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(lésii-c)' (li'S le prejuier coitp-d'œil ; mais i;llc laisse toujours quelque beauté, quelque agrément^ quelque mérite à découvrir. Qui n'a éprouvé cette douce impression, avec Racine par exemple? Dès l'abord, • le charme est complet, et pourtant ce charme dure toujours! C'est que la beauté, qui le produit, est inépuisable.
Tout cela dit assez la bienfaisante influence des arts sur les hommes.
L'art, en effet, bien que cherchant avant tout à éveiller dans les âmes le sentiment du beau, ne les peut élever vers l'infini sans les perfectionner en même temps et les rendre meilleures. Le sentiment exquis de la beauté, qui est à la fois le principe de l'art et son but propre, devient alors, par une affinité presque rigoureuse, l'allié et le soutien du sentiment moral. Ce sont la Beauté et la Bonté, ces filles de Dieu, dont je parlais plus haut, se rapprochant, mais sans se confondre, dans une même étreinte, et conjurant à l'euvi pour tout ramener à leur Père.
Quoique distinct, en principe, de la morale, l'art, comme s'en exprime Joubert, est donc moral par sa nature et favorise la vertu. Il fait naître spontanément dans ceux qui comprennent ses œuvres, des sentiments purs, élevés, généreux, qui ne sont pas encore la vertu, mais qui la préparent ; il excite en un mot à l'amour et à la pratique du bien, en faisant goûter et aimer le beau.
Mais il est nécessaire, avant tout, de co?nprendre
ses œuvres; et quoique, par bonheur, le nombre soit assez limité des hommes que le spectacle du beau trouve absolument insensibles, il est vrai encore de répéter avec Joubert qu'il y faut comme un don particulier, comme une grâce spéciale : On ?ie peut trouver de poésie nulle part, dit-il, quand on n'en porte pas en soi. Et encore : Habitants d'une sphère supérieure , les artistes parlent une langue à part. L'intelligence , à un degré quelconque , de cette langue est donc le moyen unique pour entrer en communication avec eux.
Je pourrais ajouter, en retouchant une pensée du Moraliste : « L'art est à ceux qui y pensent ! » Mais il est assez clair que la nature et l'idéal, excellents maîtres de l'art, n'ont de faveurs constantes que pour ceux qui les observent et les étudient sans relâche.
Joubert (on l'a vu par les citations qui précèdent) connaît à fond les secrets de la langue du beau. Aussi, sans insister plus longtemps sur la distinction de sa nature d'artiste, terminerai-je ce rapide aperçu par une page où il me semble qu'il s'est dépeint lui-même avec beaucoup de force et de finesse :
Il est des esprits méditatifs et difficiles qui sont distraits dans leurs travaux par des perspectives im,menses et les lointains du tô -taXo'v, ou du beau céleste, dont ils voudraient mettre partout ciuelque image ou quelque rayon, parce qu'ils Vont toujours devant la vue, même alors qu'ils n'ont rien devant les
yfiux ; finprits amis df la lumière qui , lorsqu'il leur vient une idée à mettre en œuvre, la considèrent longuement et attendent qu'elle reluise, comme le prescrivait Buffon quand il définissait le génie l'aptitude à la patience; esprits qui ont éprouvé que la plus aride matière et les mots mêmes les plus ternes renferment en leur sein le principe et l'amorce de quelque éclat, comme ces iioisettes des fées, oii l'on trouvait des diamants quand on en brisait Vencelojjpe, et qu'on avait des mains heureuses ; esprits qui sont persuadés que ce beau dont ils sont épris, le beau élémentaire et pur, est répandu dans tous les points que peut atteindre la pensée, comme le feu dans tous les co?ps; esprits attentifs et perçants qui voient ce feu dans les cailloux de toute la littérature et ne peuvent se détacher de ceux qui tombent en leurs mains qu'après avoir cherché longtemps la veine qui le recelait, et Ven avoir fait soudainement jaillir; esprits qui ont aitssi leurs systèmes, et qui prétendent, par exemple, que voir en beau et embellir, c'est voir et montrer chaque chose telle qu'elle est réellement dans les recoins de son essence, et ?io?i pas telle qu'elle est au regard des inattentifs qui ne considèrent que les surfaces ; esprits qui se contentent peu à cause d'une perspicacité qui leur fait voir trop clairement et les modèles qu'il faut suivre et ceux que Von doit éviter; esprits actifs, quoique SONGEURS, qui ne peuvent être heureux que par le beau, ou du moins par ces agréments divers qui en sont des parcelles menues et de légères étincelles;
espr/ts bien -moins amoureux de gloire que de perfection, qui paraissent oisifs et qui sont les phts occupés, mais qui, parce que leur art est long et que la vie est toujours courte, si quelque hasard fortune' ne met à leur disposition un sujet où se trouve en surabondance Vêlement dont ils ont besoin et l'espace qu'il faut à leurs idées, vivent peu connus sur la terre et y meurent sans inonument.