‹ Essai Sur Les Principes De La Métrique Anglaise (volume 2)Chapitre 27 sur 95 · PERCEPTION ET MESURE DU TEMPS · texte numérisé non relu

PERCEPTION ET MESURE DU TEMPS

durée subjective (1). Ce n’est pas davantage par la variété (2): que quatre noires se chantent sur deux notes différentes (sol, do, sol, do) ou sur quatre, elles forment toujours dans un même morceau une mesure isochrone à quatre temps. Ce n’est pas non plus par l’intensité(2) : qu’on les chante forte ou piano, deux mesures musicales de même durée restent pour nous isochrones.

Certes, le nombre, la variété, la complexité et l’intensité de nos sensatons peuvent modifier l'impression du rythme (3), mais ils ne peuvent expliquer, et pour cette raison même, comment nous arrivons à diviser le temps en intervalles égaux et à percevoir l'égalité de ces intervalles. Serait-ce en additionnant la durée des sensations auditives comprises entre deux temps marqués successifs ? Ce serait bien compliqué, quand cette durée est aussi variable que dans la musique moderne, aussi changeante et aussi vague que dans la poésie anglaise. D'ailleurs, en admettant cette explication si peu plausible, nous tournerions dans un cercle vicieux : comment mesurons-nous la durée de nos sensations auditives ? Mesurer la durée d’un pied ou d’un élément de ce pied, le problème est au fond identique.

(1) Je ne parle ici que des mesures de la musique et des pieds du vers, quand nous en observons bien l’isochronisme. Un bref intervalle partagé par un certain nombre de percussions nous paraît plus long qu’un intervalle vide de même durée objective ; c’est l'inverse pour un long intervalle (v. Scripture, Elements of Exper. Phonetics, p. 522). Cp..$ 26, 3°.

(2) Cp. $ 3r.

(3) Cp. $-26 et 27.

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S 34. Possédons-nous un sens inné de la durée? Avons-nous dans le cerveau une espèce de métronome, auquel nous comparons les unités rythmiques données, et sur lequel nous réglons le rythme de notre chant, de notre déclamation, de notre composition musicale ou poétique ? On peut être tenté de le supposer quand on songe au rythme parfait de certains mouvements de l’organisme : le rythme du cœur, marqué par le battement de cet organe, le rythme de la respiration, le rythme de Ja marche. Mais ces rythmes organiques, ces rythmes fonctionnels, ne sont nullement réglés par une espèce de métronome cérébral; ils s'expliquent tout autrement.

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