LA SECONDE ÉDITION
La première édition de cét ouvrage, tirée seulement à cent exemplaires , parut au commencement de l’année 1812, dans un moment où l’attention générale étoit absorbée par des événemens d’un intérêt majeur, et qui alloient décider du sort de l’Europe. A une époque aussi peu favorable aux lettres, des travaux purement littéraires , entrepris dans le voisinage du pôle , durent demeurer presque inconnus.
Cependant quelques exemplaires de cet écrit pénétrèrent au loin ; j’eus la satisfaction de recueillir les avis de
xij PRÉFACE
plusieurs gens de lettres distingués**; quelques journaux en présentèrent des aperçus. Dès -lors je conçus le projet de retoucher mon ouvrage , et je me décidai à rassembler tout ce qui pouvoit Ietendre et i’enrichir, sans sortir des bornes que je m’étois prescrites.
L’époque favorable à la publication d’une édition nouvelle est arrivée.
Après vingt ans de malheurs et de fautes , l’Europe vient d etre affranchie. La république des lettres est prête à sortir du sein des ruines; elle va refleurir sur les débris de la plus odieuse tyrannie qui fut jamais , et elle reprendra sans doute ses anciens droits , dont le plus beau est cette fraternité de sentimens et de pensées qui rallie autour d’un centre unique tant d’hommes. épars sur la surface du globe.
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Je n’ai rien négligé de ce qui pouvoit donner quelque mérite à cet écrit ; îes citations ont été revues avec soin , ie style retouché en plus d’un endroit, et des additions importantes dispersées dans tout le cours de l’ouvrage.
J’y ai ajouté deux sections nouvelles :
la cinquième, dont le but est de discuter le système d’Evhémère dans ses rapports N avec la doctrine des Mystères ; et la sixième, qui a pour objet de concilier le culte secret de Cérès et celui de Bacchus. La manière dont j’ai , à mon tour, envisagé cette question, me semble incontestablement neuve. Quel que soit le jugement du monde savant, j’en dois porter seul toute la responsabilité. : .
On m’a reproché , à plusieurs reprises , d’avoir ajouté trop de foi à
Xiv PRÉFACE
l’explication donnée par Wilford de?
mots sacrés d’Eleusis. Je connois parfaitement l’espèce de défiance qu’inspirent les découvertes de cet écrivain ingénieux, mais hardi; et loin de regarder cette explication comme une base indispensable de mon hypothèse, je l’aurois livrée à l’incrédulité des lecteurs Européens , si j’avois trouvé , contre la conjecture de Wilford, des argumens critiques ou des objections grammaticales de quelque valeur. Personne n’a encore attaqué cette conjecture avec les armes de la critique : des soupçons ont fort peu de poids en philologie. J’ai pensé d’ailleurs que les littérateurs Anglois , en général , et la Société de Calcutta, en particulier, n’auroient pas laissé subsister si longtemps une imposture manifeste, et que