CHAPITRE III
Jean Tauler, le docteur illuminé^.
• Dans l'année i34o il arriva qu'un maître de l'Ecriture-Sainte prêchait beaucoup dans une ville , qu'on aimait à l'entendre, et
1 i Moi heim , T c. , 376 et »q. Gietclcr , â68.
Trilbemiof , I. e.
t V. 9Dr ta vie : Uistoria iirwi Lfben cncurdigen doctort Joannis Tauleri, dans T’élu- Ur’i Predigten, Bai. » fol. Oo a cru qxie Tauler lai-mdino était l’auteur de cette biographie , qui n’esl au fond qu'une hialoirc de sa conversion. — J. J. Oberlin (S. Dcck) de J. 7oulert diefiotte reituicu/a <1 myitica. Arg. 1785, in-4°. — BaÜe, />ic(ionn. Bâle , 1741 , fol. t. IV, 326. — Heupcl (Argenter.), .tfemorta TùuUri insfouralu. Wilt. 1668, ln-4" (do peu d'importance). Le présent chapitre sur Tauler est loin d'étre complet; les bornes que nous nousétions prescrites pour le plan général de notre dissertation, ne nous ont pas permis de donner à cet article un plus grand développement. Tauler n'est pas encore connu et apprécié comme 11 le mérite; U est, à notre avis, an des hommes les plus remarquables dn moyen âge; celui quicnlreprendrait sur lui un travail consciencieux et spécial, remplirait uo devoir sacré envers le monde savant.
que dans toute la contrée on parlait de sa doctrine*. Ce prédicateur s'appelait Jean Tauler, de l'ordre des dominicains, homme doux et bienveillant, et ayant connaissance de la Bible et des philosophes. On ignore l’année de sa naissance, et les deux villes de Strasbourg et de Cologne sc disputent l'honneur de loi avoir donné le jour. .Sans doute il a été le fils de Mcolas Tauler, sénateur strasbourgeois, qui lui lit donner une éducation scientifique*. On dit qu’il a passé plusieurs années de sa jeunesse â Paris; en i536 nous le revoyons à .Strasbourg*, et quatre ans plus tard il étonne la ville de Cologne par sa prédication. C’est alors qu’un laïque inconnu , se disant poussé par l'esprit divin , quitta sa ville éloignée de trente lieues de Cologne, pour venir entendre le maître tant renommé. Bientôt l’étranger s’aperçut que Tauler n’avait pas encore reçu l’illumination mystique, et résolut de le convertir. Il l’aborda et le conjura d’enseigner à scs auditeurs le but le plus élevé où Thomme put atteindre dans cette vie. Tauler objecta d’abord que personne ne le comprendrait, mais sc rendit â la fin aux instances pressantes du laïque. Trois jours après, il prêcha déjà qu’il fallait mourir au monde pour sc donner à Dieu, et que les parfaits sont ceux qui s’abandonnent à lui d’une manière passive, et qui dégagent leur esprit de toute forme et de toute image*. Par la seule influence du laïque nous ne comprendrions pas celte conversion subite du puissant prédicateur ; nous croyons plutôt que son âme était déjà disposée au mysticisme , auquel l’avait préparée une étude continue d’Âugustin , de Denis de l’Aréopage, des chanoines de Saint- Victor, et même des néo-platoniciens, qu’il cite fort souvent dans ses sermons. Cependant le laïque ne sc montra pas encore satisfait; il reprocha à
9 l7ii(or<a vnd lebtn, etc.
3 Oberlio, 1.
* Qoétif et Ecberd , 1 , 6T7 et (178.
3 ffiti- •>••• tw/cfc» d* die rechten , weren ^ vernuen^igen , ertmethte« , sehoimenden
meH$chen.... *
Tauler d'ôtre eocore sous le pouvoir de la lettre qui tue, et de ne pas avoir goûté toutes les douceurs de l’esprit
Depuis ce moment, Tauler, frappé de ces paroles, sc soumit humblement aux lc<;ons de l’étranger , qui , après de fréquens entretiens , parvint à le faire triompher de lui-méme. Il l’initia dans tous les secrets de la vie mystique, et lui imposa des privations et des mortifications qui loi causèrent de cruels tourinens intérieurs. Le genre de vie que Tauler mena dès-lors, la solitude dans laquelle il se retira , éloignèrent de lui la plupart de èes anciens amis , et lui atti- J rèrent le mépris des moines de son couvent. Profondément aflligt^
de cet abandon , et soutfrant d’une maladie par suite de ses combats spirituels, il eut recours au mystérieux étranger, qui le consola, lui donna des médicamens et de l’argent pour qu’il n'eût pas besoin de vendre ses livres, et lui permit de reprendre une meilleure nourriture. Il languit ainsi pendant deux ans, jusqu’à ce que dans une vision il rc^ut Tordre de prêcher de nouveau. La population de Cologne reçut cette nouvelle avec joie , et s'assembla en foule autour de sa y chaire. Le maître voyant tout ce monde , se mit à prier ; mais au
milieu de sa prière, il se prit à pleurer si amèrement, que pas une parole ne put sortir de sa bouche. < Et cela dura si long-temps que le peuple s’en fâcha, et qu’une voix s’écria: Maître, jusqu'à quand devons-nous attendre? il se fait tard, et si vous ne voulez pas prêcher, laissez-nous partir. • Tauler, s'efforçant en vain de vaincre ses larmes , renvoya la foule ; le bruit de cet étrange événement sc répandit dans la ville, le prédicateur devint Tobjet de la risée générale , et on sc disait : • Nous voyons bien à présent qu’il est devenu fou , et qu’il a perdu la tête. • Les moines de son couvent lui défen-
^ th. « .... /fl don Ubtn ûh ir nock seit , to wUtt dtus ir nock ntt Uâehtes und stit in étf t dorin ir den BuchUahm ivo/ maget erkennen. jdhcr der tmtuigkeit (Uj heUigea GtuU kak4 ir no<k mit gejekmackt , dartu to sfj'iut ir no<k tym pharistus. Do sfntktk der meister j lieker mm, du toit mstem dots ick to mit worden bin, due mir njre wurde eolich* rtd sugttproeken*.,,..
dirent avec colère de prêcher de nouveau Dans cette perplexité il s’adresse à son seul ami , le laïque, qui l'encourage en lui disant que sans doute il avait encore en lui , à son propre insu , un reste d'orgueil qu'il fallait vaincre. Peu de jours après, il enseigne en latin dans l’école du couvent, à lu grande satisfaction des frères, qui lui permirent alors de prêcher. Dès le lendemain il fait un sermon dans l'église d’un couvent de nonnes , et l'impression qu’il produit est si profonde que plusieurs de ses auditeurs tombent à terre comme frappés de mort. C’est ainsi que pendant huit ans il fut la lumière du pays , en ranimant 'la foi endormie dans les cœurs , et en punis- \
sant par ses paroles les vices des populations. La ville et la campagne l'aimaient et le vénéraient; dans' toutes les affaires on s’adressait à lui, et on se soumettait avec obéissance d ses conseils". La renommée de l'éloquent prédicateur, qui, par la mystique obscurité de scs sermons, ne fit que redoubler son influence, se répandit le long du Rhin; dans ces temps du trouble, le peuple se sentait attiré vers chacun qui lui montrait le port de salut ailleurs que sur la terre. Les visions de la nonne Christine Ebner, qui avait vu son nom écrit dans le ciel ", >
^ tb. mEr liést trtrkueniUn er vrah darnafh an dem dritten Ing predigtn f d*ti nam die teut gross wunder f diewty! das er so nit ge^edigef het , und vitl Leut Aamrti dar ^ ein gar graste
ttkare. Do imn der meitter iam, amd iohe dtt des$ votkes aho vill was, da Ueig er aujff' das leetoriism an ej-n hokestatt daj mao jm dejsen gekoret. Iht thet tr sein kappen furr sein atsgea... Des werie atso lang das es die Uut gar ster verdrass. Do rprach ein Aiensch aass dem haujfen ^ Iterr wi> lang soUend wir hie steen and siisess f es ist gar spai , wah ir nit predigrn , so iasset mns
hrym gren Do giengen die ieui hiaweg , tsad die meer v^arde aussgesprochenf asid ersvhalien
iher dit ganizetx statt , und er ward recht tu gespatt und ro« attm tmten vernichtiget ^ und die teut sprachen: nun sehtn wir aile wctl das er ein rechter ther ist vrorden. Vnd sein tige» hrutder in sfrm hloster verhotten im hertiieh, das er nit mer predigen soit, ff^ann er thet in grossen ÿchaden in dem AVoxlrr^ und schendet den orden mit teiner thoriiehen weist die er het an xick gmom* men , darvon wer im das kauhi snsest worden und vrrtobetf sprarhen sy ait widrr jss..,*
^ Ih. Er wardin dem /and alto tieh und eterd und auek in der stat , eeas die leut zu srhiekea keiten, das muesster alltuntal ussriekten mit teiner eeeisskeit. £i ever geistlieh oder evettliche sack^ wms erjm riedt dess eraren sy im teUUglichen und gants gehorsam....U
9 Heumano, Oputcula de rarUsjuris germaniei, etc., argum^ Nor., 174r7, , p. 347 » et
344, où Dieu lai dit * tDass Tauler l'Am dtr /iVàxf Mentch teter ^ den erauf ErtrticK h<ett.*
et l'amitié du docteur Ruysbrock , qu’il alla plusieurs fois visiter , augmentèrent encore la vénération que la foule lui portait.
Probablement il resta jusqu'en i 346 ou i347 à Cologne , et revint alors à Strasbourg; car outre le voyage qu’avant i 35 i il fit de Strasbourg â Bâle avec Henri de Noerdlingen*°, nous avons encore des preuves plus sûres de son séjour dans sa ville natale à cette époque. L'excommunication de Louis de Bavière pesait encore sur Strasbourg, que la mort noire venait de visiter cruellement; elle lui avait enlevé 16,000 de scs habitaus. Il était défendu aux prêtres d’administijer le culte , et de porter le viatique aux malades qu'ils devaient laisser mourir sans consolation. Ces maux avaient profondément ébranlé les esprits. Les dominicains avaient continué à faire le service des églises ; mais â la fin ils se soumirent également au pape, et suspendirent leurs fonctions ; le magistrat leur ordonna de continuer ou de sortir de la ville; ils prirent ce dernier parti*'. Cependant quelques hommes , pleins de courage et de piété, étaient restés et avaient publié un écrit, adressé d tous les prêtres , pour les inviter d assister les mourans , puisque dans la grande peste les innocens périssaient aussi bien que les coupables. A la tête de ces hommes était Tauler, assisté de Ludolphc le Saxon, prieur de chartreux, et de Thomas de Strasbourg, savant moine augustin'^. Et comme ils prêchaient contre l’excommunication , dont était frappé le pauvre peuple dans les querelles des grands, et dont lui seul avait d souflrir, ils furent excom-
** Kcraigibofea , eta/iesiiehe Chronik, Slrasb. . 1696, in-l", p. 129: /7i> drtdigtr u»d
Barjmsstr su Strofhurg die tungent vii for ; .... hunden noei fiesjeni die Brediger ake und era/Zemi oueA nj>me. /)o die Herren pou Stro$kurg. Sit dut sù keUeu vor gesuagen do toiteni tü
auch fur kat tingrUf oder ahrr hi der Stult t^ingen. Oo sugeut die Brediger ut der Statf....* Ludoir, * 1 * 1377 , afâlt 6l6 coDfeasear d'ou cardinal, et a écrit Ki'to J. C, Arg. , 1183 , dans laquelle (sartoot chap. 66) il censure arec énergie l’avarice et la luinre des prêtres. — Wimpheling, CatoL episcop. Argent. Arg.- 1660. in-4*, p. 65. — Rœhricb, Getch. dur Btf. tm £2iosi. Str. 1830, in-6«, 1. 1, 27.— Thomas de Argentina, doctor ParisiensU, ^1357, comme prieur général de son ordre ; auteur d’un commentaire in magUtrvm sentent. Arg. 1400. fol. 11 était réaliste. Wimpheling, I. C.« p. 70, l'appelle , « iamt putriie nostrte et urdiuit jem^if«rfi«. *
inuniéf eux-onémes, et leurs livres défendus aux clercs comute aux laïques. L’évéque Berthold et Bucheck les ayant fait sortir de la ville, ils SC réfugièrent dans la chartreuse voisine , d’où ils publièrent plusieurs écrits pour éclairer de nouveau le peuple. Lorsqu’on 1 54q l’empereur Charles IV vint à Strasbourg avec l’évéqne de Bamberg, il les iuterrogea et voulut entendre leur défense. Us prononcèrent alors des paroles remarquables par leur hardiesse protestante; Jésus- Christ , direat-ils , a expié par sa mort les péchés de tous les hommes ; le ciel ne peut donc pas être fermé par le pape é ceux qui sont injustement excommuniés , cl tout prêtre est tenu de leur donner l’ab- v
solutioo ; la puissance spirituelle est distincte de la puissance temporelle; quand cette dernière commet des péchés, l’Église n’a d'autre droit que celui de lui en faire d’humbles remontrances. Le peuple ne doit pas être puni pour les crimes des grands , et c'est une injustice qne de condamner le sujet innocent avec le prince coupable.
D’ailleurs si l’empereur gouverne mal , U en rendra compte à Dieu , et non pas an pape. Tous ceux enfin qui croient à la vérité de l’Évangile , et qui ne pèchent que contre la personne du pape, en refusant de ^
lui baiser les pieds , ne méritent pas encore le nom d’hérétiques ; il ne faut appeler ainsi que ceux qui agissent contre la parole de Dieu , et qui s’obstinent dans leur impiété.
On dit que l'empereur lui-même fut convaincu de la vérité de ces paroles , et qu’il leur enjoignit seulement de se modérer , et de révoquer par écrit leurs erreurs contre l’autorité papale. Mais ils n’en continuèrent pas moins à écrire et à prêcher les mêmes doctrines , soutenus qu’ils étaient par la population et le magistrat de la ville
*3 Dan. Speckle (ircAff. Argent., •j;- 1088), coU«efa)ua tn uMtm cAroniei Arg. MS. T. 1, fol. 830 Ot 14]. lit âVâtOat écrit: Dos* die Prietter Aie trmete» teUien mnd d^ kjrtter
Zeidem und Sterhen Gtrùti, weUher nit mtiei» ir, iiui^r der Af'eti Sémde kwtt doit
(ienuegen gethan. weicker dem üimmel geeejffent, und mu ver Gedt verUiU^ kumi der Pûftst den Himmel vor einem , eo tmecheUdig im Bu* wer, nit imrcklwâen.... Beat tmmieriei Schwenter nwen, ein geiftHehee welckei wmre Gettea fVort, des meàere die welUiek Okerkeài, hmI kaUe keina mit dem mmdern su thum Deas ea aiekt gebuekre eiuem ckriat/icken Üirten, wenn
Tailler surtout se montra ce qu’il avait été à Cologne, prédicateur éloquent et profond , nourrissant le vague sentiment de ses auditeurs , les consolant après les grandes calamités dont ils venaient d’être frappés , et les attirant par le mystique éclat de ses paroles. £n même temps il s’éleva de toutes ses forces contre la corruption des moines et du clergé , de telle sorte qu’un jour on lui interdit sa chaire. Mais aussitôt le magistrat la lui 6t rendre, en déclarant qu’il avait raison de dévoiler les scandales, et de prêcher contre les vices tant des moines que de tous les citoyens , sans épargner même les ^ magistrats’*. C’est là le seul trait qui nous soit connu du reste de
sa vie ; pendant douze ans il prêcha encore dans l’église des dosnini- . cains, jusqu’à ce qu’il mourut, le i6 juin i36i , entre les bras de
sa sœur, nonne à Saint-Nicolas in tindis'K La pierre tumulaire du vénérable docteur se voit encore dans le temple dont les voûtes avaient si souvent retenti de ses éloquentes paroles'*. «■
eintr des Bmn t^iuidig, dmtt mon unsckatdige arme Leutt, die etwan den scha/digen ait kennen nneh gesehn haben, fa gâtait Lânder, Stadt, Pterfer, atUi ohn üntertchejrd verhanne and verdamme, ^ wetches ffon Christo nocA den ^postein and Concilien nîchl befoUen, tander aus eigenem angemaet'
tem GewaJt. Deroha/ben geherrt drm Papst sa, die Sander aaf den reehten kf^eg der Seiigkeit sa weUten\ date aber aile die dent Papste matien Ketser sein, die tm die Faess nù woUten kassen, oder dass Sotches ein jdrtiket des Glaabens warr, and der, welcker darch isrdentliehe fVaki der Churjartien sick ein Xteaig oder Aaj'ftr nrnnt, and sein Ampî wohl vtrsthen, ein truenniger vwt der Kireke wtwre, aack Alte die ikm aUvon Gotl verordnete Oberkeit ihin geharsam bitten, nider die Airek sündigten and Ketser wieren, hennte mit gtstiUeher Getcbryjffi nit bejr^ ArarA/ «renten.... Der Kayser isd die hteckste Oberkeit, daram ist man jrrae ver Atlem Geltorsam sehuidig i regiertt er ait reekt, mass er Gott Heekensekafft daram geben, and ait den armen Meà' seken.... Pies ist sehUessUehen, dass aile die in anreektem and ansckatdigen Ban t>on Gott lind, dmen ihr Fermaledeyang keri sick sar Begnadigang, ikr Ban and Unterdraekkang mdrd Gett
rrA«Afn....* — y. avwi 6oBrr«i, SW 5wJ0, XXILIX J el Rahrich» e.,^, 98.
Tbeopb. Elycbalnt (DachUer), lUlatio ex Pamoaio. Slrub.» 1619, In^.
Schiller, Jmnarfc. eu Ko§Mg*kofm , p. 1119. Speekla etidaat oac grave erreur quand, f. 96S, 11 mel la date de te mort eu 15 juillet 1379.
On J voit 1a figure d’un borome portaul tur ta poitrliM ose cuoronue avec cet pe> rolet : T, c’ett-ènlire , iob. Tanlerot ; de U main ganobe il porte l'agneau de Dieu ,
vert lequel il éterid nu doigt de la main droite. Autour de la pierre te lisent cet moU : ANNO DOHIN1 MGCCLXI XTI KAL JVNIl GTRlGI ET JtlLlTE O. FR. lOH. TAVL. ( Obiil /Va(«r JqK Tauler,)
Voici maintenant le résume de sa doctrine , comme nous l'avons extrait de ses sermons et de scs autres ouvrages*”.
Lu raison humaine est incapable de se faire une idée adéquate de Dieu ; clic n'a de lui qu'un pressentiment ; elle sait qu'il existe , mais elle ignore ce qu'il est, et peut tout au plus savoir ce qu'il n'est pas.
Elle arrive de cette manière à une certaine notion de l'Être infini , qui consiste à ne rien afiirmer, mais à tout nier de lui. Cet Être n'a pas de nom , les noms n'étant que des abstractions des créatures.
Mais illuminée par lagr.lcc, et élevée n l’état d’intelligence pure, la
raison entrevoit tes mystérieux abîmes de la Divinité, inconnus à >
tous les esprits ; elle reconnaît alors que Dieu est une essence simple,
qu’il est l’origine de toute existence , sans être aucune des choses qui
Les oovrages de Tauler ne sont pas nombreux. Scs sermons en forment la principale partie. La bibliotbêqoe de notre tUIc possède de ces sermons trois manuscrits inédits.
De^circonstanccf indépendantes de notre volonté nous ont empéebé Jusqu'à ce Jour de les consulter. Ce serait rendre un véritable service à la littérature, si on les publiait; car dans aucune des éditions imprimées, le langage original de Tauler n'a été conservé.
M. Wakeroagel a inséré dans son Altdeuttchet Lenbuch, Bâle, 1835, in-H", deux sermous
extraits de ces manuscrits. V. aussi Oberlin, p. 8, etc. La première édition est de 1198. ^
Leipx., in>4>, tons io titre: Sermon des groixgtlartm in GnatUn ertauchUn Doctorit Joh.
Tauleri Predigerrordens , M?eisende auff dtn nthcUen tcarsn l'n Gtitie l*u vandern
durcA uéerscàirsbenden Syn. t'ncorocAl von GtiiUi ynnigtn vorwandeit tn deuUcA manràen .VmicAcn su 5e/«à«t(. Le dialecte sonabe y a déjà passé en dialecte saxon. Elle a été réim« primée en 1508, Vienne, fui., et à Dàle , 15âl et 1522, foi. Cest cette dernière (.loannis Tauleri dtt teligen Ltrert Predig. fasl (ruektbar zu eim recM ràristiïcAen Leésn) dont nous nous sommes servi. Ces sermons forent encore plusieurs fois publiés dans la suite , et en dernier lieu à Francfort, 18!i6, 3 vol. in-8*. Les ouvrages complets de Tauler ont para d’abord à Cologne, 1518, fol. Ht» er/aucA(«n J, Taultri Sthrifttn ron eym learen cranpe/iseAen Lcben, godicht Prtdig» leren, Epi$toUn, CantiUntn, Proftheten, dont la plupart furent de nooveao publiés par Üpener. Francf., 1703 et 1720, in-4*. Nous remarquons lortout les suivans : 1. Naeh;olgung dsi armen Lebtm CHritti. Les anciennes éditions en sont très* rares. Noua avons dù nous contenter do celle de Casseder, en allemand moderne. Lucerne , 1823, in-8*. — 2. .Vsduila oistmds, ou fnitftultonsiditnmu.enalleniaDd par Casseder, tb. Leur. Surins a traduit tons les écrits de Tauler en latin, excepté le livre de r/m«lolion.
Col., 1518, fol. Lyon. 1557, io*8* (celle que nous avons sons les yenx), etc. Sur les traductions françaises et italiennes , y. Qoétif et Ecbard, p. 678. — Sur le mysticisme do Tsnlcr on peut lire Aromon, Geteh. d«r BomiUtik, Gcstl., I80i, La« 8”. t. 44, et de Wette,
CArtsfL Sittenl., I. '2H , etc.
existent. Il est en tout ce qui est, essentiellement et réellement ; rien ne subsiste hors de lui. Lui seul a en lui-mémc le principe de sa vie; il est indépendant de la créature ; il est immobile , bien que tout ne se meuve que par lui. Cependant il a fait les créatures à sa ressemblance. Partout on rencontre ses traces , dans la moindre fleur, comme dans l’immensité du ciel et dans rintclligcnce des esprits. Il est le Bien suprême , l'Amour éternel que désire toute créature.
Son action est double , l'une extérieure , dans la nature qui émane continuellement de lui; l’autre, intérieure, dans sa propre substance, où s’accomplit en toute éternité le mystère de la Trinité des personnes. En sa qualité de Père , il tourne vers lui-méme sa divine intelligence , et se contemple dans le fond de son être ; il sc reconnaît ainsi , et énonce cette connaissance par le Verbe ; cette compréhension est rétcrnellc génération du Fils. Dieu rentre une seconde fois en sa nature , et après s’étre reconnu , il conçoit de l’amour pour son image dans la diflférence des personnes ; il sc complaît parfaitement en lui-méme, et cette complaisance se manifeste comme un inelTuble amour , qui est le Saint-Esprit. Comme Père , Dieu est une opération simple ; dans la compréhension de lui-mémc , il engendre le Fils , un avec lui dans la nature et dans l’essence , et type de la création ; du Père et du Fils efllue alors le Saint-Esprit dans un incompréhensible embrassement ".
L’âme humaine a été une idée éternelle dans le Verbe, c’est-àdire, elle a été en Dieu. Lors de la création clic est émanée de lui.
Prtdigttn * 1| b. D*r t'ûtter an teiner pfrsonlieken Bîgtiuciuiji laret tick in tick àcihrr mit itiner gaiftick^n f^rrttentnaâs, u$ui Jurckiickt liek telker in iJarem f'entten in dtm rrtteniicken Abgrund ttinti tv^igfn ffetentf und denn von drm btotun 9'rrstren sein setht spriekt er sieh gants nss, and das ffort ist sein Sun, and das fiekenaen sein sells ist dos Gekeren seins Sans in der Ewigkrit , er ist hliken iii evesenlieher Einigkeit, and ist ussgeen on personiick Vndeeseheid. ALso gat er in siek, and kekennet sick se/ker, and gnt denn uss tm selher in ein begird sin selbes Bitd, das er da hekant and vtrstanden kat in personUckem l'ndersekej'd, l-'nd gat evider in sick in volkmmner GeeeUigkeit sin selhs. Die Geeeltigkeit sein seths Jieusset uss in ein unassspreekliehe Lieke, das da ist der kejrtig Geisi. Aiso kl^ er inné, and gat nss, and gat eeider ein.,,. * •— IV* a. LXXXY. 6. — MtdaUa 366.
Il lui a imprimé l’image de la Trinité, et le Verbe a pris sa de* meure dans son centre le plus intime. De là vient le désir de chaque âme de retourner à Dieu ; elle se souvient confusément de son ancienne perfection dans le Verbe éternel. Elle ne peut plus s’unir avec lui dans la réalité , mais elle le peut par l’amour. Cet amour doit être le fruit des facultés dont Dieu a pourvu l’âme dans ce monde. L’homme doit donc avant tout chercher â se connaître soi-inémc; cette connaissance est supérieure à toutes les autres.
11 est composé de trois parties: 1. L’homme extérieur, le corps avec les sens et les forces sensitives (die (eiplichen Sinne und die Siniigkeil). — 2. L’âme (Seele) , comprenant deux sortes de facultés : T les facultés inférieures (die vichtichen Krejft) , par lesquelles elle appartient au temps et communique avec le monde sensible , telles sont la fantaisie , l’imagination , la faculté d’abstraire des choses extérieures leurs images par le moyen des sens ; a’ les facultés supérieures, s’occupant des choses invisibles et rationnelles, et étant au nombre de trois: la mémoire (Gedechtnunt) , pour se souvenir; la raison (Feritentnutf) , pour comprendre, et la volonté libre (freyer ÏVill) , pour aimer”. — 3. La substance simple, la pure essence de l’âme, l’intelligence (meiiij fundm, Gemüth, mcegliche Vemutifi)^. L’homme n’opérc pas par elle ; il n'o|)érc que par ses autres facultés , quoique cette substance soit liée à celles-ci et les accompagne dans leurs opérations. C’est en elle qu’habite la lumière du Verbe et que se révèle la présence de Dieu. Elle appartient également aux justes comme aux pécheurs; ceux mêmes qui sont dans l'enfer conservent éternellement la noblesse primitive attachée à cette substance; mais elle est obscurcie par le péché, et c'est pourquoi l’homme n’en acquiert la conscience que très-diflicilemcnt. L’âme ne se fait des notions dos créatures que ]>ar le moyen des images que lui fournissent les sens ; bien donc qu’elle ne pénètre jamais dans le véritable
Prtd., 1 , 6. Durth diett i*i die Sei Cottes »t*>d empftnglich.*
/5., IX, a. Ein luuter tinsse Sutsientt der Sert. *
^tre des choses, on peut dire quelle connaît tout, excepté elle-même et Dieu , puisqu’elle ne peut s'en former aucune image. La raison coordonne ces images et les dépouille du relatif et de l’accidentel ; dans ce cas elle est appelée raison active (wirkende V ernttnfi, c’està-dire jugement, entendement). Elle est dite raison passive (leidende p'emunft) en tant qu’elle conçoit les images abstraites par la raison active , et qu’elle les transforme en images intellectuelles, en idéaux. Selon ces différentes facultés, l’âme peut avoir différens noms; tantôt elle est Appelée âme en général [Seete), en tant qu’elle anime le corps et lui communique le mouvement ; tantôt esprit (GeUl ) , en tant qu’elle est faite à l’image de Dieu et qu’elle aspire à s’unir à lui : — intelligence {Gnniilh ) , quatid on la considère comme concentration de toutes les facultés; — homme {Mensch) , quand on veut désigner le point intérieur où est cachée l’image de la Trinité. Ce centre est quelquefois appelé le fond [Boden ) , ou bien la fleur de l’âme (Dolden der SffI). Toutefois, aucun nom ne lui convient tout-â-fait, précisément puisque Tâme est faite à l’image du Dieu sans nom.
Dans son principe , la nature humaine est donc noble et sublime ; Dieu l’aime , et Jésus-Christ est mort pour elle. Cette dignité originelle a été troublée par le péché , car Dieu avait donné à l’homme la liberté de choisir entre le bien et le mal , c’est-à-dire entre l’amour de Dieu , et l’amour du moi et des créatures. Le principe du péché est en l’homme , dans sa volonté^' ; mais il n’est pas forcé de pécher, il a même une haine naturelle du mal , tandis que nul ne hait réellement le bien ; on ne pèche que par une fausse idée sur le bien. Le mal ou le péché n’est donc rien en lui-même ; il n’a aucune existence réelle \ par cette cause il annihile aussi ceux qui le commettent , puisqu’il est une privation du bien. Sa source n’est pas la raison, mais
l’amour du moi , l’orgueil , la sensualité , et partant la séparation de
Jlféd. OM., 316. • I/ttt votmtttatù eotuensuj ptccaimm consiituitf etismii opm
nhse^amtmr. Magis si^fuidem ta voiantMe, in opn-e, pteemta potUn tant. *
Dieu pour se tourner vers les Taiucs créatures”. Le premier homme , en rompant l’union avec Dieu , et en devenant sourd à la voix du Verbe éternel qui parlait en lui, a introduit le péché dans le monde, et sa dégradation s'est transmise à tous ses descendans. Notre volonté naturelle , d l'exemple d'Adam , s'aime toujours elle-même , et devient par-là incapable de tout bien. Cependant , quoique la ressemblance de Dieu soit ternie en nous , nous avons une tendance continuelle , un désir sans fin de nous féunir à lui ; de souvenir de la pureté primitive de notre race ne noits bisse pas d^ repos dans ce monde ; aucune des choses extérieures ne saurait satisfaire ce besoin de Dieu. Tout ce qui existe tend vers un but , et veut demeurer à sa place naturelle : ainsi le minéral retombe toujours vers la terre , ainsi la flamme monte sans cesse vers le ciel. L’homme également cherche sa fin ; mais elle n'est pas dans la création visible, et par sa propre force il n'y atteint pas. Dans scs efforts pour y revenir, il se fait alors de fausses idées sur le Dieu qu’il pressent et qu’il reconnaît comme son but ; il croit pouvoir se réunir à lui par la justice naturelle , par le mérite de scs bonnes ccuvrcs. C’est dans ce sens que les sages parmi les païens ont pratiqué la vertu ; mais l’essentiel leur a manqué , c’est-à-dire le renoncement à l’amour du moi.
Comment donc parvenir à notre terme, si les bonnes œuvres sont insuffisantes? La religion chrétienne nous en fournit les moyens. Il faut commencer par se reconnaître indigne de Dieu, par faire pénitence, par se soumettre sans opposition à l’opération de b grâce. L’acte le plus sublime de notre volonté, consiste essentiellement à ne vouloir que ce qui est voulu par Dieu Quand nous sommes convaincus de l'impuissance de notre raison à se former une idée de Dieu, et que nous sentons le désir de nous élever à lui, alors nous
Afed, an., 334. PetctUum t$t « Dto W convertio ad vanissimaj creaturas, etc.*
Tract, dê 10 ra«cüafibu« , in op. p. 493 el iq. '
Med. an. 4 316. « Est aatem votuntas dei/brmis i. tUi^caf fwa wlamus pare ad Dei
voiamas glortam. *
apparait la lumière de la grâce, l'étoile qui nous conduit au berceau du Seigneur. Le Verbe, obscurci et pour ainsi dire tué par le péché, se régénère maintenant en nous par l’action divine. Cette action est double : i° une opération de la grâce, qui nous fortifie dans la vertu, et a° une opération dite essentielle , par laquelle le Fils de Dieu est engendré en nous. Pendant cette régénération du Verbe, l’homme est absolument passif; Dieu fait tout. L’homme n’a qu’à se préparer, avec le secours de la grâce, en purifiant et en simplifiant son âme par . les vertus naturelles, humilité, douceur, compassion; et par les vertus morales , sagesse, justice, force d’âme *et tempérance. L’âme étant ainsi préparée à recevoir Dieu, il ventre et lui communique les vertus surnaturelles: la foi, l’espérance et la charité; et dès ce moment s’accomplit la régénération du Verbe Elle a lieu dans le fond de notre esprit , dans l’intelligence pure , où ne pénètre aucune image, aucun savoir, et où règne le silence le plus absolu^. Dieu opère ici d’une manière surnaturelle, et cette génération du Verbe est semblable à celle du Fils de Dieu dans l’éternité^. Elle élève l’homme au-dessus de la grâce; la raison ne la comprend pas, elle n’en entrevoit que la grandeur et la dignité , et en pressent la haute jouissance. Cela suffit pour constituer la noblesse de la raison ellemême , et pf ur la rendre respectable aux yeux de ceux qui la méprisent. Car n’est-ce pas déjà une grande chose que de désirer Dieu et de chercher ses vestiges dans la création ? Elle n’a qu’à se laisser conduire par la grâce, à ne pas résister à l’infiuence divine, et elle rentrera dans la possession de son rang primitif.
Pr%d., Xm f 6. U Dat deiK sty bereitta, and déu sein tey dtu inftyrckett und dat imgitssen.... oder vpo dU^Uct bereit Jindet, to mius er fvyreken, und tick in dt'ck frgieuem. Zm
gUyektr w*eyts so der Lt^ Inuttr und rtin Ut, to mujM tich dit Sonn ergiejsem, und mug tick nitt cnihaiten. *
35 lit., ni, a. • .... in dtm Uuiertten dut dit Sclt gtUitlen mag, in dtm cdtlsititj in dem Gruude, jn in dem H'eten der Sele, dm itt in dem veréorgej/en der Sel, dns iti dm mittel tehetygen... “
36 Htd. an,, 375. « Jn koe tnimæ fundo g. mente Deut prmtenfittimut adett, tuum^ut im iptt Filium sine intermitsione gtnerti. Ubinam^ue Peter tdest, (bi et parère ipsum operiet, parit^ue Filimm /««m ; (fBO nos fuefut tune gesitrut, ut timiu per grutium adopHunit jS/ii iptiut udeptiei. "
Lc 9 moyens pour arriver à ce but sont l'humilité, la résignation, l'abnégation pleine et entière de la volonté naturelle. Cette abnéga- '
tion no sc fait pas sans peine; car de même que la génération de l'homme physique est accompagnée de douleurs , de même aussi la génération du Verbe nous cause des souffrances; elle est le fruit d’une longue passion spirituelle. L'homme qui veut revenir à Dieu, doit se séparer de tout ce qui n'est pas Dieu, et sortir ainsi de luimême ; s'il désire que Dieu vive en lui , il doit mourir à toute créature; il doit s’affranchir de toute forme, do toute image fournie par les sens et utile seulement aussi long-temps que l’homme vit dans la v
multiplicité {interna abttraclio). Les facultés intellectuelles doivent être rappelées de leur dispersion au dehors, et concentrées comme en un coin caché de l'âme, afin que dans celle-ci règne le silence, et qu’elle parvienne à un oubli total, â une ignorance complète de tout cc qui n’est pas Dieu Dans cette suprême abnégation de la volonté, on n'a plus aucun souci des choses extérieures et variables; on renonce â l’amour des créatures, on s’abstient de la jouissance des sens , aussi bien que de celle do la raison où l’esprit se pose Ini- y
même comme objet de sa contemplation. On supporte l’aflliction et la douleur du corps comme moyens de salut , et on devient insensible à tout ce qui tue l'homme moralement, comme le mépris, la haine, l'injuste excommunication^. Le désir de l'action cesse, ou attend en patience l'arrivée de Dieu, et avec une passive résignation, on le souffre et on le laisse opérer tout scul^. A l'homme n’appartient
Prêd.t X, 6. der .Ventch tim inPVfndig C9trk 19 I ftirkm, te nuits tr aUt Ar^i
insitKtn,reckt ait ineinen v^inkel der tetlf and tich verkargen vor atUn hUdan und formem, und aldo ntaff er vtirken. Hie mats er kommen im ein ntrgeiien mnd in finÆÎtvpisten. fa mujt tein ta ryrner tiiih und in eÎHrm t O. Man toit ktenomnten im ein uhtrformrt
turddits aap%'ittrn toU im nifht kommm tfon unniisfn, akrr mer t'on wittea....*
Pftd., Clllf 0. mLifiu kindi, im deinta fframdt und in dfin niehif und lats dan turn
mitt allen Mejrnen gloeken auff" dieh falltn. Lots aile teujal die tn drr Ilellen teind uhtr dicà kommen, kimmet und erden mitt allen ereaturem, et toll dir allai etanderiieh dienan, timek nut in dein nicht, dir eoiri der hette ieil.*
29 V. U «omparai»on entre râine rétifoée et on orgue jooA par Dieu« M9d. on. 278.
que la résignation , à Dieu seul l'illuminatiou. Le dernier effort de cette profonde humilité consiste é pouvoir même se passer de Dieu, quand il refuse de consolfr l'âme par sa présence; de même que l’extrême de l’abnégation est de ne plus vouloir ni bien ni mal , et de ne plus donner d la volonté d’autre objet que le néant.
Cependant le corps s'oppose toujours à ce détachement des choses extérieures , et â cette introversion toute passive; il y a un combat incessant entre lui et l’âme ; il est fort, car sur la terre il est dans son domaine , tandis que Tâmc , dont la patrie est au ciel , est une étrangère ici-bas Avec le secours de la grâce, il faut alors dompter le corps par la pénitence , et mortifier la chair par des privations. La résignation qui résultera de lâ sera la seule véritable , car elle sera l’effet de notre courage et de notre libre volonté ; tandis que celle qui est le fruit d'une âme débile ou d'une constitution trop délicate , ne sera toujours qu’un signe de faiblesse. La meilleure chose qu’on puisse faire pour se procurer cette liberté d’esprit , condition indispensable de notre union avec Dieu , c'est de suivre le divin exemple de Jésus. Ici nous arrivons à une grande inconséquence dans le mysticisme de Tauler ; mais c’est justement cette contradiction avec son système , qui lui a dicté ses plus beaux passages , et qui sans doute aussi a produit sur scs auditeurs plus d’impression que toutes ses théories sur la génération du Verbe. Nous voulons'parler de scs exhortations â la vertu et â une vie active et charitable , qui s’accordent peu avec la mort mystique de l’âme , mab qui sont d’autant plus conformes à la religion de l’Evangile. Nous devons suivre, dit-il, l’exemple do Jésus-Christ dans toutes les choses qui nous sont possibles , car Dieu n'exige pas que tous les hommes imitent son jeûne ou sa passion ; il faut l’imiter spirituellement et
30 Pr4<f«, XIV, O. s Der leih isi kie kUm miul ttûrekf pvann er Ut in sryntm keimntt, dU 9*tU im , das rrdtrfyrh itt sein i>üttertand. /m htijftn hic mit $tyn frtnnd , dit der
trnmck , dit tttikeit , dns itt niies reider dm geitt , ernnn er Ut hie eltendt Ahtr in dvm hymet ttind nllt teint freund, und ntUj sein getehUcht, dn itt er rtoi gejràmdet , o& cr tick dnr riehtet , und sieh dakin htimUget. *
non corporellement. Pour cela , il sutht d'aimer Dieu , de s'^cver à lui pour une prière tacite’*, et d'exercer la charité envers tous les hommes. L’amour, ou la bonne volonté* est la consommation de toutes les vertus , la couronne de la foi ” ; intérieurement il aime Dieu , et plus il l’aime , plus il est poussé à s'épandre au dehors , et à se prouver par la charité envers le prochain , sans regarder à la condition de celui qui en a besoin , qu’il soit bon ou méchant , ami ou ennemi. 11 y a des hommes qui prétendent que , le renoncement à tout étant notre devoir suprême , il n'est plus nécessaire de pratiquer la vertu. Ces hommes sont égarés par un faux orgueil ; partout où le devoir nous commande l’action , nous avons l’obligation d’agir, comme a fait Jésus; et si, pendant la plus sublime extase, on faisait un ap)>el à notre charité , et que nous refuserions d’y répondre , notre contemplation serait vaine et coupable ; car le Seigneur a dit : Faites luire votre lumière devant les hommes, afln qu'ils voient vos bonnes oeuvres et glorifient en vous le Père céleste. La chose la plus noble et la plus belle dont on puisse parler , c’est l’amour , ou la lumière intérieure réfléchie au dehors. Dieu ne veut pas une science élevée ou des pénitences rigoureuses ; il ne demande que de l’amour , qui seul donne à la raison sa dignité, et qui sanctifie les exercices de la religion. Rien ne nous unit aussi fortement avec Dieu qué le doux lien de l’amour. Celui qui l’a trouvé , n’en cherchera plus d’autre; tout ce qu’il fera sera bon, et son inaction même sera plus utile que l’activité de mille autres. C’est par lé que Tauler rentre dans le mysticisme; car, par cette dernière déclara-
Prtd., LXXXIT, 6. LXXXT, a. a Dm wtten itt gehetu itt titt àes Gtmütfs in
goit: ■ Dit j/4</ dtf mmn teUen das i*t in dem gtyrtt.... Dits itt die reeht vtejits die tu dem reahren gebett gehpret. Vnd nit çvenmt dots des ein vearej grbeti tryr, ta mon vit hinftpert mit dem mund utsveeedig ^ and vit ftittUer tiist, and die ecknett and behend dahin /pricht, and dm herts hie and d^tkin and hertaafft.*
/b.* LXVllI, b. Oo doil l'ipprocber de Dieo mmit taaterem eittjeùigen gUubenj der iebendig tey mit guten veerken and tagenden, ait ein gedichter glaah, der m dem Ubem ait <r* taehiet. *
tion il annule de nouveau l’activité humaine, puisque dans l'état de l’amour mystique l’homme n’est toujours qu'un instrument passif entre les mains de Dieu ; et il est conséquent quand il parle luiméme d’une annihilation du moi, en laquelle il résume toute la perfection de l’homme
Quand on s’est affranchi de toute afl’ection extérieure et intérieure, quand on est arrivé à la conviction de son néant, et pai>là à la véritable pauvrett ou liberté de l’âme , l’accès au Bien- souverain est ouvert , et l’on recouvre la ressemblance avec Dieu. Alors on devient pauvre en grâce et en vertus , c’est-â-dire on n’a plus besoin ni de l’une ni des autres, l’âme étant immédiatement unie avec Dieu et comprenant toutes les vertus dans la suprême unité de l’amour. Elle perd toute inégalité, toute différence; la conformité primitive entre elle et Dieu se rétablit, elle cesse d’étre ellc-mcmc [$ie entwird sich selbft) ; elle est déifiée (vergattet) ; le nom d’esprit humain ne lui convient plus , le néant créé est absorbé dans le néant incréé ; il est Dieu en Dieu et tout-puissant avec lui; mais il ne devient jamais Dieu lui-méme , il demeure toujours une substance créée Par cette illumination l’âme est élevée au-dessus de ses facultés, ou plutôt celles-ci se transfigurent l’une en l'autre ; les sens s'élèvent à l'état de raison , la raison devient intelligence , et Dieu lui-méme occupe la place de cette dernière. Cette révélation immédiate de Dieu , cette contemplation de la lumière surnaturelle , ou cette absorption de l'âme dans l'essence divine , ne se fait plus au moyen d'images ou d'idées d'une manière intelligible quelconque , mais d'une manière essentielle, surnaturelle, incompréhensible par la raison. L'âme est transportée avec toutes ses facultés et affections dans une solitude inconnue et sans fin , dans les ténèbres secrètes et informes du Bien
CMi., S46. lirappoUo: ««S’iii ipsiiu moni^catic, anaihiùUiOf iuierUus, perdiiio, aUtt-
gétio.*
3* Pred.« XII , a. « Vnd oè mam es dôrff\e tprte^en^ sj stind la etlicktr masse nichts, jaJi-
der gou ist in ;«i.» LXYU, a. L'oplflion qao cette uoioo avec Dieo e»l pbjsiqoe , cit nlôse ketterejr.''
invisible, où il n’y a plus que Dieu dans un silence troublé par aucun bruit Couioie une pierre, jetée dans une mer sans fond, tombe toujours et ne peut plus remonter à la surface , ainsi l'âme plongée dans i'abime de la Divinité, n’en atteint jamais le fond incréé et éternel , et n’en peut plus être rappel6 par le monde fini. C’est un flux et un reflux continu de l’âme vers Dieu et de Dieu vers l’âme , qui nage dans un océan de délices; sa félicité consiste à sentir Dieu en elle et autonr d’elle , à ne sentir rien hors de là , et à fouir de la contemplation de la Trinité. Ce que l’on éprouve dans cette extase, dans cette déification , aucune raison ne le saisit , aucune parole ne peut ''
le dire; c’est une immersion , une liquéfaction en Dicti , d’où l’âme n’est ramenée à l’état ordinaire que par les besoins et les faiblesses des facultés inférieures ; de sorte qu’un homme parfait est toujours comme suspendu entre le ciel et la terre.
L’extase se prononce diversement chez les hommes ; les uns semblent comme enivrés de l’amour divin , et leur joie s’exprime par d’ardentes jubilations; d’autres poussent des cris, se mettent à rire ou à chanter ; d’autres encore meurent pour ainsi dire , et leur cœur f'
est brisé par le désir de Dieu. Quelques-uns môme sont morts en effet , en s’abandonnant à un tel point à cette merveilleuse opération , que leur pauvre nature a dû succomber. Cependant ces dilTérens modes ne sont pas encore l’état de perfection ; les extases , les visions , les ravissemens , ne sont que des degrés pour monter â la paisible et silencieuse union avec Dieu , dont le signe le plus sûr est
Pfêd.t XXX , O. «I Da fwird dann der Geisi gesogen uher alie ^
( da0OR «Aw hein memeh kan gfiprrehtn ), dat iit in die verborgen veejrtslots viiuiernjrss des tejrtg»
/oizen gnUf d* eeurt der geyü nim nnhe ingrfiiri ia die einigkeit gottej, dme er gentg verlenri ntten nnderscheidL... Dit» heittt und itt ein nntpreckiUh vintternU», nmd itt dock dot eenr ptetentie iieckt gots, und itt und keittt tin umbegrtijUch teilde peûtte^ ds miemnni inné JSadet ereg avcfc tteg, nock petjs», ttenn et iti uher allé opyt/e. Dite vintitrnitt toU mun nlso vertteen. Et itt tttk lieektf dn keia getchn^em nerstentHit» fugeinngen nock vertteen mng vom natmr , und itt du* rundt eeitdf eeum et ktim^ eieg^g kut. In ditem ftürt dur gf/d ge/urt éker tich telher, miur uUet teyn begrejrjfen und vertteen. *
l'amour de l'humanité. Ceux qui parviennent é ce faite de la vie spirituelle , quoique très-rares , sont des hommes sublimes , les vrais témoins de Dieu. En eux, il n'y aplus aucun faste de paroles, aucune vaine curiosité; ils sont humbles et patiens , et supportent avec résignation leur destinée ; ils sentent un courage inébranlable , la mort n'a plus rien de terrible pour eux ; et si Dieu l’exigeait , ils se loveraient et parleraient devant les hommes , et se sacrifieraient avec joie pour la vérité. De jour en jour la nature leur révèle dç nouvelles merveilles ; la création entière les ramène à Dieu , en toutes choses ils ne voient et n'aiment que lui. Ils exercent toutes sortes de vertus ; le péché recule devant eux**; et ni le monde ni les démons ne peuvent leur enlever la céleste paix de leur âme. Ils sont des hommes doux et aimans , et dans leur amour ils sont remplis de tant de compassion pour les pécheurs, qu'ils mourraient volontiers pour leur salut. Ils soutiennent la chrétienté par leurs prières , et eux seuls portent encore ce monde , dont ils sont les plus fermes colonnes On le voit, ce mysticisme se distingue par sa tendance pratique et morale ; les préceptes de charité sont toujours étroitement liés aux théories sur la contemplation. C'est lâ tout d'abord une heureuse inconséquence dans laquelle Tanler est tombé. Son sens droit, ennemi de toute exaltation , et son cœur aimant , qui voulait le bonheur de toute créature, ne lui ont pas permis d'isoler les hommes dans une oisiveté contemplative , et d’en faire ainsi de chacun son propre et unique centre. Son intelligence était beaucoup trop élevée pour qu'elle n'ait pas dû se heurter à chaque pas contre les écueils du mysticisme: et si son sentiment religieux a pris cette direction, il faut l'attribuer bien plutôt à la tendance générale de son époque et au défaut de véritables étndes scientifiques , qu'à une imagination exaltée ou sentimentale. D'un côté, il avilit le moi, comme tous les
^ Jflld* Oli> d42> Mjimor tnim tt odium in codem stihsifitrf non pot-rmnl. *
Prid,,Xll,a, a doi $tind snrtc mj'nnigklické menjchtnf ej jtind Mhornotùriich m€n4chtn.>.. Sjr tragen niU dût toelif und seind edel jtnl diter rre/f." Mid, Ofl.« M8.
mystiques, et exige de lui une passive indiflTérence pour tout ce qui l’entoure, en ne donnant à la spéculation d’autre but que le détachement du monde , et l’absorption de l’émc dans le néant de Dieu ; mais , d’un autre côté , s’apercevant en quelque sorte de ce qu’une pareille doctrine a de dangereux, il parle en mille endroits de la dignité de l’âme et de la charité comme seul fondement de la vie divine. D’un côté , il place tout le salut dans la vie ascétique et dans les macérations, tandis que de l'autre il prêche les principes de la morale évangélique la plus pure. L’union avec Dieu est tantôt la véritable union chrétienne , c’cst-ô-dire celle de la volonté humaine avec la volonté divine; tantôt il revient â l'union mystique et surnaturelle , à l’anéantissement de l’étre humain dans le sein de Dieu. Tantôt il- nous cause une impression pénible, lorsque , dans des allégories de mauvais goût , il pousse l’abaissement de l’homme <à la dernière extrémité, et lui commande le mépris de soimême, en le changeant pour ainsi dire en un instrument ignoble dont Dieu peut disposer à son gré ; tantôt il y a de la grandeur et de la générosité dans scs paroles , quand il s’adresse au courage d’une • âme noble > pour l’exhorter à la résignation , au milieu d'un monde qui n’est pas digne d'elle , et dans les persécutions qui attendent ici bas les combattans de Jésus-Christ. De pareilles contradictions se rencontrent fort souvent chez lui; en partie peut-être parce qu’il n’a pas réduit son mysticisme en système méthodique, et que tout ce qu’il a écrit est plutôt destiné à édifier et à consoler le peuple , qu’à faire connaître des opinions nouvelles.
Tout en suivant les auteurs mystiques qui l’ont précédé, il n’abdique j.imaisson caractère original. Sa psychologie qui, malgré ses imperfections, fait preuve d’une profonde étude du cœur humain , de ses passions et de ses besoins, lui appartient on propre , quoiqu’on en trouve déjà des germes chez quelques-uns de ses prédécesseurs. Sa métaphysique , obscure à force d’allégories et de métaphores , et ne consistant souvent qu’en hypothèses subtiles sur le monde invisible,
ou en fantaisies spéculatives trop peu distinguées de notions claires et réelles, aboutit au terme inévitable de toute théorie mystique, au panthéisme. Car Dieu seul existe; hors de lui tout est néant ; dans l'abtme de sa Divinité, d'où est émanée i’âmc et dans laquelle elle doit s’absorber de nouveau , se résoudront un jour les contradictions tem|K>relles en une parfaite identité. Une pareille doctrine aurait dù sans doute l’éloigner du catholicisme ; mais il est curieux de voir la peine qu’il se donne pour rester attache à son Eglise ; il en recommande les cérémonies comme des moyens de contemplation ; cependant il en dévoile avec sévérité les abus et les erreurs’*. 11 voulait ramener le dogme à Augustin , et le culte purement extérieur é la foi simple et intime du sentiment. La Bible a été la base sur laquelle il a voulu construire sa doctrine , et Jésus-Christ, le centre de toutes ses méditations. La vie du Sauveur est le modèle qu'il faut suivre, et que malheureusement on oublie trop souvent C’est pour cela qu’il prêche la pénitence avec tant d’énergie , et qu’il s’élève avec tant de force contre la vie déréglée du clergé et des moines, contre le luxe des habitons des villes’*, contre les vices des princes**, ainsi que contre les arides disputes des scolastiques*'. Toutefois il n’était
Pftd. ! LXXXIT f a. « Ich sag in der twigtn çfarhfit, das oh dit tttig Kùntgin Mtria. . .
und Alte htiligtn luid eagtl goHts, mit htuiigtn Maheren Jur den Mentchtm bmten nach diser tejl^ ts hui^t gar nichu, im ttürde tptder tugettgl noch aigenommen, dann aJj er verdicat hai, etc. w
VolteiniO J io op> 4i4. c »*•« Porro signa yus* terrihiief Kas magnajifut plagas porttndunt^ partim tant hretet istst ofyit# ditcittmf tt in X'ariaa sahinde formas abominahiU ^aadam metamorphosif RURC ijaidem tie, nwne vtro aliter commutât» vestes, eam iasotes^bus ac lasdtit gestihus. •
fiachf., 135 , où U montre qoe Ict richeises teroporellet et reAur do Dieo m troaTcnl rarement rénnia dans le môme homme.
^ Prad.« XIXXVI , 5. aDiefursten der <nett ussd die geovaltigen sotten die aUerhetten so seind sy lejfder nun zumal die aller hôstea and ergsten, und stind reekt rosi ussd pferd daraaff dte ttufei r^tten , dos sy die amszereeelten sneiîsehen gottes ^s^ri^^r mr^ martern. C'nd dargu machen sj allen unfryd und unglùck i» aller otelt, mit rynander çttUlich und geystiick. Dûs ailes sieht mon teglich ar i> grossen hojfart and uf\keaschHeitf und in anreehten getealt, and in masiektrkastd hosiheit dU sy stifften und treiken heimlich und o^entlich, kirripnh siekt man aaeh grose hertte manigfaltig plag die got uher uns verhengt, von anser grossen sund evegen.,..»
Ib., cm » Ot U parle dei a grossen vernusi^tigen mit den suhtilen hoken eeorlen, als oA sia
pas fait pour cire réformateur; il parle encore trop sourent de la soumission à l’Église, quelles que soient ses décisions*^ Mais on peut le regarder comme un piiissaut précurseur de la réforme, par l’esprit général de ses œurres cl par les tendances de toute sa vie. Il est donc compté avec raison parmi les témoins de la vérité*^, et Luther a pu dire que dans les écrits de Taulcr se trouvait plus de véritable théologie que dans les livres de sentences des docteurs scolastiques*^'
Cependant cette théologie de Tauler n’est que celle du cœur et du sentiment ; son érudition avait peu d’étendue. Il avait lu les anciens philosophes, et cite fort souvent les noms de Platon, d’Aristote, de \
Sénèque, etc; les néo-platoniciens , surtout Proclus, lui étaient également connus ; les sources de prédilection où il allait puiser ses doctrines, étaient Augustin et Denis de l'Aréopage, ainsi que Bernard de Clairvaux , Hugues et Richard de Saint-Victor, Thomas d’Aquin , et deux ou trois autres. Il ignorait presque entièrement l’histoire ecclésiastique et les langues sacrées ; ses singulières étymologies des noms
4ie t99nljff'botttn t*yen. » — CXXII» O. « AÎU knmireith nuUitr gu ParU mit uUtr irer behtnéi-
ieit kùttden tut kieriu kommtnf undwrolJten ty kiewon rtdm, sy gumal — /
PftdLt y t 5. O Nun V9itttnt, ditst küter (der kircké) uia dit ftrtUien der heitigen
kireheUf dit pf^jffkn , hUckoff, » P^i^^ unà gtisiiicktn hticktigtr ^ dite prelattn tUe taUtn die menseken regitrtu UJtd rickitn mtch dtm M gtttes, und nteh mUtn teim tiekrten ttilten, so stind ty var ertt ieider selh kiimd, and stsû fàri ein Uind den mmdtrn, dut lu fmrcklen itt dag lit htyd mit tinander ftlUn im den grand ettiger verdammatug. Vnd daramb go kahen vtir ail ek er kerren, aist hah ich tin tappriorem and tin priorem and ein ptaeineiai , and hitchojff" and baptt, dit mile aker mick seind, and vtôittn sy aUe alel mif mir, dot gy «Al sa ttàljftn «tu mir taàrdtn, and miek mil heitten ttollen, toi ich mich in einer tttren gelmssenheit and and ertkenigktit dematig' àliek ander «y Ugem^ and dMgelh dtmâtigliek on allts marmeln and «viderreden. • k3 FUeroi, Calai, Igtlium vtritalis. FrADcf. * 165Ô, p. 744.
^ Luthvr's Werkt, td. Walch. Halle, 1744. tn*4<'. t. XVIII, 350. fAwoluMone* eonfra Joh. Tttzêl.) Cep«Ddan( Taaler o’a pat été égakmeDl Iou«^ par let a«te«r* proteitans ; il y en a qui . à rexeniple d« Bêxe , l'ont regardé comme on Tiaiotmaire. Let calhoUqnea ne font pat pin» aflanimea daoa l«urs Jugement aar Inl; le D' Eck, par exemple, l'appelle no rèTeor, tant doale parce que Luther aralt f4U ton éloge. BxoTiot, an contraire (Con- Mn. annnl. Aorottit Col. , 1618, fol. t. XIV , li03) rappelle in ditinit tl hamtnîs gntnttis
eraditiuimam f unctione^tSpiriiai S, exctlltnltr illaminttam " le défend contre lâ «nimù Miyuam fenr«iiri«»i "d'Eck.
delà Bible prouvent assez son manque de connaissances en exégèse*^.
En général il néglige , dans son interprétation de l’Écriture , le sens littéral, pour ne rechercher que le sens tropique et moral“ ; le cantique des cantiques, exploité par les mystiques de tout les temps, lui fournit la plus grande partie de ses allégories , et il en emprunte même, mais du reste assez rarement , des images sensuelles de Dieu*^. Sa diction est simple, grave, sententieuse, abondante en similitudes et en proverbes , riche en comparaisons pittoresques , tirées de la nature et des arts ; quelquefois seulement il est trop métaphysique et trop subtil pour le peuple , tandis que dans d’autres endroits ses ligures triviales répugnent entièrement au goût de notre époque^. L’obscurité lui était inévitiible, tant à cause du sujet même de ses méditations que par le défaut de termes capables d’exprimer les idées mystiques dans sa langue maternelle, vu qu'il a tout écrit en allemand. Ses ouvrages ont donc aussi du mérite pour le philologue, en ce qu’il peut y étudier les premiers essais tentés par la langue allemande , pour se créer une terminologie métaphysique particulière**.
•5 P. et. Pred. vit, a.
Jb. XXll , a. Yoiei ud exemple do ion iolerprétaUon allégorique de Jean, Y : le ré. terroir de Bétbeada eat la peraoRae de déaaa^briai; Teau qol y e»l agUée , ior aang : lea malade* couchéi tout autour, le goure bomaüi; ceux qui ae peurent deeoaadre daut l'eau, letdamué»; les cinq portiques sont on les cinq plaies de lésnt^brial, ou le* cinq rertus: humilité, periérérance, repentir, panrreté, eiupresaemeut à recevoir la grice. — LXXTIU, é. Sur Lue. XT, 8 et suit. La femme est la dirlnité; U ehandeUe, l'humanité déiforme ; le denier perdu , rime humaloe.
De 10 cuecit, 513.
P. ex. Pred. XYIII, 6. , ou Jtfed. an. , 379, où U compare rime à un pendu: le gibet est la divinité;» le* trois piller* du gibet sont le* Iroit personne*; la eorde est fiiltc de trois fils, qui sont Irol* vertu* , etc.
«9 Oberlin , 31. Y. une liste de* mots qui Inl sont propres , p. 18 et s.