‹ Essai sur les préjugésChapitre 16 sur 23 · V. ClCERO. TUSCULAN. L. V. Cap · texte numérisé non relu

V. ClCERO. TUSCULAN. L. V. Cap

La vérité , comme le soleil , est faite pour éclairer le globe entier ; elle ne veillit jamais ; elle ne connaît point les bornes que des conventions passagères ont mises aux sociétés politiques ; sa lumière est destinée à tous les babitans de la terre: son flambeau, souvent voilé de nuages, ou éclipsé pour un temps aux yeux d'un peuple, sert pourtaut à en guider un autre.

Tout bomme qui médite ne jouit-il pas aujourd'hui d'une foule de vérités, de lumières , de découvertes jadis combattues, déprimées, étouffées, persécutées par ceux à qui elles étaient destinées'? Le savant de nos contrées n'est-il pas à portée de puiser dans des sources devenues inutiles désormais a l'Assyrie dévastée , à l'Egypte abrutie , à la Grèce asservie , à l'Italie conquise par des barbares et soumises à des prêtres ? La sagesse des anciens est-elle donc perdue pour les sages modernes l. IN 'est-ce donc pas pour le philosopbe d'aujourd'hui qu'ont écrit les Platon , les Aristote, les Cicéron,'les Antonin? West-ce point pour nos législateurs que les Solon , les Lycurgue , les Cbarondas ont médité l. ^s'est-ce pas pour nos moralistes que le sage Confucius a , dans le fond de l'Orient , enseigné ses leçons ?

Aidée de l'expérience des siècles passés , la phdosopbie , éclairant la politique et l'histoire , est a portée d'instruire ceux qui gouvernent aujourd'hui ; elle leur montrera les écueils où d'autres ont échoué ; elle leur découvrira les vraies

causes de ces révolutions qui out renversé les empires ; elle leur fera voir a chaque page les tragiques effets de la tyrannie , de la superstition , du délire des rois , des préjugés des peuples , de l'ambition des grands. Que l'on ne nous dise point que les nations n'en sont point devenues plus heureuses , que leurs chefs n'ont point été rendus plus sages. Le Breton , fatigué de ses despotes et de ses révolutions , ne s'est-il pas approprié les idées politiques de Sparte , d'Athènes , de Rome? N'est-il point parvenu à forcer ses monarques à devenir citoyens? Embrasé du beau feu qui brûla dans les cœurs des Harmodius , des Timoléon , des Dion , et qui fit disparaître la tyrannie de la Grèce , u'a-t-il pas juré haine immortelle aux ennemis de sa liberté? N'est-ce pas pour lui que les Thucydide , les Polybe , les Tacite ont écrit l'histoire (1) 1 Enfin , si l'Anglais n'est point encore parvenu à donner à son sort la perfection et la solidité dont il serait susceptible , c'est qu'encore asservi à mille pré-

(i) En Angleterre, sous Charles I, les partisans du despotisme ou du pouvoir arbitraire des rois se plaignaient, dans le siècle passé, que c'était la lecture des anciens qui avait fait naître dans les cœurs fenthou siasme de la liberté Un ministre d état français regardait indistinctement tous les gens de lettres comme des séditieux.

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