CHAPITRE XV
DYPOTBÈSE.
Maintenant, comment entendons-nous que le fluide électrique produise des contractions et des sensations?
J’ai longtemps médité sur cette question, et j’ai dû toujours retomber sur une idée qui me semble la plus générale dans l’état actuel de la science ; elle explique parfaitement tous les phénomènes que nous avons exposés, et n’est nullement en opposition à ce que l’anatomie nous a fait connaître sur l’organisation du système nerveux et musculaire; cette hypothèse a été émise d’abord d’une manière générale par M. Becquerel : tous les faits que j’ai ajoutés et toutes les considérations et les rapprochements qui en sont découlés rentrent parfaitement dans ces idées.
’ Nous avons ajipi is tlepuis que M. Vcliier avait eu les iiiêiiies i(isultats négatifs, et qu'il les avait publiés dans les Annales des sciences naturelles, cahier de février 1S38.
Il est possible que toute cette apparence de proljabilité ne soit pas de longue durée; je crois pourtant qu’elle mérite d’étre exposée en peu de mots. Soit que le ru-rf soit formé d’une série de globules disposés en chapelet, soit que le nerf soit une espèce de tube creusé, avec un liquide dans l’intérieur , peu importe pour l’hypothèse que nous allons exposer. Rappelons ici une des propriétés bien constatée du courant électrique, c’est-à-dire celle d’être douée d’une action mécanique dirigée du pôle positif au négatif. Qu’on prenne une boîte et qu’on la sépare en deux par une membrane, ensuite qu’on verse un liquide peu conducteur dans les deux cavités; si alors on fait passer le courant électrique en tenant l’un des pôles dans une cavité, et l’autre pôle dans la seconde, on verra, après quelque temps, le liquide considérablement augmenté dans la cavité où est le [)ôle négatif. M. Becquerel a fait voir aussi qu’en plongeant deux tubes de verre tamponés par de l'argile dans un vase d’eau , si on fait passer le courant à travers les deux tubes, l’argile du tube où est le pôle positif, sera poussée et .répandue dans le liquide du vase. D’autres faits de ce genre ont été ajoutés ensuite. Concluons donc que le courant électrique est capable de pousser les corps qu’il rencontre sur sa route en les dirigeant du pôle positif au négatif. Supposons maintenant que ce phénomène ait lieu lorsque le courant électrique parcourt un nerf. Si ce mouvement a lieu de l’origine du nerf à ses extrémités, nous aurons la contraction ; s’il a lieu en direction contraire, nous aurons la sensation. Il ne faut pas que nous nous émerveillions du grand pouvoir de ce dérangement musculaire. M. Savart, dans un de ses célèbres travaux, nous a montré de quelle force est capable un ébranlement musculaire en apparence très-léger; cela admis, le reste est facile à comprendre. En eCTet, il est naturel (jiie lorsque le courant
direct cosse d’agir, coiniiK; l(>s grains nerveux reviennent à leur place en exécutant un mouvement dirigé des extrémilés vers le cerveau, il y ait une sensation ; le contraire pou’’ le courant inverse. Le phénomène des allerna(iv(^s vollianes est encon^ très-simple. La prolongeant le |)as— sage du courant, les glohules ou grains nerveux |)ar\ien— lient aux limites de leur déplacement possible, et leur élasticité s’aü’aililit; ils restent où le courant les a retenus pour longtem|)s. Ce n’ivst que le courant contraire qui peut les ramener à leur [ilace. Le passage du courant, perjicndiculairemenl à leur longueur, ne doit produire aucun efl'et. C’est enlin très-aisé à concevoir comment un nerf soumis au pa.ssage d’un certain courant ne soit pas excité par un courant plus faible qu’on fait passer avec le pre¬
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