CHAPITRE VIIL
ACTION SI •ÎILTANÊE SUK LE .IIÊME NERF DE DEDX COURANTS ÉLECTRIQUES D’UNE FORCE INÉGALE.
Nous avons vu que lorsque le courant électrique s’introduit dans les membres d’une grenouille, il excite’'dans les muscles des contractions, qui cessent ensuite quoique le passage continue. Il m’a paru important de voir quel aurait été l’effet d’un autre courant, plus fort ou plus faible, introduit dans la grenouille déjà soumise au passage du courant. — Après avoir préparé une grenouille et plongé ses nerfs dans un verre d’eau, ses muscles dans un autre verre, je fais passer le courant d’une pile de quinze couples. La contraction cessée, j’introduis dans les deux verres les pèles d’une autre pile d’un moindre nombre de couples, ou bien fpite d’un seul coujile, c’est-à-dire un arc zinc et platine. On pourrait supposer que, dans ce cas, une portion du courant de la première pile circule par le couple surajouté, et décharge ainsi la grenouille
d’une j)arlie du courant. Si cela est nous devons nous en apercevoir; il faut rappeler ici une des manières par lesquelles on a la contraction en. ouvrant le circuit: c’est de laire passer le courant ([ui traverse d’abord une grenouille par un arc métallique qu’on ajoute au circuit. On voit alors, surtout avec le courant inverse, des contractions qui correspondent à celles qu’on a en ouvrant directement le circuit. Nous devrions donc, surtout avec le courant in\erse, avoir des contractions lorscjue la pile élémentaire est introduite, dans le cas qu’elle fit l’office de décl'.arger le courant et d’en enlever ainsi une jiortion à la grenouille. — Je passe maintenant à décrire l’expérience que j’ai tentée. Je prépare une grenouille et je plonge ses nei fs dans le verre A, fig. 2, les muscles dans le verre B. Un des lils de la pile plonge dans le verre A, l’autre est lié à un (il du galvanomètre. Le second fil du galvanomètre plonge dans le verre B. Il faut que tous ces fils, qui jilongcnt dans le liquide, soienten platine. Lorsque le courant entre en allant des nerfs aux muscles, on observe de fortes contractions et l’aiguille dévie. Après quelques minutes, la déviation s’afLiiblit et finit par se fixer. Si on introduit alors le couple élémentaire dans les deux verres, c’est-à-dire, le zinc dans le verre A, le cuivre en B; on voit alors l’aiguille revenir vers le zéro, et la grenouille ne donne aucun signe de contraction. Aussitôt j’enlève l’arc zinc et cuivre, et je détruis le circuit de la pile. Je remets le seul arc, et de très-fortes contractions sont montrées par la grenouille. Je répète la même expérience, en changeant seulement la position de l’arc zinc et cuivre. Cette fois, je plonge le zinc dans le verre B, avec des muscles et le pôle négatif, et le cuivre dans le verre A, avec les nerfs et le pôle positif. La grenouille reste encore tranquille, tandis que l’aiguille est plus déviée. Je détruis de nouveau le circuit
sans que des contractions aient lieu , et je fais encore passer, avec la uk^iuo disposition, le courant élémentaire: la grenouille ne se contracte pas en l’introduisant; mais cola arrive l’orstpi’on la relire. Ces résultats peuvent s’exi)liquer très-aisément. Lorsque le cou])le élémentaire est introduit avec le zinc dans le verre A et le cuivre dans le verre B, le courant de cette pile circule en allant du pcMe positif de la pile, au négatif par la ])ile; c’est donc un courant contraire qui affaiblit par là la déviation. Dans le second cas, le courant de l’arc zinc et cuivre circule avec le courant de la pile, et la déviation en est par là augmentée. Dans les deux cas, le courant introduit en second lieu ne circule pas uniquement dans la grenouille, et il ne sert pas à résoudre complètement la question que nous nous sommes proposée. Voici comment j’y suis parvenu. La grenouille était disposée, comme auparavant, avec le galvanomètre et une pile de trente couples. Lorsque l’aiguille fut fixée , je pris l’arc élémentaire zinc et cuivre, et je touchai avec le zinc, ses nerfs, et avec le cuivre, ses muscles. La différence entre cette expérience et les précédentes, consiste en cela, qu’au lieu de plonger les extrémités de l’arc zinc et cuivre dans le liquide, je touche cette fois-ci la grenouille même, et on réussit très-aisément en faisant qu’une portion du nerf ne soit pas dans l’eau. Aucune contraction n’a lieu, quelle que soit la disposition de l’arc, ni en détruisant ni en complétant le circuit. Dans tous les cas,raiguilledu galvanomètre ce souffre pas lapins petite variation, elle reste où elle a été fixée par le courant de la pile. — Lorsque le courant de la pile ne passait pas, l’arc élémentaire, disposé comme dans l’expérience que nous avons rapportée, produisait des contractions trèsfortes. Le couple élémentaire n’avait donc aucune action sur le courant de la pile , car son circuit était limité à la
grenouille, cl il n’élail |)as non plus le conducteur d’un courant dérivé, puisque, dans ce cas, on aurait dû voir un cliangenienl dans le galvanonièlre, et des contractions dans la grenouille eu l'cnlevanl. — Je crois inutile d’ajouter, que foutes les fois (pie la grenouille était soumise au courant de l’arc zinc et cuivre, elle se contractait fortement en introduisant le courant de la pile de quinze ou trente couples. Concluons donc que toutes les fois que les membres d une grenouille ou d’un animal quelconque, sont soumis au passage d’un courant électrique, un second courant plus lailile introduit après ne produit aucune contraction, tandis qu’il en [uoduit s’il est plus fort.