CHAPITRE VI
ALTEKÏSATIVES VOI.TIANF.S.
Parmi les causes qui modifionl l’acliou du courani électrique sur les nerfs, nous avons le courant électriqm; lui-mèine. C’est là un })liénoinène découvert j)arle célèbre Voila. J’ai sur ce point très-peu à ajouter sur ce que nous devons à Voila et aux belles recherches de Marianini. — Voici les faits : Toutes les fois ({u’iine grenouille [)réparée, et dont les deux jamhes plongent séparément dans deux verres d'eau, est soumise au passage du courant électrique , elle liait, après un certain temps, à ne plus se contracter, lorsqu’après avoir détruit le circuit on vient à le rétablir de la même manière qu’auparavant. Si alors la direction du courant est renversée, la grenouille se contracte quand l’électricité passe. Dans se second état, elle persiste pour quelque temps , mais elle finit encore par ne plus se contracter. Elle est devenue alors capable de se contracter en renversant la direction du courant, et ainsi de suite pour un certain nombre de fois. — Ayant appris longtemps après la découverte deVoltasur les alternatives, que la force du courant s’affaiblit en tenant le circuit fermé , et acquiert de nouveau son intensité en laissant le circuit fermé, on a été tenté d’abord d’expliquer le phénomène des alternatives voltianes par le seul changement que nous venons de faire remarquer avoir lieu dans les forces d’une pile sui- \ant que le circuit est ouvert ou fermé. — M. Marianini a commencé par s’assurer que, quoique cette variation dans la force de la pile se mêle dans la production du phénomène des alternatives voltianes, néanmoins il existe môme sans cela. Pour s’en assurer, qu’on tienne le circuit ouvert pour un certain temps et (ju’on le ferme ensuite
en fiiisanl passer le courant dans la même direction qu’au paravant. Si la grenouille est devenue insensible, elle nesc contracte même pas a|)rès avoir tenu le circuit ouvert pour un certain temps; les contractions ont lieu aussitôt, si la direction du même courant est renversée. En étudiant quelle était rinlluence de 'a force du courant sur la production des alternatives vollianes, M. Marianini s'est assuré que leur durée est d’autant plus longue que le courant électrique est moins intense. En employant des grenouilles mortes depuis un certain temps, on trouve qu'elles cessent de se contracter sous un courant dirigé dans un certain sens, qui sera d’autant plus fort que l’airaiblissement de la grenouille sera plus grand ; et ce qui a lieu j)Our le premier courant, se vérifie naturellement pour le courant renversé qu’on fait passer après. On con(,;oit par là très-aisément comment les alternatives voltianes doivent très-diflicile— ment se produire sur la grenouille ou sur tout autre animal à l’état vivant. Eftectivement, il arrive que tout en opérant avec des courants électriques d’une grande force , on n’obtient jamais sur l’animal vivant, la cessation totale des contractions produites pour un courant qu’on fait passer toujours dans même sens. Dans le cas de l’animal vivant, on ne parvient qu’à obtenir un grand affaiblissement dans les effets d’un courant dii •igé dans un certain sens, tandis qu’on trouve ces effets bien plus forts lorsque la direction est renversée, rarmi les phénomènes les plus intéressants que nous devons aux recberebes de M. Marianini sur les alternatives voltianes, il y a celui d’avoir découvert que, sans le passage du courant électri(|ue contraire à celui qui a rendu la grenouille insensible, elle devient capable de reprendre son activité par le ))rmier courant, étant laissée en repos pour un certain temps. Enlin, c’est encore au même savant ([uo nous
(lovons (le savoir (|uo , sans |)rolonger le passage du courani dans iin certain sens, on ol)lient les pliénonn'-nes des allernalives voKianes en ouvrant et en f(îrniant le circuit plusieurs fois de suite; a|>rès un certain noinlire de ces passages, faits à très-peu d’intervalle do temps l’un de l’autre , les contractions se font plus faibles, et celles qu’on a en renversant la direction plus fortes. Tl faut encore ajouter comment ces phénomènes varient, lorsqu’au lieu d’agir sur les nerfs et sur les muscles dans le même temps, on fait passer le courant j)ar le seul lilet nerveux. Pour s’expliquer les résultats (|u’on obtient en étudiant les productions des alternatives voltianes avec les seuls fdets nerveux, il suflit de se rappeler les lois que nous avons exposées. Puisque le courant inverse ne donne jamais de contractions lorsqu’il entre, il est clair que le courant direct, qui passe par le seul nerf, ne sera jamais suivi d’un renforcement , de contractions par le courant inverse ; c’est là ce qui se vérifie par l’expérience. — M. Marianini avait admis (}ue, môme pour le courant inverse sur les seuls nerfs, il u’y avait pas d’altérations voltianes. J’ai repris l’étude de ce phénomène, et je suis parvenu à un résultat contraire à celui de cet habile observateur. Je prends une grenouille préparée à la manière ordinaire et je fais passer par son nerf sciatique le courant direct d’une pile de 15 couples à auges. A[)rès avoir prolongé le passage du courant par une vingtaine de minutes, elle ne se contractait plus en renouvelant le circuit; je renverse alors le môme courant, et c’est en ouvrant le circuit de ce courant inverse que j’obtiens de très-fortes contractions, et d’autant plus fortes cjue le circuit du courant inverse a été formé pour plus longtemps; alors, sans attendre (jue les contractions aient cessé en ouvrant le circuit, je renverse de nouveau la direction du courant , c’est-à-dire , je fais ,
passer le courant direct et je trouve qu’il excite des contractions.
J’ai pu, sur un iiK^mc individu, reproduire plusieurs fois à la suite l'un de l'autre ce intime phénomène. Le courant inverse qui agit sur le seul nerf est caj)al)le de produire les alternatives. Il in’a paru important, pour bien saisir la nature du phénomène qui nous occupe , de voir s’il arrive etTectivement quelque modilication de conductibilité, ou d’autre, dans les membres de la grenouille soumise au passage du courant. J’ai voulu d’abord voir ce qu’il y avait d’applicable, à ce propos, des polarités secondaires, que M. Peltier dit se développer sur les membres d’une grenouille soumise au passage du courant électrique à travers un liquide ; j’ai répété d’abord l’expérience de l’babile observateur français. Toutes les fois qu’on fait passer le courant d’une pile de 15 à 30 couples à travers les deux jambes d’une grenouille préparée, qui plongent dans deux verres pleins d’eau, si on prolonge le passage pour quelques minutes, on trouve réellement les deux membres de la grenouille capables d’exciter un courant électrique secondaire. On s’en assure en retirant les deux pôles de la pile et en plongeant deux lames de platine réunies au fd d’un galvanomètre; aussitôt l’aiguille dévie, et la déviation indi(iuc que ce courant est dirigé sur la grenouille dans le sens opposé du courant de la pile qui avait passé auparavant. Sans employer la grenouille, on peut s’assurer des polarités secondaires développées sur la grenouille, avec la grenouille même. Il est aussi possible de créer avec de seules grenouilles une pile secondaire; il suflit, pour cela, de réunir une série de petits verres avec des grenouilles préparées et de faire passer le courant, pour quelque temps, en obligeant , avec une planche , les grenouilles à ne pas sauter hors des petits verres ; peut-être cette espèce de
])iic secondaire, sans inélaux, falle seulcmcnl avec des snl)s(ances de nalure animale, pourra-l-elle un jo>ir nous evj)li(iuer (jueUiues jdiéuoinèues d'électricité animale. Dans le phénomène des alternatives, on aurait jm supposer (jue c’est le courant secondaire (jui, marchant en sens contraire du |)rimitif et dans le même sens de ce courant lorsqu’on en a renversé la direction pour avoir les alternatives , est cause du phénomène. On pourrait aussi renforcer cette opinion, en voyant dans l’inlluence du repos, le même fait qui a lieu pour les polarités secondaires développées sur les métaux, qui disparaissent lorsqu’on a attendu quelque temps sans fermer le circuit. Lu autre fait, que j’ai découvert, pourrait paraître favorable à cette hypothèse : lorsqu’une grenouille, disposée avec les jambes dans deux verres, est devenue incapable de se contracter à l’introduction du courant, si on enlève, pour un instant, la grenouille, et qu’on la remette après avoir coupé la portion de ses jambes qui était plongée dans l’eau, on aura les contractions en rétablissant le courant dans le même sens qu’au paravant. Un galvanomètre qu’on avait introduit dans le circuit avec la grenouille, et qui donnait une déviation de 25“ lorsque la grenouille était épuisée, augmenta la déviation de 10’ après lui avoir coupé les jambes qu’on avait tenues plongées. Malgré tout cela, il m’a paru important de prouver directement si les polarités secondaires sont réellement la cause des alternatives voltianes. En introduisant le galvanomètre dans le circuit, on aurait dii trouver, après le renversement de la direction, un courant plus fort. En effet, c’est le courant secondaire qui s’ajoute, dans ce cas , au courant de la j)ile pour circuler ensemble ; j’ai , dans ce but, tenté un grand nombre d’expériences. On conçoit très-aisément comment cela peut se faire : un galvanomètre est introduit dans le
circuit, la grcnouillo se conlracte, la déviation , d’abord très-grande, revient, et après une trentaine de minutes, je détruis le circuit. L’aiguille revenue après, je rétablis le courant et je note la déviation. J’enlève la grenouille, je change sa position, en mettant les jambes où étaient les nerfs et les nerfs où étaient les jambes, et je ferme encore le circuit; je tiens encore note de la déviation. On voit toujours les contractions très-fortes par ce renversement, mais les déviations ne sont pas augmentées. J’ai fait quatre expériences de ce genre, et j’ai toujours obtenu , soit avant, soit après', le renversement ou la même déviation , ou quelquefois un peu plus, quelquefois un peu moins. Concluons donc que la contraction qui a lieu en renversant la direction du courant, n’est pas due aune augmentation d’intensité de ce courant, produite par les polarités secondaires. Ce n’est pas non plus, comme M. Marianini a voulu le soutenir, que l’électricité sort condensée dans les membres de la grenouille, et qu’elle revienne ainsi avec le courant inverti. Quant aux contractions qu’on a après avoir coupé la portion des jambes qui étaient plongées dans l’eau, ce n’est là qu’un phénomène de conductibilité. Si on examine les muscles d’une grenouille qui a été pour quelque temps dans l’eau, on les verra devenir plus gros et blancs, tandis que l’eau est devenue rougeâtre; Le sang et les humeurs, qui sont la partie la plus conductrice des muscles , sont dissous dans l’eau qui les a remplacés.