V. TtjsCixlan. lib. IV
mis aux caprices de la mode, au faux goût du siècle, à la frivolité?
Voulez-vous mériter les suffrages de la sagesse ; poètes, peignez-nous la nature ; ses trésors sont inépuisables; embellissez la vérité, montrez-la par ses côtés les plus aimables , voilez quelquefois ses appas sous les ombres de la fiction , a6n de les rendre plus neufs, plus piquans, plus variés. Orateurs , foudroyez le mensonge; montrez la vérité , donnez lui de la noblesse et de l'énergie, rendezla toucbante et pathétique ; qu'en parlant à l'imagination elle devienne plus séduisante et plus persuasive. Historiens, peignez avec force et vérité les délires des rois, les dangers du despotisme, les fureurs des conquêtes , les folies de la guerre , les extravagances du fanatisme, les abus du gouvernement, les dangereux effets des préjugés. Auteurs dramatiques, que vos tragédies effraient le crime, qu'elles attendrissent en faveur de la vertu dans la détresse, qu'elles inspirent Ja haine de l'oppression et l'amour de la liberté ; que vos comédies accablent le vice sous les traits du ridicule, qu'elles combattent les folies humaines , qu'elles forcent le spectateur de rire de ses propres faiblesses et de s'en corriger. Piomanciers , intéressez-nous pour l'innocence ; montrez-nous dans vos fictions les charmes de la vertu , les dangers des passions ; qu'en amusant elles gravent la vérité dans nos cœurs. Artistes, enfans de la peinture et de la sculpture , consultez la nature, peignez-la
fidèlement ; saisissez l'homme dans l'instant où il peut nous faire méditer et rentrer en nous-mêmes ; instruisez- nous par les yeux. C'est alors que le sage applaudira vos talens divers; il estimera vos ouvrages ; il en sentira l'utilité. Si l'esprit philosophique guidait les talens et les arts, toutes leurs productions ramèneraient les hommes à l'utilité , au bonheur, à la vertu.
Ainsi la vraie philosophie chérit, approuve, admire en tout l'utilité , la conformité a la nature , la vérité ; ses jugemens ne sont à craindre que pour la futilité, pour l'inutilité , pour ces talens pernicieux qui séduisent les hommes, qui les énervent, qui les rendent complices de leurs propres infortunes , qui les entretiennent dans leurs vices et leurs honteux préjugés. La sagesse approuve les plaisirs honnêtes , les amusemens innocens , les productions de l'esprit qui instruisent en plaisant; elle 11e peut accorder son suffrage k ce qui pervertit l'homme sous prétexte de le délasser. Elle sourit aux jeux aimables ; elle se mêle aux concerts des muses ; elle se prête aux essors de l'imagination; elle approuve la fiction; elle applaudit les recherches; elle estime les inventions ingénieuses des arts , toutes les fois que ces choses tendent au bonheur de la société ; elle ne montre un front sévère qu'à ce qui peut nuire ; elle ne marque du mépris qu'à ce qui est inutile et capable de détourner des objets iutéressans pour l'homme.