ne renoncera pas à l’un des plus beaux fleurons de sa couronne littéraire. Louis XVIII, qui a connu le prix des lettres dans sa royale adversité , vient de fonder au Collège de France deux chaires nouvelles, l’une de samscrit, l’autre de chinois ; ce qui complète, en quelque façon , le cours de l’École spéciale établie près la Bibliothèque royale de Paris. Cet exemple ne tardera pas h être suivi ; une noble émulation sera sans doute le résultat de tant d’efforts réunis. J’avois déjà hasardé ce vœu , à une époque où il pouvoit paroître chimérique. Les espérances consignées dans un premier Essai publié en 1810, sous le titre de Projet d’une Académie Asiatique , vont peut-être s’accomplir. Je ne terminerai pas cet article sans remercier publiquement M. Langlès , si connu par
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ses grands travaux et la rare libéralité de ses principes littéraires , de la manière honorable et flatteuse dont il a bien voulu parler de mon Projet d'unt Académie Asiatique, lorsqu’il fut chargé par la troisième Classe de l’Institut de France d’examiner cet ouvrage , ainsi qu’il l’a témoigné dans un des numéros du Mercure étranger.
{ i ) I L est très - remarquable que la plupart des théologies anciennes commencent par une chute que précède un combat. Le premier événement de la tradition Indienne est la lutte de Brahma et de Mahadéva, terminée par la chute du premier. En Egypte , Osiris avoit été tué par Typhon ; Isis venge la mort de son époux, par un combat opiniâtre qu’elle livre au meurtrier d’Osiris. On sait que Typhon étoit le mauvais Principe ( Plut, de Iside et Osiride , p. 1 1 3 et seq. ) , comine Isis la Nature personnifiée , la Déesse- universelle, çvaie mtveûoXoe , •nâ.vw* /tti-wg. (Gruter, Inscript, p. xxvi, 10. ) Je ne prétends pas établir un système sur ces faits : mais que Ton y joigne , que les plus anciennes cérémonies religieuses ont été des cérémonies de deuil ; que l’on pleuroit Adonis en Phénicie , comme on pleurait Osiris en Égypte ; qu’il est prouvé qu’ Adonis et Osiris étoient le même personnage ( Selden , de Diis Syr. syntagma II : Eumdem tnim Osiridem et Adonin intelligunt omnes) ; que leurs fêtes, exactement semblables , se partageoient en trois parties , de la perte ou de la disparition , « çctuojMt %
fie la recherche , Çütook, et de l’invention, * 5 p« «ç.
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et l’on verra peut-être dans ces mythes et dans ces usages les traces d’une de ces grandes traditions religieuses qui oint pénétré par-tout. Il est évident que, loin de se conserver dans leur pureté, ces traditions se confondirent bientôt avec la doctrine des deux Principes coexistans , doctrine qui a été la base de presque toutes les idées religieuses et philosophiques des Anciens. Les explications que l’on a données jusqu’à présent de ces mythes primitifs, ne sont, ni assez irrécusables, ni as^ez satisfaisantes , pour ne
pas donner lieu à. de nouvelles conjectures.
(a) Ce qui s’oppose le plus à l’investigation des faits mythologiques les plus simples, e v est la multitude de systèmes que l’on ne cesse d’établir sur le système religieux des Anciens. On peut sans doute l’expliquer par des moyens tout-à-fait opposés , et d’une manière assez plausible. Ainsi les «ns ont tout ramené à l’agriculture; d’autres, à l’astronomie ; d’autres, à. l’histoire, Nous apprenons par l’exemple d’Evhétnère ( Afém. de l’Acad. des Inscript. tOm. VIII, p. 107), que les Anciens s’étoient déjà livrés à ce genre de commentaires. Ces différentes manières d’expliquer le même système mythologique proviennent presque toujours des changemens qu’ont éprouvés les symboles. Le polythéisme étoit essentiellement figuratif. Un grand nombre de pratiques religieuses représentait fa même potion morale ou historique ; souvent elfe se trouvoit
SECTION III. I ip
exprimée en différens lieux par des symboles différens. Ainsi l’on retrouve par-tout les traces d'un culte rendu au soleil ; et , en effet, beaucoup de symboles se rapportent à la source de la lumière et de la fécondité : mais le soleil lui - même n’étoit que le plus grand et le plus ancien symbole de fa Divinité, reçu par tous les peuples ; de manière que si ces symboles et ces monumens désignent quelquefois un culte rendu au soleil matériel, bien plus souvent ils sont un témoignage que l’idée de l’unité et de l’immatérialité de Dieu s’étoit conservée au milieu du polythéisme , peut - être même à son insu. II ne faut donc pas s’arrêter à la première explication qui se présente ; il faut voir si l’idée expliquée n’est pas elle -même l’enveloppe d’une autre idée. Sans .cette précaution , les erreurs les plus graves et les systèmes les plus incohérens se multiplient promptement.
( 3 ) Il y a plusieurs écueils k éviter dans Fétude de l’Antiquité. Après Tahus de l’étymologie , rien de plus funeste que l’abus des confrontations historiques. Cette manie a égaré les hommes les plus savans. Ainsi le fameux évêque cTAvranches a vu une analogie parfaite entre Moïse et Adonis ; Fourmont, entre le patriarche Jacob et le Typhon dés Égyptiens ; le P. Paulin de Saint-Barthélemi , entre Ménou, le législateur Indien, Qt Noé, Il ne faut pas
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oublier le ministre protestant Crœse, qui, dans un gros livre intitulé , Homerus Hebrœus , a démontré que les héros d’Homère sont tous des personnages de la Bible. Selon lui , il est preuve par mille circonstances, qu’Ulysse chez la nymphe Calypso est Loth avec ses filles.
( 4 ) Non semcl quœdam sacra iraduntur ; Eleusis servat quod ostendat revisentibus. Rerum natura sacra sua non simul tradit : initiatos nos credimus ; in vestibulo ejus hœremus. Il/a arcana non promiscue nec omnibus patent; reducta et in interiore sacrario clausa sont. Senec. Qucest. nat. vil, cap. 3 1. Platon, pour exprimer le petit nombre de ceux qui avoient pénétré le vrai sens des initiations, dit : Eici jàg Si, paw oi mes TtXiTOf , (ùr mfXoi , B ctx^i Si
t* ontjpoi • In Phcedon. S. 1 3.
( 5 ) Le grand principe sur lequel reposoit le polythéisme, étoit, comme Warburton l’a savamment démontré, l’admission de toutes les idées religieuses. « Le maître de l’univers semble, dit Thémistius, se plaire à cette diversité de cultes. Il veut que les » Egyptiens l’adorent d’une manière , les Grecs d’une autre , les Syriens d’une troisième ; encore tous les » Syriens n’ont-ils pas le même culte. j> ( Orat. XJI, éd. de Hardouin , p. 1 60 , A. )
( 6 ) Le temple de Cérès k Eleusis étoit si respecté, que Xerxès , f ennemi déclaré des Dieux de la Grèce
et le destructeur de leurs temples , l’épargna , s’il faut en croire Aristide ( Orat. Eleus. tom. I , p. 4 î i > C ). Aiaric le détruisit de fond en comble, l’an de J. C. 396. Les prêtres furent dispersés: plusieurs périrent par l’épée des Barbares ; il y en eut qui moulurent de douleur : de ce nombre fut le célèbre Priscus d’Ephèse, autrefois chéri de l’Empereur Julien , et qui étoit alors âgé de quatre-vingtdix ans. ( Le Beau, Hist. du Bas-Empire, tom. VI , p. 48 . ) M. d’Ansse deVilloison a copié à Eleusis plusieurs inscriptions. ( Adém. de l’Acad. des Inscript. tom. XLVII , p. 283 et suiv. ) M. de Chateaubriand a parcouru les ruines d’Eleusis , à l’endroit où se trouve maintenant le bourg de Leptina. Il ne paroît pas que ces ruines aient beaucoup frappé, par leur beauté , l’éloquent voyageur. ( Itinéraire de Paris à Jérusalem, tom. I, p. 571-163.)
( 7 ) Le comte de Stolberg , auquel on ne contestera pas , sans doute , une haute piété et de grandes lumières, a adopté, dans son excellente Histoire de la religion Chrétienne , l’hypothèse qui transporte dans l’Orient le germe des Mystères de la Grèce , et qui les fait découler des premières notions révélées. (Erster Band , vierte Beylage ; über die Quel/en morgenlandischer Ueberlieferungen , 4} 8 - 47 J* )
(8) Jamais le secret des Mystères ne fut révélé que par quelques personnes, dévouées aussitôt à la
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mort et à l’exécration publique ( Meurs, in E/eus. cap. 20 ) : car la loi n’étoit pas satisfaite par la perte de leur vie et la confiscation de leurs biens ; une colonne exposée à tous les yeux perpétuoit le souvenir du crime et de la punition. ( Voyage d'Ânach, toin. V, chap. j 8. ) L’opinion, plus forte que les lois , repoussoit le coupable. Horace , qui étoit parcus Deorum cultor et infrequcns , dit :
Vetabo , qui Cereris sacrum
Vulgarit arcaua , sub îsdem
Sis trabibus , fragiltmvc mecum Stlvat phasclum.
• Lit. m, » - 7.
Eschyle , accusé d’avoir révélé quelque chose des Mystères, n’échappa au ressentiment du peuple, qu’en prouvant qu’il n’étoit pas initié ( Clem. Strom. Il, 4i6 ). La tête de Diagoras fut mise h prix. On trouve dans Plutarque le récit de tout ce qui arriva à Alcibiade, pour avoir imité les cérémonies des Mystères. Aristote fut accusé d’impiété par l’Hiérophante , sous prétexte qu’il avoit profané les Mystères de Cérès , en sacrifiant , suivant les rites d’Eleusis , à Py thias , fille adoptive de l’eunuque Hermias qui gouvernoit la Lydie au nom du Roi de Perse. À la suite de cette accusation , Aristote se retira à Chalcis en Eubée, où il mourut. (Diogen. Laert. in Aristot. )
(9} Barthélemy se rapproche beaucoup de Warburton , dans l’explication qu’il donne des Mystères { Voyage d’Anach. tom. V, chap. 68 ). Dans une note placée à la fin du volume, après avoir prouvé l’interpolation de la Palinodie attribuée à Orphée, il ajoute : « En ôtant à Warburton ce moyen si « victorieux , je ne prétends pas attaquer son opinion » sur le secret des Mystères , qui me paroît fort » vraisemblable. »
(10) Stark ( ùber die Myst. cap. v, p. y 6 ) conjecture que Socrate avoit refusé de se faire initier , dans la crainte qu’en découvrant les grandes vérités de la philosophie , il ne fût accusé de trahir la doctrine des Mystères. Cette hypothèse ingénieuse établit une grande conformité entre le but secret des Mystères et celui des philosophes. Cette conformité peut être révoquée en doute. La philosophie avoit aussi sa doctrine ésotérique; mais celle-là devoit consister plutôt en spéculations hardies, qu’en traditions religieuses. La philosophie et les Mystères se rencontraient dans leur commun mépris pour le culte populaire : mais l’opposition de la philosophie et de la mystagogie sur tous les autres points n’en est pas moins un fait positif. On s’accorde assez généralement à regarder le Socrate de Platon comme un personnage tout-à-fait idéalisé. Ce qui confirme çette observation , ce sont les éloges des Mystères,