RÉFLEXIONS SDR UN DES OUVRAGES DE REDFIBLD
En 1846, Redfield a publié un ouvrage important (2), qui contient des explications et des réflexions très-judicieuses sur les ouragans. J'ai vivement regretté de ne pouvoir le traduire d'une manière satisfaisante. Cependant, quoique peu familiarisé avec la langue anglaise, j'en ai extrait des documents précieux, qui m'ont permis de donner à mon travail un développement plus étendu que celui qui était d'abord entré dans mes vues (3).
(1) Voir le tableau n© 1.
(2) On Several Huirlcanes of the Atlantic , and theîp relation to the northers of Mexico and Central America, etc., etc. New-Haven, 1846.
(3) Le colonel Reid a bien voulu, comme Redfield, m'adresser un exemplaire de chacun des ouvrages qu'il a publiés sur les ouragans ; les relations et les observations qu'ils contiennent sur un grand nombre de ces phénomènes, m'ont été extrêmement utiles.
Ce que dit ce savant ne confirme pas entièrement T opinion que j'ai été amené à concevoir sur lescauses qui peuvent déterminer les ouragans ; cependant quelques-unes de ses remarques viennent à l'appui de mes observations. Ainsi, il a reconnu (p. 15), que dans les Indes occidentales il existait une grande relation entre la direction suivie par les ouragans et les courants d'air, soit inférieurs, soit supérieurs, qui se dirigent vers le nord- ouest. Il a aussi reconnu que ce sont les vents variables de la zone torride du sud au sudouest venant de la mer Pacifique, et non les vents tropicaux dérivant des alises du nord-est de l'Océan Atlantique septentrional, qui déterminent la direction vers le nord-est des ouragans qui se font ressentir sur les côtes des Etats-Unis (p. 109 et 110). Enfin, il a remarqué qu'il existait une relation (identily) entre ces phénomènes et les coups de Vent de nord du golfe de Mexique (p. 30).
Les vents soufflant entre l'est et le sud, et ceux du sud au sud-ouest, ne peuvent influer sur la direction d'un ouragan sans avoir la part la plus large dans les causes qui le déterminent. J'attribue ces phénomènes à la rencontre de ces mêmes vents avec les alises du nord-est et les vents polaires du nord au nord-ouest et du nord au nord-est. Je suis, par conséquent, assez d'accord avec Redfield sur ces points principaux ; mais j'avouerai que mon opinion est essentiellement différente de la sienne en ce qui concerne l'étendue des courants d'air circulaires (cyclones ou tourbillons) qui constituent les ouragans. Selon moi, ces courants d'air doivent très-rarement occuper une étendue aussi considérable que celle qu'il leur assigne, d'accord avec la plupart des auteurs qui ont traité le même sujet.
Ouragan de Cuba du S au 7 octobre 1844.
L'ouragan de Cuba, qui eut lieu dans les premiers jours d'octobre 1844, et sur lequel Redfield a publié un trèsgrand nombre d'observations, s'est produit sous deux phases différentes. Il paraît avoir pris naissance le 2 oc-
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tobre, entre le golfe de Honduras et l'île de Cuba, par environ 20® de latitude nord et 87' de longitude ouest, et s'être propagé jusque par liT de latitude nord et 43« de longitude ouest. Il a dû, pendant sa première phase, se diriger à peu près vers le nord-nord-ouest (l), mais trèslentement, car il semble n'avoir parcouru que 30 ou AO milles au plus en AS h. Le Gossypium, qui naviguait entre Cuba et le golfe de Honduras, en fut très-maltraité. D'après le capitaine de ce bâtiment, l'ouragan, dans cette première phase, aurait été aussi violent que celui qui éclata, du 10 au 11 août 1831, à la Barbade, où il se trouvait alors (p. 24 à 28).
Dans sa seconde phase, l'ouragan se dirigea vers le nord 40® est ; sa course, d'abord assez lente, s'accéléra graduellement jusqu'au parallèle du 40''nord, où elle commença à se ralentir. Ainsi, d'après Redfield, sa vitesse, en passant sur Cuba, était de 16 milles à l'heure;
De Key-West à la latitude de 27^30 nord, de 26 milles ; De la latitude de 27^30 à celle de 31*» nord, de 43 milles; De la latitude de|31» à celle de 40<> nord, de 43 milles 1/2 ; De la latitude de 40» à celle de 45** nord, de 34 milles. La première phase de l'ouragan de Cuba a dû être déterminée par les vents forts du nord au nord-ouest, qui régnaient, pendant les journées des 2, 3 et 4 octobre, dans le golfe du Mexique (2), et ceux du sud-est au sud, qui soufflaient en même temps avec force, entre la Jamaïque et les Caïmans, situés par 19^20 de latitude nord et 83^45 de longitude ouest (3). Alors il se dirigeait, ainsi qu'il a été dit plus haut, à peu près vers le nord-nord-ouest. Dans la matinée du 4, au point où se trouvait le Gossypium^ les vents varièrent de manière à faire pressentir que l'ouragan changeait de direction et qu'il prenait celle du nord-est. Ce changement ne put être causé que par l'action des vents du sud au sud-ouest. Ces vents soufflent presque toujours au-
(1) Cette direction se déduit des observations faites à bord du Gossypium.
(2) Redfield, page 30.
(3^ Redfield, page 41. — Voir le tableau uo 2.
dessus de ceux du sud au sud-est (1), et il est probable que, ayant pris de l'intensité à l'instant où les vents du nord, au nord-ouest et du sud au sud-est avaient déjà perdu quelque peu de la leur, ils se sont approchés du sol, où ils ont bientôt remplacé ces derniers, comme cela arrive fréquemment. A partir de ce moment, les vents du sud au sud-ouest ont joué le rôle principal dans l'ouragan. Ces vents ne peuvent être, que les vents variables de la zone torride, qui, ayant augmenté d'intensité dans la mer Pacifique, ont passé au- , dessus des terres qui séparent cette mer du golfe de Honduras.
La vitesse de cet ouragan a varié dans le même rapport que celle des vents variables de la zone torride, qui augmentent de force en avançant vers le nord, mais seulement jusqu'à une certaine limite, en dehors de laquelle ils deviennent plus modérés (2) ; et comme les observations faites dans plusieurs localités font connaître [que ces vents ont cessé de souffler après une courte durée, il est probable que, régnant dans les couches supérieures, ils ne se rapprochaientdu sol que par intervalle, et qu'ils ne produisaient des ouragans que de distance en distance. Cette circonstance pourrait peut-être expliquer pourquoi la carte sur laquelle Redfield a figuré l'ouragan de Cuba n'indique aucune observation sur plusieurs points de son parcours.
OBSERVATIONS FAITES A LA HAVANE PENDANT l'oURAGAN.
ft A la Havane (3) , les vents soufflèrent grand frais de « r est-nord-est, le 2 octobre; le lendemain, ils furent « plus modérés ; des éclairs fréquents apparaissaient dans « le sud-est.
(( Le 4 octobre, de très-bonne heure, le vent fut modéré ; c il venait du sud-est ; mais le temps avait une apparence « inaccoutumée. Vers 9 h. du matin, le vent tourna gra-
(1) Expontion du système des rentSj par M. Lartigde, page 19. (3) Id. Id. page 18.
(8) Redfield, page 44*
« duellement à Test-sud-est, à Fest-nord-est, et finalement c au nord-est 1/i est (1), accompagné alors de rafales ft de vent et de pluie ; les nuages marchaient rapidement a de cette direction ; les rafales augmentèrent progressia vement de violence pendant la nuit. Dans la matinée du 5, a il ventait en terrible ouragan. A la pointe du jour, les bâ- « timents chassèrent, tombant les uns sur les autres, se « démâtant et se coulant. » Quelques-uns cependant néprouvèrent que peu ou point d'avaries^ quoique étant mouillés près des premiers. Çà et là des maisons furent renversées, mais d'autres voisines de celles-ci ne reçurent aucun dommage. Un arbre fut enlevé de la cour d'un couvent et transporté dans la rue^ en passant par^dessus un mur élevé (2).
'« A 10 h. du matin, le vent tourna au nord et successi- . « vement au nord-nord-ouest et au nord-ouest, sans dimi- « nuer de violence; dans l'après-midi il se modéra; à 5 h. € il soufflait encore en coup de vent modéré ; à 9 h. du « soir il faisait presque calme ; le ciel était brillant d'étt toiles. ))