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CHAPITRE VI

Imitateurs et emprunteurs de Rotrou : Racine (la

Théhaïde , Iphigënie, Brilannicus , Phèdre, Andromaque , Bajatet); Molière (Amphitryon , les Fourberies de Scapin, le Bourgeois gentilhomme, l'Avare, les Femmes savantes); Quinauit (les Rivales); Regnard {les Folies amoureuses) ; Piron (la Mclromanie); Legrand [le Roi de Cocagne) ; La Motte [Inès de Castro).

C'est un droit commun de choisir, parmi les anciens ou les modernes, des originaux dont on s'inspire, auxquels on emprunte une page, une idée. Le modèle est-il connu? L'aveu d'imitation devient inutile et la bonne foi de l'écrivain n'encourt aucun soupçon. E.st-ce un modèle ignoré ou obscur? On doit alors au public une franche déclaration qui écarte toute ombre de larcin : en littérature comme dans le reste, la loyauté est la première des qualités. Si l'on n'arrive à l'original que par l'intermédiaire d'une copie et qu'on dérobe à cette copie quelques traits absents de l'original même, on aurait tort de se croire dispensé de scrupules et autorisé à prendre chez un devancier parce que ce devancier a pris chez un autre : eût-il caché à quelle source il puisait, il faut agir envers lui plus noblement qu'il n'a fait envers son modèle.

DE JEAN HOTROU. 127

Les hommes de génie, quand ils imitent, traitant d'égal à égal avec les originaux, ne pensent pas toujours à citer les noms d'imitateurs inférieurs en mér>te, mais premiers en date, qu'ils ont lus avec avantage. Prendre son bien partout où on le trouve est une maxime de souverain qui se comporte un peu royalement avec le vulgaire :

Vous leur faites, seigneur, En les croquant beaucoup d'honneur.

On pourrait être plus généreux sans y rien perdre. La gloire des écrivains supérieurs ne serait point compromise, s'ils disaient en quel lieu ils ont trouvé leur bien, surtout lorsqu'ils le trouvent dans un auteur de second ordre , et en revanche, la renommée de cet auteur gagnerait à de justes aveux. Est-ce donc là demander un effort impossible? est-ce infliger un supplice insupportable à l'amour-propre? Racine et Molière seraient-ils moins adoiirés pour avoir souvent imité Rotrou dans le motif ou la conduite d'une scène, dans le tour et l'expression de certains vers? Ils auraient dû nommer et saluer le vieux poète, leur aîné, qu'ils rencontraient sur le chemin, essayant de remonter jusqu'à Sophocle, Euripide ou Plaute, et qu'ils laissaient loin derrière eux.

Racine, dans sa préface de la Thébaïde jette bien, après des observations sévères , un mot d'éloge à Rotrou pour VAntigone : il ne déclare pas suivre l'exemple de son de-

vancieren modifiant les caractères de Polynice,d'Aniigone et d'Hémon: mais la médiocrité de la pièce nous permet de n'y pas insister. D'ailleurs, Racine a fait pour une autre de ses tragédies, et celle-là très-estimée, des emprunts faciles à noter, sans adresser le moindre avertissement au lecteur : au contraire, il a lancé indirectement sur Rotrou, copié d'une manière servile par Lecîerc et Coras, cette maligne épigramme qui immortalisa beaucoup mieux que leur ouvrage les « deux grands auteurs rimant de compagnie . » Ce n'est ni de la charité ni de la reconnaissance (1).

Le personnage nouveau d'Ulysse appartenait à Rotrou: Racine l'admit dans sa tragédie , et les rôles d'Achille et d'lph:génie avaient reçu, de la main de Rotrou, des changements que Racine ne rougit pas de consacrer. Il est vrai qu'en les consacrant il les perfectionna, grâce aux qualités supérieures de justesse et de mesure qu'il avait acquises par l'étude. Son Ulysse parait au premier acte en môme temps qu'Achille; c'est plus naturel et plus adroit que de l'amener, comme Deus ex machina, au milieu de l'acte deuxième, à la dispute de Ménélas et d'Agamcmnon : tout d'abord aussi les deux personnages représentant, l'un la fougue orageus», l'autre la fermeté patiente, échan-

(i) « J'ai trop d obligations à Euripide pour ne pas prendre quelque soin de sa mémoire. » (Racine. Préface d'iphigénie.) Une phrase de ce genre en l'honneur de Rotrou n'eût pas été déplacée.

gent des paroles aigres-douces que nous n'entendons qu'au dernier acte de Rotrou, et Racine se garde bien de pousser la discussion jusqu'à un appel en combat singulier. Ce rôle d'Ulysse est annoncé déjà par Agamemnon dans son entretien avec Arcas : a Ulysse, » dit le chef des Grecs à son confident, « après avoir laissé passer mes premiers discours, rappela bientôt sa cruelle industrie:

Il me représenta l'honneur el la patrie, Tout ce peuple, ces rois à mes ordres soumis, Kl l'empire d'Asie à la Grèce promis; De quel front, immolant tout l'état à ma fille, Roi sans gloire j'irais vieillir dans ma famille. »

Resté seul auprès d'Agamemnon, Ulysse reprendra ces arguments,mais ne les développera point, comme s'il évitaitde se répéter. Dans Rotrou, la tirade a plus d'étendue, et(c'est chez lui l'habitude) les choses vont à l'extrême : il ne dit pas, par une litote bien calculée, qu'Agamemnon « n'ose d'un peu de sang acheter la victoire ; » l'hyperbole se déchaîne et les syllabes se heurtent en un cliquetis prétentieux :

S'il faut encore Electre avec Iphigénie, Ne craignons pas qu'il faille et qu'il nous la dénie : Tous doivent tout pour lui, seul il doit tout pour tous ; Tout notre sang est sien, tout le sien est à nous.

(Act. 2, se. 3.)

La réplique éloquente : « J'avais, sans ce discours, etc. » est imitée en plus d'un point ; mais Agamemnon ne pro-

nonce pas, chez Rotrou, le nom de Télémaque, ce nom qui devra, mieux que tous les termes généraux, attendrir les sentiments d'Ulysse, et il demande qu'on cache le funeste bruit à la reine, comme si la reine, en cette affreuse occurrence, n'était pas avant tout une mère : deux nuances délicates qui n'ont pas échappé à Racine. Par un trait de délicatesse plus charmante encore, c'est, dans Racine, Ulysse qui, comme repentant d'avoir pressé le sacrifice d'Iphigénie, accourt annoncer à Clytemnestre la mort d'Eriphile et le salut de sa fille.

Achille, que Rotrou introduit seulement au milieu de son troisième acte, paraît, ainsi qu'Ulysse, à l'acte premier de Racine. Il aime déjà Iphigénie, différence importante à indiquer pour le naturel des sentiments et des paroles ; ce n'est point l'amoureux de roman atteint d'une passion soudaine. Aussi prompt du reste, et avec plus de raison, à protéger son amante en péril, il ira même la réclamer comme un bien qui n'est plus à Agamemnon ; car le poète, usant d'une progression savante, fait défendre la jeune fille par elle-même d'abord, puis par sa mère, enfin par son amant ; et cet amant, lorsqu'Iphigénie décidée à mourir refuse de le suivre et de se mettre sous la protection des Thessaliens, ne menace pas vainement de se percer de son épée ; mais il jure, en homme convaincu et résolu, de courir à l'autel, d'y frapper le prêtre, d'y massacrer les Grecs, d'y égorger leur chef. L'Achille de Racine, type d'amoureux d'un au-

tre temps que celui de Rotrou, est moins romanesque et moins théâtral.

Iphigénie se résigne aussi à la mort sans trop écouter les faiblesses du sang; elle est moins femme que celle d'Euripide: mais quelle tendresse pour son père! Quelle soumission filiale ! L'Iphigénie de Rotrou n'obéit pas, ou si elle obéit, c'est avec une ardeur fébrile, une avidité de mourir, un mépris du supplice inexplicables à seize ans; les sentiments vrais sont dénaturés en elle par un stoïcisme impossible et un ton de déclamation quelquefois odieux ; ne parlant pour sa défense qu'après Clytemnestre, elle enchérit sur la violence maternelle et ne craint pas d'appliquer à celui que « jadis, la première, elle appela de ce doux nom de père, » l'horrible qualification d'assassin ! La chrétienne Iphigénie de Racine ne tombe pas dans ces inconvenances . Aimée d'Achille, qu'elle paie de retour, elle s'effraie de son courroux et le rappelle au respect des parents :

C'est mon père, Seigneur, un père que j'adore ;

elle est émue, tremblante, puis doucement résignée, puis jalouse du succès des Grecs et prodigue d'exhortations entraînantes, mais sans ces grands mots vides et cette raideur scolastique qui, chez Rotrou, nous gâtent son courage.

Pour la composition du personnage de Clytemnestre, et

surtout dans cotte véhémente sortie aussi classique que les imprécations de Camille, Racine a emprunté à Rotrou des traits épars qu'il réunit et atténue avec son art consommé :

Oui, vous clés du sang d'Atrée et de Thyeste, est une imitation de :

Va, père indigne d'elle, et digne fille d'Atrée;

mais la Clytemnestre de Rotrou ne lance ces vers contre Agamemnon qu'après qu'il a quitté la place.

Si quelqu'un doit périr, si Diane l'ordonne, Ménclas son époux, n'a-t-il pas Herniione?,

avait dit l'Iphigénie de Rotrou. Racine, prêtant plus décemment ces paroles à Clytemnestre, écrira:

Si du crime d'Hélène on punit sa famille, Faites chercher à Sparte Hermione sa fille;

et les vers dédaigneux :

Que dis-je, cet objet de tant de jalousie,

Cette Hélène, qui trouble et l'Europe et l'Asie, etc.

rappellent un passage moins heureux du discours d'Agamemnon à Ménelas. chez Rotrou:

Le visage en est beau, mais je doute de l'âme, etc. Dans Racine enûn, Clytemnestre ne menace point Agamemnon de représailles sanglantes; elle ne laisse entrevoir aucun projet de vengeance éclos subitement en son sein ; et

de jean nccrnou. 133

Iphigénie, telle que l'ange du pardon, conjure sa mère

d'oublier, en lui laissant ce suprême adieu:

Ne reprochez jamais mon trépas à mon père 1 (l)

(i) Notons encore des idées, des expressions prises "a Rotrou par Racine. La Clytemnestre du premier dit à Achille :

Ce coup qui la tûrait viendrait de voire nom Bien plus que de Calchas ou que d'Agamemnon; Colle du second:

.. Votre nom, Seigneur, la conduit à la mort. Chez Rotrou nous lisons :

Quoique de cet hymen l'espoir lui soit été, Révérez toutefois le nom qu'elle a porté, Et soyez à ses jours un salutaire asile ; Chez Racine :

... Vous êtes, en ces lieux, Son père, son époux, son asile, ses Dieux. L'Achille de Rotrou dit :

L'honneur m'est précieux,

C'est mon chef, c'est mon roi, mon oracle et mes Dieux. Celui de Racine:

L'honneur parle, il suffit, ce sont là mes oracles. Rotrou: J'immolerais le prêtre aux yeux delà victime. Racine: Le prêtre deviendra la première victime.

Les deux Agamemi.on ont également plus d'un trait de ressemblance. Le vers:

Ces noms de roi des rois et de chef de la Grèce est imité de :

Chef de tant de soldatset roi de tant de rois. Le mouvement si connu :

Heureux qui satisfait de son humble fortune, rappelle, avec plus de goût:

Heureuse la bassesse où l'homme vit content, Et malheureux l'honneur qui le travaille tant ! Le mot si délicat et si terrible adressé à Iphigénie demandant d'assister au sacrifice: « Vous y serez, ma fille, » vient du vers plus lourd:

Oui, n'appréhende pas que l'on te le dénie; et

Du coup, qui vous attend vous mourrez moins que moi, c'est, avec plus de clarté :

Va, j'attends plus que toi le coup de ton trépas. L'expression d'Iphigénie : < Ma vie est votre, bien s, appartient a la Clytemnestre de Rotrou :

Elle vous doit le jour, sa vie est votre bien. L'exclamation :

Et voilà donc l'hymen où j'étais destinée i est mise par Rotrou dans la bouche d'Agamemnon :

Voilà l'heureux hymen que le ciel lui destine l Enfin, Calchas invoquant Diane, la nomme

Chaste fille du Dieu qui lance le tonnerre ; et Raciue fait dire à Clytemnestre qu'Iphigénie

Est le pur sang du Dieu qui lance le tonnerre. Toujours l'histoire du fumier d'Ennius et de l'or qu'en extrayait Virgile!

C'en est assez pour prouver que Racine avait lu et bien lu là tragédie de Rotrou, antérieure d'une trentaine d'années à la sienne, et, qu'en bonne justice, il en eût dû faire mention dans sa préface.

L'Iphigénie et YAntigone n'étaient pas les seules pièces qu'il connût; il avait étudié tout le théâtre de son devancier; il employa, par imitation ou par réminiscence, plus d'une tournure, plus d'une expression p:ises à diverses pièces (1). H en tira plus d'un ressort dramatique: ainsi' quand Néron, amoureux et jaloux, ordonne à Junie de

(1) Voici des exemples de ces imitations presque textuelles et de ces réminiscences curieusement exactes :

Rotrou: Heureux qui satisfait d'une basse fortune.. (Crisante, act. 2, se. 1.) Racine: Heureux qui satisfait de son humble fortune (Iplugènie, att. 1 , se. 1.) Rotrou: Et vous pouvez avoir des passe-temps plus doux., [fiche* act, 3> se. 4.) Racine: Eh 1 quoi, n'avez-vous pas des passe-temps plus doux? (Athalie, act.

2, se. 7.) Rotrou : D'éternel entretien à la race future... (Innoc. Infîd-, att. 5. se. 8.) Racine: L'éternel entretien des siècles à venir... (Iphigénie, act. 1, se. 5.) Rotrou : C'est être criminel que d'être soupçonné. (Bélisaire, act. 5, se. 6.) Racine : Dèsqu'on leur estsuspect on n'est plus innocent. (Athalie, act. 2, se, 5.) Rotrou: Sait trouver... le chemin de ton cœur. (Agèsilan, act. 2, se 5.) Racine : Aricie a trouvé le chemin de son cœur. (Phèdre, act. 4, se 6.) Rotrou: On ne repasse point le noir fleuve des morts. (Heureux nauf., act.

2, se. 5.) Racine : On ne voit point deux fois le rivage des morts. (Phèdre, act. 2, se. 5.) Rotrou: Et le traître me baise afin de m'étouffer. (Crisante, act. 1, se. 3.) Racine: J'embrasse mon rival, maisc'est pour l'étouffer. (Britann., act. 4, se. 3.) Rotrou : Tout mon sang dans mes veines se trouble. (I.aure, act. 4, se. 2.) Racine : Tout mon sang dans mes veines se glace. (Phèdre, act. 1, se. 3.) Rotrou: Je l'adorai constante et je l'aime légère. (Heureuse Constance.) Racine : Je l'aimais inconstant; qu'eusséje fait iidcle ! (Andromaque.) Rotrou: Et prête à mes discours une oreille attentive. (Belle Alph., act. 2. se. 1.) Racine: Prêtez-moi l'un, et l'autre une oreille attentive. (Athalie.) Rotrou: La servir, l'adorer, et mourir h ses yeux. (Venceslas, act. 2, se) Racine : La fléchir, l'enlever, ou mourir à ses yeux. (Androm., act 1 se. 1.)

M. Raynouard (Journal des savants, livraison de Mai 1823) avait déjà relevé la plupart de ces ressemblances, évidemment trop nombreuses pour qu'on puisse les mettre sur le compte du hasard. Encore une fois, la gloire de Racine n'a rien à perdre à ces rapprochements ; mais celle de Rotrou y gagne.

bannir Britannicus, et lui signifie que, caché près du lieu de l'entretien, il ne perdra aucun mot, aucun geste, aucun regard ; que la perte de son rival sera l'infaillible salaire d'un soupir imprudent, il imite l'impératrice Théodore, blessée de la préférence de Bélisaire pour Antonie et ordonnant à celle-ci de rebuter son amant, sous peine de mort, par un accueil indifférent dont elle sera l'invisible témoin (1).

Rolrou fait mieux que suggérer à Racine des motifs de scène ; il lui fournit des traits de caractère, des esquisses incomplètes qui deviendront des figurés achevées. Nous avons remarqué dans l'Innocente Infidélité une nourrice, Clariane, qui ressemble à OEnone, flatteuse détestable, mauvaise conseillère, maudite à la fin par la maîtresse qu'elle a perdue. L'héroïne d'une des plus lugubres pièces de Rotrou, Grisante , a, dans une partie de son rôle, quelque rapport avec Andromaque.

Le sujet de Crisante, en apparence historique par les noms des personnages, est plutôt d'invention. Manilie, général romain, a enlevé d'assaut Corinthe ; Antioche, roi déchu de cette ville et sa femme Crisante sont tous deux prisonniers, mais séparés l'un de l'autre. Cassie , jeune capitaine, chargé de garder la reine captive, s'en éprend avec tant de fureur que, bientôt à bout de patience, il

(l) Britannicus, act. 2, se. 3 et 6.

Bélisaire, act. 1, se. 4 et act. 2, se. 3.

lui fait subir le dernier outrage et la renvoie ensuite en liberté. Elle rejoint, éplorée, son époux, qui la repousse comme coupable d'une passion partagée ; pour se justifier, elle demande à Manilie la mort de Cassie. Celui-ci, torturé de remords, se punit en se tuant lui-môme : Crisante alors, la tête du criminel à la main, retourne vers Antioche et se poignarde. Ce coup de poignard après la vengeance accomplie est d'une Lucrèce (1) : la résistance aux sollicitations du jeune Romain amoureux est d'une Andromaque. Crisante ne nous émeut pas, lorsqu'à sa première entrée en scène elle déclame des vers ampoulés sur l'instabilité des trônes et sur la ruine de Corinthe ; mais dès qu'elle parle de Cassie, ce gardien respectueux qui sous tant de douceur cache une embûche trop visible, nous reconnaissons l'épouse fidèle et la femme résolue à mourir plutôt que de céder à des instances trompeuses et supporter le déshonneur. Digne et ferme dans ses réponses au jeune vainqueur; essayant d'abord de le calmer par une froideur impassible, par une attitude ennuyée, elle s'anime quand il passe les limites des hommages courtois, quand il lui dit que « ses yeux ne sont pas faits pour répandre des pleurs. » — « J'ai vu, » réplique-t-elle d'un ton douloureux et sourdement irrité,

(1) Celle en qui vous trouviez des attraits si charmants

N'est plus uu digue objet de vos embrassemeuts.

(Act. 3, se 4.)

J'ai vu sans m'effrayer Corinthe abandonnée ; Les armes et le bruit ne m'ont point étonnée; J'ai vu, sans m'allérer, tomber ces bâtiments; J'ai marché sans frayeur sur leurs embrasements, Et ce simple discours m'ébranle davantage Que feux, qu'armes, que cris, qu'horreur et que carnage. Je commence à connaître en quel état je suis !... Je sens ma servitude ; on me traite en captive !

(Act. 1; se 4.)

Elle supplie qu'on lui permette au moins de se réfugier dans la solitude et la tristesse. Andromaque veut-elle autre chose, et ses moyens de défense, à sa première entrevue avec Pyrrhus, ne sont ils pas ceux de Crisante résistant à Cassie?Mais la veuve d'Hector est plus touchante que la reine déchue de Corinthe, parce qu'elle a à sauver son fils Astyanax !

Dans un autre ordre d'idées et de sentiments, la tragédie de Cosroès nous présente en Palmiras un aïeul d'Acomatj l'un des personnages les plus originaux du théâtre de Racine. Ces deux hommes, partis de conditions inférieures, et arrivés par leur bravoure aux plus hauts emplois de l'armée, sont tombés en disgrâce et veulent se venger; ils poursuivent leur vengeance au moyen de complots dont ils sont l'âme et auxquels de royales personnes prêtent leur nom : Acomat stimule Bajazet et Roxane , comme Palmiras excite Siroès. Mais Palmiras semble avoir plus de désintéressement; renverser Sira, c'est tout son désir, ce sera sa récompense : Acomat, plus ambitieux , a la pro-

138 ESSAI sun LES œuvres dramatiques

messe formelle de la main d'Atalide, princesse du sang impérial. L'un et l'autre sont à la fois soldats et politiques, Palmiras avec plus de rudesse, Acomat avec plus d'habileté. Celui-ci est en effet dans une situation assez complexe : placé entre les passions diverses et contraires de Bajazet, de Roxane et d'Atalide, il lui faut manoeuvrer finement, cacher ou découvrir sa tactique, retenir ou presser ceux qu'il conseille ; une révolution pacifique, qui lui rendrait son titre de général, le contenterait. Prêt du reste à hâter les événements, si les circonstances l'exigent, il paiera de sa personne et sacrifiera sa vie au salut de ses amis. Palmiras, en lutte avec Sira qui lui a franchement déclaré la guerre, n'a point à tenter la conciliation; que Siroès agisse, et s'empare du trône même par le parricide, voilà tout son discours : Acomat , sans être très-compliqué, a plus de diplomatie. Mais quelles que soient les différences, les deux personnages se touchent en trop de points pour admettre que Rotrou, cette fois encore, n'a pas été utile à Racine.

Outre ces imitations et ces réminiscences particulières, Racine s'inspira souvent de Rotrou, sans qu'il soit possible de marquer précisément tel ou tel emprunt, dans l'expression générale des passions de l'amour. Orantée et Ladislas lui servirent certainement pour la composition de ses beaux rôles d'amoureux tragiques. Nous avons donc sujet de regretter qu'en possession d'une renommée contre

laquelle ses ennemis ne pouvaient rien, il ne se soit pas fait un devoir, le cas échéant, de remettre en mémoire et en lumière son devancier déjà dans la pénombre.

Nous aurions aimé pareille justice de la part de Molière ; d'autant plus que Molière , d'après des témoignages vraisemblables , avait pu , au retour de son voyage dans le Midi de la France, connaître personnellement Rotrou et même se lier d'amitié avec lui. « Ces rela- » tions avaient échappé jusqu'ici (1). Quoi de plus simple? » Rotrou mort le 28 juin 1650, la troupe de Molière » commençant au Louvre, devant le roi, le 24 octobre ï> 1658, il y avait là un intervalle de huit années, t> pendant lesquelles Rotrou n'était plus, et Molière ne » semblait pas être encore. Mais si Rotrou n'a pas connu » Molière dans sa gloire de poète comique, il l'a connu du » moins dans son stage de comédien. Il l'a connu! La » preuve existe.... C'est une brochure de la Bague de » V Oubli. Sur la première page, entre les lignes du titre, » Rotrou a écrit de sa main : « Donné à M. J.-B. 3> Poquelin, par son amy Rotrou. » Et au-dessous, une d autre main, celle de Molière peut-être, a ajouté : <r. Ex libris J.-B. P. Molière. » Attendez! car c'est le » propre des reliques de susciter les incrédules et d'éveiller t> la défiance par l'excès même de la vénération ; s'il est

(1) Ed. Thierry, administrateur de la Comédie-Française. Discours prononcé à l'inauguration de la statue ûe Rotrou, à Dreux, le 28 juin 1867.

» besoin d'un nouveau témoignage, en voici un, imprimé

» en tête de l'Hercule Mourant : c'est ce quatrain adressé

» par la comédienne Madeleine Bôjart à M. de Rotrou

» sur le succès de sa pièce :

Ton Hercule mourant va te rendre immortel ; Au ciel, comme en la terre, il publiera ta gloire ; Et, laissant ici-bas un temple à ta mémoire, Son bûcher servira pour te faire un autel.

» Ainsi, en 1636, — c'est la date du volume, — Madeleine » Béjart était déjà liée avec Rotrou, dont elle avait pro- » bablement joué quelque rôle ; et l'on sait que le jeune 7> Poquelin quitta la maison paternelle pour suivre Made- » leine. Une fois entré dans cette famille des Béjart, » Molière n'en eut plus d'autre. A quelque moment qu'il y j> soit entré, il se trouve associé avec eux, en 1643, pour » l'exploitation de l'Illustre Théâtre. Or, l'Illustre Théâtre, » transporté du faubourg Saint-Germain au port Saint- » Paul, vivait mal, mais vivait encore en 1645, et, quand » j'ai dit que Molière joua sans doute d'original un rôle » dans la pièce de Rotrou intitulée la Sœur, j'ai hasardé » une conjecture qui n'a pour elle que de simples proba- » bilités, mais que ne dément aucune certitude. »

Nous avons eu plaisir à citer ce passage ingénieux, et nous sommes bien tenté de souscrire à ces déductions qui n'ont rien de trop forcé. Molière jouant un rôle de Rotrou ; Rotrou en relations de vieille date avec les Béjart,

et loué, si médiocrement que ce soit, par un quatrain de la séduisante Madeleine; Rotrou, dans deux lettres récemment aussi publiées et qui auraient été adressées à Corneille, prédisant ce que réalisera le génie du jeune Poquelin, tout cela sourit à notre imagination ! Entre Rotrou et Molière, il n'y avait pas seulement des ressemblances de caractère et de talent, comme entre Rotrou et Corneille, mais des ressemblances de vie et d'allures, par le côté indépendant, aventureux et bohème. Que Molière, encore tout jeune comédien , et déjà supérieur au reste de la troupe par sa verve, son initiative, ses facultés d'invention, ait proraplement fait la conquête de Rotrou, poète renommé, nous sommes très-disposé à le croire. Il nous reste cependant des scrupules. Comment leurs relations amicales n'ont-elles été signalées par aucun des contemporains? Comment une tradition ne s'est-elle pas établie à ce propos, ainsi que pour les rapports si affectueux de Rotrou avec Corneille? Comment Molière, passé maître en comédie, n'a t-il jamais parlé de son amy, ne fût-ce qu'à l'occasion de l'Amphitryon, pour lequel il n'avait pas été sans profiter des Sosies, ne fût-ce qu'au sujet de la Sœur, surtout s'il y avait créé un rôle dont sa mémoire gardait des traces assez profondes , à en juger par le Bourgeois Gentilhomme et les Fourberies de Scapin ? Le silence des contemporains et l'absence de tradition ne nous laissent qu'un simple doute ; le silence de Molière nous cause un

fâcheux étonnement : il nous en coûte de supposer que Molière n'ait pas eu toute la franchise de Corneille (1).

Les imitations manifestes de Y Amphitryon trahissent de fidèles souvenirs des Sosies, pour qui y regarde d'un peu près. Nous n'irons rien exagérer, ni rien diminuer. Nous n'admettons pas une seconde que Molière c< fit brûler près de quatre cents exemplaires des Sosies » avant de faire paraître son Amphitryon (2); nous ne supposerons pas non plus que Molière « n'écrivit Y Amphitryon en vers » libres qu'afin de pouvoir s'emparer plus facilement des » idées de son prédécesseur sans se faire accuser de pla- » giat (3); » hypothèse injurieuse pour notre grand poète comique : mais nous ne réduirons pas ses emprunts à « deux ou trois vers et à l'idée d'une scène (4), » ce qui serait contraire à l'évidence et à l'équité.

On avoue que :

Si l'on mangeait des yeux il m'aurait dévoré,

(Rotrou, act. 4, se. 2.) est l'original de :

Si des regards on pouvait mordre Il m'aurait déjà déchiré ;

(Molière, act. 3, se. 2.)

(1) Si les témoignages avancés par M. E. Thierry sont authentiques (et nous avouons que le quatrain attribué à Madeleine Béjart est bien indigne d'elle 1 nous le connaissions et n'osions pas l'en rendre responsable), Rotrou méritait de Molière, autant que de Corneille, ce nom de père que nous expliquerons plus loin : ce nom lui convenait même mieux dans la bouche du grand poète comique, son cadet de vingt ans, que dans celle du tragique, son aîné. Père de la comédie par l'un, père de la tragédie par l'autre, et ainsi fondateur de notre théâtre.

(2)Niceron, t. xvi.

(3) Préface des Sosies. Edition de Desoer.

(4) Article de M. Guizot, dans Corneille et son temps.

que :

Poinl d'Amphitryon où l'on ne cline point,

(Rotr., act. 4, se. 4.) s'est changé en :

Le véritable Amphitryon Est l'Amphitryon où l'on dîne ;

(Mol., act. 3, se. 5.)

et que :

vient de

Le seigneur Jupiter sait dorer la pilule,

(Mol., act. 3, se. 2.)

On appelle cela lui sucrer le breuvage.

(Rotr., act. 5, se. 6)

On accorde encore que l'invention de la scène où Mercure chasse de la maison Sosie qui s'y est introduit pour dîner (1), revient à Rotrou. Gela suffit-il? A-ton fait acte de complète justice? Non; il faudrait un peu plus de concessions. D'abord, dans la scène entre Mercure et Sosie, Molière a fait main basse sur quelques traits spirituels qu'on peut aisément signaler. Ce Sosie « imprudent fleureur de cuisine, » Rotrou l'amenait près des fourneaux pour « escroquer la fumée » des plats. Battu par Mercure, son aller ego à main lourde,

Hélas! « , dit-il, » brave et généreux moi,

Modère-toi, je t'en supplie, .

Et ne te plais pas tant à frapper dessus toi;

comme il s'était écrié, dans Rotrou :

Tu frappes sur Sosie ; arrête, épargne-toi !

(1) Amphitryon, act. 3, se. 4.

Lors de la première rencontre, il a déjà demandé miséricorde à cet intrus irascible :

Mais promets-moi, de grâce, Que les coups n'en seront point ;

(Ad. 3, se. "7.)

à peu près dans les mêmes termes qu'il conjurait l'Amphitryon de l'autre comédie :

Allons; mais que les coups, s'il se peut, n'en soient plus; (Sosies, act. 2, se. 1 .)

et son ébahissement à la suite des réponses si exactes

du second lui-même gourmand et buveur, installé au

logis , se traduit par une image identique cLez les deux

auteurs :

Je suis sans répartie après celte merveille S'il n'était par hasard caché dans la bouteille ;

(Rotrou, act. 1, se. 3.) Et l'on n'y peut dire rien, S'il n'était dans la bouteille.

(Mol., acl.l, se. 1.)

Les efforts du Sosie réel pour expliquer à son maître la présence d'un pseudo-Sosie qui l'a chassé de la maison sont déjà ingénieux dans Rotrou :

... Moi, ne vous dis-je pas, Moi que j'ai rencontré, moi qui suis sur la porte, Moi qui me suis moi-même ajusté de la sorte, Moi qui me suis chargé d'une grêle de coups, Ce moi qui m'a parlé, ce moi qui suis chez nous.

(Act 2, sel.)

Si le valet de Molière a plus de fécondité descriptive, plus de ressources de langue, il emploiera cependant, avec ces répétitions bouffonnes du pronom personnel, certains mots de son aîné :

Ce moi qui s'est de force emparé de la porte....

Enfin ce moi qui suis chez nous.

(Act. 2, se. t.)

Il fera souvent, à son exemple, intervenir ce moi pour la clarté des situations. Mais, vrai ou faux Sosie , son lot est de recevoir des gourmades ou des menaces, sur le même ton et presque avec les mêmes paroles, de la part des deux Amphitryon :

Quel orage de coups va pleuvoir sur ta tête I Moi-même j'ai pitié des maux que je t'apprête 1

(Act. 4, se. 2.)

dit l'Amphitryon de Rotrou; et celui de Molière :

Moi-même je frémis de ce que je t'apprête.' Quels orages de coups vont fondre sur ton dos I

La femme que Molière a donnée à Sosie, la vive Cléanthis, de la famille des Marinette et des Nicole, est-elle une figure toute de son invention? Pas tout-à-fait. Le Sosie latin, au retour de l'expédition contre les Téléboens, semble compter sur le bon accueil d'une « amie ; (1) » mais cette amie, simplement nommée en passant, ne paraît point en

(1) Plaute, v. 505.

scène : d'autre part la servante Thessala est un personnage muet, et Bromia n'a d'autre emploi que de raconter la naissance d'Hercule. Le Sosie de Rotrou est célibataire; mais il y a au logis d'Amphitryon , près d'AIcmène, une suivante, Céphalie, qui joue un rôle tout le long d* la pièce, parle à diverses reprises, et dans un entretien avec Mercure, qu'elle prend pour Sosie, a déjà l'allure, l'accent , sans doute aussi le geste intelligent et malicieux de Gléanthis. C'est donc Roirou, plutôt que Plaute, qui a trouvé la future femme de Sosie : Molière a fait le mariage.

Le Jupiter de Molière a reçu de celui de Rotrou l'héritage de la galanterie ; mais il est moins réservé, moins Dieu ; il participe plus du grand seigneur en train de conquête. Respectueux envers Alcmène , dont il glorifie les vertus (1), il se moque amèrement du pauvre Amphitryon :

Un partage avec Jupiter,

N'a rien du tout qui déshonore.

C'était du moins à l'un des assistants (2) que Rotrou faisait faire cette réflexion médiocrement consolante. Molière songeait trop à Louis XIV, son Jupiter, jeune, radieux,

(1) Act. 3, se. 2.

Alcmène est toute à toi quelque soin qu'on emploie, Et ce doitù tes feux êire un objet bien doux De voir que pour lui plaira il n'est point d'autre voie, Que de paraître son époux, etc.

L'idée était en germe chez Rotrou. dans les strophes liuales que prononce Jupiter, et dont nous avons cité plus haut les premières.

(2) Pour tout dire en deux mots et vous féliciter, Vous partagez des biens avecque Jupiter.

(Se. dernière).

DE JEAN ItOTROU. H1

irrésistible, et qui paraissait accorder une faveur aux maris dont il daignait préférer les femmes.

Cette préoccupation n'a pas porté malheur à son œuvre, où nous trouvons ce qui manque à la pièce de Rotrou, le tour alerte, l'air d'une fantaisie ailée, et le goût piquant des choses de circonstance ; les personnages métamorphosés gagnent en saveur ce qu'ils perdent en grandeur. Rotrou n'a pas su s'affranchir assez de son modèle; il reste souvent romain, il ne francise pas ses acteurs, et, quoiqu'il ait des bons mots, d'excellentes intentions de plaisanterie, la note tragique qui lui est naturelle revient et résonne malgré lui; sa voix s'enfle, son vers s'élève, les mouvements des personnages deviennent nobles et émouvants: apostrophes, interrogations, exclamations, se succèdent comme dans les tirades de tragédie, et le style revêt ces riches couleurs qui attestent l'imagination du poète, mais non son aptitude à prolonger le rire. Un exemple marquera mieux la différence de style entre les deux auteurs. Dans un monologue de Rotrou, Jupiter, s'adressant à l'amour, s'exprime ainsi :

Tantôt, pour m'asservir quelques beautés rebelles, Tu me fais emprunter des ongles et des ailes; Du doux chant des oiseaux ta vertu quelquefois En des mugissements a transtormé ma voix ; J'ai, d'autres fois, chanté mon amoureux martyre Sur la flûte de Pan, sous la peau d'un satyre, Et, sous la forme d'or, ton pouvoir souverain M'a fait trouver passage en des portes d'airain.

Molière ne se souvient-il pas de ce passage, lorsque, dans son prologue, il fait dire à la Nuit qui bavarde avec Mercure :

Passe encor,..

Si, dans les changements, où son humeur l'engage, A la nature humaine il (Jupiter) voulait s'en tenir 1 Mais de voir Jupiter taureau, Serpent, cygne, ou quelque autre chose, Je ne trouve point cela beau, Et ne m'étonne pas si parfois on en cause I

La comédie ayant pour but d'amuser, ces vers légers l'emportent ici sur les vers éclatants, pX ce badinage est préférable à la splendeur poétique, (lj

(1) Nous indiquerons encore, pour en finir avec l'Amphitryon et les Sosies, trois imitations de Molière: 1° L'Amphitryon de Rotrou, implorant le ciel contre le suborneur qui trouble son ménage, demande à sortir de cette « confusion »

Où contre Amphitryon combat Amphitryon.

Molière fait dire plus plaisammeut au capitaine Naucratès, qui retient l'Amphitryon véritable tirant l'épée contre le faux Amphitryon:

Nous ne souffrirons pas eet étrange combat D'Amphitryon contre lui-même.

(Act. 3, se. 5.) 2° L'Alcmène de Rotrou, quand elle voit rentrer son mari qu'elle croit avoir déjà embrassé en embrassant Jupiter, murmure avec tendresse en aparté: Quelque tôt qu'il arrive, il vient encore tard !

(Act, 2, se. 3.) Molière donne cette pensée à Amphitryon qui l'exprime plus agréablement : L'absence de ce qu'on aime, Quelque peu qu'elle dure, a déjà trop duré !

3° Lorsqu'Amphitryon se plaint de son malheur, ses officiers essaient de le convaincre de l'honnêteté de sa femme et de mettre l'innocence d'Alcméne hors de soupçon :

Non, « dit-il chez Rotrou, Elle a failli pourtant d'une ou d'autre façon : S'agissant de l'honneur, l'erreur même un crime.

(Act. 5, se. 4.) Beau vers, concis et énergique, que Molière n'égale pas : Ah ! sur le fait dont il s'agit , L'erreur simple devient un crime véritable.

(Act. 3, se. 8.)

Les imitations ou les rencontres s'expliquent, pour V Amphitryon, par i'identité du sujet avec les Sosies. Mais on reconnaît sans peine en d'autres pièces que la lecture de Rotrou laissait à Molière des impressions durables, et que, les matières fussent-elles diverses, il savait à propos se souvenir. La comédie intitulée la Sœur avait dû le frapper entre toutes ; on s'en aperçoit aux Fourberies de Scapin et au Bourgeois Gentilhomme.

L'exposition des Fourberies procède comme celle de la Sœur : nous sommes jetés en pleine conversation d'un maître et de son valet, l'un redisant sous formes d'interrogations impatientes les fâcheusps nouvelles que l'autre vient de lui apporter, et le valet répondant placidement aux questions successives de son maître qui doute encore, par les mots de ces mêmes questions renvoyés en écho affirmatif; moyen agréable et ingénieux de mettre les spectateurs au courant, avec les dehors du naturel :

Lélie Il nous veut obliger d'épouser dès ce soir?

Ergaste Dès ce soir.

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