DBS COURANTS D'AIR CIRCULAIRES
(cyclones ou tourbillons).
L'ouragan qui se fit ressentir à la Guadeloupe, le 26 juillet 18259 était sans aucun doute constitué par un courant d'air circulaire (cyclone ou tourbillon). Pendant presque
toute sa durée, le centre de ce courant d'air paraît avoir été à peu près sur la perpendiculaire des vents observés à la Basse-Terre; mais il était dans une direction diamétralement opposée à celle des vents perçus à la Pointe-à-Pitre, du moins à l'instant de son passage près de la Basse-Terre. Comme, dans un courant d'air circulaire, le centre doit se trouver à peu près sur la perpendiculaire des vents observés sur chacun de ses points, on peut en induire que ce courant circulaire a passé au-dessus de la Basse-Terre, mais qu'il ne s'est pas étendu jusqu'à la Pointe-à-Pitre , et que par conséquent il n'occupait pas un grand espace (1) . C'est ce que paraissent d'ailleurs confirmer les observations faites entre ces deux villes et à Saint-Thomas (pages 21 à 23).
Les mêmes conclusions, en ce qui concerne les proportions des courants d'air circulaires, se déduisent de la plupart des relations publiées jusqu'à ce jour; car c'est ordinairement sur une étendue assez limitée que la direction des vents est perpendiculaire à la ligne passant par le centre du courant circulaire, tandis que, sur le plus grand nombre de points soumis à l'action d'un ouragan, les vents se dirigent à peu près vers le centre même ; cette circonstance indique évidemment que le courant d'air circulaire ne s'étend pas alors jusqu'aux points où soufflent ces derniers vents.
Fents qui forment les courants d'air circulaires
constituant les ouragans.
Il est reconnu que les courants d'air circulaires constituant les ouragans obéissent à un mouvement giratoire, qui, dans l'hémisphère boréal, est de droite à gauche, en passant par le nord, c'est-à-dire en sens inverse de la marche des aiguilles d'une montre. Pour qu'un tel eflfet puisse se produire, en admettant, comme c'est ma conviction, que le courant d'air circulaire soit formé, ainsi que dans les orages des Pyrénées, par un des courants d'air qui déterminent l'ouragan, il faut nécessairement que ce soient les vents
(1) La Pointe-àrPitre est située à 19,5 milles dans le N. ki^ E. de la Basse- Terre.
de rhémisphère austral du S. E. au S. qui tournent sur euxmêmes pour former le courant d'air circulaire, dans les ouragans dont le mouvement de translation se fait du côté de l'ouest. Quant à ceux dont le mouvement s'opère du côté de l'est, ce pourraient être ou les vents de l'hémisphère austral du S, au S. O,, ou ceux de l'hémisphère boréal du N. au N. 0,, comme dans les orages des Pyrénées déterminés par la rencontre des vents du N, 0, et du S. O. (1)
(fig. 1).
Dans l'hém'isphère austral, où le mouvement giratoire des
courants d'air circulaires est de gauche à droite, en passant par le sud, c'est-à-dire suivant le même sens que la marche des aiguilles d'une montre, ce doivent être les vents de l'hémisphère boréal du N. E. au N. qui tournent sur eux-mêmes pour former le courant d'air circulaire, lorsque les ouragans se dirigent du côté de l'ouest ; mais s'ils se dirigeaient du côté de l'est, ce pourraient être les vents de l'hémisphère boréal du N. au N. O., ou bien ceux de l'hémisphère austral du S, au S. 0.
Les vents ne varient pas d'une manière régulière sur tous les points soumis à l'action d'un ouragan^ soit en dedanSj soit en dehors du courant d'air circulaire.
A la Basse-Terre et à la Pointe-à-Pitre, placés à la droite de la ligne de parcours. du centre de l'ouragan ressenti le 26 juillet 1825, les vents ont varié d'une manière assez régulière du N. N. E. ou du N. E. à l'E. et au S. E.; à la Martinique, au contraire, située à gauche de cette ligne, les vents ont d'abord soufflé de l'O., ensuite du N, O,, et enfin du S. (pages 21 et 22).
Pendant l'ouragan de la Martinique du 21 au 22 octobre 1817, les vents varièrent du N. au N. E., à l'E., au S. E.
(1) Il semblerait résulter de l'ensemble de mes observations et de mes études, que le vent qui tourne sur lui-môme pour former le courant d'air circulaire est celui qui, soufflant au dessus des autres, est une des causes principales de Touragan, lorsque, augmentant d'intensité, il se rapproche du sol. Quelquefois les Tenta de N. 0. soufflent au dessus de ceuxdu S. O.
et au S. 0, ; ils revinrent ensuite au S. E. (page 23). L'ordre de ces variations indique que la Martinique se trouvait à la droite de la ligne de parcours : la dernière variation n'est pas anormale; elle paraît indiquer que le courant d'air circulaire a passé sur l'île et qu'il l'a dépassée à l'instant où les vents sont revenus au S. E (fig. 3).
Au commencement de l'ouragan de la Barbade (11 août 1831), les vents soufflèrent avec violence entre le N. et le N. E.; après une heure de durée, ils passèrent soudainement au N. O. et points intermédiaires, en augmentant d'impétuosité; ensuite des rafales vinrent du S. 0., de rO. etdu N. 0. avec une violence redoublée,.. Les vents des points d'ouest soufflèrent de 3 à 5 h. du matin (pages 25, 26). Ces observations ont été faites à Bridgetown, situé à gauche de la ligne de parcours.
En même temps que le phénomène cessait dans cette dernière ville, il commençait à la pointe nord de Sainte- Lucie ; là les vents ont d'abord soufflé de la partie du nord ; ils ont ensuite varié régulièrement à l'E. et au S. E. L'ordre dé ces variations indique que le centre de l'ouragan est passé à gauche de cette pointe.
Dans l'ouragan qui se fit ressentir du 20 au 21 septembre ' 1834, à la Martinique, à la Guadeloupe et à la Dominique, les vents soufflèrent pendant 6 heures entrel'O.et le O.N. O. , dans la baie de Fort-Royal ; ensuite ils varièrent à l'O. S. 0. , au S. O., au S. et au S. S. E. A la Pointe-à-Pitre, ils commencèrent à souffler entre le N. et le N. N. E. ; ensuite ils tournèrent au N. E., à l'E. et au S. E. Ces variations en sens inverse indiquent que le centre de l'ouragan se trouvait entre la Martinique et la Guadeloupe ; il paraît, en eflTet, qu'il est passé sur la Dominique ; mais là les vents varièrent d'une manière très-irrégulière : d'abord du N. au S., ensuite du S. au N. O., et, après quelques instants de calme, ils soufflèrent de toutes directions avec plus de violence (pages 28 à 3J).
Dans les quatre ouragans dont il vient d'être fait mention, les vents ont varié d'une manière régulière sur la droite de la ligne du parcours du centre ; mais ils ont été plus ou moins irréguliers sur la gauche de cette ligne.
Dans celui de la Barbade, et principalement dans celui de la Dominique, où les observations ont dû être faites à trèspetite distance du centre, les vents ont varié beaucoup plus irrégulièrement que dans les deux autres. De ce qui vient d*être dit et de faits observés dans plusieurs autres ouragans et dans les orages des Pyrénées, on peut conclure que les vents ne varient pas d'une manière uniforme sur les divers points soumis à l'influence du courant d'air circulaire (cyclone ou tourbillon) qui constitue un ouragan ; qu'il n'y a de l'uniformité que dans les parties éloignées du centre, tandis qu'au contraire dans celles qui en sont plus voisines il règne souvent une confusion complète. On peut encore conclure, même avec plus de certitude, que dans ceux de ces phénomènes qui, aux Antilles, se dirigent entre rO, et le N. 0. , les vents varient toujours, suivant les mêmes règles, sur la droite de la ligne de parcours du centre, soit en dedans, soit en dehors du courant d'air circulaire ; mais qu'à gauche de cette même ligne leurs variations ne sont pas soumises à des règles bien fixes.
Dans la mer de l'Inde, au sud de l'équateur, où les ouragans se dirigent entre l'ouest et le sud, les vents varient uniformément sur la gauche de la ligne du parcours du centre des ouragans, tandis que sur la droite leurs variations sont ordinairement irrégulières (pages 70 à 72).
Dans les ouragans il se forme en dedans comme en dehors du courant d'air circulaire des tourbillons plus ou moins nombreu^x^ occupant chacun très-peu détendue.
Lors du coup de vent essuyé du 16 au 17 octobre 1817 par une division française (page 18), un des bâtiments qui en faisait partie disparut, un second perdit tous ses mâts, tandis que les autres n'éprouvèrent que peu ou point d'avaries.
Durant l'ouragan du 21 au 22 octobre 1817 (p. 23, 24), les mâts de deux bâtiments furent arrachés de leur emplanture par des tourbillons, d'autres bâtiments peu éloignés de l'un d'eux souffrirent très-peu.
Le 26 juillet 1825, un bâtiment américain, mouillé sur
la rade de Basse-Terre, fit pour ainsi dire naufrage dans les airs, ayant été enlevé par un tourbillon (page 22).
Dans Touragan de la Barbade (11 août 1831), des tuiles et des fragments de constructions furent transportés dans les régions élevées, pour retomber ensuite au lieu même d'où ils avaient été enlevés; quelques maisons furent littéralement rasées, tandis qu'à peine à un mille de distance on ne s'aperçut pas que le temps fût plus violemment agité que de coutume (pages 25, 26).
A la Havane (5 octobre 1844), plusieurs bâtiments périrent, tandis que quelques autres n'éprouvèrent que peu d'avaries quoique mouillés près des premiers ; çà et là des maisons furent renversées, mais d'autres voisines de cellesci ne souffrirent aucun dommage; un arbre fut enlevé de la cour d'un couvent et transporté dans la rue, en passant par dessus un mur assez élevé (page 46).
A l'île Maurice, le 23 février 1824, le vent fit tourner sur sa base un édifice en pierre, et la relation de l'ouragan qui sévit ce jour-là à Port-Louis mentionne « que, dans la plus « grande partie des ouragans qui ont passé sur cette île, « il a été observé que des maisons tombant de vétusté, « étroites et élevées, n'étaient pas même ébranlées, lorsqu'à « peu de distance un édifice neuf était renversé ou mis en « pièces (1). »
Tous les faits qui viennent d'être rapportés ne peuvent avoir été causés que par l'action de tourbillons ou trombes occupant chacun très-peu d'étendue, et dont le centre ne devait pas être éloigné du point où ces effets se sont produits (2). Au surplus, il a été observé que, dans tous les ouragans, chaque partie de l'air paraît avoir de la tendance à s'élever vers les hautes régions, souvent en tourbillonnant ; à terre, ces circonstances sont indiquées de plusieurs ma-
(1) An attemps to develop the Law of Storms, 3» édition. Colonel Reid, pages 162 et 163. Dans cet ouragan les vents firent le tour du compas.
(2) Â la fin do juin 1857, on a |pu remarquer sur les champs qui bordent le chemin de fer d'Orléans à Paris, que de petits tourbillons avaient complètement dévasté quelques portions de terrain, tandis que d'autres parties beaucoup plus étendues paraissaient n'avoir pas même été soumises à l'action de vents un peu forts.
nières, entre autres par les branches d'arbres qui ne sMnclinent pas dans la direction du vent : elles tournoient : et tendent à s'élever dans le sens de la verticale : il en est de même des penons à bord des bâtiments, dont les voiles pa^ raissent alors gonflées par un vent ascendant. Ces effets se manifestent même en dehors du courant d'air circulaire, mais ils deviennent d'autant moins sensibles qu'on est plus éloigné du centre de l'ouragan.
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Figures reproduisant approximativement la forme de quelques orages et de quelques ouragans.
La forme d'un ouragan est rarement régulière ; elle varie d'ailleurs selon que les directions des vents qui le déterminent sont plus ou moins inclinées l'une par rapport à l'autre, et selon que la différence entre l'intensité de ces vents est plus ou moins grande. Par ces raisons, toutes les figures que l'on pourrait construire ne représenteront qu'imparfaitement l'ensemble d'un ouragan, et je ne donne celles que j'ai dressées que comme approximation.
La figure 1 représente l'ensemble d'un orage des Pyrénées, déterminé par des vents dont les directions sont mutuellement perpendiculaires,
La figure 2 exprime l'ensemble d'un orage produit dans ces mêmes montagnes par des vents de directions diamé^ tralement opposées (!)•
La figure 3 représente approximativement un ouragan de la mer des Antilles, causé par les vents alises du N. E. et les vents de S. E. de l'hémisphère austral de même inten-
(1) Les rayons des courants d'air circulaires, dans les orages, sont eemparati- ?ement beaucoup plus petits que dans les ouragans, et si les figures n'indiquent aucune différence entre les rayons, c'est parce qu'elles ne sent pa» eonatruitas sur une échelle uniforme.
site, et dont les directions sont perpendiculaires Tune à l'autre. Toutes les observations faites sur un ouragan de cette espèce ne se rattachent pas à cette figure ; mais le nombre de celles qui s'y rapporteraient serait d'autant plus grand que le courant d'air circulaire y occuperait moins d'étendue.
Les changements de direction et d'intensité des vents de S. E. sont moins exactement indiqués que ceux des alises du N. E. , parce que ces derniers soufflant ordinairement sur une grande étendue à la surface de la mer des Antilles, longtemps avant que des indices annoncent l'ouragan, il a été souvent facile d'observer ces changements; mais il n'en est pas de môme pour les vents de S, E, de l'hémisphère austral : dans le plus grand nombre de cas, en effet, ils ne descendent des couches supérieures à la surface que momentanément et peu de temps avant que le phénomène ne commence, et d'ailleurs ils ne régnent que sur une étendue limitée.
La figure 4 reproduit d'une manière approchée l'ensemble d'un ouragan de la mer de l'Inde au sud de l'équateur, lorsqu'il est déterminé par les alises du S, E. et les vents de N. E. de l'hémisphère boréal, dont les directions sont perpendiculaires l'une à l'autre et dont les intensités sont égales. Cette figure indique plus exactement les variations en direction et en intensité des alises du S. E. , que celles des vents de N. E. de l'hémisphère boréal, parce que ces derniers ne descendent ordinairement des hautes régions à la surface que pendant quelque temps ; et comme ils ne soufflent que sur un espace peu considérable, il a été plus difficile d'observer ces variations que celles des alises du S. E., régnant déjà sur une grande partie de mer lorsque l'ouragan commence.
La figure 5, dressée d'après les observations simultanées faites dans le golfe du Mexique à bord du Trente près de la Jamaïque, du côté des Caymans, à bord du Norman et du Gossypium^ et d'après celles qui ont été faites à la Havane et à Matanzes (1), reproduit assez exactement la forme
(1) Voir le tableau n» 2.
de Touragan de Cuba dans sa première phase, alors qu'il était causé par les vents du N. au N. 0. et ceux du S. au S. E., dont les directions sont diamétralement opposées ; mais la figure?, dans laquelle on n'a pas indiqué de courant d'air circulaire , paraît mieux représenter cette forme (1). La figure 6 reproduit l'ensemble d'un ouragan de la mer de l'Inde au sud de l'équateur, lorsque, ce phénomène étant déterminé par les vents du S. au S. 0. et ceux du N. au N. E. , il se forme un courant d'air circulaire. La figure 8 représente un ouragan produit par les mêmes vents, lorsqu'il n'existe pas de courant circulaire.
Remarques sur la différence qui doit exister dans les figures représentant les ouragans.
Les figures qui reproduisent l'ensemble d'un ouragan causé par deux courants d'air de directions diamétralement opposées et de même intensité, diffèrent essentiellement de celles qui représentent un ouragan déterminé par deux courants d'air dont les directions sont perpendiculaires l'une à l'autre et dont les intensités sont égales. Pour chacun des cas où les courants d'air auraient une inclinaison intermédiaire entre 90° et 180° , il faudrait construire une figure particulière. Or, si les figures doivent être très-nombreuses pour les cas les plus simples, c'est-àdire lorsque l'ouragan n'est produit que par deux courants d'air de môme force, à plus forte raison devient-il impossible qu'une seule et même figure puisse s'appliquer aux cas plus compliqués où les intensités des vents sont inégales, et à ceux où le phénomène est déterminé par plus de deux
(2) Le navire /e Gossypium n'était pas dans le courant d'air circulaire, le 2 et le 3 octobre au matin, lorsqu'il ressentait des vents violents du N. O.; car s'il eût été dans ce courant, le centre de l'ouragan se fût trouvé dans le N. Ë., c'est-à-dire du côté de Cuba ; or, les observations faites sur cette lie démontrent que cela n'avait pas lieu. Ce bâtiment ne pourrait avoir été soumis à l'action du courant d'air circulaire que du moment où les vents ont soufflé du S. E. ; le centre de l'ouragan pouvait en efifet rester dans le S. O. ; mais, dans mon opinion, basée sur l'ensemble des observations, le courant d'air circulaire ne se serait formé que le U octobre, peu de temps avant que les vents aient tourné à l'E. et au N.B., et alors que l'ouragan se transportait avec rapidité vers le N. £. (Consulter le tableau no 2.)
courants d'air, comme cela a lieu quelquefois dans le golfe du Mexique, dans le canal de Bahama, sur les côtes des Etats-Unis, dans la mer de Chine, dans le golfe du Bengale et dans le canal de Mozambique, etc. , etc. Au surplus, la figure 9 qui reproduit Touragan de Cuba au commencement de sa deuxième phase, lorsqu'il était déterminé par des vents de plusieurs directions, montre, malgré son imperfection, la variété de formes que ces phénomènes peuvent prendre.
J'ai construit cette figure d'après les observations indiquées dans les tableaux 2 et /t , à l'instant où l'ouragan était déterminé par les vents polaires du N. au N. E. et du N. au N. O. , et ceux de l'hémisphère austral du S. E. au S. et du S. au S. 0. La forme de cet ouragan s'est sans doute modifiée plus tard, parce que les directions des vents ont du varier à mesure que le phénomène s'éloignait de réquateur.
On a supposé, dans la construction de la figure 9, que c'étaient les vents du S. 40<> O. qui, tournant sur eux-mêmes, formaient le courant d'air circulaire. La figure 10 reproduit Tensemblé de ce même ouragan, dans la supposition que ce seraient les vents du N. 1/4 N. 0. qui auraient formé ce courant.
Figures reproduisant indistinctement la forme d^ tous les ouragans des deux hémisphères^ d'après les auteurs qui ont traité la question de ces phénomènes.
La figure 11 reproduit indistinctement, d'après les auteurs qui ont traité la question des ouragans, la forme de tous ceux qui se manifestent dans l'hémisphère boréal, et la figure 12, la forme de ceux qui se produisent dans l'hémisphère austral.
Comparaison dé ces deux dernières figures avec les précédentes : elles font également reconnaître , lorsque V ouragan est en mouvement ^ le sens dans lequel les vents paraissent tourner pour un point fixe.
11 existe sans doute une différence sensible entre les figures construites par les auteurs qui m'ont précédé et celles-que j'ai dressées moi-même pour représenter les ouragans ; mais les unes aussi bien que les autres peuvent servir à faire reconnaître, lorsque Touragan est en mouvement, le sens dans lequel les vents paraissent tourner pour un point fixe. Car dans les deux hémisphères, et quelle que soit la direction suivie par le phénomène, pour un observateur placé à la droite de la ligne de parcours, les vents paraissent toujours varier de gauche à droite, c'est-à-dire dans le même sens que la marche des aiguilles d'une montre ; et s'il est placé à gauche de cette ligne, les vents lui paraissent varier de droite à gauche, c'est-à-dire en sens inverse de la marche des aiguilles d'une montre. Or, si l'on place toutes ces figures sur un point fixe et qu'on les fasse mouvoir parallèlement à la ligne de parcours du centre, ces variations seront également indiquées par les unes et par les autres.
Les courants d'air qui se rencontrent ne causent une perturbation considérable dans l'atmosphère qu^autant qu'ils ont pris leur origine à une grande distatice du point où ils entrent en lutte .
Dans les golfes de Honduras et du Mexique, et près de la limite nord des alises du N. E., les vents tropicaux du S. 0. sont quelquefois assez forts pendant notre hiver, cependant leur rencontre'avec les vents polaires duN. auN. E. ou du N. au N. O., qui dans cette" saison sont généralement très-intenses, ne produit aucune agitation extraordinaire dans l'état de l'atmosphère : mais à mesure que le point vers lequel les vents tropicaux et les vents polaires convergent s'éloigne de la zone torride, cette agitation devient de plus en plus considérable^ et, en deçà du parallèle de â5<> ,
la lutte qui s'établit entre ces vents peut déterminer des coups de vent et ihôme des tempêtes quelquefois très^vio^^ lentes.
Pendant Tété, des vent du S. S. E . au S. 0. se rencontrent fréquenmient avec les vents polaires sans causer la plus légère agitation atmosphérique; parfois, au contraire, la rencontre de ces vents détermine des ouragans plus ou moins violents. Pourquoi des effets si différents sont-ils pro*duits par des causes qui paraissent être les mêmes? Cette anomalie provient de ce que les vents du S. S. E. au S. O. n'ont pas toujours la même origine. Ainsi, dans le premier cas, ils ne sont autres que les vents tropicaux prenant nais^ sance à la limite nord des alises du N. E., c'est-à-dire à une petite distance du point de leur rencontre avec les vents polaires ; dans le deuxième cas, ils sont les vents variables de la zone torride qui régnent depuis Téquateur jusqu'à ce même point.
De ces faits et d'autres analogues, que j'ai observés dans les diverses parties du globe, j'ai cru pouvoir tirer cette induction : que la rencontre de deux courants d'air» quelque grande que soit leur vitesse» ne produit une agitation considérable dans l'état de l'atmosphère qu'autant que le point où ils se mettent en lutte est très-éloigné du lieu où ces courants d'air ont pris naissance.
Il faut» cependant, pour produire ces perturbations, que les vents conservent une partie de leur vitesse primitive : ainsi, ceux de l'hémisphère austral qui parviennent dans l'hémisphère boréal en continuant leur cours à la surface, depuis l'équateur, ralentissent leur marche après avoir dépassé le parallèle d'environ 30* N. ; et au nord de ce parallèle, leur influence paraît cesser ou diminuer considérablement; mais lorsque les vents de l'hémisphère austral ont soufflé dans les régions élevées avant d'atteindre le sol, ils conservent plus longtemps leur vitesse normale, et alors leur action peut, dans plusieurs circonstances, se faire ressentir sur toute l'étendue de la zone tempérée ; mais, au delà, leur vitesse diminue graduellement à mesure qu'ils se rapprochent du pôle, près duquel leur influence étant presque nulle, les perturbations sont peu considérables.
Les perturbations causées dans Vétat de l'atmosphère par la rencontre de deux courants d'air prennent les proportions d'un ouragan ou d'une tempête, selon que leur température est plus ou moins élevécm
Les ouragans ne se manifestent, en général, que dans les régions où la température est très-éievée (ij. Ces régions sont d'ordinaire, dans l'hémisphère boréal, celles où peuvent parvenir les vents de l'hémisphère austral du S. E. au S. O., qui sont toujours plus ou moins chauds; et, dans l'hémisphère austral, ce sont les régions où parviennent les vents chauds de l'hémisphère boréal du N. E. au N. 0. Les tempêtes se produisent ordinairement là où la température est peu élevée ou moins chaude. Du reste, il semble que l'on pourrait établir, comme règle générale, que la rencontre de courants d'air chauds détermine les ouragans; celle des courants froids ou tempérés, les tempêtes ; et que la lutte entre des courants d'air chauds et des courants froids ou tempérés produit des tempêtes accompagnées de quelquesunes des circonstances atmosphériques observées dans les ouragans*
Observations sur la direction de la ligne de parcours et sur la vitesse de translation des ouragans.
La direction de la ligne de parcours, ainsi que la vitesse de translation d'un ouragan, paraît dépendre de l'inclinaison que les vents, qui le déterminent, ont les uns par rapport aux autres, et de la différence entre leur intensité ; mais, jusqu'à présent, les études ne sont pas assez complètes pour permettre d'assigner la part d'influence que ces
(1) PouiLLET, Physique expérimentale^ 3* édition, page 557 : « Des Ouragans, Dans la zone torride et dans tous les climats à haute tem- « pérature, les ouragans sont fréqueùts et se déploient avec une violence proc digieuse; dans nos climats tempérés, ils sont à la fois plus rares et moins < yiolents, et dans les régions polaires, les grandes secousses atmosphériques se « réduisent, à ce qu'il parait, à des tempêtes ou seulemeni à des vents forts. »
causes exercent dans chacun des cas où ces phénomènes se produisent. En effet, il se rencontre des circonstances où l'ouragan se transporte dans la même direction que la résultante des ventSy et où la vitesse de translation est en rapport avec la différence entre leur intensité ; mais, quelquefois, il paraît suivre la même direction que celle d'un des courants d'air, et alors sa vitesse est parfois égale à celle de ce courant.
Le premier effet se produit lorsque les vents soufilenl déjà à la surface avant que Touragan^ n'éclate, et le deuxième lorsqu'un des courants d'air placé d'abord dans les couches supérieures cause l'ouragan en se rapprochant du sol. C'est dans la direction de ce courant que le phénomène paraît se transporter ; mais alors il ne se fait ordinairement ressentir, du moins avec impétuosité, que de distance en distance ; parfois même plusieurs ouragans peuvent éclater simultanément sur divers points plus ou moins éloignés les uns des autres.
Dans la mer des Antilles, depuis le méridien de 55"^ jusqu'à celui de 70*0., les ouragans se dirigent entre l'O. et le N. O.; mais, après avoir dépassé le parallèle de 20® N., leur direction incline de plus en plus vers le nord, à mesure qu'ils s'éloignent de l'équateur ; de manière qu'elle est à peu près N. 0. entre le parallèle de 20® et celui d'environ 25» ; elle est nord sur celui de 30^ ; mais en deçà de ce parallèle, les ouragans se dirigent pour le plus grand nombre entre le N. et l'E. , de manière que la ligne de leur parcours général forme une courbe parabolique dont le sommet est du côté de l'ouest et dont les branches s'étendent du côté de l'est,
La vitesse de translation varie ordinairement de 10 à 16 milles à l'heure.
Entre le continent d'Amérique et les îles de Porto-Rico et de Cuba, de même que dans le golfe du Mexique et dans le canal de Bahama, la marche des ouragans n'est pas aussi régulière que dans l'est des îles. Dans l'une conmie dans l'autre partie de mer, ils se transportent entre l'O. et le N. O. lorsqu'ils y sont déterminés par les alises du N. E. et les vents de S. E. de l'hémisphère austral ; mais dans l'ouest de Porto-Rico, de Cuba, dans le golfe du Mexique
ei dbina le canftl <ie Bahamav ce sont ka vents da S. S. Ë. au S. 0. qui en sont quelquefcufi ta caina piinoipQie* Aiors leur direction varie entre ie N. O, et le N- EL , et leur vitesse de translation est ordinairement da dix it «edze miHes à rbeure t parfois elle n'est qae de deoux milles (1)«
lies ouragans des côtes des É4ats*-Unis^ dont les vents du S. au S. 0. et ceux du N. au N. O. sont souvent les causes principales, se dirigent à peu près vers le N. Ë. ; leur vitesse de translation est très^^variable : elle est assez ordinairement d'environ seize milles à Theare, mais quelquefoii» elle est plus rapide, et dans l'ouragan de Cuba (octobre 1844), elle a été, d'après Redfleld, de 4â milles if% c'est-à-dire égale à celle d'un vent soufflant grand fVais.
Dans la mer deOhine^ la plupart des ouragans se dirigent OTtre rO. etle N. O., quelques-uns seulement entre l'O. et le S. ; cette dernière circonstance a lieu aux environs de réquînoxe, époque à laquelle les vents de rhémiq)hèFe boréal commencent à devenir plus forts que ceux de. l'hémisphère austral. D'après le colonel Reid, des ^ets analogues se produiraient dans la mer des Antilles, au mois d'octobre (2) .
Depuis le méridien de 90« E. jusqù^à celui de l'île Maurice entre Péquateur et le parallèle de 18« Sr, les ouragans se dirigent ordinairement enti*e TO. et le S. 0. ; maisr après avoir dépassé ce parallMe^ leur direction incline vers le sud, à mesure qu'ils avancent, de telle sorte qu'elle est à peu près S. 0. sur le parallèle de 21* S, ; S* S. 0. sur celui de 25" et S, 1/4 S.O. sur les parallèles plus élevés. Entre les limites indiquées, il paraît que les ouragans ne se dirigent jamais à l'est du sud ; parce que les vents variables de la zone torride du N. au N. O. qui pourraient leur imprimer cette direction n'y parviennent pas (S).
La vitesse de translation est assez rapide dans les basses
(1) n est probable qu'alors rouragan est déterminé par des vents de directions diamétralement QPitMéeib
{%) Voir \9k oarte indiquant I^ directi<m QVffagaasf do la mer ^ AotiUi^ Qt des côtes des Etats-Unis.
(3) Voir îa carto indiquant )a direction des ouragans <le îa mer ^es Indes,
laUtudes; mais elte » ralentit gradueUtmsnt, à naesiire que rocuragaQ avance vers les latitudes fim élevées, où souvent elle devientpresque nuUe.
Entre Maurice et Madagascar et daims le canal de Mozambique, les ouragans se dir^eat entre l'O. et le S. O., lorsqu'ils y œnt déterminés par les alises du S. E. ^ les vents de Né K- de rhémisphèa*e boréal; mais comme les vents variables de la zone torride régnant de temps en temps dans ces parties de mer. exercent pUis ou moins d'influence sur ces phénomèneSi il s'ensuit que leur marche y est trèsirrégulière.
Le mouvement de translation d'un ouragan ne s'opère pas toujours sur une. ligne droite, ni môme sur une ligne courbe régulière, principalement près de terre ; souvent il se détourne^ en même temps que sa vitesse se ralentit ; mais ensuite il reprend sa première direction» et sa vitesse devient plus rapide.
Les directions suivies par un certain nombre d'ouragans dans les diverses parties du globe, et qui sont indiquées sur les C£^rtes, ont été établies par Bedfield^ Reid, Th(Hn, Piddington et Lefebvre. Ces directions, h queues exceptions près, ne peuv^t être considérées que c^Naime approximatives^ & cause de l'incertitude et de rinsufii^ance des observations dnnt ces auteurs se sont servis pour les détermina:, et .parce que les méthodes qu'ils ont employées, basées pour la {dupart sur la supposition que les observatemrs sont toujours- plaeés: sur des points soumise l'action du courant d'air circulaire (cyclone ou tourbillon)» ont pu souvent les induire en erreur.
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