‹ Essai Sur Les Principes De La Métrique Anglaise (volume 2)Chapitre 43 sur 95 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LE RYTME UTILITAIRE(:)

$ 77. Tout mouvement non réflexe, à côté du travail du corps, exige un travail de l’esprit. Il suppose un effort, plus ou moins conscient, d’attention, de réflexion et de volonté. Quelle doit en être la direction, le point d'application, l'amplitude, l'intensité, la rapidité, la durée, il faut que Je le calcule, et que je décide de mettre en jeu la force nécessaire, à l’aide des nerfs correspondants, dans les muscles appropriés (2). Ce calcul et cette décision comportent une notable dépense d'énergie, dont la somme augmente en proportion de la complexité du mouvement. Elle amènera promptement la fatigue si elle a lieu pour chacun des mouvements que réclame un travail physique un peu long. Mais elle peut très bien ne se produire qu’une fois pour toutes. Dès que j'ai calculé une fois pour toutes le mouvement adapté au but poursuivi, je décide aussi une fois pour toutes de le répéter suivant un rythme, et cette répétition se fait alors instinctivement, machinalement, sans nouvel effort d'attention, de réflexion, de volonté. Grâce au rythme, j'économise ainsi de ce côté une somme considérable d'énergie. Les muscles eux-mêmes se lassent moins vite, en se contractant et en se détendant d’une manière uniforme et sans heurt, comme une corde qui vibre, et ils ne troublent pas le rythme de la cireulation et du cœur — par là même aussi celui de la respiration — par des appels à tout point de vue irréguliers de nutrition sanguine. Je puis donc fournir une bien plus grande quantité de travail. Et ce travail sera mieux fait : dans le calcul et l’exécution du mouvement isolé, il y a toujours quelque tàtonnement et quelques erreurs ; au fur et a mesure de la répétition

() Il ya, sur ce sujet, un livre de M. Karl Bücher, Arbeit und Rhythmus (2° éd., Leipzig, 1899), très intéressant par le grand nombre d’exemples qu'il donne. Je lui en ai emprunté quelques-uns. Mais il ne m'a rien suggéré de nouveau concernant le principe et les conclusions ‘ne suis même loin de partager toujours l’avis de l’auteur.

(2) Ge mécanisme complexe est à la fois positif et négatif. V. Ribot, Psychologie de l'attention, 2e éd., Paris, 1894, p. 92 et suiv., en particulier les dernières lignes : « Mais le mécanisme est toujours le même ; il consiste à renforcer certains mouvements, àles coordonner en groupes simultanés ou en série et à supprimer les autres, à les arréler »,

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