‹ Essai sur les niellesChapitre 8 sur 236 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Epreiwe sur papier, de la Paix niellée en i\5i par Finiguerra. — Impossibilité de tirer épreuve d^un soufre. — UArt d^ imprimer les gravures se répand dans la Lomhardie, la ville de p^enise et V Allemagne. — Éprem^es de divers Nielles. — Fausseté des dates attribuées à plusieurs Estampes anciennes. — Découverte de Vabbé Zani à la Bibliothèque du Roi.

Jusqu'à présent, en parlant des orfévres-niel-leurs, il n'a été question que des empreintes qu'ils ont pu tirer en soufre , et point des épreuves sur papier. Cependant, indépendamment des deux empreintes prises sur la Paix de Finiguerra, et dont il a déjà été parlé, il existe une épreuve sur papier, tirée de cette même planche avant qu'elle fût niellée, et elle se trouve à Paris, à la Bibliothèque du Roi. C'est une épreuve de la môme nature, mais tirée d'ime autre planche, qui engagea M. Ottley à publier son ouvrage, ainsi qu'il le dit lui-même en tête de sa préface*. « Me trouvant en Italie, il

* uin Inquity, etc., pag. vij.

» y a plusieurs années^ le hasard me fit rencontrer » une petite gravure : le style du dessin et la dâi- » catesse du fini ^ ainsi que la manière imparfaite » avec laquelle on semblait Tavoir tirée , me por- » tèrent a penser que ce pouvait être un véritable » essai des talens de Maso Finîguerra ».

On va voir que Timportante invention de tirer épreuve d*une planche gravée au burin, fut, quoi qu'en dise d'Agincourt " , amenée par le hasard ', qui souvent a plus de part que le génie lui-même, dans les inventions les plus précieuses, mais dont rhomme habile sait s'emparer, en apercevant l'avantage qui peut résulter de la découverte qu'il a faite sans s'y attendre.

Persomie n'ignore ce que raconte Vasari, qu'une femme ayant posé sur l'établi de Maso JPÏniguerra un paquet de linge mouillé, sans faire attention qu'il s'y trouvait une planche prête à être niellée, ce paquet étant resté cpielque temps sur la planche, on fut fort étonné, en l'enlevant, de voir tout le travail de la gravure empreint avec fidélité sur le linge humide'. L'ingénieux Fïniguerra, surpris, émerveillé même de cet efifet, répéta sans doute cet essai avec le premier linge qui se sera trouvé sous sa main : réfléchissant ensuite que du papier

■ Histoire de V Art par les Monumens, etc., Tom. II, pag. 146.

* An Inquiiy, etc. y pag. 285.

^ Manuel des Amateurs , etc., Tom. III, pag. 4>

humecte pouyait amener les mêmes résultats^ quelques chiffons plac& derrière son papier, et la paume de la main, lui auront suffi pour se convaincre de ce qu'on pouvait espërer d'une pareille découverte. Passant rapidement à un essai plus important, il aura remplacé le linge par une étoffe de laine, dont les poils plus élastiques firent entrer plus fortement le papier dans les tailles ; à la paume de la main il a du substituer un rouleau de bois, au moyen duquel les deux mains procurent une pression plus forte et plus égale. Quoique tout ceci ne soit que des conjectures, encore semblent-elles si naturelles, que rien ne s\>ppose à expliquer ainsi l'anecdote racontée par Vasari; cependant, depuis quelque temps, on avait voulu la faire regarder comme un de ces contes qu'il rapporte souvent, et auxquels on ne doit point ajouter foi. Rien n'est cependant plus facile à concevoir ; mais comment comprendre ce que dit Bartsch*? et surtout comment croire qu'une empreinte en soufre ait jamais pu être encrée ? comment penser que les tailles fines et serrées de la gravure de Finiguerra, après avoir été moulées et contre:mioulées, aient pu conserver encore assez de profondeur sur le soufre pour se charger de noir? comment, après avoir ainsi barbouillé l'empreinte d'un sujet rempli de figures

* Le Peintre- Graveur, Tom. XIII, pag. 19 à 21.

aussi petites et de travaux aussi déUcats^ aurait-il été possible^ avec du papier humide et spongieux, d'enlever le noir sur les parties claires , sans Tenlever en même-temps dans les fonds et dans les parties ombrées ? cc»nment enfin un soufre aurait-il pu supporter la pression nécessaire pour tirer une épreuve ' y tandis qu'il est c^ertain que le plus léger frottement et la chaleur seule de la main seraient déjà su£Gisans pour occasionner des craquemens qui bientôt amèneraient la brisiure totale du soufi*e?

L'art d'imprimer des planches sur métal a pu rester dans cet état précaire pendant quelques années; puis il s'étendit au-delà de Florence , gagna la Lombardie et les états vénitiens, ainsi qu'on peut le conclure de ce que dit Lanzi*^ en parlant des nielles décrits dans la deuxième partie de cet ouvrage, sous les n.®* 26 et SaG. Le nom placé dans l'inscription latine qui est autour du n.® 26, est celui d'une famille bolonaise; et les inscriptions du n.o 326 sont en dialecte vénitien. Ces moti& sont siiffisans pour faire penser que ces gravures ont été faites ailleurs que dans la ville de Florence.

U est à croire aussi que l'art d'imprimer était encore très-peu avancé quand il fut porté en

* An Inquiry, etc., pag. 369.

' Sioria Pittariea delF Italia , Tom. I, pag. 9a.

Allemagne, et qiie, contre Topinion de Bartsch % c'est encore avec des procèdes aussi imparfaits, que furent faites les premières épreuves des planches gravées par le maître de i466; du-moins il s'en trouve quelques-unes si défectueuses , qu'on peut attribuer leur défaut à la faiblesse des moyens dont on se servait pour imprimer. Il est vrai qu'on peut aussi penser que les parties mal venues dans ces anciennes pièces n'avaient pas été suffisamment encrées. Toujours est-il certain qu'en peu d'années l'art d'imprimer des estampes fit de grands progrès en Allemagne : on en trouvera la preuve dans plusieurs estampes, tant de ce maître de i466, que de Martin Schongauer et de Israël Van Mecheln. Ces pièces , d'une dimension quatre ou cinq fois plus grande que les Paix italiennes, sont déjà bien mieux tirées qu'elles, et présentent des résultats trèssupérieurs à ceux qu'on avait obtenus à la même époque en Italie. Il est vrai de dire aussi que le noir employé dans ces deux pays diffère étonnamment^ car, tandis que les pièces gravées par les vieux maîtres allemands sont d'un noir brillant, on reconnaît toujours les gravures italiennes à la pâleur de leur encre ' , souvent bleuâtre dans les pièces les plus anciennes, cpielquefois un peu

■ Le Peinlre'Gravtur, Tom. XIII , pag. 37.

■ Idem, Tom. XIll , pag. 33 ei S/j.

bistrée^ toujours plus ou moins grise et jamais d'un noir pur comme cduî des estampes d'AUemagne.

On ne peut douter de FamëHoration apportée par les Allemands dans Fimpresâon des esUnnpes \ Lanzi croit en voir les motifi dam l'usage de la presse^ et de l'enere d'impression qui était employée depuis plusieurs années en Allemagne*. Cette dernière observation est exacte; quant à l'sHotre^ cha* c^un sait qu'il n'y a aucm rapport entre la presse dont on se sert pour l'impresKOD des fiTres^ et oeBe qu'on emploie pour imprimer les g ra vur e s en taiUe* douce : et^ quoiqu'enefiRst la presse» cylindre ait pa être inventée en Allemagne^ ce ne peut étre^ malgré ce que dit Lanzi ^y la presse à vis des imprimeurs en lettres qui en ait donné l'idée.

Il est facile de se convaincre de la justesse des observations relatives a la couleur de l'ertcre, en examinant des éprew^s de nielleSy ainsi que des gravures d'Antoine Pollajuolo, Baccio Baldini^ Nicolas Rosex, André Mantegna, et aus»! celles de Jean-- Antoine de Brescia ^ que je croîs être le même graveur que Jean-André de Venise , dussé-fe par cette assertion troubler la paix du tom^ beaa^ et m'attirer encore une nouvelle exclamation

* Sioria PiUorica delP Italia , etc. y Tom. I, pag. io3 et 104. ■ Le Peintre- Graveur, Tom. XIII, pag. 3o et 34»

* Sioria Pittonca délia Italia, Tdin. I^ pag. 11 3.

du savant eC excellent abbë Zani * y avec lequel )'ai le regret de ne pas me trouver d'accord sur €^ attide. Au contraire , les gravures de Benoit Montagna^ et celles des deux Gampagnola^ quoi- <|ue kiles dans le même temps^ présentent une ùnpression dont le ton noir se rapproche assez de ediui des estampes allemandes. Cette différence peut venir de ce qne^ travaillant k Venise^ cesgvaveurs ont dû avoir connaissance^ dans cette ville pbitôt qu'ailleurs^ dies améliorations faites par les AUdmands^ dans l'art d'imprimer des gravuores. Au reslse^ quoique Heinecken ait prétendu qu'à celte ^^oque il existait trop peu de relations entre l' Allemagne el l'Italie, pour que les décou» vertes relatives à la gravure aient été promptemenc tFaosportées d'un pays dans l'autre , il n^en est pas moina vrai qu'il n'a fallu que peu d'années, pour faire ccmnaltre cfaea une ns^ion lea gravures qui étaient puUiées chat l'autre.

Cette assertion peut éti^e fteilanent prouvée, en voyant la lettre 9 de l'alphabet gravé en Allemagne par le maître dont la marque est j^ l «^ 6 6 6. La planche ayant été coupée par le haut et par le bas, cette lettre est devamc un It, qui se trouve dans qudques exemplaires d'un livre de Pierre de Abano ,

* Enciclopedia metodica criiico-ragionata délie bette Arti, da P. Zani. Parma, iSao, in-S.®, Paît. II , Tom. VII, p«g. î>o5.

iniprimë à Mîlan, en i^'J^. Je ne m'étendrai pas davantage sur ce sujet^ qui n'a pas de rapport aux nieUes; je Fai d'ailleurs discuté dans un travail préparé depuis plusieurs années ^ sur l'alphabet du maître de i466 , et que je compte publier plus tard.

Les anciennes estampes italiennes sont toujours rares, et il y a lieu de penser qu'elles n'ont jamais été tirées qu'à petit nombre. Cependant, il est permis de croire aussi que l'imperfection des moyens employés pour imprimer les estampes devait en donner beaucoup de tellement défectueuses, qu'elles étaient probablement déchirées par les graveurs eux-mêmes, qui, s'ils n'étaient pas toujours imprimeurs, du-moins faisaient faire ce travail sous leurs yeux.

C'est ainsi sans doute qu'on doit expliquer pourquoi on trouve des épreuves si usées d'une estampe, qui pourtant n'est pas commune; mais je ne pense pas qu'il en soit ainsi des nieUes, dont probablement on n'a jamais tiré que deux ou trois épreuves. Cependant quelquefois on a cm qu'a force de recherches on en découvrirait; mais depuis vingt-cinq ans que l'attention a été appelée sur ce sujet, les soins les plus assidus des amateurs ont procuré la découverte d'un nouveau nielle, plutôt qu'une seconde épreuve de la même planche d'argent. Il paraît même qu'on doit regarder comme absolument unique la première épreuve sur papier, dfune

grat^ure sur métal q^n se trouve à Paris, à la Bibliothèque du Roi. Bartsch fait tous ses efforts pour ne pas reconnaître cette véritë , en prétendant , comme je Fai dëjà dit, qu'au-lieù d'être tirëe de la planche de Finiguerra, Fëpreuve de la Bibliothèque a été prise sur une empreinte en soufre. M. Ottley ' n^est pas d'avis non plus que notre épreuve soit le premier essai de Maso Finiguerra^ il veut attribuer l'antériorité à Tépreuve de la Paix dont il a été possesseur, et à laquelle il suppose la date de i44S y sans avoir pour cela aucune base certaine; s'appuyant simplement sur ce que, dans l'épreuve de cette Paix, les moyens d'impression lui paraissaient tout-à-fait dans l'enfance.

Lanzi , par ime autre supposition, cherche aussi a diminuer le prix de notre estampe, en disant que l'épreuve de l'Adoration des Rois est plus ancienne que celle de l'Assomption. Cet auteur, en supposant l'Adoration antérieure de douze ans a l'Assomption, dont la date est certaine, a voulu faire rononter la découverte de l'impression des estampes à l'année l44<^i ^^ d'avoir une antériorité sur l'époque assignée par Heinecken * pour la découverte de l'impression en Allemagne.

Il n'est sans doute pas nécessaire de s'étendre davantage sur les prétentions élevées par les

■ An Inquiry, etc. , pag. 307.

* Idée générale d'une CoUeètion ^Estampes, pag. aao.

SO ESSAI SUR LES NIELtES.

auteurs allemands^ et il est tout-à-»fak inutile de redire combien sont erronées les dates de 144^ ^^ X 4^5» De Murr 'y suivant cequ'ont écrit Paul Behaim le jeune et Sandrart * ^ a prétendu que ces dates se trouvaiait, la première sur une suite de la Passion en onze pièces; la seconde^ sur une scène familière dW vieillard jouant avec une jeune fille. Heinecken et Bartsch ont fait voir Tun et Fautre que^ tout en répétant ces faits^ ils doutaient fort de leur authenticité : Bartsch paraît même penser que si la suite de la Passion existe ( ce qui est douteux^ puisqu'on ne l'aurait jamais vue depuis Tannée l6i8^ date du catalogue dans lequel elle se trouve citée*), il est à présumer que cette collection serait gravée sur bois^ et que la date serait celle de 1470 *• Il n'est peut-être pas inutile de rappeler ici que si les chiffres 4 6t 7 présentent maintenant trop peu d'analogie pour être confondus, il n'en était pas ainsi à cette époque, où ces deux chiffres étaient figurés ainsi , X /\ ; et où par-conséquent un accident sur l'épreuve pouvait faire croire que le chiffre yv était surmonté d'une boucle , qui lui donnait l'apparence d'un X* Quanta l'année t45S, Zani a démontre clairement que, si cette date existe,

rf**^Mi*«bMMMMariki

' Jàurkal des AfU , Tom. II, pag. iSo.

* wt éc a d« m ia n Mi i ês i m ê B étfûs fieéeritt, Tom. I , pag. 320.

* Le Peintre-Graveur, Tom. Xm, pag. 5 et 6.

* Idem, pag. 6.

IPAUTIE HISTORIQUE. Si

les deiix derniers chiffres ont été mal lus ' , et <ju'elle devrait indiquer l'année i499-

Ceci m'amène a parler d'une autre estampe i^rcsentant saint Grégoire, pape^ voyant l'homme de douleur pendant le sacrifice de la messe ^ et sur laquelle M. Fischer a donné une dissertation pour prouver que cette pièce, gravée en cuivre, portait la daté de 14^2*.

Consulte dans le temps sur cette singularité, a la ^mple inspection du Jac^simUe qu'on me fit voir, je détnontrai que les chiffres qu'on avait pris pour des 2 étaient des 8 , dont on n'avait pas aperçu le délié, qui coupaitperpendiculairementleplein, ainsi foitné dans les chiffra gothiques Z, et que par-conséquent la pièce était de l'année l488, et non pas de i4^^* Ejifin, on doit aussi regarder comme con-^ trouvée la pièce dont parle Samuel Palmer^ , pièce qu'il prétend être gravée sur métal , avec la date de i4iâ ^t les initiales AM , dont la désignation, selon lui, est André de Murano.

De semblables assertions pouvaient être permises encore il y a trente ans ; mais nmintenant , a moins de vouloir se refuser a l'évidence, il n'est plus possiUe de douter un instant, que l'art d'imprimer

' Maieriali per sendre aila storia , e$e. , pag. 6*9. * Annales eftcyclofMidiques , rédigées par A.-L. Millin, Tom. III, pag. 269; juin 181 7.

' History of Printing. London, i733, pag. 391.

5â ESSAI SUR LES NIELLES.

les estampes^ ainsi que je l'ai déjà dit, ait pris naissance en i452 y dans la viUe de Florence.

Si donc, comme' on est autorisé à le penser, l'épreuve de la Paix de 1 4^2 est unique; si elle est la seule pour laquelle on trouve des preuves iiTécusables qu'elle soit de la main de Finiguerra; si enfin cette épreuve est pour ainsi dire le type et le point de comparaison auquel on a recours pour reconnaître les axitres'nielles y qui raisonnablement peuvent être attribués à ce célèbre orfèvre , nous devons cependant avouer que long-temps la Bibliothèque du Roi a possédé ce trésor , sans en connaître toute la valeur. C'est a un étranger, c'est à l'abbé Zani , que nous en devons la découverte : il nous fit voir que cette pièce devait être distinguée particulièrement, comme étant bien certainement gravée par Maso Finiguerra, souvent nommé, mais à tort, Vinx^enleur de la gravure y et que l'on doit, sans aucun doute , regarder comme l'inventem- de Vimpression des grauures sur niétaL

C'est peut-être ici le lieu de faire remarquer combien tous ceux qui ont écrit sur l'origine de l'art de la gravure , ont suivi une marche vicieuse, en croyant toujours procéder mathématiquement, et marcher du connu à l'inconnu; sans penser qu'ainsi, non-seulement ils pourraient, mais que même ils devraient remonter jusqu'au commencement du monde. Lors donc que ces auteurs étaient parvenus

à trouver une date sur une estampe , ils en tiraient la conséquence que, puisque ce fait était constant, il devait avoir un antécédent, auquel, disaient-ils, on pouvait attribuer dix années d'antériorité'. Lors* qu'au-lieu d'une date ils parvenaient à démontrer Texistence certaine d'un graveur , et l'époque où il vivait, ils lui donnaient un maître, au moyen duquel ils reculaient la découverte de trente ans. Lanzi lui-même, auquel on accorde un jugement sain, a suivi cette fausse route : après avoir dit que la Paix de l'Assomption de la Vierge fut imprimée par.M aso Finiguerra, il ajoute, qu'à cette époque il. était déjà célèbre, et qu'ainsi que le disent Gaburri et Tiraboschi , il avait dû faire épreuve des bijoux qu'il avait gravés sur argent j qu'il adopta cet usage vers i44o, çt peut-être quelques années plus tôt*. Il en donne pour preuve l'Adoration des Mages, dont il a déjà été question, et qu'il prétend antérieure à FAssomption , ce que je regarde comme douteux, et qui plus est comme contraire à la vérité. D'abord, si la pièce représentant une Adoration des Mages est de la main de Maso Finiguerra, ainsi que je suis disposé à le croire, on n'a aucune preuve, quoi qu'en puisse dire Lanzi, qu'elle soit antérieure à l'Assomption ^j au contraire,

■ Idée générale d'une Coiledfcn complette éP Estampes, pag. àao. * Storia piUorica , etc., Tom. I, pag. loo.

. * Idem , Tom. I, pag. 93 et pag. ipo, note (6-).

je pense que sans parler de la composition, du dessin, ni du travail de la gravure, qui ne pourraient rien apprendre à ce sujet, en considérant seulement les épreuves de cette pièce , et la manière dont elles sont imprimées , on ven*a qu'elles sont incomparahlement mieux tirées que celles de l'Âssoraption, et même que l'autre Paix représentant la Vierge et FEnfant-Jésus , entourés de plusieurs saints et saintes.

Si l'état d'amélioration des épreuves de l'Adoration des Mages ne paraissait pas déjà une preuve suffisante, pour démontrer qu'elles ont été tirées postérieurement aux deux autres Paix, il semble qu'on devrait encore trouver une nouvelle probabilité de ce fait dans le nombre d'épreuves qu'on en connaît, et qui est supérieur à toutes celles des autres nielles. Or, pourrait-on supposer queFiniguerra eût tiré plusieurs épreuves d'une plancbe qui nonseulement est perdue , mais dont on ne trouve de trace dans aucun auteur ni dans aucunes archives; tandis qu'il aurait négligé de le faire postérieurement pour une Paix destinée au service de la plus célèbre église de Florence.

Voyons au contraire dans ce fait la preuve que le Couronnement de la Vierge est la première pièce imprimée par Finiguerra; que peut-être il n'en fit qu'une seule épreuve , parvenue en France sans qu'on puisse savoir comment; qu'après deux cents

ans d'existence^ cette pièce entra dans le cabinet de Tabbé deMaroUes^ collection dont la richesse est d'autant plus grande^ qu'elle a été formée antërieure* ment à tous les autres cabinets de l'Europe. Plus tard, quand Finiguerra eut gravie la Paix représentant la Vierge et TEnfant-Jésus accompagnés de saints et de saintes, il en tira deux épreuves, dont une fut aussi trouvée en France par Fabbé Zani , dans le cabinet Borduge; elle a passé depuis dans celui de M. Durand, et fait maintenant partie du riche cabinet du duc de Saxe-Teschen. Enfin, plus tard encore, notre ingénieux orfèvre ayant terminé son Adoration des Mages, et voyant que plusieurs personnes désiraient avoir quelques essais de sa nouvelle découverte, en tira plusieurs épreuves, dont quatre sont arrivées jusqu'à nous.

L'épreuve de la Paix gravée par Maso Finiguerra, en 1 4^2 , placée à la Bibliothèque du Roi, parmi les estampes des vieux-maîtres d'Italie, avait cependant échappé à la vue et a la sagacité des nombreux amateurs qui, en visitant cet établissement, en avaient admiré la richesse. Mariette même ne la reconnut pas, lui qui, plus encore que Heinecken, avait dû examiner soigneusement ces recueils, puisqu'il avait cherché avec tant de soin des gravures de Maso Finiguerra, ainsi qu'on en trouve la preuve dans la lettre qu'il écrivit à Gaburri*, en 178 1 , et

* Haccolta di Letiere sulla jfUtura^ etc. , Tom. IT, p. qSo et a5i .

dans laquelle il dit : « J'ai une pleine connaissance n de la riche collection d'estampes du prince » Eugène^ puisque je Fai mise en ordre, et que » j'en ai fait un catalogue très-ample : il nj a cer- » tainement rien de Maso FïrUguerray ni dans » celle du Roi, qui est très-belle, sur-tout dans la » classe des estampes gravées par les vieux-maitres » . L'abbé Zani nous apprend dans son ouvrage ', qu'il vit cette pièce intéressante à la fin de 1797, et peu de jours après son arrivée à la Bibliothèque; mais dans ce moment, il ne fit part à personne de sa découverte, et se contenta de me dire qu'il avait trouvé des trésors qui causeraient bien de l'étonnement lorsque son ouvrage paraîtrait. Ce n'est qu'au mois de mars 1798, après avoir vu chez M. Alibert le dessin de la Paix envoyée par Gaburri à Mariette , que ne conservant plus aucun doute sur l'authenticité de notre épreuve, il prit le parti de faire coniudtre l'importante découverte qu'il avait faite. Je ne puis m'empêcher de faire remarquer que Lanzi, dans sa dernière édition, dit que la découverte de cette estampe eut lieu a Paris, en i8o3 ". C'est une erreur d'autant plus étonnante de sa part, que l'ouvrage publié à ce sujet par l'abbé Zani, a été imprimé à Parme, en

■ ■ I II ■! I llii ^ . I I Ip^M^B^^W ^1^1 II II ■

• Materiali per servire alla storia , etc. , pag. 48.

* Storia pittorica , etc., Tom. I, pag. 91.

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