‹ Essai sur les phénomènes électriques des animauxChapitre 10 sur 26 · SENSATIONS PRODUITES PAR LE CODRANT ÉLECTRIQUE · texte numérisé non relu

SENSATIONS PRODUITES PAR LE CODRANT ÉLECTRIQUE

Jusqu’ici nous n’avons étudié le courant électrique que comme capable d’exciter des contractions musculaires. Il faut maintenant l’étudier comme capable d’exciter des sensations. Un ancien fait de Siilzer, publié dans un ouvrage intitulé Tth orie générale du plait^ir, estle premier qui prouve que l’action du courant électrique peut exciter des sensations. Ce faita été rappelé parVolta, et c’estdepuis ses célèbres travaux qu’on l’a ramené aux effets du courant électrique. A l’époque du galvanisme et de la pile , on découvrit que lorsque l’œil était sur le passage du courant, un éclair de lumière paraissait, et qu’en fermant le circuit d’une pile d’un certain nombre de couples à travers scs membres, il avait au point où le courant pénétrait , une douleur plus ou moins aiguë suivant la force

de la pile. Ces phénomènes furent connus par les premiers observateurs; mais c’est aux recherches de Cehot et surtout aux dernières découvertes de Marianini,(]uc nous devons d’avoir établi la loi remarquable des sensations produites par le courant électrique. La voici : le courant électrique, lorsqu’il marche dans un nerf, dans le sens de la .'’amilication, n’excite aucune sensation en entrant; c’estlorsqu’il cesse de passer qu'on éprouve la douleur; c’est le contraire lorsque le courantmarebedans un sens opposé à la ramification du nerf, il excite la douleuren s’introduisant, et rien en cessant. Leliot avait obtenu ces résultats en employant la langue comme l’organe sur lequel la sensation se développait. Il posait sur la langue une plaque de zinc, il tenait avec ses doigts humectés une lame d’argent et il touchait avec cette lame, celle de zinc. Dans ce cas, il avait la sensation en détruisant le circuit, et il n’avait rien en l’établissant. Si, au contraire , la lame d’argent était posée sur la langue et celle de zinc, tenue dans la main, était portée sur l’autre d’argent, la saveur s’éprouvait en cessant de toucher. — Marianini a établi ce fait mieux encore que ses devanciers. L’importance de ces expériences est telle, que je crois utile d’en rapporter les détails. On prépare une grerouille de manière que ses membres inférieurs soient réunis au tronc par les seuls nerfs sciatiques qu’on met à découvert; si la préparation est bien faite, la grenouille est calme. On plonge les jambes postérieures dans un vase plein d’eau et les jambes antérieures dans un autre ; la grenouille a ainsi la tète et la poitrine appuyées sur les bords d’un des verres.

On ferme alors le circuit électrique en plongeant l’un des pôles d’une pile dans un verre, l’autre |)ole dans l’autre verre. Si le courant est direct , c’est-à-dire d,irigé de la tète aux pieds, de très-fortes contractions se réveillent,

eu fermant le circuit, dans les membres postérieurs, et aucun signe (le souIlVaiKa!. L’animal reste tranquille tout en prolongeant le passage du courant pour une trentaine do minutes. vSi le courant est , la grenouille .se con¬

tracte moins à la premif'ro introduction du courant, mais en continuant le passage, elle se gonlle, res|)ire pénibbiment, et même qucbiuefois linit par cracher, donnant par là tous les signes de soutl'rance. — Le circuit étant interrompu, la grenouille se contracte, mais sans crier ou donner aucun signe de douleur. Marianini a vu aussi, sur d’autres individus, et en opérant de la manière précédemment exposée, que lorsque le courant dircci cesse de passer, la grenouille pousse un cri profond, se soulève avec la poitrine et fait des contorsions. Ces expériences sont tellement importantes qu’il n’était pas sans intérêt de les répéter encore et sur des grenouilles et sur d’autres animaux. J’opère sur les grenouilles de la manière suivante : sur une planche de bois couverte devenus, j’attache avec quatre petits clous,les quatre pattes d’une grenouille bien vivante; le bas-ventre de la grenouille doit toucher la planche. Je découvre sur cette grenouille tout le nerf crural et le sciatique, et j’enlève la peau, les muscles et l’os même de la cuisse. Ainsi la jambe reste attachée au tronc par le seul nerf. C’est sur cette portion (bien mise à découvert) du nerf que je fais passer le courant. En variant dans ces expériences , la force de la pile , depuis un jusqu’à trente couples , j’ai vu qu’on pouvait obtenir des efl'ets permanents pour un temps assez long en accroissant le nombre des couples au fur et à mesure que la vie s’affaiblissait. Les résultats que j’ai pu constater sont les suivants : 1° Lorsque le courant est direct, son introduction est toujours accompagnée d’une forte contraction dans les menibres postérieurs ; en ouvrant le circuit on a une

coiiiraction bien plus faible (|ue la précédente; la partie dorsale se plie , éprouve une espèce de secousse et quelquefois on entend la grenouille crier. 2” Si le courant est inverse, lorsqu’il entre, la grenouille plie le dos , se tourne sur ses flancs, sa respiration devient pénible , elle se gonfle et cracbe. Lorsque le courant cesse, on n’a que la contraction aux membres postérieurs. Sur une autre grenouille que j’avais préparée également, j’ai lié à la moitié le nerf crural. Voici les phénomènes qui eurent lieu : si le passage du courant avait lieu au-dessus de la ligature, je n’avais aucun phénomène en introduisant le courant direct; en ouvrant le circuit, j’avais une secousse au tronc, mais ni contorsion, ni gonflement. Quand le courant était inverse, j’observai ces phénomènes, mais plus marqués en introduisant le courant et rien en cessant.Lorsque le passage du courant avait lieu au-dessous de la ligature, je ne trouvais plus que la contraction en fermant le circuit avec le courant direct, et en l’ouvrant avec V inverse. — Pour donner aces résultats tout le degré d’exactitude qu’on doit exiger dans des phénomènes d’une si grande importance, j’ai voulu soumettre des lapins à ces expériences. Un habile anatomiste a bien voulu m’aider dans ces recherches. Un lajiin fut lié par ses quatre pattes sur une table en bois avec le ventre tourné en dessous. On découvrit les deux nerfs courants de ses cuisses, et on les isola parfaitement en les tenant soulevés avec une baguette de verre. Voici les résultats obtenus en se servant d’une pile à auges de trente à soixante couples. En fermant le circuit, avec le courant direct je n’ai eu (luc de très-fortes contractionsaux jambes; en l’ouvrant, une légère contraction, une forte secousse au dos, la tète s’estpliée et queh|uefois il jeta un cri. Enfermant le circuit avec le courant inverse, on a toujours un cri aigu, la contraction de la tète et tous les signes de la souffrance;

(Ml ouvrant, uni' contraol ion. Sur deux autres lapins avec les nu'iues n'sullals j'ai r('‘|)('‘lé ces exjKTiences. La masse (les faits, en s’accordant (Mitre (Mix.est donc bien sullisante pour conclure (pie tout courant (‘lectri(pie (pii entre dans un nerf dans une direction contraire à la rainilication du nerf, y produit une sensation de douleur, et (pie lorsipie la direction du courant est la niônie (|uc celle de la rainilication du nerf, ranimai (•prouve la douleur lorscjue le courant cesse de passer.

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