‹ Essai sur les phénomènes électriques des animauxChapitre 15 sur 26 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

EXAMEN DES THÉOlUES CÉNÊIIAEES ÉMISES POÜK EXPLIQUEE LES FONCTIONS NEHVEUSES QUE NOUS AA ONS ÉTUDIÉES.

Je ne rapporterai pas ici toutes les hypothèses qa’on a faites pour expliquer les fonctions nerveuses : on a eu d’abord recours à des forces vitales qui n’ont jamais existé que dans l’esprit des inventeurs de ces théories. Il est désormais temps que la physiologie devienne, comme la physique et la chimie, une science d’expériences et d’observations. Le premier essai d’une théorie physique, pour expliquer les contractions musculaires, en partant de l’idée que le fluide électrique est l’agent du système nerveux, se trouve dans les célèbres travaux de 301. Prévost et Dumas. On admet, dans cette hypothèse, que les lilets nerveux se ramifient dans les muscles , se dirigeant perpendiculairement dans les fibres musculaires; cette disposition admise, si un courant électrique vient à parcourir les filets nerveux, il arrivera, par l’attraction des courants, que les filets nerveux devront se rapjirocher et les fibres musculaires se plieront en zig-zag, comme dans la contraction; 31. Prévost est revenu ensuite sur ce sujet. Cet habile physiologiste a eu la bonté de me montrer, avec un excellent microscope, la disposition des filets nerveux dans les fibres musculaires; ces fibres paraissent entourées par des epèces d’anneaux très-rapprochés. 31. Prévost a observé que sur ces anneaux se jettent les filets nerveux et les enveloppent comme le feraient une. suile d’anses; lors([ue la contraction a lieu, ces anneaux s’attirent. J'ai désiré longtemps voir cette hypothèse confirmée par l’expérience, et je n’ai, autant que je l'ai pu, rien épargné pour y réussir, 31alhcurcusement j’ai dû, malgré moi. me

convaincra (ju’ellc nVtai) pas la vérit(^.Ün dos i)!iis grands obstacles que je me suis toujours présenté et que rex|x:rience n’a jias détruit, c’est celui de la nécessité dans laquelle on est, à la suite de cette by])otlièse, d’admettre qu’une substance de matière isolante enveloppe les filets nerveux et les isole de la fibre musculaire; sans cela, on ne pourra jamais entendre comment le courant électrique est retenu dans les filets nerveux ; l’expérience n’apprend rien sur ce point très-important : au contraire, nous trouvons la même conductibilité pour le courant électricpie dans toutes les parties des animaux , et si quelque difl'érence existe, c’est à l’avantage des parties cbargées de liquide. Une seconde difficulté, qui n’est pas moins importante que la première, c’est celle qui vient de la nécessité d’admettre que le système nerveux spinal et cérébral forment un circuit électrique conqdet; sans cela, nous ne pourrons jamais concevoir l’existence d’un courant électrique. 11 faut donc que deux filets nerveux , toujours isolés l’un de l’autre, viennent se terminer aux deux extrémités de la pile. Puisque l’observation microscopique de M. Prévost nous semble résoudre cette objection, tâchons donc de trouver ce courant électrique. Je ne rapporterai pas ici tous les essais infructueux faits par M. Nobili lorsqu’il eut découvert son galvanomètre, et ensuite par tant d’autres physiciens. M. Prévost, guidé par la disposition des filets nerveux, relativement aux fibres musculaires, imagina d’enfiler avec un fil de fer doux un muscle pareillement à la direction longitudinale de ces fibres; c’était là la célèbre expérience de l’aimantation du fer doux dans la spirale faite parJl. Arago; dans ce cas, la spirale était composée par des filaments nerveux. C’est en faisant cette expérience que IM. Prévost a cru voir, dans l’acte de la contraction, de la limaille de fer s’attacher au fil de fer

»lf>ux Tout physicien, pour peu qu’il soit habitué à des expériences précises, ne peut prêter toute sa conliance à cette méthode. Il fallait donc s’y prendre autrement : j’ai commencé par tenir le lil de fer doux placé dans les muscles d’un lapin, très-près d’une aiguille astaticiue. Il n’y eut jamais de signes bien manjués de déviation, et quelquefois cela fut dans un sens et t|uolquefois dans l’autre; j’ai encore jdacé ])lusieurs lils de fer doux dans le même muscle; tous ces lils étaient contenus dans une spirale de cuivre bien vernissée et dont les extrémités étaient liées à un excellent galvanomètre. Au lieu de l’appareil précédent, j’ai encore employé une autre spirale dans laquelle était une aiguille à aimanter. J’ai encore introduit toute la cuisse d’une grenouille dans une double spirale en cuivre bien vernissée, et qui se terminait ou au galvanomètre ou à la spirale cjuc nous avons déjà décrite. Tous ces essais, plusieurs fois répétés, furent inutiles pour découvrir l’existence du courant électrique dans les nerfs des animaux lorsqu’il y a contraction ou sensation. Désespérant d’obtenir ce courant électrique des nerfs, j’ai voulu au moins tenter de découvrir, à l’aide du courant électrique, si les nerfs étaient réellement disposés en spirale et si un courant extérieur introduit faisait cette route. J’ai donc fait passer le courant d’une pile à travers la jambe et la cuisse d’une grenouille; ces membres étaient contenus dans une spirale qui allait au galvanomètre ou bien à la spirale décrite ; je n’ai obtenu aucun signe d’induction. J’ai enfin construit un appareil pour l’induction des charges électriques d’une bouteille : c’était une spirale qui avait une aiguille à aimanter dans son intérieur, et qui était disposée parallèlement à une aiguille asiatique. C’est un appareil à peu près semblable à celui employé dernièrement par Marianini. L’induction des décharges d’une bouteille , même petite, y est très-

scDsiblo; j’ai inulileiiioiil (Miiployc cct apparoil eu faisant passer la (lécharge (ruiuï liouloille à Iravers les nuisrl(‘s d’une grenouille, contenus dans une spirale cpii se terininail à l’appareil décrit. 11 faut donc avoiu'r (lue. maigre les roclierclies les plus ininulic'uses, il nous a été impossible de découvrir des courants électriques dans les nerfs tles animau\ lorsqu’ils éprouvent des contractions aux muscles, ou qu’ils transmettent des sensations au cerveau. Pour conclure (pie le courant électrique est l’agent de ces fonctions, nous attendrons que la science nous donne des moyens plus propres pour le démontrer'.

Page 1