‹ Essai sur les niellesChapitre 7 sur 236 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

De VOrféifrerie lors de la renaissance dçs arts çn Italie. — De V ancienneté des Nielles. — D^ ceua: ^ui furent faits en Italie, lors de la renaissance. — De ceux qm ont été faits depuis a Jusbourg et à Paris. — Des plaques en argent niellé , et de la Paix gras^ée , en ï452, par Maso Finiguerra. — Des Empreintes de Nielles en terre et en soufre.

Ljors de la renaissance des arts en Italie, Torfévrerie n'était pas , comme de nos jours , presque réduite à fournir aux simples usages de la vie. C'était un art des plus importans, dont on se servait principalement pour Tomement des églises, riches a cette époque, et dont les revenus, souvent employés à faire fleurir les beaux-arts, ont ainsi contribué si efficacement a leur développement et à leurs progrès. Les oi'févres étaient non-seulement dessinateurs, mais encore sculpteurs, ciseleurs et graveiu-s : ils savaient modeler en cire, et n'avaient pas recours à d'autres artistes pour faire leur modèle. Lorsque leur ouvrage était fondu en argent, ils le

réparaient eux-mêmes; et quand, au-lieu de faire des figures de ronde-bosse ou des bas-reliefs terminés au oiselet, ils voulaient représenter des ornemens sur une surface plane, ils devenaient graveurs, et se servaient de la pointe ou du burin pour tracer leur dessin sur le métal. Voulant faire ressortir les figures , ils employèrent des hachures croisées dans les fonds, placèrent quelques tailles dans les parties ombrées , et les couvrirent quelquefois d'un émail noir, dont Teffet était de faire briller davantage les parties d'argent qui restaient à découvert. Cette nature de travail, auquel on donna le nom de nielle ^ à cause de sa couleur noire, était employée pour orner des calices*, des reliquaires, la couverture des évangélistaires ou livres d'autels, des poignées d'épées, des manches de couteaux, enfin, des coffrets ou lajrettes, qu'on nomme maintenant, dans le langage des amateurs de curiosités, des cabinets, dont l'usage alors remr plaçait celui de nos commodes ou chifiTonniers, et qui formaient, avec le bahut , l'ameublement qu'apportait la mariée dans son ménage. Ces petits meubles, ordinairement en bois d'ébène, divisés par compartimens, et dans lesquels il se trouve un grand nombre d'armoires et de petits tiroirs

* Stonapittorica, etc., Tom. I, pag. 88. — Le Peintre- Graveur, etc. y Tom. XIU, pag. 3.

plus OU moins ornés en ivoire, en nacre, ou bien en agathe fet autres pierres dures, étaient quelquefois garnis de plaques de métal, suivant la richesse des époux auxquels ils étaient destinés.

Ces omemens en cuivre, en argent ou en vermeil, étaient presque toujours gravés, et quelquefois, au-lieu de représenter de simples omemens ou des arabesques, on y traçait des têtes, des figures entières, et même des sujets composés de plusieurs groupes*. Les plaques de métal dont on se servait pour cet usage, étaient toujours d'une très-petite dimension, ordinairement en parallélogrammes, quelquefois en forme de médaillons ronds ou ovales, ou bien chantournés, en raison du compartiment sur lequel elles devaient être appliquées : souvent , dans les épreuves de ces planches , on aperçoit la trace des trous faits dans le métal, afin de pouvoir le fixer, avec de petits clous, sur le livre ou sur le meuble qu'iJ devait orner.

Un artiste habile ne se contente pas ordinairement de suivre la marche de «es devanciers; îl cherche encore à perfectionner son travail, soit en inventant quelque procédé nouveau , soit en améliorant ceux déjà découverts, soit enfin, en rappelant quelques-uns des arts qui sont tombés dans l'oubli. Un de ces orfévres.ingénieux, pour faire remarquer

* yUe de* piii illustri Pittori, etc., Tom. I , pag. 439.

se^ gravures, et leur donner quelque rapport avec les peintures en émail ^ fort employées alors ^ ima* gina de faire revivre en Italie l'ancien usage des nielles, déjà connu en France ' , ainsi qu'on peut en voir la preuve dans les passages de plusieurs auteurs cités par Ducange *. La plus importante se trouve dans le testament de Léodebode ^ , abbë de Fleuri , vers le VII.« siècle. Par cet acte , il Lègue deux coupes dorées de Marseille, qui ont au milieu des croix niellées.

Lessing, ^i rapportant ce passage^, ne veut pas croire que ces coupes de métal aient été décorées d'une croix exx émail noir; il pense que c'était plutôt une croix nillée, terme de blason, employé pour désigner une croix semblable à la croix ancrée, mais qui tient moins de largeur dans l'éeu* Le même auteur énonce ensuite, « comme une conjecture, » que l'art de nieUere&i peut-être le même queFen- » caustique des Anciens ». Bartsch^, en rapportant cela, n'a pas fait aUention que, dans notre langue, encaustique ne signifie pas autre chose que l'art de

' Le PeiiUr&'Graiftur, Tam. XIII , pAg. a.

' Glossarium ad sçriptores mediœ et infimœ laiinUalis. Parisiis^ 1^33, in-fol. , verbis jyigellum, Niellatus,

> Historiée Francorum scripiores , etc. PariaiM, i64i , T<im. IV, pag. 6i. B.

4 KoUektaneen zur LiUeratur, Tom. XVI, pag. ig^» ^^ n^ot lYiellum.

^ Le Peintre- Graueur, Tom. XIII, p«g. 36, note 4-

p^nÀ« avec im mélange de couleur et de cire y art exercé par les Grec» et les Romains * , tandis que la pemture en émail leur était inconnue '. II ne faut pas lui donner une autre acception^ le prendre également pour Fart d'incruster de petites portions de métal sur du bois, de Tivoire, ou même un métal précieux c«u* un autre qui Fest moins : ce qui a plutôt rapport à l'art de damascpiiner , dont l'usage en effet, ainsi que cela .a déjà été dit^ était assez fréquent chex les peuples anciens, quoique son nom semble pourtant faire croire que son origine est due à la ville de Damas, et par cette raison , paraîtrait ne pas remonter, en Europe, au-delà du temps des Croisades.

La damaaquinure ^ la nieliure n'ont d'autre rapport entre éles que d'avoir été exercées l'une et l'autre par des ouvriers habitués à travailler l'or et l'argent. Peut-être bien peut-on classer aussi sous le nom à^JEnkaustUc, un art auquel les Italiens donnent le nom de agemina^, et qui, à-peu-près senptblable à la damasqumure , cmisiste à placer des filets d'or et d'argent sur des plaques de cuivre ou d'acier, oit ils se trouvent fixés au moyen d'un mordant. La damasquinure est un ouvrage

* PUnc, livre xxxv, Tom. XI, pag. 374 etsuiv. j pag. 294 et agS j Tom. Xll, pag. i32 «t i53.

» Histoire de V Académie royale des Inscriptions et Belles-Lettres, Tom. XXV, pag. 6.

' histoire de l'An par les Monumens , Tom. II, pag. i44-

a plusieurs couleurs; la niellurCy au contraire, est une espèce de peinture monochrome ; et la gravure , dans cette circonstance y est nëcessaire, non*seulement pour tracer les figures, mais aussi pour que les barbes formées par le burin, en ouvrant la taille, puissent présenter à l'émail des aspérités qui Fagrafent, s'il est permis d'employer cette expression; et, le retenant sur la plaque de métal, l'empêchent ainsi de s'écailler. C'est pour atteindre le même but, qu'on est maintenant dans l'habitude de guillocher les tabatières, les montres, ou autres bijoux qu'on veut émailler. Dans les cadrans de montre, ou autres objets dont l'émail n'est pas transparent, la plaque de métal est également striée, mais sans régularité et sans soin, parce que l'émail étant opaque, ne laisse rien apercevoir du travail préparatoire.

Ce qui vient d'être dit fait voir pourquoi, dans le travail des orfévres-rdeUeurs , les tailles sont plus fines et plus serrées que dans les estampes des orfèvres-- gras^eurs qui leur ont succédé, puisque dans la gravure destinée à être niellée y des tailles larges et profondes , d'un côté, n'auraient pas présenté les ébarbures nombreuses nécessaires pour retenir l'émail, et de l'autre, auraient pu en produire quelques-unes assez fortes pour traverser la couche d'émail ^ qui était extrêmement mince. Alors fa superficie aurait pu présenter des portions

de métal d'un trè&inauvais effet ^ principalement dans les fonds ^ puisque ^ au-lieu d'être d'un noir égal^ le mette se serait trouve parsemé de petits points brillans. Lorsqu'au contraire^ on a voulu tirer des épreuves d'une planche gravée, un travail aussi serré et aussi fin était difficile à imprimer, surtout dans ces premiers temps, où la presse à cylindre n'étant pas encore inventée, on ne se servait que de la simple pression d'un rouleau poussé à la main.

L'usage des nielles y après avoir été continué depuis le VIL« jusqu'au XII.« siècle, avait été négligé pendant un long espace de temps; il fut repris et fréquemment employé dans le XV.® siècle; mais il ne tarda pas à être abandonné de nouveau; et si l'on trouve plusieurs monumens d'orfèvrerie gravés avec richesse vers ce temps, en Allemagne, on ne connaît aucun objet niellé^ qui paraisse -avoir été fait dans ce pays et dans ce siècle. On en rencontre quelquefois que l'on croit faits à Augsbourg, dans le milieu du XVIII.*. Ce genre de travail vient d'être reprisa Paris depuis quelques années, pour orner des tabatières, des montres, des boites à odeurs, des bracelets, et même des épiçgles en serpent , représentant ordinairement des lettres enlacées en forme de chiffres. Ces nouveaux bijoux

* Le Peintre-Graveur, Tom. XIII, pag. 3 et 4-

sont en or au-lieu cf être en ai^ent^ et n'offrent que des enrottlemens d'anJbesqoes, an-lieu de sn^ets à figures; mais, ainsi que les anciens nielles, ils présentent le métal a nu dans les clairs, avec des parties en émail noir dans les ombres *.

On ne connaît |4us rien des miellés antéiieuiv à Ja renaissance ; et ceux qni furent exécutés en Italie vers ce temps, ne sont pas communs maintenant. Leuir rareté tient a plusieurs causes, parmi lesquelles on doit placer en première ligne le ten^ où Ton a cessé de cultiver cet art^ puisque Gellini*, en parlant de Fart de nieller, dit que dans Tannée i5i5, l'art de graver des nieUes étaStt presque abandonné. La petitesse des ol^ets niellés y et la facilité avec laquelle ils ont pu s'^arer, ont du aussi en augmenter la rareté. Cette rareté a pu devenir extrémeparlebesoincpie firent éprouver les guerres civiles en Italie, de recourir aux églises pour obtenir des secours pécuniaires^ en fondant une partie des objets d'art dont leurs trésors étaient remplis ; enfin , ce qui nécessairement a réditit aussi leur nombre, c'est le soin qu'ont dû mettre à faire disparaître des morceaux de métal ^ dérobés pour leur valeur intrinsèque, ceux qui aimiient pu craindre

■ La mode, «pii dunge si songent eo France, en ooBMnrant le même traTail, fait quelquefois remplacer Témail noir par un émail bleu foncé.

* TratUiio deir Oreficeria, Cap. IL Fiorenza, 1569, in-4*.

BARTIE HISTORIQUE. 3l

de les voir réclamer par leurs propriétaires, s'ils avaient été conservés dans leur forme primilive.

Entre les objets destinés au culte, et où les orfèvres pouvaient le mieux exercer leur talent , comme offrant un champ plus étendu , on doit remarquer les Paix, petites plaques de métal cin« trées , de trois ou quatre pouces de hauteur , sur une moindre largeur. Ces Paix sont encore d^usage maintenant a la messe des grandes fêtes , pendant qu'on chante YAgnus Dei. Leur nom vient de ce que baisée d'abord par le célébrant , cette plaque est ensuite présentée a baiser à chacun des ecclésiastiques , en leur disant Pax tecum. C'est a tort qu'on les a quelquefois confondues nvec la patène , petit plat servant pour le sacrifice de la messe, et sur le dehors duquel on grave seulement le monogramme de J.-'C. La patène donnée aussi à baiser, pendant l'offertoire, parle célébrant lui-même, ne peut être touchée que par lui, à cause de la consécration qu^elle a reçue, et en raison de l'usage auquel elle sert.

Parmi les Paix qu'on voit encore* dans les églises^ beaucoup sont remarquables parleur travail, qudquês-^ines par leur extrême ancienneté. Souvent ce sont des bas-reliefs en argeiit ou en vermeil ; d'autres sont couvertes de peintures en émail ; enfin on en connaît aussi qui sont niellées : et parmi celles-ci, nous parlerons d'abord de la Paix gravée

Sa ESSAI SUR LES HIELLES.

par Maso Fïniguerra, en 14^^^ pour l'église de Saint-Jean de Florence ^^ et placée depuis quelques années dans le Musée de cette ville^ où elle se voit actuellenient. Un tel monument, si précieux aujourdliui, ftit regardé sans doute, dès ce temps, oonune un ouvrage bien remarquable , puisqu'il en existe deux empreintes en soufire. L'une tirée de la planche avant qu'elle fut terminée, après avoir appartenu a Gori, est passée dans le Cabinet du comte Durazzo, a Gènes, et fait encore partie de sa précieuse collection ; l'autre , entièrement conforme à l'original, pour la perfection du travail, était chez le sénateur Seratti , gouverneur de Livoume.

Cet amateur distingué, voulant suivre le Roi de Naples a Païenne, lorsque ce monarque fut obligé de changer sa résidence , emporta avec lui toute sa fortune. Sa mauvaise santé ne lui ayant pas permis de rester long-temps en Sicile , il obtint la permission de retourner a livourae; mais un événement malheureux le priva de revoir sa patrie. Lors de son reâ>ur, il ^t pris et mené à Alger, où il mourut en 1811. La prise fut vendue en parue dans ce pays^ mais la collection d'estampes

* La tndactioa du pasuge de Gori, où il parie de la Paix graTée par Fini^erra, se troure à la fin de la première partie , note VI.

fut apportée à Malte, et acquise, en i8i3, par un capitaine anglais , qui la transporta à Londres; les estampes suivirent alors la chance ordinaire du commerce : l'empreinte en soufre fut réservée par le capitaine, qui voulait en tirer un bon parti. Il la garda jusqu'à Tannée suivante, où elle fut achetée i5o livres sterling par M. Colnaghi, et vendue ensuite 260 livres sterling au duc de Buckingham et Ghandos.

Cette curieuse empreinte est un des objets les plus remarquables de la magnifique collection de Stowe ; elle est encore entourée d'une partie de son vieil encadrement en bois commun, placée sous verre dans un autre cadre en bois d'ébène : le tout est contenu dans une boîte fermée à clef, et déposée dans la salle des archives du comté. De pareils soins ne donnent pas, il est vrai, plus de valeur à cette empreinte inestimable; mais ils font voir avec quelle vénération elle est conservée par l'illustre amateur qui en est propriétaire. Le duc possède également le manuscrit de la dissertation dans laquelle Seratti donne des renseignemens sur la découverte de Finiguerra. Tout ce que dit l'auteur de cette notice ne doit pas être adopté sans discussion ; mais il s'y trouve des faits importans , qu'on ne peut révoquer en doute, et qu'il pourra être agréable de connaître tels qu'ils ont été exposés par l'amateur italien : déjà sa dissertation a été donnée

textueUemenl en italien par Zani \ M. Ottley Ta iraduîte ea anglais*^ et la traduction firançaise que j'en ai faite se trouvera à la fin de cet essai '.

Avant d'aller plus loin^ il me sera pemûs sans doute de revenir ancore sur Tart de nieller, afin de ^re ocmnaitre les causes et les hasards qui ont dû amener Finiguerra à la découverte de Timpressicm des estampes. Chacim sait que oet orfèvre^ le |^u& distingué de son temps, se fit remarquer dans l'art de nieUer, et qu'il fiit diai^ de plusieurs travaux importans pour le Baptistère de Florence, Tune des églises les plus riches de cette ville. Vasari, que Ton a cité souvent, parle de la composition (pi'eniployaioat les orfèvres pour faire leurs nielles^.

La manière d'écrire de cet auteur est si laconique, et qudquefois si négligée, qu'il serait peu utile de donner textuellement les passages où il s^occupe des nielles et de la découverte de Maso Finiguerra. Cela pourrait même laisser qudques doutes sur les moyens employés par les orfèvres pour nieUer, puisqu'en ea parlant dans différens passages, il nest pas toujours entièrement d'ac*> cord avec luinméme; cependant il est hask de &ire connaître ce qu^il nous appraod ; mais au-4ieu d'en

' Vojex à U Su de U premi^ff<e partie, aole TH. « Fite Je più iiiustri FÙÊon. H€., Totb. I» ^119. 61.

donner une traduction Iktërale, j'ai pense qn'il serait mieux d'ajouter quelque» ëclaircissemens^ qui, sans dianger le fond de ce que dit Fauteur italien, le rendraient plus facile à entendre. Déjà Vasari a été commente par des auteurs compatriotes ou par des traducteurs qui, eherefaam à le rendre j^us clair, n^y ont pas tout-k-^feit rëussi ^; je t^herat de me faire mieux comprendre. Toutefois, ceux«qui cadraient lire le texte original, trouveront, a la fin de la première partie de cet ouvrage , les pas* sages dseas lesquels Vasari parle de Fart de nieller, et de celui de tirer des empreintes en terre et des qpreuves sur papier *.

Lorsqu'un orfèvre voulait nieller l'ouvrage qu'il venait de terminer avec le burin , il mettait dans un creuset de Fargent, du cuivre et du plomb, du soufre et du borax '; ce mélange étant fondu et chauffé jusqu'à la vitrification, on le coulait, et on le laissait refroidir, La composition, devenue cassante, était ensuite pilée, broyée, et tamisée en poudre très-finej l'orfèvre alors avait soin d'en répandre, avec précaution, sur les parties gravées de là planche d'argent que , suivant son dessin , il

« Storia RitXonca, etc., Tom. I, pag. 90, note (a); et la traduotii» française lie cet ovfrage, Tom. I, pag. i56, note(r).

» Voyez , à la fin de la première Partie, note VIII.

' La traduction du passage de Celïïni, relatif à Fart de nieller, se trouTe à la fin de la première par^e, note IX.

voulait nieller : ayant ainsi couvert de nielle en poudre la partie gravée de sa planche y il la plaçait près d'un feu clair^ dont la flamme était renvoyée sur la plaque de métal, au moyen d'un soufflet; ce qu'on obtiendrait maintenant avec la lampe d'émailleur. Le nielle y mis de nouveau en fusion, se fixait au métal , sur lequel il était retenu par les petites aspérités que présentait la gravure. La planche niellée et retirée du feu, on la laissait refroidir, puis on en usait la superficie, d'abord avec une pierre-ponce, pour enlever les superfluités; ensuite avec des matières plus douces; puis enfin, on la frottait seulement avec la main , jusqu'à ce que la surface fut entièrement polie.

Cette opération demandait beaucoup de soins et de propreté, afin que le nielle fût étendu bien également et sans soufflure; on a même été jusqu'à dire que les épreuves sur papier provenaient d'empreintes en soufre, et non pas des planches d'argent elles-mêmes, parce que, disait-on, le noir et la graisse, qu'il fallait introduire dans les tailles de la gravure , auraient été un obstacle suffisant pour empêcher le nielle de se fixer convenablement sur le métal. Cette objection est assurément bien futile; il est facile de faire voir combien elle a peu de force, en lisant ce que dit Cellini *, que la beauté d'un

* Tratiato delV Orefioeria, Cap. xxi, p. a4-

nieUe consiste à être uni , et qu'il n'y ait aucune soufflure : il faut pour cela faire bouillir la planche dans de Feau mêlée avec de la cendre , opération à laquelle on donne le nom de cendrée. Après que la planche a bouilli dans cette eau pendant un quart dlieure, il faut la mettre dans de l'eau propre, et la frotter avec une brosse, jusqu'à ce qu'il ne reste plus d'ordure dans les taîUes de la gravure. Ce passage démontre clairement que pour nieller une planche, elle devait être bien nettoyée^ le procédé que décrit Cellini, fait voir que la saleté qu'aurait pu laisser l'impression, aurait été enlevée aussi facilement que celle qui se trouvait produite par le hasard, pendant la durée du travail.

Vasari, en parlant des nielles y dit aussi que Maso Finiguerra peut être regardé comme trèscélèbre dans ce genre. Pendant fort long-temps on a regretté de ne pas connaître les travaux de cet habile orfèvre j cependant il existait de lui une Paix qui, sans avoir ni son nom ni sa marque, est bien authentique, puisque les archives de Saint-Jean de Florence fournissent la preuve que, en 14S2, on lui paya 66 florins d'or pour avoir gravé et niellé une Paix d'argent représentant l'Assomption de la Vierge. Cette Paix, où l'on remarque un talent extraordinaire dans la composition, dans le dessin et dans la gravure, a servi de point de

ccMOQparaison pour faire reconoaitre ^ comme ëtant d« la main de Maso Finiguerra^ d'autres travauii qui, sans avoir la même authenticité, prâentaient les mêmes caractères de beauté.

L'opération de h nieller ne permettant aucune eq[>èce de réparation ni de retouche, il était nécessaire de s'assurer si le travail était terminé avant de jeter le nielle sur le métal; aussi les orfèvres étaient-ils dans l'usage de prendre des ^npreintes pour se rendre compte du point d'avancement de leur gravure : ils employaient pour cela une terre extrêmement fine et compacte*, qui happait la teinte noire et grasse dont on avait eu soin d'emplir les tailles de la gravure; par ce moyen, ils obtenaient sans peine des empreintes de leur travail, ainsi que le font journellement, avec de la cire molle, les graveurs de médailles. Ces empreintes avaient l'inconvénient de se briser facilement ; la terre , en séchant , se gerçait; et lorsqu'elles étaient d'une dimension de trois ou quatre pouces, il devait être impossible de les conserver. Aussi , aucun objet de cette nature n'est arrivé jusqu'à nous : soit que ces morceaux aient été détruits par le temps , soit plutôt qu'ils n'aient jamais été conservés par les orfèvres eux-mêmes.

Pour avoir une empreinte moins fragile, ils

* f^ite de' piii illustri PiUori, etc., Tom. II, pag. 409.

imaginèrent de couler du $ouft« «ur Tenipreinte en' terre : ce moyen offrait deux avantages; l'un de conserver plus facilement un souvetiir de la planche av£ait qu'elle fut niellée ' ; l'autre , de présenter la composition dans le même sers que la planche originale : enlSin, pour rendre plus sdiide encore l'empreiAte en soufre, on coukit derrière une certaine épaisseur de plâtre. On rencontre encore quelques-uns de ces essais, et j'en ai vu, dans la collection du chevalier Marc Sikes, plusieurs cjul avaient servi à décorer une châsse conservée longtemps dans le couvent des Gamaldules. Cependant, on cessa bientôt de faire des empreintes en soufre, probablement dès qu'on eut trouvé le moyen de tirer des épreuves sur papier. On n'en connaît aucune des planches gravées dans le XVI.« îîiècle, et j'ignore sur quoi M. Ottley a pu se baser *, pour dire que Vasari lui-même aurait pu voir encore ce procédé en usage , lorsqu'il était en apprentissage chez l'orfèvre Manno, vers iSaS.

Le passage de Vasari, qui parle des empreintes en terre et en soufre, ainsi que des épreuves sur papier, tirées par Finiguerra lui-même, a été dis^ eu té avec soin par M. Ottley, qui a très -bien démontré dans son ouvrage', que Baldinucci et

' An Inquiry, etc. , pag. aSi et 285.

* Idem f pag. 282.

' Idem, pag. 2G7 cl 268.

4o ESSAI SUR LES NIELLES.

BarUch se sont trompés , en prétendant que les épreuves sur papier étaient tirées des empreintes en soufre. Il fait voir que ces deux auteurs ont été entraînés dans cette erreur par une phrase mal ponctuée dans les dernières éditions de Vasari ' ; en rétablissant cetle phrase d'après une ancienne édition de Bologne, elle a cessé d'être louche , et il devient hors de doute que Finiguerra a pris sur ses planches d'argent dçs empreintes en terre , sur lesquelles il prenait une contre-empreinte en soufre, et qu'il a tiré aussi de ces mêmes planches d'argent des épreuves sur papier. Dans un autre endroit de son ouvrage*, M. Ottley cherche à faire croire que l'abbé Z^ani a partagé, ainsi que l'a fait Bartsch ^jl'erreur de Baldinucci.M. Ottley se trompe. Cette opinion se trouve, il est vrai, dans l'ouvrage de Ztani^; mais il la rapporte dans une de ses notes, qui est la dissertation sur lesoufre de Seratti: ils'exprime tout différemment, lorsqu'il parle lui-même de cçt objet. On voit, dans le texte de son ouvrage, qu'il a seulement voulu dire^, que Maso tira son épreuve sur papier, postérieurement à l'empreinte en soufre, et non pas d'après l'empreinte.

" Voyez à la fin de la première partie, note X.

• An Inquiry, etc. , pag, 3o8 , note •{•

' Le Peintre- Graveur, Tom. XIII, pag. la.

4 Materiali per servire alla storia, etc., pag. 216.

* Idem, pag. 48 et 49-

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