‹ Essai sur les niellesChapitre 9 sur 236 · II. l'IKIlKK Z^M Vnf rpmi vr tJf la faitr lu-ellff fji lUt · texte numérisé non relu

II. l'IKIlKK Z^M Vnf rpmi vr tJf la faitr lu-ellff fji lUt

.«/•MASO FINIGUERKA- ,

Il serait difficile de peindre la joie de Feétiinable abbë Zaïii^ au moment où^ ayant acquis la certitude de sa découverte y il s'empressa de nous en faire part. Cet excellent homme était tellement [ sourd^ qu'il entendait a peine les complimens qu'on lui faisait sur l'importance de la pièce, qu'il avait i reconnue comme une épreuve tirée par Maso Fini- [ guerra, d'après une planche gravée par lui. Parlant f très^mal le français, il s'exprimait avec beaucoup i de difficulté, et cherchant alors a se mieux faire 1 comprendre, il parlait itaHen j puis, pour s'expliquer mieux encore , il se servait de phrases latines que i sa prononciation rendait difficiles à entendre, et I d'expressions techniques, dont quelquefois nous ! ne pouvions sentir la justesse ; employant sans cesse I les mots rdelloy mellare^ nieUatorey dont le sens ! ne nous était pas connu; le tout entremêlé d'excla- [ mations joyeuses, dont il a rendu compte dans

' son ouvrage^ avec ;ime naïveté et une bonhomie

tout -à -fait extraordinaires ' , mais qu'on serait bien coupable de regarder comme un radotage , pardonnable à un vieillard dont l'ouvrage ne serait qu'une simple rapsodie *. L'agitation dans laquelle était l'abbé Zani devait paraître d'autant plus singulière, que depuis six mois qu'il venait tous les

■ Materialiper servire alla stona, etc. , pag. iv, a, /l^c) ei $2. * An Inquiry, etc. , pag. 3oS.

58 ESSAI SUR LBS HIELLES.

jours travailler à la même place ^ il avait été facile de remarquer que son infirmité le rendait semblable à un terme ) et l'empêchait de prendre part a rien de ce qui se passait autour de lui. Trèsjeune à cette époque^ et ne pouvant attacli^- à cette intéressante découverte autant d'importance que notre savant amateur, je n'oublierai jamais cependant la scène singulière que produisit l'état d'enthousiasme où se trouvait ce digne abbé Zani ; elle m'a frappé si fortement, qu'après plus de vingtcinq ans, elle est encore parfaitement présente à mon esprit.

M. Joly, conservateur du cabinet des estampes de la Bibliothèque, désirant que cette pièce fut placée plus convenablement , la fit enlever de dessus la feuille où elle se trouvait confondue avec quinze autres gravures anciennes, qui, jusqu'à ce moment, avaient bien pu aller de pair avec elle, mais qui, par un trait de lumière, venaient d'être en quelque sorte précipitées à cent pieds au-dessous. Ce fut une nouvelle source de joie pour notre savant abbé, lorsque le lendemain je lui fis voir la précieuse épreuve de la Paix qu'il venait de découvrir, seule au milieu d'une feuille, n'ayant plus pour compagnes, dans le même volume, que les vignettes du Dante, les prophètes et les sibylles de Baccio Baldini. Dix années après, ayant fait un choix de quelques estampes anciennes pour les

PAATIE HISTORIQUE. 5f>

placer, sous cadre , f engageai M. Joly à y mettre aussi la gravure de Finiguerra. Depuis cette époque, tous les amateurs français ou étrangers, en venant visiter le cabinet des estampes de la Bibliothèque du Roi, ont eti Êicilemeat l'occasion d'admirer cette épreuve unique de la peemièhe estampa imprimée par Maso Finiguerra, en i459.

Comme je l'ai déjà dit, Bartsch ne veut pas que cette épreuve ait été tirée sur la planche d'argent ' ; il prétend qu'ainsi que les autres épreuves de nielles^ elle a été prise sur l'une des empreintes en soufre ^e l'on connaît. Il cherche à démontrer que sans doute elle vient du soufre de Seratti'; il veut (Cernent que ce soit sur des soufres qu'aient été prises les épreuves de nielles dont il révoque en doute l'existence % parce que, dit-il, la Bibliothèque de Vienne n'en possède pas un. Cependant^ sans le savoir, il en a décrit, dans son ouvrage^ seize ^, qui doivent se trouver à Vienne, dans la collection impériale, ou bien dans celle qui, à cette époque, appartenait au duc de Saxe-Teschen; car il ne s'en trouvait efiectiv^nent pas dans la collection

* Le Peintre-Grai^eur, Tom. XIII, p. 19, 20, 22, 23, 29 et 34-

* Idem, Toni. XlIIy pag. 44- ' Idem , Tom. XIII , pag. 2$.

* Idem, Tom. XIII, pag. 99,11.0* i et 2^ pag. 101, n.o 6j p. 102, n." 1; p. 206 et suiv. , n.<»» 2 à 10; p. 254, "•** M P* ^9^ ot suiy. , n.»»» 66, 67, 68.

6o ESSAI SUR LES NIELLES.

formée par le comte de Pries, et qiii a été vendue a Amsterdam en i8a4- U dît aussi qu'excepté la collection Durazzo ' ^ on ne connaît de nielles nulle part.

L'abbé Zani, dans ses Materiali, etc., en cite quatre, qu'il a rencontrés en Italie; il aurait dû en décrire davantage, puisqu'a cette époque la Bibliothèque du Roi en possédait une quarantaine, qu'il à vus, mais dont il a négligé, je ne sais pourquoi, de donner connaissance. Il est même assez extraordinaire qu'après avoir cité, d'après Heinecken, les cinq pièces qui composent la suite du Sacrifice d'Abraham, il ne parle pourtant que d'une seule de ces piècesqu'il a vues, dit-il, dansla Galerie de Florence^ Cependant ces mêmes pièces se trouvaient toutes les cinq à la Bibliothèque, dans un des volumes de la collection de MaroUes; et si kcette époque elles n'étaient pas encore reconnues pour des nielles, au-moins se trouvaient-elles classées avec les pièces anonymes des vieux-maîtres italiens. Toutes les épreuves de nielles, alors éparses dans plusieurs volumes^ sont maintenant réunies dans un seul avec celles qui ont été acquises à la vente Silvestre, ou qu'on a eu occasion de trouver <iepuis en Allemagne, en Hollande et en Angleterre. Ce recueil, du plus haut intérêt,

» Le Peintrer'Graveur , Tom. XIII, pa^. a4-

* Enciclopedia metodica, etc. , Fart. II, Tom. II, pag. 7,

est le plus nombreux qui existe; il vlsl été surpassé que par la très-riche collection de Marc Sykes, maintenant disséminée ^ par la vente publique qui eut lieu en Angleterre en 1824.

Il est difficile de concevoir que Bartsch^ qui devait assurément bien connaître les procédés employa pour l'impression d'une estampe^ et la force de pression nécessaire pour faire épreuve d'une planche gravée, ait jamais pu penser qu'une épreuve sur papier pût être tirée d'un soufre '.

S'il avait vu des empreintes de cette nature, même celle de Seratti, qu'il dit être la plus belle et la mieux conservée, et qu'on croit tirée postérieurement a celle de Durazzo', puisqu'elle présente le résultat de la planche dans un état plus avancé; s'il avait vu aussi d'autres empreintes en soufre, ainsi que j'en ai vues plusieurs dans la collection du chevalier Marc Sykes, il se serait convaincu qu'il est impossible de tirer épreuve de semblables empreintes. S'il avait voulu voir des nielles dans les épreuves qu'il a décrites^ à l'article du maître P, il lui aurait été démontré, qu'un travail aussi fin et aussi serré ne peut laisser sur du soufre des tailles assez creuses, pour qu'on y puisse introduire de

' Le Peintre-Graweur , Tom. XIII, pag. 12 et 17.

* Storia pittorica , etc. , Tom. I , pag. 91 .

' Le Peintre'Graweur, Tom. XIII , pag. 206 et suivantes.

62 ESSAI SUR LES NIELt.ES.

l'encre*, et que le papier qu'on y appliquerait, même avec la plus grande lëgèretë, ne produirait toujours quun barbouillage informe. Enfin, s^tl avait pu examiner avec attention de» épreuves de nielles f il aurait trouve sur quelques-unes, et notamment sur celle de la Paix de 145^^ les traces d*ime forte pression , et , en quelques endroits , l'indication des bords d'une planche de métal.

C'est donc une erreur de vouloir considérer la Paix de t452 comme prise sur un soufre, et non pas sur la planche d'argent elle-même ; c'est donc une erreur de ne pas vouloir la regarder comme une épreuve tirée par Finiguerra, et probablement comme le premier essai de la gravure sur métal ; c'est donc une erreur enfin que de vouloir considérer la PREMIÈRE ESTAMPE coufime Un chiffon de papier appuyé, on ne saurait trop comment, sur une empreinte de soufre, qtii se trouverait encrée par des procédés tout-à-fait inconcevables". Si Bartsch eût été vrai, s'il eût mis dans sa discussion toute la franchise convenable , s'il eût voulu un moment se dépouiller de l'amour-propre national, s'il eut voulu ne pas conserver un peu de jalousie contre le cabinet des estampes de Paris, il serait convenu que l'épreuve de la Paix de Finiguerra, qui se

* Le Peintre-Graweur, Tom. XIII, pag, 19 et 20.

• Idem y pag. ao.

trouve à la Bibliothèque du Roi , est une épreuve tirée sur la planche d'argent elle-même; qu'elle e$t bien imprimée; que ce qui manque dans le haut à gauche^ est un léger accident arrivé au papier postérieurement au tirage. Quant à la couleur de l'épreuve, elle ne peut rien indiquer contre die. J'ai d^ fait remarquer qu'on voit souvent des épreuves de nielles bleues ou grises; c'est même le top de la plupart des anciennes estampes îcaliennes; et ce ton gris ne peut donner à penser que l'épreuve soit mal venue, ou soit tirée d'ime planche usée. Il faut aussi fiiire remarquer qu'à cette époque on ne possédait pas les connaissances chimiques qui ont apporté une grande amélioration dans la fabrication du noir d'impression. Peut-être bien n'avait-on pas encore l'habitude de faire cuire l'huile; peut-être ne faisait-on pas usage de la Hlharge, dont la combinaison facilite la dessi cation de l'huile, et l'empêche de s'étendre sur le papier; ce qui lui donnait un ton jaunâtre, ainsi qu'on peut le remarquer dans quelques estampes anciennes d'Italie, et notamment dans les vignettes imprimées pour l'Enfer du Dante ; peut-être aussi que , ne mettant pas assez de litharge dans l'encre, le noir n'était pas suffisamment fixé sur le papier, ce qui fait qu'il ne faut mouiller les nielles qu'avec précaution, et ne pas les mettre dans l'eau chaude; sans quoi , on doit craindre de voir enlever une

|>artie de Tencre. Cette Opération si sittiple, et qu'on peut répéter sans inconvénient sur des estampes d'Allemagne, a causé quelquefois un peu de dommage à d'anciennes épreuves de nielles. Cela me donnera occasion de faire remarquer que l'acide dont on fait tant d'usage depuis quelques années , et qu'on emploie toujours avec succès pour blanchir les estampes d'Allemagne et de France, est souvent pa-nicieux pour les anciennes estampes d'Italie. Il est donc plus prudent de ne pas s'en servir, ou du-moins dans ce cas, de l'employer avec beaucoup de modération.

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