CHAPITRE XI
De la cause des vices et des incertitudes de la philosophie. Du scepticisme et de ses bornes.
JL'expérience , on ne peut trop le répéter, est le seul guide que le philosophe puisse suivre en sûreté ; la raison se trouble quand elle est emportée par une imagination trop fougueuse pour lui laisser le temps de peser les objets. C'est ainsi qu'on la voit quelquefois s'élancer dans les régions désertes de la métaphysique , s'arrêter à sonder des profondeurs inutiles, s'obstiuer à des recherches dont il ne peut résulter aucun avantage réel. Égaré une fois , l'esprit humain est souvent long-temps à revenir de ses excursions -, cependant ses égaremens servent eux-mêmes à l'instruire. Détrompé par l'inutilité de ses efforts, le philosophe apprend du moins à se défier de son imagination, qui, d'un vol téméraire, voulait franchir les bornes de la nature; il voit que hors d'elle il n'est rien qu'il puisse constater, rien qu'il puisse soumettre à l'expérience , ni par conséquent qui puisse servir de base à ses connaissances. Enfin il s'assure que tout ce que son imagination plaçait au-delà de la nature ne peut être qu'incertain, illusoire , indif-
férent à son bonheur, peu digue de l'occuper (1). Ainsi il se défie des suppositions gratuites dont il était parti ; il consent à iguorer des choses que le préjugé seul lui mo -rirait comme importantes à connaître ; il apprend au moins à douter de ces prétendues vérités que l'éducation , l'hahitude , l'exemple, l'autorité lui montraient comme indubitables. L'ignorance et l'incertitude peuvent humilier la vanité ; elles ne doivent point affliger la sagesse (2). Savoir , c'est connaître les bornes où l'on doit s'arrêter; mais pour connaître ces limites, il faut avoir souvent parcouru un grand espace. Le parcourir avec célérité , c'est avoir du génie ; le parcourir avec attention, c'est avoir de la sagacité ; n'y avoir rien découvert est souvent une découverte très-utile; c'est avoir beaucoup acquis, que de s'être détrompé.
Quelque problématiques que soient pour nous
(1) Pour peu qu'on y réfléchisse, on trouvera que les prêtres sont parvenus à persuader aux hommes que les choses les plus essentielles pour eux sont celles qu'il leur est impossible de comprendre : de là vient \a.foi, qui n'est jamais que la confiance implicite et illimitée que les hommes ont dans leurs prêtres , confiance qui suppose un renoncement à la raison souvent fatal à la société.
(2) Tout homme sensé doit dire avec Cicéron , Nec me pudet , ut istos , fateri nescire quod nescïani : ou bien , Nescire quœdam magna pars est scient iœ.
les connaissances humaines , malgré les incertitudes dont les sciences sont remplies, l'homme , poussé par le désir du bien-être , parvient à la tin à connaître tout ce qui l'intéresse véritablement; il distingue aisément ce qui lui est utile de ce qui lui est désavantageux ; il n'y a que lorsqu'il se fait un crime de ses recherches , qu'il ne peut point s'éclairer. On peut affirmer sans témérité que les sciences que l'esprit humain n'est point parvenu à éclaircir, dans lesquelles il n'a point fait un pas , qu'au contraire, à force de recherches et de disputes, il n'a fait qu'obscurcir, sont des sciences idéales et des cbimères indignes de son attention. Qu'est-il en effet résulté des efforts réunis de tous les prêtres du monde pour éclaircir la théologie? Qu'ont produit enfin les méditations métaphysiques , les subtilités , les disputes de tant de génies réellement profonds , qui se sont inutilement occupés des opinions religieuses et des prétendus oracles de la divinité? Les prêtres furent communément les hommes les plus savaus, les plus adroits, les mieux récompenses dans toutes les nations ; leur science devrait sans doute être la mieux connue , puisque l'intérêt et la capacité ont dû se combiner pour la faire étudier ; cependant quels fruits la théologie a-t-elle tirés de ses vaines recherches? Hélas ! elle n'a pu mettre aucun de ses principes à l'abri des plus fortes attaques ; on lui a contesté jusqu'à l'existence du dieu qui lui sert de base. Elle a eu effet rendu ce dieu méconnais
sable et totalement impossible aux yeux de la raison et de la vertu , par les fables qu'elle a débitées , par les qualités contradictoires et incompatibles qu'elle a entassées sur lui , par la conduite ridicule et bizarre qu'elle lui a prêtée, par les faux raisonnemens qu'elle a faits sur sa nature et sa façon d'agir. Ainsi , de siècle en siècle , elle n'a fait que s'obscurcir et s'enlacer dans ses propres filets; elle n'a fait qu'aveugler l'esprit humain-, elle n'a produit que des querelles, des schismes , des animosités qui ont fait couler à grands flots le sang des mortels frénétiques qu'elle avait pris soin d'enivrer.
Non contente de s'obscurcir elle même, la théologie a répandu ses ombres sacrées sur toutes les connaissances humaines; ses notions surnaturelles ont partout infecté la philosophie, qui, en partant de ses principes , n'eut jamais qu'une marche incertaine et tremblante.
En effet , ce fut de la superstition que la philosophie prit ses premières leçons. Incapable dans son enfance de consulter l'expérience, ses premiers pas furent guidés par l'enthousiasme, le merveilleux et l'imposture. Des prêtres furent en tout pays les premiers savans des nations ; c'est dans une source si suspecte que furent obligés de puiser tous ceux qui voulurent s'instruire dans la philosophie. Ces prêtres, jaloux de leurs connaissances réelles ou prétendues, ne les communiquèrent qu'avec peine à ceux qui vinrent consulter
leurs oracles; ils enveloppèrent leur science J ou plutôt leur ignorance, des ombres du mystère ; ils ne parlèrent que par des énigmes , des symboles , des allégories et des fables, dont ils se servirent pour masquer beaucoup d'erreurs et très-peu de vérités.
Ainsi ce furent des théologiens, des prêtres, des poètes qui jetèrent partout les premiers fondemens de la science (1). La poésie, fille de l'imagination, fut la première philosophie ; elle embrassa tout ; elle parla de la nature , dont elle personnifia les parties ; elle fit ainsi des dieux ; elle arrangea l'univers; elle raisonna de l'homme et de son sort futur-, elle s'empara de la politique ; elle fit des lois ; elle régla les mœurs. Entre ses mains tout devint merveilleux ; elle peupla l'uni" vers de puissances invisibles, d'esprits, de divinités favorables ou nuisibles, de génies, qui servirent à rendre raison des choses. En un mot , la poésie, par ses fictions, ne fit de la nature entière qu'une scène d'illusions, qui, consolidées par le temps, l'ignorance et la crédulité, se sont changées en vérités.
(1) Orphée , Musée , Homère , Hésiode ont été visiblement des théologiens , des pères de Y église grecque. Les druides chez, les Celtes se transmettaient en vers les dogmes de leur religion. Les livres des Hébreux sont pour la plupart des compositions poétiques. Toutes les religions du monde sont fondées sur la poésie.
Tels sont les matériaux informes qui servirent autrefois à construire le fragile édifice des connaissances humaines. Nous voyons les sages de la Grèce voyager en Egypte, eu Assyrie, dans l'Indostau , ramper aux pieds des prêtres, se soumettre à des épreuves longues et rigoureuses pour mériter d'être admis à leurs importans mystères. Ils n'en tirèrent cependant que des fictions poétiques, des notions chimériques , une métaphysique obscure, incapable de servir de base à la science réelle, qui ne peut s'établir que sur l'expérience et sur des faits.
Si nous examinons de près la doctrine des plus célèbres philosophes de l'antiquité , nous trouverons de quoi prouver ce qui vient d'être avancé; nous verrons que leur philosophie prétendue ne porte que sur les hj'pothèses fictives d'une poésie théologique et mystique, qu'ils ont prises pour des vérités démontrées. En effet, dans Pythagore , qui le premier chez les Grecs prit le nom de philosophe ou d'ami de la sagesse , nous reconnaîtrons un disciple enthousiaste des prêtres, de l'Egypte , de la Chaldée et des Indes , parlant, comme eux , par symboles , et peut-être aussi fourbe qu'eux (1).
(4) Il est bien difficile de ne point accuser Pythagore de fourberie quand on considère les mensonges qu'il imagina dans la vue de se faire passer pour un homme extraordinaire et divin. Que penser d'un
Noua voyous pareillement d.ms Platon un poète plein d'imagination , d'enthousiasme et d'éloquence , dont les écrits sont remplis des notions théologiques et mystiques qu'il avait été puiser chez les prêtres égyptiens. Ces notions fructifièrent dans l'esprit exalté de cet homme divin; elles contribuèrent à faire éclore cette philosophie romanesque et poétique qui séduisit les Grecs , et qui sert encore de base à la superstition dont les modernes sout infectés (1). En effet, c'est à lui que sont dues tant d'idées abstraites et merveilleuses dont l'esprit humain s'est imbu , et qu'une philosophie plus sensée a tant de peine à déraciner. En
homme qui faisait des miracles , qui prédisait l'avenir, qui disait avoir ete au siège de Trove , qui se vantait d'entendre l'harmonie des sphères , qui montrait sa cuisse d'or, etc. ? Xe pourrait-on pas soupçonner ce philosophe prétendu d'avoir voulu fonder une secte religieuse ? Au moins a t-ii fonde une secte vraiment monastique, composée des enthousiastes qu'il avait su séduire , qu'il soumit à des épreuves et à des règles très-austeres. Ses disciples le regardaient comme un dieu, comme Apollon lui-même. P~. Jamblique dans la vie de Pj thagore.
(i) Il est tres-e vident que c'est dans l'école de Platon que l'on a puise les notions vagues de la théologie sur lessence divine, sur l'àine, sur la spiritualité, sur l'immortalité , sur la vie future , etc. Ce philosophe est perpétuellement égare dans les régions inconnues du
un mot , dans la doctrine de Platon , que son obscurité fit prendre pour divine , des yeux non prévenus ne pourront s'empêcher de reconnaître l'empreinte de l'enthousiasme ; ils y trouveront beaucoup de rêveries, plus propres à égarer qu'à éclairer l'esprit.
Dans Socrate lui-même , nous trouvons des signes indubitables d'enthousiasme et d'égarement. Que penser d'un homme qui se disait, ou qui de bonne- foi se croyait inspiré et dirigé par un démon familier? Socrate fit, dit-on, descendre la morale du ciel; mais cette morale n'eût-elle pas été bien sure et plus claire, s'il l'eût prise sur la terre , et fondée sur les besoins de l'homme?
Que dirons-nous d'Aristote, dont la philosophie, remplie d'ailleurs d'un grand nombre de vérités, n'a pas laissé de fournir, durant des siècles, des armées puissantes aux apôtres de la superstition et de l'imposture , pour combattre l'évidence et la raison? Que de peines n'a-t-il point fallu pour soustraire l'esprit humain à l'autorité de l'aristotélisme, afin de le ramener à l'expérience , qu'il semblait avoir pour toujours abandonnée ï Quels ont été les cris du sacerdoce quand
monde intellectuel. En lisant ses ouvrages on y trouvera le germe de presque tous les dogmes de la religion chrétienne. Son disciple Plotin semble surtout avoir fourni à nos théologiens les matériaux de leur métaphysique exaltée. Voy. le Platonisme dévoilé.
des sages ont osé détruire l'arsenal où il prenait les sophismes et les subtilités dont depuis longtemps il se servait pour aveugler le genre humain et confondre le bon sens (1)!
Nous trouvons encore les empreintes du fanatisme et de la superstition, et même les idées du monachisme , dans les stoïciens qui, par une vanité ridicule , firent consister la perfection à combattre la nature, à dénaturer l'homme, à faire parade d'une apathie impossible. Ces notions ne sont-elles pas les mêmes que celles que semblent avoir adoptées tant de pénitens superstitieux qui font consister la vertu dans la fuite des objets que notre cœur désire ? La vraie philosophie nous invite à nous rendre heureux nous-mêmes par la vertu, qui consiste à travailler au bonheur des autres. Si les stoïciens furent des fanatiques en morale , ils eurent des opinions pitoyables d'ailleurs. En effet , nous voyons qu'ils croyaient aux songes ; ils alliaient la croyance d'un dieu rond avec le système d'un fatalisme absolu. Enfin ils se perdirent souvent dans des recherches inutiles sur des objets étrangers à l'esprit humain , et n'eurent, comme la plupart des autres sages, que des idées théologiques , mystiques , obscures et remplies de contradictions.
La philosophie ancienne , partie , comme on a
(1) On sait que les clameurs des théologiens ont forcé Descartes de s'expatrier.
vu, de la superstition, eu conserva toujours uue teinte plus ou moins forte, et n'osa que très-rarement en secouer le joug -, il ne lui fut point permis d'abandonner l'imagination et l'autorité pour consulter uniquement l'expérience et la raison. Les ministres de la religion eurent en tout temps le pouvoir de punir et d'écraser les mortels assez courageux pour penser par eux-mêmes , et s'écarter des préjugés reçus. Ainsi les vrais sages furent réduits à se taire, ou bien ils ne parlèrent que d'une façon obscure et ambiguë -, ils masquèrent leur doctrine sous des emblèmes et des symboles dont souvent l'intelligence s'est perdue. C'est de là qu'est venue la double doctrine des anciens philosopbes , dont l'une, accommodée aux préjugés populaires, c'est-à-dire à la religion établie, se montrait dans les discours publics et les écrits, tandis que l'autre, souvent opposée à la première, était enseignée secrètement et transmise verbalement à un petit nombre d'auditeurs discrets et cboisis.
C'est à cette méthode que la tyrannie religieuse et politique força les philosophes de prendre, que sont dues , au moins en grande partie , les obscurités , les incertitudes, les inconséquences, les contradictions que l'on reproche à la philosophie ancienne , souvent devenue inintelligible pour nous : cependant celle des modernes n'est que très-rarement exempte de ces mêmes inconvéniens. Si les ouvrages de nos sages nous présentent des vérités nouvelles et des systèmes utiles, on 3
rencontre à chaque page des traces plus ou moins marquées des préjugés dominans. D'ailleurs si les hommes les plus éclairés et les plus honnêtes ont rarement le courage de dire tout ce qu'ils pensent, ils ont plus rarement encore celui de faire un divorce complet avec les erreurs qu'ils voient universellement établies, ou dont eux-mêmes éprouvent les influences a leur insu. Les personnes les plus sages ont des préjugés , des faiblesses, des passions, des intérêts qui les empêchent de voir la vérité dans son entier, et de sentir les inconséquences et les contradictions de leurs écrits : que d'embarras pour la postérité lorsqu'elle voudra les juger !
Le peu de certitude des principes de la plupart des philosophes anciens fit naître le pyrrhonisme; quelques penseurs se crurent autorisés à douter de tout à la vue des systèmes inconséquens de plusieurs sectes dont les partisans étaient parvenus à rendre obscures et douteuses les vérités les plus claires. Les ecclectiques , bien plus sages, ainsi que les disciples de la seconde académie, sans s'attacher à aucune secte, prirent dans tous les systèmes ce qui leur parut ou plus probable ou plus vrai (1).
(1) Cicéron, qui était académicien, explique tresclairement la manière de philosopher de sa secte , en disant : Xos in diem vivimus ; quocumque animos
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C'est le parti que prendra toujours l'ami sincère de la vérité ; il ne s'en laissera point imposer par l'autorité des noms les plus célèbres ; il ne s'en rapportera qu'à l'expérience et a l'évidence -, il embrassera les opinions les plus probables partout où il les trouvera; il saura qu'un système vrai ne peut être l'ouvrage ni d'un seul homme, ni d'une secte , mais doit être le fruit tardif des travaux combinés de toute la race humaine , qui , toujours partie de l'ignorance et de l'erreur retardée par mille obstacles, surchargée de chaînes incommodes , ne s'avance qu'à pas lents vers la science et la vérité.
Quoique les menaces de la superstition et les préjugés aient souvent réduit la sagesse au silence , et forcé la philosophie de prendre un langage éni«matique ou peu sincère , elles ont néanmoins porté des coups sûrs à l'erreur. Dégoûtés de vaines chimères, quelques sages audacieux ont consulté la nature , et puisé la vérité dans son sein. C'est ainsi que Démocrite , Epicure , Lucrèce son disciple , et tant d'autres , ont osé s'affranchir des entraves de la superstition et du mensonge pour s'élever h la science par des routes nouvelles.
nostros probahilitate percussit id a.£t>\ctTU<, dicimus.Y. TUSCULAN. QUEST. V. Le même auteur dit au livre II. Rationem, qnb ea me cumque ducet sequar: ce qui doit être la devise de tout philosophe.
Leur esprit, libre des liens qui empêchent les honT mes vulgaires de marcher, s'il ne rencontra pas toujours la vérité, renversa du moius un grand nombre d'erreurs. Leur exemple fut suivi par des modernes, qui osèrent , comme eux, soi tir des sentiers battus, et qui tentèrent de mettre l'homme dans le chemin du bonheur. Ils eurent peu de sectateurs; les cris réunis du sacerdoce , des peuples et même d'un philosophe pusillanime et vulgaire, empêchèrent d'adopter et même d'écouter des systèmes trop éloignés des préjugés que leur universalité avait rendus sacrés.
Il est donc aisé de reconnaître les causes qui ont jusqu'ici retardé les progrès de la philosophie. Elle prit sa source chez les poètes menteurs et chez les ministres de la superstition; elle fut infectée du levain théologique ; au lieu de former des sages , elle ne forma que des théosophesj qui ne furent approuvés qu'autant que leurs systèmes s'accordèrent avec les opinions vulgaires. La superstition et la tyrannie tinrent toujours le fer levé sur ceux qui osèrent s'écarter des préjugés reçus (1).
(1) Les philosophes anciens et modernes peuvent être regardés pour la plupart comme des hérétiques ou des schématiques, qui, choqués de quelques vices de détail dans la religion, n'en examinent pas le fond. Sont-ils inutiles pour cela ? non , sans doute : c'est en attaquant par parties l'édifice des folies humaines que nous parviendrons à le faire disparaître , et à nettoyex
Ainsi l'imposture et le délire continuèrent à régler la marche de l'esprit humain ; la philosophie ne fut guidée que par de faibles lueurs de vérité , qui furent à chaque instant éteintes par les ténèbres du mensonge et les coups de l'autorité. Ses pas furent chanceians parce qu'ils furent rarement affermis par l'expérience : dupe de l'imagination, elle ne consulta point la raison; elle prit des fictions poétiques pour des principes incontestables. Au lieu de remonter , suivant les règles d'une saine logique, du plus connu à ce qui l'est moins, les penseurs, pour la plupart, commencèrent par s'élancer dans les espaces imaginaires d'un monde intellectuel invisible , iuconnu , pour eu déduire les lois faites pour régler un monde réel , visible et facile à connaître. Au lieu de sonder la nature et ses voies, on se créa des chimères et des causes occultes qui servirent à tout expliquer, et qui, dans le fait, ne furent propres qu'à rendre tout plus obscur. On substitua des mots aux choses, ou disputa toujours, et l'on ne put rien éclaircir. La saine physique fut négligée pour une métaphysique imaginaire : la
Taire propre à recevoir l'édifice de la raison et de la vérité. Nous devons juger les philosophes et les écrivains comme nous jugeons nos amis; pardonnons-leur des défauts en faveur de leurs bonnes qualités ; de même adoptons les vérités qu'un auteur nous présente , rejetons ses erreurs lorsque nous pourrons les sentir.
nature entière fut une scène d'illusions mue par un pouvoir magique dont on n'eut point d'idées. L'homme fut méconnu, parce qu'on le supposa guidé par des mobiles fictifs. La vraie morale fut ignorée , parce qu'on ne la fonda point sur la nature de l'homme, et parce que l'on n'imagina que des motifs impuissaus et douteux pour le pousser à bien faire. La politique fut inconnue, parce qu'on ne lui donna point les lois de la nature pour fondement, ni l'équité pour base.
En un mot, la philosophie, subordonnée aux préjugés et guidée par les faux principes que la superstition lui avait fournis, ne fut, pour l'ordinaire, d'aucune utilité; elle ne servit qu'à procurer de l'exercice à l'esprit de quelques penseurs oisifs, qui se disputèrent toujours sans jamais pouvoir s'entendre ni convenir de rien. Telle est la route que la religion, appuyée par l'autorité souveraine et par les opinions des peuples, trace partout a la science qui devrait conduire les mortels k la vérité . et qui ne les conduit qu'à des erreurs dangereuses. Trompée par une métaphysique sacrée, la philosophie n'est souvent qu'une science de mots, intelligible pour les hommes qu'elle prétend éclairer. Ils disputent sur tout, ils n'ont sur rien des principes assurés : leurs querelles , que la religion, comme on a vu, rend toujours importantes et très-souvent funestes , seraient entièrement inutiles, si elles ne faisaient sortir quelquefois du sein même de l'erreur de faibles étincelles de
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vérité, qui, recueillies par ceux qui l'aiment, serviront quelque jour à composer un flambeau propre à guider l'esprit humain.
Ce n'est qu'à force d'erreurs que l'homme est réduit à s'éclairer; ce n'est qu'à force de chutes qu'il peut apprendre à marcher d'un pas sûr; il fallait que la philosophie s'égarât eu partant de faux principes; il fallait qu'elle tombât en voulant s'élever au-dessus de la nature ; il faudra que tôt ou tard elle revienne à cette nature, qui seule peut, en lui montrant la vérité, la mettre à portée de guérir les plaies que l'erreur politique et sacrée fait partout aux malheureux habitans de la terre.
Ce n'est donc pas aux partisans de la théologie qu'il appartient de reprocher aux philosophes leurs égaremens , leurs contradictions et leurs doutes: ces iuconvéniens sont visiblement l'ouvrage de la tyrannie politique et religieuse. En effet, n'est-ce pas à elle-même que la théologie devrait s'en prendre si tout en ce monde est devenu problématique et douteux? N'est-ce pas par sou moyen que l'expérience est bannie, que la raison est proscrite, que la vérité est persécutée, que les meilleurs esprits sont à la gène et chargés de honteux liens? N'est-ce pas la religion qui, s'emparant de tout, a perverti la logique, rendu la morale incertaine , corrompu la politique , converti en énigmes les vérités les plus claires , et forcé la philosophie de se conformer à son délire?
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Si douter de tout est un signe de folie , ne douter de rien est le signe d'une extravagance orgueilleuse. La vraie sagesse, détrompée par l'expérience, se défie de ses forces , et ne cesse de douter que lorsqu'elle voit Ja certitude et l'évidence. Il n'eu est point ainsi de la théologie; elle rejette l'expérience et le témoignage des sens; elle méprise la raison , elle prétend la subjuguer et la soumettre k l'imagination: eutre ses mains des fables, des rêveries, des conjectures se changent en certitudes, de faibles probabilités en principes démontrés : à l'en croire, ses partisans illuminés reçoivent du ciel même des faveurs distinguées . des yeux bien plus perçans , a l'aide desquels ils découvrent des vérités inaccessibles à l'esprit du reste des mortels, tandis que nous voyons que la théologie n'a pas un s ul principe qui ne puisse être fortement contesté. Si ses défenseurs ont cette pénétration en partage, qu'ils laissent au moins la liberté de douter ou d'errer à ceux que la nature n'a point autant favorises ; qu'ils ne les punissent point cruellement d'avoir des sens trop grossiers ou des âmes trop pesantes pour s'élever aux régions de l'empyrée. ou pour ne point sentir les preuves de ceux qui ont pu les parcourir. Enfin les disputes théologiques qui depuis tant de siècles ont coûté tant d'efforts à l'esprit humain, tant de sang et de trésors aux nations, ne sont point parvenues à donner à la
théologie la moindre solidité, la moindre certi tude , la moindre unanimité (1).
Les hommes parviennent tôt ou tard à éclaircir plus ou moins leurs idées sur les objets réels qu'ils ont intérêt de connaître; ils raisonneront sans succès et sans fruit sur les objets qui n'existent que dans leur imagination, ou qui ne seront fondés que sur des hyphothèses dont ils n'auront point le courage d'examiner les fondemens. Tout être qui sent et qui pense, dès qu'il est à portée de faire des expériences, découvre bientôt les moyens de se conserver et de se rendre heureux : ce n'est que faute d'expériences qu'il reste en chemin ou qu'il s'égare ; le besoin lui donne des ailes , il le rend industrieux , il lui fait tenter la nature , il le familiarise avec ses lois, lors même qu'il est incapable de les méditer; c'est ainsi que l'homme du commun parvient h labourer, à forcer la terre de le nourrir, à se garantir des injures de l'air, a multiplier ses ressources, à varier ses plaisirs.
Une chaîne d'expériences successives conduit
(1) Il est bon d'observer, en passant, que ceux qui défendent les préjugés et les superstitions des hommes, sont applaudis , honorés , et payés , tandis que ceux qui les attaquent sont honnis, méprisés et punis. Malgré ces avantages, les partisans de l'erreur vivent dans des alarmes continuelles , et tremblent des moindres coups de leurs faibles adversaires, dénués de crédit, de ri chesses et de pouvoir.
l'homme sauvage jusqu'à l'état où nous le voyous dans une société civilisée, où il s'occupe des scieuces les plus sublimes et des connaissances les plus compliquées. IVous le trouvons plus ou moins éclairé dans les choses sur lesquelles la marche de son esprit et le cours de ses expériences n'ont point été gênés ; nous le trouvons ignorant et déraisonnable dans les choses qu'il n'a pu soumettre k l'examen. Il faut que l'homme soit libre pour qu'il s'éclaire •, il faut qu'il soit dégagé de crainte et de préjugés pour s'assurer des objets qui l'intéressent ; il faut qu'il sente ses véritables besoins pour qu'il ce donne la peine de chercher les moyens de les satisfaire. La politique , la science du gouvernement et la morale sont bien moins difficiles à concevoir que le calcul, que la musique, ou qu'une infinité d'arts et de professions que nous voyons journellement exercer par des hommes qui nous paraissent dépourvus de lumières et d'esprit.
Pour donner à tout homme des idées justes sur le gouvernement, ne suffit- il pas de lui faire sentir qu'il a droit d'être heureux, que son bien est à lui, que le fruit de son labeur lui appartient eu propre, que nul de ses semblables n'a le droit d'être iujuste à son égard , de le vexer, de le priver du fruit de ses peines; que ses forces et sa volonté, combinées avec celles de ses associés , suffisent pour faire cesser les malheurs qui l'affligent? Pourquoi donc les nations connaissent-elles si peu des
vérités si claires? Pourquoi sont-elles comme des troupeaux que des pasteurs tondent , et livrent ensuite à des bouchers cruels qui les mènent a la mort? C'est que leurs guides religieux et politiques les ont enivrées d'opinions sur lesquelles ils ne leur ont jamais permis de réfléchir. Jamais elles n'ont pensé à leurs propres intérêts ; on les a menacées de dangers chimériques si jamais elles tentaient de mettre fin à leurs peines.
Pourquoi les hommes sont -ils dans l'incertitude et le doute sur la morale-, pourquoi vivent-ils dans un honteux oubli de leurs devoirs les plus saints; pourquoi la vertu est elle si problématique et si rare ? c'est que l'on néglige leur éducation ; c'est que l'on fonde leurs devoirs sur les oracles de leurs prêtres; c'est que les chefs qui les gouvernent les rendent vicieux , ou ignorent eux-mêmes les vrais mobiles qui les porteraient à la vertu; c'est que ceux qui leur enseignent la morale ne connaissent point ses principes naturels, et qu'au lieu de l'établir sur l'essence de l'homme, sur le désir du bonheur, sur sou intérêt réel , ils lui donnent des bases chimériques , et la fondent sur des hypothèses ridicules (1). Les
(i) Il est évident que les incertitudes que nous présentent presque tous les livres de morale, viennent des idées fanatiques et romanesques qu'on lui a presque toujours associées : nos systèmes demorale ont communément pour base des notions théojogiques etmétapliy-
vérités de la morale sont aussi simples , aussi démontrées, aussi susceptibles d'être senties par les hommes les plus grossiers , que les vérités dont l'assemblage constitue l'agriculture ou une profession quelconque. Les hommes ne sont dans le doute que parce qu'on les empêche de faire des expériences, ou parce que ceux qui les instruisent n'osent point en faire eux-mêmes , et craignent de leur montrer la vérité.
On blâme avec raison un scepticisme qui affecte de ne rien savoir , de n'être sûr de rien . de jeter du doute sur toutes les questions. Dès que nous serons raisonnables , nous saurons distinguer les choses sur lesquelles nous devons douter, de celles dont nous pouvons acquérir la certitude. Ainsi ne doutons point des vérités évidentes que tous nos sens s'accordent à nous montrer , que le témoignage du genre humain nous confirme , que des expériences invariables constatent a tout moment pour nous. ^Te doutons point de notre existence propre; ne doutons point de nos sensations constantes et réitérées; ne doutons point de l'existence du plaisir et de la douleur ; ne doutons point que l'un ne nous plaise et l'autre ne nous déplaise ;
siques totalement étrangères à la nature de l'homme -, elles supposent toujours sa nature corrompue, l'expérience incertaine , sa raison sujette à le tromper. Toute morale doit se fonder sur le désir du bonheur , et pour être efficace , elle doit conduire au bonheur.
par conséquent ne doutons point de l'existence de la vertu , si nécessaire à notre être et au soutien de la société ; ne doutons pas que cette vertu ne soit préférable au vice qui détruit cette société, et au crime qui la trouble ; ne doutons point que le despotisme ne soit un fléau pour les états , et que la liberté affermie par les lois ne soit un bien pour eux ; ne doutons point que l'union et la paix ne soient des biens réels , et que l'intolérance, le zèle , le fanatisme religieux ne soient des maux réels , qui dureront aussi long-temps que les peuples seront superstitieux.
S'il n'est point permis à des êtres raisonnables de douter des vérités qui leur sont démontrées par l'expérience de tous les siècles , il leur est permis d'ignorer et de douter de la réalité des objets qu'aucun de leurs sens ne leur a jamais fait connaître ; qu'ils en doutent surtout quand les rapports qu'on leur en fait seront remplis de contradictions et d'absurdités ; quand les qualités qu'on leur assignera se détruiront réciproquement ; quand, malgré tous les efforts de l'esprit, il sera toujours impossible de s'en former la moindre idée.
Qu'il nous soit donc permis de douter de ces dogmes tbéologiques , de ces mystères ineffables, incompréhensibles même pour ceux qui les annoncent, ; doutons de la nécessité de ces cultes si contraires h la raison *, osons douter des révélations prétendues , des préceptes révoltans , des
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histoires si peu problables que des prêtres intéressés débitent aux nations pour des vérités constantes. Doutons des titres de la mission de ces imposteurs, qui nous parlent toujours au nom d'une divinité qu'ils avouent ne point connaître ; doutons de l'utilité de ces religions qui ne se sont illustrées que par les maux dont elles ont accablé le genre humain ; doutons des principes de ces théologiens impérieux qui ne furent jamais d'accord entre eux, sinon pour égarer les peuples, et faire naître partout des querelles et des combats ; doutons de la réalité de ces vertus divines et surnaturelles qui rendent les hommes engourdis , inutiles et nuisibles , et qui leur font attendre dans le ciel la récompense du mal qu'ils se seront fait à eux-mêmes ici bas , ou qu'ils auront fait aux autres. L'inutilité tt les dangers des pré jugés religieux ne peuvent être douteux que pour ceux qui jamais n'en ont envisagé les conséquences fatales, ou qui refusent de se rendre à l'expérience de tous les âges.
On voit donc que le scepticisme philosophique a des bornes fixées par la raison. Douter de la réalité ou de l'utilité des vertus sociales, ce serait douter de l'existence du plaisir ; ce serait douter s'il existe des mets dont notre bouche soit agréablement affectée : douter s'il est des vices et si nous leur devons notre haine , c'est douter de l'existence de la douleur , ce serait mettre en problème s'il existe dts poisons : être incertain
sur les sen'tiraens que l'homme doit avoir pour le vice et la vertu , c'est affecter d'ignorer si la santé est préférable à la maladie.
L'expérience suffit pour nous faire découvrir tout ce que nous avons besoin de connaître dans notre existence actuelle ; elle ne nous abandonne que lorsque notre curiosité inquiète nous porte à vouloir approfondir des matières étrangères à notre esprit, et qui dès-lors ne peuvent aucunement intéresser : en récompense , tout ce que l'expérience montre constamment à nos sens bien disposés est certain , et suffit pour nous guider dans les routes de la vie. En appliquant ces découvertes à notre conduite, nous serons des philosophes pratiques, des sages véritables, des hommes vertueux; si, contens de nos spéculations , nous les démentons dans la pratique , nous ne serons que des vicieux éclairés.
Que les détracteurs de la philosophie cessent donc de se prévaloir contre elle des choses qu'elle nous laisse ignorer; qu'ils cessent de lui reprocherson scepticisme, ou l'incertitude dans laquelle elle jette les esprits sur une infinité d'objets; ceux sur lesquels l'expérience ne peut rien nous apprendre , sont inutiles dès-lors, ou sont pour nous comme s'ils n'existaient point. Tout homme de bonne -foi n'affectera point d'indécision sur les choses que l'expérience de tous les temps , de tous les pays, de tous individus de l'espèce humaine pourra s'accorder à lui montrer comme favora-
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blés ou comme nuisibles : si l'on ne peut douter qu'un embrasement ne soit capable de réduire une ville en cendres , l'on ne peut douter que le fanatisme religieux , les passions des rois , les désordres des sujets , ne conduisent les états à leur destruction.
D'ailleurs, comme on vient de le prouver , ce n'est point aux ennemis de la philosophie qu'il appartient de l'accuser d'être incertaine et chancelante. Les ministres de la religion sont-ils donc plus d'accord dans leurs principes que les philophes ? ne laissent-ils aucuus doutes dans les esprits de leurs disciples ? ne s'excite-t-il aucuns débats entre eux? sont-ils parfaitement unis de sentimens sur les dieux qu'ils présentent , sur les cultes qui peuvent leur plaire , sur la façon d'entendre leurs décrets infaillibles? Qu'ils ne reprochent donc plus à la philosophie ses lumières incertaines qui la forcent d'aller à tâtons : le doute modeste et l'ignorance avouée nesou'-ils point préférables à une science présomptueuse, à une ignorance tyrannique , à une arrogance dogmatique et décidée, qui rendent les mortels opiniâtres et cruels ?
Quelle perplexité ! quels embarras pour tout homme qui pense , si , parvenu à l'âge mûr , et non préoccupe des préjugés de l'enfance , il voulait se décider en faveur de l'une des religions si variées qui se partagent l'empire de notre globe ! Comment choisir entre ces différens dieux , ces
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différens cultes , ces dogmes si contradictoires , ces fables si bizarres que nous voyons les objets de la vénération de tant de peuples qui couvrent la face du monde ! Toutes les religions ne prétendent-elles pas à la même importance? toutes ne se vantent-elles pas d'être émanées du ciel ? toutes ne disent-elles pas que leur dieu est le maître des autres dieux ? Leurs prétentions sont égales , leurs titres sont les mêmes ; chacune croit posséder exclusivement la vérité et la faveur du très-haut ; chacune promet un bonheur ineffable à ses disciples, et menace de tourmens éternels ceux qui refusent d'admettre ses hypothèses ; chacune se fonde sur des miracles , ou sur des œuvres contraires au cours de la nature ; chacune se glorifie de ses péniteus, de ses enthousiastes, de ses martyrs ; enfin l'homme sensé ne voit partout qu'une égalité de fables , d'absurdités , de mensonges : il voit avec douleur que les sectateurs de toutes ces folies se délestent, se regaident avec horreur, se détruisent réciproquement > et que le nom même de la religion est pour eux le flambeau des furies, k la sombre lueur duquel ils se déchirent et se massacrent sans pitié.
Que pensera le philosophe à la vue de ces sectes multipliées, qui, parties d'une même tige, ou enfantées par les mêmes pères , ne font que se traiter avec plus d'inimitié? quelle est celle dont la haine lui paraîtra la mieux fondée? Partout la religion lui tend des pièges et met sa pénétration
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en défaut : nul système ne lui offre des idées claires; nulle hypothèse ne lui montre cet heureux accord , cette liaison, ce hel ensemble que l'on ne rencontre jamais que dans les ouvrages de la vérité. En jugera-t-il par les effets l. hélas ! nulle religion ne lui montre des sectateurs unis , conteus, heureux, jouissant de la paix, indulgens , justes , tempéraus , humains et vertueux. En un mot, il ne trouve point que le honheur soit nulle part l'ouvrage de la religion -, il la voit au contraire perpétuellement aux prises avec la félicité publique , et travaillant a détruire le bienêtre dans l'esprit de tous ceux qu'elle a soumis à son joug.
Ainsi défendons notre esprit d'une science fatale , dont les avantages sont impossibles à connaître , et dont les suites pernicieuses sont assurées. Abandonnons des systèmes qui ne sont pro • près qu'à diviser les enfan3 de la terre , puisqu'ils se fondent sur des rêveries impossibles à concilier. Consentons à ne jamais parcourir des labyrinthes où les mortels se sont toujours égarés ; renonçons a des notions que l'expérience des siècles, et que les efforts du genre humain n'ont ja mais pu constater : enfin, que l'homme sage ne cherche plus la vérité dans ces productions informes de l'ivresse et de l'imposture , dont la fausseté est prouvée par le mal qui en résulte. Tout ce qui contredit le bien-être de l'homme , ne peut avoir que le mensonge pour auteur ; tout sys-
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tème qui lui nuit ne peut être véritable; la vérité n'est un bien que parce qu'elle est utile ; elle n'est utile que parce qu'elle est nécessaire au bonheur de l'homme; le bon et le vrai sont inséparablemeut associés ; ce qui est vrai ne peut être mauvais ; ce qui est mauvais ne peut être véritable ; ce qui est bon ne peut avoir la fausseté pour base ; ce qui est nuisible ne peut être que l'ouvrage de la fraude et du délire , et par conséquent ne peut mériter les respects du vrai sage. La sagesse n'est rien si elle ne conduit au bonheur.
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