CHAPITRE IV
Des différens Orfévres-nielleurs, et en particulier de Peregrini. — Explication des différentes marques emphjrées par cet artiste.
JtLaso F1516UERRA a été jusqu'à-présent le seul orfévre-nieUeur dont on se soit occupé, et dont on ait cité le nom et les productions; il est le seid'aussi des travaux duquel on ait cherché des épreuves; cependant, d'autres que lui ont travaillé dans le même genre; et Fabbé Zani parle d'une Paix, dont la planche originale non terminée fut achetée, en 1801 , pour la galerie royale de Florence. Elle représente saint Paul renversé sur la route de Damas*. Cette Paix, gravée par Mathieu, fils de Jean Dei, a été faite pour la communauté de Saint-Paul, où elle se trouvait encore lors de la suppression de cette congrégation. Malgré l'intérêt que peut présenter cette pièce, il est bon de rappeler, ainsi que je l'ai déjà dit, qu'elle n'a jamais été terminai, et n'a pas
^ ÂfateriaU, etc., p. 45. — «Storia pittorica, eîe., T. I, p. 88 et 89.
Clé niellée; par-conséquait, il sera toujours possible^ lorsqu'on le voudra^ d'augmenter le nomhre d'épreuves existantes de cette ancienne gravure. Toutes celles que j'ai vues sont modernes. Par là , je n entends 'pas dire qu'elles aient été tirées dans ce siècle-<ri, mais vers le milieu du siècle précédent, probablement dans le temps où Gori, s'étant occupé de recherches sur les nielles, avait obtenu la facilité de faire faire quelques épreuves 3 il les donna alors comme objet de curiosité, sans cependant vouloir les faire passer pour des épreuves tirées dans le XV.« siècle. Parmi celles que j'ai eu occasion de rencontrer, j'en ai distingué de deux espèlses; les unes, sur un papier qui, sans être entièrement semblable au papier ancien, y a quelque rapport; les autres, sur im papier épais et à gros grain, tel que celui qu'on emploie encore ordinairement en Italie. Cette différence doit faire croire qu'on a tiré des épreuves à deux époques différentes j les premières du temps de Gori, les autres postérieurement à lui. Mais , en tous cas , ces épreuves, quoique prises sur une planche d'argent gravée dans le XV.© siècle, ne présentent pas l'intérêt de celles qui ont été tirées par Maso Finiguerra ou ses contemporains, puisque ce qu'on recherche cf sont les essais de l'art d'imprimer, et non pas des preuves de Fancienneté de la gravure. Les autres orfévres-melleurs , dont les noms
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sont parvenus jusqu'à nous, sont, parmi les Floraitins, Amerighi', Michel- Ange Bandinelli*, Philippe Bruneleschi'^ à Bologne, François Fumio*,
Bartholomë Gesso^, Geminiano Rossi* et François
Raibolini ', connu sous le nom de François Francia^ et célèbre comme ayant été le maître de Marc- Antoine; à Milan, Daniel Arcioni* et Caradosso^ On connaît encore Ambroise Froppa ^^ de Pavie , Forzone Spinelli " d'Arezzo, qui travailla a Florence; Jacques Tagliacarne" de Gênes, Teucro'^ fils d'Antoine, et Jean Turino ** de Sienne, Fun
' Encidopedia metodica, etc.. Part. I, Tom. II, pag. 83* » Idem, Part. I, Tom. III, pag. 5a.
* Vite de^ più illustri PiUon, ete,, Tom. I, pag. 944*
* Enciclopedia metodica , etc.. Part. I , Tom. IX, pag. 306.
* Idem, Part. I, Tom. IX, pag. 356.
* Idem, Part. I, Tom XVl, pag ai4.
' Idem, Part. I, Tom. XVI, pag. 16. — Vite d^ pik iliustri Pittori, etc., Tom. I, p. 43 1. — Storia pittorica, etc., Tom. I, p. 89.
* Enciclopedia metodica, etc.. Part. I, Tom. I, pag. 178. — Storia pittorica, etc., Tom. I, pag. 89.
9 Storia pittorica , etc. , Tom. ï , pag. 89.
" Enciclopedia metodica, etc.. Part. I, Tom. IX, pag. 194.
" Idem, Part. I, Tom. XVII, pag. 366. — Vite de^ piu illustri Pittori, etc., Tom. I, pag. 6^ et 1 54. — «Storia pittorica, etc., Tom. I, pag. 8.
«■ Enciclopedia metodica, etc., Vaut. I, Tom. XVIII, pag. 108 et 3ii, note 3. j
** Enciclopedia metodica, etc.. Part. I, Tom. XVIII, pag. 170.
»* Idem, etc., Tom. XVIII, pag. 3oi. — Vit^ de* piu illustri Pittori, etc., Tom. I, pag. 43. — Storia pittorica, etc„ Tom. I, p. 89.
68 ESSik.1 SUR lES NIELLES.
des élèves d'Antoine PoUajuolo. Enfin ^ on cite aussi les noms de Antonio", Danti*, Pierre Dinî dit Arcolano', Gavardino*, et Lëon-Jean-Baptiste Albeiti *. Mais ITiistoire ne nous fait pas connaître particulièrement les travaux de tous ces artistes^ eUe nous apprend seulement que la plupart d'entre eux avaient l'estime de leurs contemporains, et qu'ils furent charges d'exécuter plusieurs objets niellés pour diverses églises.
Le nom d'un autre orfevre^-nieUeur est, jusqu'à ce jour, resté presque inconnu; car l'abbé 2iani*, tout en citant une pièce de lui, ne paraît pas même soupçonner qu'il ait pu en faire d'autres : cela est d'autant plus singulier, que ce maître a laissé un grand nombre de ruelles, qui méritent d'être considérés avec la plus grande attention, et que, contre l'usage de tous ses compagnons, il a souvent adopté une marque qui peut faire reconnaître ses travaux. Cependant, parmi les nielles sans marque que je n'oserais attribuer à Finiguerra, comme ne les trouvant pas assez importans, ou comme étant d'un
" Enciclopedia metoàiea , etc. , "Part, I, Tom. U^pag. i5o.
* Idem, Part. I, Tom. VII, pag. ^^6.
» Idem, Part. I, Tom. Vli, pag. 33 1.
4 Storia pittorioa, etc. , Tom. I , pag. 89.
* Idem , Tom. I , pag. 8.
* MaUriali per strvire alla storia, etc..
travail inférieur à ceux qu'on connaît de lui^ il en est plusieurs que je crois de cet autre orfèvre qui doit être regarde comme l'auteur des nielles les plus jolis ^ les plus fins et les plus remarquables, tant par la grâce de la composition, que par la correction du dessin.
J'avais souvent eu lieu de remarquer sur plusieurs arabesques gravées avec soin et d'un trèsbon goût, la marque F placée d'une manière assez apparente, soit sur une tablette, soit sur quelqu'une des autres parties dont les arabesques étaient composées. J'avais vu aussi un nielle y représentant une figure debout, que je regardais comme im des plus , précieux morceaux de ce temps, et dans la marge duquel on voyait les lettres O. P. D. C.^ la barre qui coupait la lettre P, démontrait assez que ces deux marques désignaient le même auteur, hes autres lettres devaient avoir une signification, mais je ne la connaissais pas. Tant que je voulus en faire les initiales de noms patronymiques , je ne pus réussir a trouver rien de raisonnable : mais le hasard me fit rencontrer dans un recueil d'anciennes estampes, acquises à la vente du cabinet Silvestre, en 181 1, plusieurs nielles, dont un représentait une Résurrection de Jésus-Christ : dans la marge du bas est écrit DE OPVS PEREGRINI CE* Le dessin et le travail étaient également remarquables,
et avaient tant de rapport avec les pièces marquées V ou O. P. D. C. y que je ne pouvais douter qu'elle fût du même artiste. Déjà Bartscfa * avait regardé ces deux marques comme appartenant au même maître, dont au surplus il n'avait pas fait connaître le nom, qui se trouve sur le nielle dont il vient d'être parlé.. L'inscription qu'on lit au bas de la Résurrection de Jésus-Christ, pourra bien, il est vrai, paraître fautive, si on veut l'analyser suivant les règles de la grammaire latine; cependant eUe ne peut laisser d'obscurité sur le nom de l'auteur, et ce n'est pas le seul exemple de l'ignorance des graveurs de cette époque. Cette inscription me donna la signification desquatre lettres O.P. D. C. y depuis, j'ai été confirmé dans mon opinion par le savant abbé Zani , qui les a expliquées de la même manière que moi '. Le déplacement de la lettre D ne présentera, je croîs, aucune difficulté pour l'expliquer, et la lettre C. désigne clairement le nom de la patrie de notre artiste; avec la différence, que dans l'inscription latine les trois dernières lettres indiquent adjectivement son pays, tandis que la marque O. P. D. C. est composée des initiales de quelques mots italiens , où le nom de la ville serait précédé de la
* Le Peintre-Graveur , Tom. XIII, pag. ao5 et ao6.
• Enciclopedia metoàioa, etc.. Part. I, Tom. XV, p. 332, note 39.
préposition da. Dans Finscriptioit latine^ l'abréviation du dernier mot doit se lire cjesenatis; et dans les lettres O. P. D. G. on doit trouver les initiales des mots Opéra Peregrini Da Cesena. Enfin la lettre P seule, avec son signe abréviatif, déâgne certainement le nom de Peregrini.
Il y a déjà plus de douze ans que ces explications me paraissaient certaines, et j'en ai donné connaissance à tous les amateurs français ou étrangers qui sont venus à la Bibliothèque du Roi, où ils ont vu avec étonnement la belle collection de nielles qui s'y trouve. Ayant eu, dès-lors, l'intention de donner un Catalogue raisonné de ces nielles y j'attendais ce moment pour faire connaître une découverte à laquelle il me semblait permis d'attacher quelqu'importance ; mais les retards involontaires apportés dans la publication de mon travail, ont été cause que déjà, à Munich et à Londres, il a été publié des ouvrages où se trouvent cités le nom et les travaux de Peregrini. Il me sera facile de prouver l'antériorité de ma découverte, jKiisqœ, dès 1819, afin de prendre date, j'ai donné le nom de cet orfés^re-nielleur , dans ma Notice des Estampes exposées à la Bibliothèque du Roi*.
* Première édition de cette Notice. Pari», 1819, pag. i5.
M. Brulliot^ en 1820^ dans la première partie de son ouvrage % a bien voulu se rappeler que c'était de moi qu'il tenait ces notions sur Peregrini ; et y s'il s'est vu. forcé de donner le premier l'explication de la marque P, il dit, dans cet article, des choses si obligeantes pour moi , que je ne peux que le remercier de la manière honorable et affectueuse dont il s'exprime a mon égard. Paurais voulu adresser de semblables remercimens à l'auteur du Catalogue des Estampes italiennes de la collection de Marc-Sykes, publié a Londres en 1824; mais je ne le puis faire, car, en donnant une liste de plusieurs nielles de Peregrini, cet auteur n'a pas cru devoir citer mon nom. Cependant il avait connaissance de ce que dit M. BruUiot, et il aurait pu aussi se rappeler que c'était moi qui, lors de son voyage a Paris, lui avais fait connaître le nom d'un si habile melleur. Lorsqu'il a décrit ces nielles dans son ouvrage ", en 18 16, il n'a pas pu donner le nom de leur auteur qui , à cette époque, lui était tou4:-a-fait inconnu; du-moins ne l'a-t-il pas nommé lorsque , pourtant avec raison, il lui attribua la marque 6', qui présente
' Table générale des Monogrammes, etc., iSao, pag. 7, 8, 9. * j/in Inquiry, Pag. 56S à 574' ■ Idem, Pag. 571.
bien l'initiale de son nom et celle de sa ville natale. Il existe encore une marque qui doit aussi se rapporter a Peregrini, et cette fois, du-moins, j'aurai l'avantage de n'être pas prévenu par les personnes à qui j'ai pu la faire connaître. Cette marque ne se trouve que sur une seule pièce, qui faisait partie du cabinet Rossi*; c'est un manche de couteau, dont le travail paraît être celui de Peregrini. La marque est composée des lettres P. C. sur une petite tablette, et s'explique facilement, ainsi que la précédente, par les mots Peregrini
G^SSENATIS.
Une autre marque , composée de lettres différentes, et qui se trouve plus fréquemment sur des nielles représentant des arabesques, m'a longtemps tenu en suspens, pour en trouver l'explication ; mais je crois qu'elle désigne aussi le même orféi^re^nielleur. Elle est toujours tracée sur une tablette , répétée et placée symétriquement dans les arabesques : quelquefois, sur la même planche, on voit la marque P, et, dans tous les cas, le goût du dessin et la manière de graver indiquent également le travail de Peregrini. Cette marque, différemment modifiée, se compose des lettres S. C.
* Catalogue raisonné des Estampes qui composaient le Cabinet de M. Rossi, parF.-L. Regnault-Delalande. Paris, i8aa, n.» i56.
74 ESSik.1 SUR LBS MIELLES.
OU se y OU même SCOF. La marque S. C. est plitô frëquente que les autres.
La trouvant placée sur des tablettes qui ^ quelquefois^ avaient l'apparence d'enseignes romaines, j'avais cru d'abord que ce pouvait être les initiales des mots senatus consultus, et cette présomption paraissait assez spécieuse : je commençai cependant à en douter, lorsque je considérai le peu de ra^^ort qui existait entre l'inscription et le sujet des piècessur lesquelles elle se trouvait : elle perdit encore de scm poids à mes yeux , quand les lettres SC ne se trouvaient accompagnées d'aucun point abréviatif : enfin elle me parut tout-à-fait erronée , lorsque je vis la syllabe SCOF. Une autre explication se présenta alors a mon e^it : je pensai que ces lettres pouvaient être les initiales des mots scola Jlorentina. Mais cela ne pouvait plus expliquer la martpie S. C. séparée par un point; d'ailleurs, dans le ^ XV.e siècle, les beaux-arts étant encore au berceau , on n'avait pas dû sentir le besoin de distinguer les artistes des différens pays. Ce n est que postérieuranent à cette époque * , et lorsque les peintres furent plus nombreux, que, voulant se faire honneur de leurs maîtres, ils furent classés par écoles et par pays.
* Storia piUoriça , etc. , Tom. I y pag. gS.
Toutes ces kypothèses m'ont toujours p»rn trop peu raisonnables pour ks adopter, et si je les rapporte ici, c'est pour éviter à ceux à qui elles viendraient dans l'esprit, la peine de s'y arrêter comme à une chose neuve. Mon travail était déjà trèsavancé, et j'avais pris le parti d'avouer qu'aucune investigation ne m'avait amené a la découverte de la vérité; quand, en relisant ce passage, il me vint une idée qui me frappa d'autant plus, qu'en un instant mon explication se déroula avec la rapidité de l'éclair, et qu'il semblait qu'une étincelle âectrique venait de dissiper l'obscurité dont elle était entourée.
n faut s'être occupé long-temps de recherches de cette nature, pour connaître la satisfaction qu'on éprouve dans de s^nblables découvertes. Personne, je pense, ne peut douter maintenant que la marque P soit celle de Peregrini; mais lorsque je n'avais à dcmner que ma propre conviction, on m'a qudlquefois témoigné du doute, et, si l'on ne ccmibattait pas nKm opinion, on me laissait entrevoir qu'elle paraissait au-moins hasardée. L'incrédulité cessa , lorsque je pus faire voir une pièce marquée des lettres O. P. D. C. ; on abonda dans mon sens quand on vit, dans l'une de ces initiales, le même signe abréviatif que dans la lettre P isolée; enfin on demeura convaincu, quand on trouva la même nature
de travail dans les nielles marqués des trois diverses manières. En sera-t-il de mcme cette fois? je Tespère. Cependant il me faudrait encore trouver une pièce, qui peut-être n'existe pas, pour fournir une preuve irrévocable de mes présomptions, qui pourtant me semblent appuyées sur une base raisonnable.
L'orfèvre de Cesène, auquel nous ne connaissons jusqu'à-présent d'autre nom que celui de Peregrini^ avait certainement un nom patronymique, et, sans vouloir dire que ce fût celui de Stephanus, personne ne niera que ce nom pouvait avoir la lettre S pour initiale; personne encore ne contestera qu'à cette époque on se servait indifféremment du nom patronymique ou bien du sobriquet, qui, souvent, est devenu le nom de famille que nous employons maintenant exclusivement. Personne enfin ne révoquera en doute que, pour se faire reconnaître, il était d'usage de placer le nom de son pays à la suite de son propre nom. Toutes ces vérités établies, il est facile maintenant de conclure que les marques S. C. ou SC, soit avec les points abréviatifs , soit sans points , s'expliquent trèsbien par les noms Stephanus Cœsenas , et que la marque SCOF peut l'être également par la phrase Stephanus GiESENAs Opus Fecit. Si enfin sur la même planche on trouve la lettre P ,
elle donnera le complément des noms de notre habile orfévre-nieUeur.
Quelques personnes ont prétendu que la phrase Stephanus, etc, était incomplette, et que, pour qu'elle fût claire et précise, il faudrait y trouver le pronom hoc; mais ce serait avoir peu de connaissance du style lapidaire que de faire une pareille objection. S'il reste quelque incertitude pour adopter l'explication que je viens de donner, elle cessera probablement, si l'on veut prendre la peine de considérer avec attention les pièces gravées i^diT Nicolas RoseXy connu aussi sous le nom de Nicolas de Modène, orfèvre et contemporain de Peregrini. On y verra que , non-seulement il a employé diverses manières de se désigner, mais encore que plusieurs d'elles donnent des formules qui se rapprochent de celles qu'a employées Peregrini. C'est ainsi qu'on trouve quelquefois seulement son nom NIGOLETO^ dans d'autres pièces, il y a joint son nom de ROSEX, ou bien celui de MODENA, sa ville natale ^ d'autres fois il n'a placé a la suite de son nom patronymique que les initiales R ou M, ou bien les syllabes RO. MO. Enfin, enverra aussi les marques OPVS NIGOLETTI, ou bien OP. N. D. MODENENSIS, puis aussi les lettres N. O., qui certainement, dans ce cas, signifient NiCOLETI Qpvs.
Peut-être ai-je un peu longuement discute ce point ; mais j'ai cru nécessaire de faire voir combien j'avais pris de soins pour m'assurer si Fid^fe qui m'était venue pouvait être facilement combattue ou bien si elle était appuyée sur des probabilités qui, par leur nombre, pourraient ôter toute incertitude.
Il est encore nécessaire, avant d'aller plus loin, d'éclaircir un fait qui pourrait entr^uner à quelqu'erreur, en faisant attribuer a Peregrini des pièces auxqueUes il n'a aucune part. Bartscb, qui mérite l'estime et la reconnaissance générale, pour toutes les peines et tous les soins qu'il s'est donnés à rechercher et à décrire une si grande quantité d'estampes rares et curieuses, et à débrouiller tant d'erreurs, en a fait deux assez graves dans cet article, qui, pourtant, est un des plus courts de ses nombreux catalogues raisonnes. En parlant de Peregrini*, il donne la description de quelques-unes de ses planches; mais il commence par assigner l'année i5ii, comme le temps où a vécu notre artiste; et il en donne pour preuve, la date qui se trouve sur la même tablette que la lettre P, dans une petite estampe représentant un enfant assis. Cette estampe n'est point un nielle : la figure est
'^ Peintre- Graveur, Tom. XIII, pag. ao5 et suivantes.
d'une proportion bien plus forte que tout ce qui a été fait par les orfévres^-nieUeurs. Le dessin et la manière de graver n'ont aucun rapport avec tous les autres travaux qui portent l'une des marques de Peregrini. Malgré l'identité des deux monogrammes P, on est donc obligé de penser qu'il y a eu deux artistes qui ont marqué de la même manière. L'un est un des orfévres-rUelleurs de la fin du XV. « siècle; l'autre est un graveur du commencement du XVI.« siècle. Ticozzi ' parle de ce dernier sous le nom de Pierre; il dit qu'il abandonna la peinture pour se livrer à la gravure : il était ^ suivant cet auteur, né a Cesio, viUage du territoire de Feltre, où, selon Zani % il travaillait en i5ii . Ces choses ne peuvent être douteuses pour qui aura vu et des nielles de Peregrini, et l'estampe marquée de Tannée i5ii. M. BruUiot, qui les a examinés avec moi , et dont le jugement mérite d'être cité, a adopté entièrement mon opinion, ainsi qu'il le dit dans son ouvrage *.
A la fin du Catalogue raisonné qui va suivre, on trouvera une table de tous les nielles qui portent
' Storia dei Letterati e degli Aiiisti del dipartimerUo délia Piave. Bellune, i8i3. Tom. I, pag. Sg.
* Enciclopedia metodica, etc, Tom. VI, pag. 333,note ilfi. ' Table générale des Monogrammes, etc. i8ao, in-4*°} p<^g- 7-
8o ESSAI SDK LES KIELLES.
la marque de Peregrini, et de ceux que je crois devoir être attribues à cet auteur , pendant si long-temps inconnu, et qui méritait si bien d'être tiré de l'oubli, puisque, après Maso Finiguerra, c'est le jJus habile des orfévres-nielîews , et que c'est celui dont il nous est parvenu le plus grand nombre de U-avaux.