‹ Essai sur les niellesChapitre 6 sur 236 · PARTIE HlâTOllIQXTE. l · texte numérisé non relu

PARTIE HlâTOllIQXTE. l

plus profondément, qu'ils sont {dus larges; tandis que dans la gravure sur métal, les parties qui, dans l'épreuYe, doivent être claires, restent intactes, et qu'on fouille plus ou moins les tailles, en raison de rintensité de la couleur qu'elles doivent avoir. Il est facile de sentir qu'une gravure si différente ne peut être imprimée par les mêmes moyens. Aussi , pour encrer une gravure sur bois, on pose légèrement dessus des balles chargées d'un noir gras ; on ne colore donc ainsi que les parties saillantes de la planche; puis, en pressant ensuite le papier sur la planche de bois, on obtient une épreuve. Dans la gravure sur métal , il faut faire entrer le noir dans toutes les tailles, ce qui se fait, en mettant de l'encre, qu'on étale soigneusement sur toute la planche, d'abord avec un tampon de linge, et souvent avec le doigt; puis on essuie, soit avec un chiffon^ soit avec la paume de la main, toute la superficie de la planche; et au moyen d'une pression beaucoup plus forte, et aussi plus lente que celle de la presse a vis , avec l'aide d'étoffes moelleuses, ordinairement en laine, et auxquelles on donne le nom de langes^ on force le papier humide à s'introduire dans toutes les tailles de la gravure^ d'où il enlève le noir qui y était. Ces procédés sont moins simples^ plus multipliés, et présentent plus de difficultés que ceux employés pour l'impression d'une gravure sur bois; ils supposent des

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connaissances plus étendues et plus générales dans les arts : c'est ce qu'a fait observer M. Émério- David V II est donc naturel de penser que, quoique la gravure sur métal soit la plus ancienne , c'est* l'impression de l'autre gravure qui a dû être découverte la première. Le seul rapport que Ton puisse trouver entre ces deux natures d'impression , est l'encre grasse qu'on emploie également pour toutes deux, et dans laquelle il entre de lalithai^e, dont la propriété est d'être très-«iccative.

La différence des moyens employés pour tirer des épreuves de ces deux sortes de gravures , n'a cependant pas empêché que plusieurs des termes technicpies de l'un de ces arts aient été adoptes pour l'autre, et lui aient été en quelque sorte appropriés , malgré l'inconvenance des expressions. C'est ainsi que se reportant aux planches de bois dont se servaient les graveurs , coupeurs , ou plutôt tailleurs àe cartes k jouer', on a nommé planche de cuivre ou d'argent la lame de métal sur laquelle gravaient les orfèvres ; puis , pour distinguer les épreuves de ces deux espèces de gravures, l'une étant nommée taïUe de bois, on a donné k l'autre le nom de taille douce, parce que l'épreuve qu'on tirait de celle-ci paraissait k l'œil

• Musée Français f gr. in-fol. Tom. III , pag. 6. ' Du mot allemand ^mif^^ribrr.

d'iin effet plus doux que celui des épreuves tirées des gravures sur bois. Transportant^ au contraire, à la plus ancienne de ces gravures le nom d'un instrument qu'on emploie pour la seconde, on a nommé pointe le canif dont on se sert dans la gravure sur bois^ pour enlever les petites portions de bois qui forment l'intervalle entre chaque taille.

Il ne peut entrer dans le plan de cet ouvrage de faire l'histoire de la gravure sur bois , ni celle de l'impression de ces gravures ^ plusieurs auteurs ' en ont déjà parlé avec assez de détails , pour qu'on ne puisse rien dire de mieux que ce qu'ils ont écrit à ce sujet. Il n'en est pas ainsi delà gravure sur cuivre, et de l'art d'en tirer des épreuves : car sur ce point les écrivains n'ont fait que se répéter, en citant toujours Vasari, le seul auteur à-peii-près contemporain qui, dans la vie d'Antoine Pollajuolo ' et dans celle de Marc-Antoine^, ait donné quelques renseignemens sur l'origine de VArt de la Grai^ure, ou plutôt sur l'art d^ imprimer des gravures sur métal.

Lomazzo , Tiraboschi , et d'autres encore , se sont

* Heinecken, Idée générale éPune Collection complette ^Estampes, p. a35. — Ger. Meermanus, Origines Tjrpographicœ.'H.ai^a^om., 1 ']65f in-4*^,p. 17 et seq. *— Papillon, Traité historique et pratique Je la Graffure en bois. Paris, 1766, Tom. I. — Jansen, Essai sur V Origine de la ijrra%fure en bois , etc.

• Flte de^piîi iUustri Pittori, etc. Roma , 1759, in-4°. T. I , p. 438. ' Idem. Tom. II, pag. 409.

l8 ESSAI SUR LES NIEILES.

livres à des conjectures auxquelles il ne faut pas toujours accorder une cmifiance entière : souvent mcme, se croyant suffisamment instniits^ parce qu'ils avaient vu graver^ mais ne connaissant pas bien les procédés employé» pour l'impression , ils ont cru pouvoir expliquer des choses qui ne leur étaient pas assez familières , et ils ont laissé de l'incertitude dans leurs définitions. Les traducteurs^ a leur tour^ ne trouvant pas toujours , dans leur langue^ la valeur analogue du terme technique qu'il s'agissait de rendre, ont augmenté l'incertitude qui existait déjà dans les définitions de l'auteur original y ou bien même, remplaçant une expression par ime autre, qu'ils croyaient synonyme y ils sont devenus tout--à*fait inintelligibles. On peut trouver un singulier exemple de cela dans l'ouvrage même de l'abbé Lanzi , auteur si instruit et si recommandable, mais qui, dans sa dernière édition, a été aidé par le chevalier Jean de Lazzara, dont les connaissances sont fbrtcnnent en défaut dans la note relative à la Paix gravée par Mathieu de J ean Dei * , représentant la Conversion de saint Paul. L'annotateur y dît : « Il y a déjà bien » des années que voulant découvrir la manière » de nieller, on en ôta le nielle *, et la planche » redevînt telle qu'elle était sortie de dessous le

' Relativement i ce nom, voy. à la fin de la première partie, note lY. * Storia Pilioriça délia Italia, Tom. I, pa^;. 8S> note (a).

» burin du grareur » . Il suffit de savoir ce que c'est qu'un email ^ pour sentir qu'il n'y à encore eu aucun moyen chimique ni mécanique, de dissoudre ou d'enlever l'émail de dessus une planche de métal y avec assez de précision pour la mettre dans le cas de produire des épreuves. Si^ le hasard ayant &it sauter une partie du nielle, on parvenait avec beaucoup de peine, et autant de patience, à en enlever quelques autres porti<ms , encore en resterait-il toujours de petites parties, qui, continuant à remplir les tailles les plus délicates, empêcheraient que l'épreuve put présenter toute la finesse du travail. Il est facile de se convaincre de ce qui vient d'être dit, en voyant des épreuves du nielle que M. Wellesley a fait tirer à Milan , en 1825 , et dont il est parlé dans la deuxième partie de cet ouvrage, sous le n.o i64-

Dans la traduction française de Lanzi, cette note est rendue d'une manière inexacte et tout-à-fait inintelligible. On a employé le mot ciselure comme synonyme de niellure *, puis on ajoute : « Ce fut d'après » cet exaaple qu'on imagina de remplir les cavité$ » des plaques d'argent avec un mélanigie de plomb, » et l'on en tira d'abord vingt épreuves ».

U est inutile sans doute de dire combien le mot

* Histoire de la Peinture en Italie , traduite par madame Dieud^. Paris, i8a4, Tom. I, pag. 1 54, Note (i).— P(mr l'explication èa mot niellure , voyez à la fin de la première Partie, note I.

SO ESSAI SUft LES HIELLBS.

ciselure est ici d^^cé, puisque s'il élait possible d'ôter la cisdure d'une jdaque de mêlai, alors elle redeviendrait entièremoiit unie, et ne pourrait donner aucune e^ièce de résultat, en la sou-mettant à l'impression. D me semble que si l'auteur de la note ou le traducteur eussent pris la peine de regarder avec quelqu'attention une de ces épreuves de la Conversion de saint Paul dont il est questicm, ils se seraient convaincus qu'elles ont été ùrpes d'une planche en très-bon état, et n'ayant souffiert aucune altération. Ils auraient pu voir aussi bien facilement que le travail de cette gravure n'a jamais été terminé, puisque plusieurs figures sont au simple trait, et que dans les fimds, plusieurs parties ne sont pas couvertes de tailles. Ces observations démontrent suffisamment que cette Paix n'a jamais pu être nieUée, puisque le nielle ne se mettait sur une planche que lorsqu'dle était entièremait terminée.

Ainsi que d'autres, je serai aussi obUgé de recourir a Vasari dans le cours de cet ouvrage, et je tâcherai d'édaircir les points qui présmtiKit quelques di£Eicultés dans son texte; puis, je chercherai dans les auteurs qui ont écrit depuis, ce qui pourra convmir an sujet que je traite. Je profiterai de Fouvrage de l'abbé Zani; je ne négligerai pas de consi.dter ce qui a été dit par MM. Bartsch, Elméric- David et Oidey, soit que j*adopte leurs idées, soit

que je me permette de les contredire ou de les critiquer. J'aurai encore, pour me guider, les amateurs avec lesquels j^ai eu occasion de me rencontrer, et dont l'entretien m'a quelquefois fait acquérir la certitude d'un point sur lequel j'avais d'abord eu des doutes^ mais, dans tout cela, je ne parlerai pas de ViTwention de la gravure sur métal, dont l'usage remonte a des temps très-reculës; je ne m'occuperai que de V origine de ^impression des estampes.

Si pendant long-temps on a pu être incertain sur le pays et Fépoque où l'on a invente ce merveilleux procède, cetart sans lequel la gravure ne serait qu'un art secondaire , ainsi que l'a dit d'Agincourt " , il ne peut plus maintenant rester aucun doute à cet égard. L'ouvrage de l'abbé Zani doit convaincre les plus incrédules : la manière dont s'exprime ce savant et estimable amateur, montre que sa modestie est aussi grande que ses connaissances. 11 ne prétend pas, dit-il, se placer sur un tribunal*, et rendre un jugement dans une matière aussi délicate; il veut laisser à un amateur impartial le droit de peser, avec la' balance de la plus saine critique, la valeur des documens que produisent les illustres rivaux, et de présenter la couronne au vainqueur.

' Histoire de VArt par les Monumens, Tom. II , pag. i46. » Maieriali per servire alla storia delV origine e de* progressi delV incisione in rame, etc. Parma , 1 8oa , in-8.<», pag. 3 et 56.

Qu'il me sok donc permis d'accepter sa mission, et de publier à haute voii l'airét que sa découverte le mettait dans le cas de pronm:er lui-mdme; qu'on sache que toutes les incertitudes sont fix^j qu'il est démontré enfin que l'art d'imprimer des gravures sur métal est dû à l'Italie; que cette invei>' tîon eut Heu dans la ville de Florence, en i^Sn, et que s<»i berceau fut l'atelier du célèbre Thomas Finiguerra*.

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