A SUIVRB PAR UN BATIMENT POUR SOUFFRIR LE MOINS DE DOMMAGES
POSSIBLE d'un ouragan.
Les prescriptions nauticpies à suivre par un bâtltnent pour souffrir le moins de dommages possible d'uri ouragan se divisent en trois parties :
La première indique les procautions à prendre lorsque des indices annoncent l'approche du phénomène ;
La deuxième, les routes à suivre par un bâtinciant^ lorsque le vent étant maniable (1), il peut manoauvrer pour s'éloigner, ou du moins pour ne pas se rapprocher des lieux où Touragan sévit avec le plus de violence ;
La troisième partie indique les manœuvreB à exéoater lorsque Touragan est déclaré.
PRBMiàRE PARTIE DES PRESCRIPTIONS.
PrécatUions à prendre lorsque des mdices annoncent
l'approche d'un ouragan.
Lorsqu'un bâtiment navigue dans des parages exposés aux ouragans, le capitaine doit, tout en faiefiant le plus de voiles possible pour les traverser promptement, prévoir à 1 avance ce qu'il faudra faire pour mettre le bâtiment en état de pouvoir supporter le mauvais temps, et aussitôt que des indices en annoncent l'approche, il doit prendre les dispositions suivantes :
Serrer les petites voiles :
^égréer les vergues de perroquet et de cacatois ;
'e vent /^?* *** nunîaWe pour wn bâtiment qui gonvcme au plus près ou avec ^aîs pour ^*^®'^» lorsque sa force est représentée par un nombre inférieur à 7; "maniable t**^ ^^^îment qui court grand largue ou vent arrière, le vent est encore (Voir Ip fl^ *^ ^^^ son intensité est représentée par un nombre inférieur à 10. tableau, page 84.)
Dépasser les mâts de perroquet ;
Doubler les saisines des embarcations, des ancres et des drômes ;
Assujettir tousles objets qui se trouvent sur le pont, dans les batteries et dans les logements, etc., etc.;
Fermer toutes les issues extérieures, excepté celles du pont ; les calfata même si on en a le temps ;
Clouer des prélarts sur les panneaux qui conduisent au faux-pont ou dans la cale ;
Préparer les pompes et la barre franche du gouvernail ;
Dégager les hunes et les haubans ; ,^
Serrer la brigantîne et le grand foc ;
Prendre des ris ;
Tenir prêt à rentrer le bout-dehors de grand foc *
— à caler le mât de perroquet de fougue;
— à amener la corne.
Les bâtiments à vapeur doivent réduire leur mâture le plus possible, de manière, toutefois, à pouvoir établir les voiles de cape.
DBUXlàUB PAaXIB DBS PRBSQRIPTIONS.
Routes à suivre par tm bâtiment lorsque^ le vent étant maniable, il peut matUBUvrer pour s'éloigner, ou du moins pour ne pas se rapprocher des lieux ou V ouragan sévit avec le plus de violence.
Les routes à suivre pour s'éloigner, ou du moins pour ne pas se rapprocher des lieux où un ouragan sévit avec le plus de violence, difîèrent, suivant la direction de la ligne de parcours du centre du phénomène, suivant la position du bâtiment par rapport à cette ligne et au centre, et suivant la forme de Touragan ; or, comme cette forme est très-variable, et comme d'ailleurs les ouragans prennent assez souvent des directions différentes dans les mêmes parages, il sera toujours très-difficile, sinon impossible, d'établir des règles générales indistinctement applicables à tous les cas.
Il serait donc nécessaire de donner des instructions particulières très-détaillées, non-seulement pour chacune des parties du globe, mais encore pour chacun des points situés près de terre ; mais les études sont encore trop incomplètes pour entreprendre un tel travail, et je me bornerai à donner pour les mers les plus fréquentées quelques indications dont je ne garantis même point l'infaillibilité dans toutes les circonstances; je les crois, cependant, susceptibles d'être trèssouvent utiles aux navigateurs.
Un bâtiment qui trouve des vents maniables est en dehors du courant d'air circulaire ; il doit dans tous les cas, avant de choisir une route, attendre qu'il ait bien reconnu sa position par rapport à la ligne de parcours du centre de l'ouragan. Quel que soit l'hémisphère, le bâtiment, en dedans comme en dehors du courant d'air circulaire, sera placé à droite de cette ligne, si, faisant peu de chemin, les vents varient de gauche à droite, c'est-à-dire dans le même sens que la marche des aiguilles d'une montre ; il sera, au contraire, placé à gauche si les vents tournent de droite à gauche, c'est-à-dire en sens inverse de la marche des aiguilles d'une montre; mais on ne peut ordinairement reconnaître le sens dans lequel les vents tournent qu'après des variations bien marquées, et souvent alors les vents sont déjà trop intenses et ne permettent plus de porter assez de voiles pour pouvoir s'éloigner du danger ; dans ce cas, le bâtiment devra se conformer aux instructions indiquées dans la troisième partie (pages 121 à 123). Quant à la position du centre, à cause de la forme irrégulière et variable des ouragans, elle est toujours très-difficile à déterminer pour un bâtiment placé en dehors du courant d'air circulaire.
PRESCRIPTIONS POUR LES OURAGANS DE LA PARTIE DE LA MER DES ANTILLES COMPRISE ENTRE LE MÉRIDIEN DE 55<> ET CELUI DE 70<> (fig. 3).
Dans la partie de la mer des Antilles comprise entre le méridien de 58* et celui de IQ^ 0. , les ouragans sont déterminés par les alises du N. E. et les vents du S. E. de
l'hémisphère austral, ou bien encore par ceux du N. E. au N. N. E. et du S. E. au S. S. E. Ils Be dirigent entre rO et le N. 0. : un bâtiment peut avoir quelque chance d*é* chapper à leurs effeto les plus désastreux alors qu'il rencon* trera des vents maniables du N* E. à TE., du S. E., du S., du S. 0., de rO., ou du N. 0. Pour cela il faut, avec les vents du "^
N. E. à TE. gouveroer au plus près tribord amures ; de VE. au S. B. au N. N. E. ou au N. E.;
du 8. au S. 0. à TE. on au S. E.;
de rO. au S.;
du N. au N. 0. au S. 0.
La route à choisir avec les vents du N* E« au N. dépend de la position du bâtiment, p&r rapport à la ligne de parcours : s'il est placé à droite de cette ligne, il doit chercher à s'élever dans le N. N. E. ou le N, £.; mais sMI est à gauche, il fera le plus de chemin possible au S. O.
Un bâtiment qui rencontre des vents soufflant entre le N. E. et le N. se trouve par cela même sur les lieux où Touragan doit passer; alors 11 peut rarement Téviter, parce que, dans cette position et pendant que les vents sont maniables, il lui est difficile de juger si Touragan passera à sa droite ou à sa gauche : il serait donc possible qu'il courût vers le danger en croyant s'en éloigner (1) ; ensuite, parce que dans le cas où il aurait choisi la meilleure route, il aura rarement le temps de faire assez de chemin, principalement au N. N. E. et au N. E., pour ne pas en ressentir plus ou moins les effets* Cette observation concerne principalement les bâtiments i voiles, car les bâtiments à vapeur peuvent souvent, dans ces circonstances, échapper à Touragan, lorsque les vents n'étant pas trop forts et la mer
(1) Dans rouragan de la Guadeloupe (26 Juillet i826), 1^ fente ont «mille du N. N. E, à la BaMe-Terre, placée à droite de la ligne de parcours du centre. Dana celui de la Barbade (11 août 1831), les vents ont commencé à souiller avec violence du N. au N. £«, et ensuite du N. E. à Bndgetown, placé & gauche de la ligne de parcours. A la Pointe-à-Pltre, placée à droite de la iigne de parcours du centre, les vents ont soufOé entre le N. et le N. N« E., dans rooragan du 20 au 21 septembre 1836, etc., etc., etc.
trop grosse, ils ont pu reconnaître assez à temps leur position par rapport à la ligne de parcours.
Mum M u m» MB Aimuœ ciMmnB mm le contineiit d'améuqui bt les
IL8S W POKTO-RICO Vf Di C{UU, IT ÇOLFB DU MEXIQUI.
Les ouragans sont souvent déterminés par les alises du N. E. et les vents de S. E. de Thémisphère austral et quelquefois par ceux du N. E. au N. N. E. etda S. E. au S. S. E. entre le continent d'Amérique et les îles de Porto- Rico et de Cuba, ainsi que dans le golfe du Mexique : dans ce cas, les prescriptions précédentes peuvent suffire ; mais il arrive parfois que ces phénomènes y sont causés par les alises du N. E. et les vents v.ariables de la zone torride du S. au S. 0., par les vents polaires du N. au N, 0. et ceux de l'hémisphère austral du S. au S, E, (1), et même par les vents du N, au N. £• et du N. au N. 0., convergeant vers le même point que ceux du S, au S, E. et du S. au S. 0. (2). Alors ces prescriptions sont însuflSsantes. J'en donnerai pour les deux derniers cas ; mais je dois prévenir qu'elles pourraient induire en erreur, si avant de les appliquer on n'avait pas bien reconnu la nature de Touragan, ce qui est très-difficile lorqu'on n'a pas une longue habitude des mers dont il est question.
PBESCRIPTIONS POUR LES OURAGANS DÉTERMINÉS PAR LES VENTS POLAIRES DU N. AU N. 0. ET LES VENTS DU S. AU S, E. DE l'hÉMISPHÈBE AUSTRAL (fig. S €t 1).
, Dans les ouragans qui sont déterminés par les vents po- Uires du N. au N. 0. et ceux du S. au S. K* de Thânisphère austral et qui se dirigent ordinairepxent entre le N. et le N. O., il faut, pour en souffrir le moins de dommages pos*
(1) Première phaae de ronragan de Cuba*
(2) Deuxième phase du même ouragan.
sible, avec clés vents maniables du N. à TE. N. E,
gonveroer à l'E. ou au S. B.; del'E. auN.N.E.;
du S. E. au N. E. ;
du S. h TE. S. B. ou à 1*0. S. 0.,H''«^<»« tokA^faMirt
du S. 0. f au S. ^ ou au N. 0. , /pour te. ou pow ro.;
dero. au S,;
du N. 0. au S. 0.
Avec les vents du N. au N. 0. il faut gouverner à Touest (1) si Ton est placé à gauche de la ligne de parcours du centre, à TE. si Ton est à droite de cette ligne.
Il est très-difficile avec les vents du N. au N. 0. de reconnaître sa position par rapport à la ligne de parcours du centre, car dans ces ouragans qui sont déterminés par des vents de directions diamétralement opposées, les vents conservent leur direction normale jusqu'aux environs du centre ou du courant d'air circulaire, et au moment où ils varient d'une manière sensible, ils sont déjà trop violents pour permettre de se choisir une route.
Les ouragans causés par les vents du N. au N. 0. et ceux du S. au S. E. changent souvent de direction : quelquefois, après avoir suivi celle de N. N. 0., ils prennent successivement celles du N., du N. N. E. et duN. £• à mesure qu'ils s'éloignent de l'équateur ; d'autres fois ils tournent brusquement au N. E. (2). Dans ce dernier cas, les routes indiquées pour les vents du N. à l'E. ne feraient pas éviter le danger ; mais aucune de celles que Ton pourrait prendre n'offrirait plus de sécurité.
PRESCRIPTIONS POUR LES OURAGANS CAUSÉS PAR LES VENTS POLAIRES DU N. AU N. E. ET DU N. AU N. 0. ET PAR CEUX DE l'hÉMISPHÈRE AUSTRAL
00 8. AU 8. E ET DU 8. AU S. O: (fig. 9 et 10).
Du moment que les ouragans prennent leur direction vers le N. E. , ils doivent être causés par les vents polaires du N.
mmmm
(1) La plupart des routes indiquées sont celles du plus près ; ce n*esi pas à dira qtt*il faille beaucoup serrer le yent ; il fmt, au contraire, dans le plut grand nombre de cas, porter bon plein, afin de faire le plus de chemin poesible.
(2) Ouragan de Cuba, pages A3 à 45.
au N.E. et du N. au N.O. et par ceux du S. au S. E. et du S. au S. 0. , pour diminuer les chances d'avaries, il faut, avec des vents maniables du N. N. E. au N. N. 0.
gouverner an N. 0. ou h FO. ; du N, 0. au S. 0. ;
del'O. auS,; ♦
du S. 0. au S.E. ou au N. 0.» ( aelon que le bftdment
du S. S. 0. au S. E. ou à l'O., j est destiné
du s. au S. 8. E. à PB. ouà l'O, 8.0. , ( Po»» i*»- ^ Po«' l'O.
Avec des vents maniables du N. E. au. S. E. , il faut faire le plus de chemin possible au S. S. E., ou au S. S. 0., si Ton est placé à droite de la ligne de parcours du centre ; mais si Ton est à gauche, il faut gouverner au N. avec les vents du S. E. à TE*, et au N. N. 0. ou au W. 0. avec ceux du N. E. ; mais quelque route que prenne un bâtiment qui rencontre des vents du N. E. au S. E., il sera probablement atteint par Touragan, dont la vitesse de translation est ordinairement très-rapide, par la raison qu'il se trouve alors sur les lieux où le phénomène doit passer, et qu'il reconnaîtra rarement assez tôt sa position par rapport au centre et à la ligne de parcours, pour pouvoir s'éloigner des points où les vents souffleront avec violence, même dans le cas de l'emploi de la vapeur.
Précautions à prendre dans les parages qui sont voisins de la partie de la mer des Antilles et de celle du golfe du Mexique, dans lesquelles les ouragans ne parvien-nent pas ordinairement.
Les ouragans ne parviennent pas ordinairement dans la partie de la mer des Antilles comprise entre le continent d'Amérique et la ligne que l'on supposerait tracée de l'île de Curaçao à la pointe méridionale du golfe de Honduras, ainsi que sur les bancs dé Gampêche et dans la partie du golfe du Mexique située au sud du parallèle de 20^ ou de 21*^ N. : ainsi, les bâtiments qui se trouvent dans ces parages doivent y rester, lorsque des indices annoncent l'existence d'un ouragan dans les environs, jusqu'à ce que d'autres signes en annoncent l'éloignement ou la fin. Quant aux bâ-
timents qui sont dans le voisinage de ces lieux, ils doivent tâcher d'y parvenir, sMls peuvent le faire sans traverser Touragan.
CANAL DE BARAMA.
Dans le canal de Bahama, les ouragans peuvent prendre au moins trois formes et trois directions différentes, parce qu'ils peuvent y être causés ; l^» par les alises du JN. E. et les vents de S. E. de l'hémisphère austral, et par les vents du N. E. au N. N, E. et ceux du S. E. au S. S. E.; 2^ par les vents du N. au N. 0. et ceux du S. au S. E,; &^ enfin, par les vents du N. au N. E. et du N. au N. 0. et ceux du S. E, au S. et du S. au S. 0. (pages 46 et 47) : les premiers, dont la direction varie entre l'O. et leN. O., sont assez rares; les seconds, qui se dirigent entre le N. O. et le N., sont les plus fréquents dans la partie sud du canal ; les derniers, dont le mouvement de translation a lieu vers le nord-est, se font principalement ressentir dans la partie nord.
Un bâtiment qui est surpris par un ouragan dans le canal de Bahama ou parmi les lies voisines, court toujours le plus grand danger ; car, outre l'extrême difficulté de pouvoir reconnaître assez à temps la forme du phénomène, la direction de la ligne de parcours et la position où l'on sp trouve par rapport à cette ligne, il y aura aussi l'impossibilité de se conformer à la plus grande partie des instructions applicables, selon le cas, à cause de la proximité du continent ou des lies et des écueils dont cette partie de mer est parsemée.