CHAPITRE V
CAUSES QUI MODIFIENT L’ACTION DE L’ÉLECTniCITÉ SUE LES NEEFS;
LIGATUUE.
On sait ce cju’il arrive lorsqu’un nerf est lié : Si on irrite la partie qui est au-dessus de la ligature , c’est-ii-dire, col*e qui est tournée vers son origine , on n’observe aucune
contraction dans les nuisclos inft^rieurs; souloirK’nt, l’aniiiial crie cl é|)rouvo di' la doiil('ur. Si, au contraire, c’est la partie qui est au-dessous de la ligature (pii est irritée, ranimai est pris par des contractions tr(''s-fortcs dans les muscles inferieurs, sans ([u’aucune douleur se soitr('veillée. Voyons maintenant ce (jui arrive lorscpie le stimulant est le courant électrique. On a étudié depuis longtemps riniluence de la ligature ; on avait cru d’ahord que la ligature agissait sur le courant électricpie comme sur les autres agents stimulants. Après on a changé d’avis, et on trouve maintenant, dans des ouvrages célèhres de physi(]ue que la ligature du nerf n’arréte jias l’action du courant électrique qu’on fait passer au-dessus. Il m’a paru important d’examiner cette (lucstion avec plus de soin. Aux premiers essais que j’ai tentés , j’avais cru qu’efFectivement la ligature n’empécherait pas l’action du courant électrique; on observe pourtant, de (quelque manière (ju’on opère, un grand affaiblissement dans les contractions produites lorsque le courant direct passe au-dessus de la ligature. Pour me mettre entièrement à l’abri de toute influence étrangère à l’expérience, j’ai opéré de la manière suivante : J’ai pris une grenouille préparée à la manière ordinaire, et je l’ai coupée par le mi lieu longitudinal, ayant ainsi une jambe, sa cuisse, le nerf et un morceau de moelle épinière; je suspends la grenouille par un lil de soie que je plie autour d’un tube de verre vernissé; je lie alors le nerf au milieu, et je serre le nœud jusqu’à ce que je voie de légères contractions dans la jambe; alors je pose les deux p(Mes de la pile de 15 couples à auges au-dessus de la ligature, en les tenant à la plus grandedistancepossibleentreeux. Je n’observe aucune trace de contraction, et cela quelle que soit la direction du couvant et quel que soit l’instant, c’est-à-dire, en ouvrant ou en
fermant le circuit; si, au contraire, le courant passe au-dessous de la ligature, l’introduction du courant direct donne lieu à des contractions très-fortes. J’ai porté sur d’autres grenouilles le nombre des couples de la pile jusqu’à GO, et j’ai toujours obtenu les mêmes résultats. Il faut mainteuaut faire remarquer comment on s’était trompé. La même grenouille, qui, suspendue et exactement isolée, ne se contracte pas par le passage du courant au-dessus de la ligature, se contracte si l’expérience est faite, lorsqu’on l’a posée sur une lame de verre ou de gomme laque. L’isolement n’étant pas complet, dans ces cas, il arrive qu’une portion du courant achève son sircuit en passant au-dessous de la ligature. Le courant électrique est donc modifié dans son action sur le nerf par l’effet de la ligature , de la même manière que les autres agents stimulants. Il faut, à ce propos, faire remarquer que si l’on coupe avec soin la ligature , ce courant ne devient pas, malgré cela, capable d’exciter des contractions en passant au-dessus du point qu’on avait lié; on trouve le nerf dans ce point trèsaminci et réduit presque à sonnévrilème. Si la ligature n’a pas produit cette altération dans le nerf, le courant est encore capable d’agir en passant au-dessus de la ligature; mais, dans cas, tous les autres agents stimulants agissent de même; il est donc évident , que la ligature agit également dans tous les cas. Il me resterait ici à ajouter ce qui arrive au nerf par la ligature, en opérant sur un animal vivant; mais c’est dans une autre partie de ce travail que ce sujet sera traité.