‹ Essai Sur Les Principes De La Métrique Anglaise (volume 2)Chapitre 65 sur 95 · D° VARIATIONS MÉTRIQUES · texte numérisé non relu

D° VARIATIONS MÉTRIQUES

S 145. Dans les versifications complètement quantitatives ou accentuelles, on peut sans inconvénient augmenter ou diminuer le nombre de syllabes imposé par le mètre : en effet, la place du temps marqué est indiquée par la quantité des syllabes ou par leur accentuation. C’est ainsi que dans le tétramètre ïfambique des Grecs : ÿ peut se remplacer par ve,

OP OP Cle MR CUP PES

æ x, chez Otfrid et Layamon, par æxx, æxxx, #. Les pieds monosyllabiques sont remplis par une syllabe longue ou prolongeable. Voici quelques exemples tirés d’'Otfrid et de Layamon (5):

(a) Le ee)

mid uuäru uuilit ther gotes geist.. COST 72 of pére hude he karfenne pwông..…. (LIL Tor

(1) I est impossible d’en juger: les tons ont dù changer depuis le temps de Confucius; 800 ans avant notre ère, il n’y en avait encore que trois (v. J. Edkins, The Evolution of the Chinese Language, Londres 1887). Il y a, d’ailleurs, des variations dans la disposition et le nombre des rimes; ainsi, les deux hémistiches riment parfois ensemble, comme cela se rencontre dans les vers anglais de quatre pieds (v. le Partie, $ 226, etc.). D’après certains passages versifiés de l’antique Chou-king, il semble que le vers des Chinois ait tout d’abord été purement syllabique et non rimé, comme celui des Perses. — Sur la strophe ancienne, v. W. Schott, L c.

(2) L’anacruse du pentasyllabe chinois régulier en est la seule syllabe indifférente (v. c. de Harlez, La Poésie Chinoise, Paris, 1893, p. 182).

(3) Je tiens ce schéma de M. Liou Fou-tch'eng, répéliteur à l'École des Langues Orientales, qui en outre a bien voulu me lire plusieurs vers chinois et plusieurs phrases de quatre mots du Livre des Mille Caractères (ces phrases de quatre mots se groupent deux à deux, v. Zottoli, L. e., t. IT, p. 112 ct suiv.). — Comme le mécanisme de la versification tonique est assez peu connu, Je n'ai pas cru inutile de donner toutes ces indications, puisées chez divers sinologues ou fondées sur mon observation personnelle. :

(4) À l’avant-dernier pied : xa0ïosv ’eyxakd bas (Aristophane, Grenouilles, 17).

(5) Tous les métriciens sont d'accord sur la scansion des vers suivants. — Je cite le Brut d’après l’éd. Madden, Londres, 1847, t. IT et II.

(6) Chez Otfrid, ordinairement U xx ; xx ne se trouve guère qu'au premied pied, 11 fois (ou plutôt 9) seulement au deuxième, jamais ailleurs. U xx est d’ailleurs assez rare en dehors du premier pied (cp. 1*e Partie, $ 315 et suiv., et IIIe Partie, S 265, 6°). Ces distinctions ne se rençontrent pas chez Layamon. | :

AR EEX CR)

Nu garauuemes unsih alle. (OL IF 4106) heo drôgen heore scipen uppe pe lünd... (1. 160, A)

1° à l'avant dernier pied (2)

in sina zungun seribit.…. (OS LE)

ne mihte we bilæue... (L: 155, 23) 2° à un autre pied

thio héhun giziti… (O. IV, vin,:r°)

on sexisce runen... (EYIIL, 28%; 0)

redoublement de l’anacruse è

Z3 thiu mâg man ouh ginôto… (OL; 1.97)

and after his wive sende sünde... (3) (L. IF, 169 23)

suppression de l’anacruse

Nähtun sih zi nôti.. (OLIVES vin ES) béod in ure lünde.…. (E:155;11)

S 146. Dans les versifications purement syllabiques, et même dans celles qui sont incomplètement quantitatives ou accentuelles, la place du temps marqué n'est indiquée que par le numéro d’ordre de la syllabe forte : dans les exemples des paragraphes 142-144 bis, comme dans la plupart des cas, il tombe sur les syllabes paires. Aussi le nombre des syllabes est-il fixe.

. Remarque. — M. Saran ne croit pas qu'Otfrid ait composé ses vers sur une mélodie ni pour être chantés (v. Uber Vortragsweise und Zweck des Evangelienbuches Otfrieds von Weissenburg, Halle, 1896; Zur melrik Olfrids von Weissenburg, -Fesigabe fur Eduard Sievers, Halle, 1896, p. 179-204). Il semble pourtant que les expressions d'Otfrid — « ut aliquantulum huius cantus lectionis ludum secularium uocum deleret », par exemple, quoi qu'on en dise —ne sauraient guère laisser de doute. Quant à l'absence occasionnelle de forte coupe logique entre strophes, la ponctuation d'Otfrid montre justement que les quatrains de petits vers se terminaient pour lui par une pause, voire par un silence, et là où le sens s'oppose en principe à cet arrêt, cette ponctuation ne peut être amenée que par la division en strophes(4). On ne manque point de faits analogues: nous savons que même en cas d’enjambement Victor Hugo mettait une pause à la fin de ses vers; dans Aucassin et Nicolette, les deux vers unis par la mélodie sont quelquefois disjoints par le sens (v. p. 180 note 3); Otfrid, d’ailleurs, avait dans les odes d'Horace, dans les distiques latins et surtout dans les versets des psaumes, qu'il chantait

(x) Chez Otfrid il n’y en a que 16 exemplés (deux fois seulement xxx), tous au premier pied (cp. ib.). Ily en a davantage chez Layamon.

(2) C’est là que ce pied contracté se rencontre de beaucoup le plus souvent. Cp. p. 138, note 4. Nous savons qu’il en est encore de même en anglais moderne ; j'en ai donné la raison au $ 123 fin et Ire Partie, p. 290 (cp. tb. $ 318, 40, 325, 326, 327, 329, 332).

(3) Cette anacruse tétrasyllabique devait rendre le vers assez difficile à chanter, si réellement il se chantait.

(4) Gascoigne, dans son Sfeel Glass, met ainsi une virgule après la quatrième syllabe du vers pour marquer la césure, que le sens s’y prête ou non.

sans doute fréquemment, maint exemple d'enjambement strophique. Le fait, en tout cas, reste incontestable et incontesté, que pour les contemporains le « vers d'Otfrid » pouvait se chanter et qu'il se chantait: nous en avons la preuve dans les neumes qui se trouvent au-dessus de quelques vers du XÆrist CL v, 3et4, dans le Palatinus, v. éd, Kelle, II. Tafel 4), des vers où se rencontrent Justement des formes que M. Saran déclare irréductibles au rythme (3 b et 4 a), et au-dessus de tous les vers du chant de St Pierre, dont l'un reproduit exactement un vers

du Xrist (1, vu, 28; v. Müllenhoff-Scherer, Denkmäler, 3 éd., 11, p. 62 et suiv.,,

et Erk-Bühme, Deutscher Liederhort, Leipzig, 1894, HI, p. 178 etsuiv.). Non seulement les deux principales objections de M. Saran tombent: les faits sur lesquels

il s'appuie fournissent précisément la réfutation de sa théorie. — En revanche,

je doute que le Brut de Layamon se soit chanté. Je cite ses vers faute d'autres exemples; mais il s’en trouve d'analogues dans les chansons, on le verra plus loin.

6° CoNCORDANCE ENTRE LE CHANT ET SA MATIÈRE LINGUISTIQUE.

$ 147. Le rythme du chant s’est donc moulé sur la quantité ou l’accen- :

tuation des syllabes, au moins quand elle était bien marquée, ou plutôt il y a eu adaptation réciproque, mais respectueuse en principe de la matière linguistique. Il en est de même au point de vue des divisions rythmiques : la phrase musicale et le vers ne font qu'un, comme le membre de phrase et l’hémistiche (ou le petit vers), aussi bien que la période-phrase et le

vers, la période hypermètre et la strophe simple ou composée, ete. À cet égard, il n'a pu se produire de grands changements au cours de l’évolu-

tion du chant: il va sans dire que l’enjambement constitue une grosse faute, et que le vers doit se terminer par un mot complet (+£x21x A4%1e). La mélodie se modelait aussi sur les intonations naturelles de la langue parlée, dont elle n'a d’abord été qu’une régularisation, une forme simplifiée et perfectionnée : « L'art, a-t-on dit de la musique grecque elle-même, se rapproche ainsi beaucoup plus de la déclamation parlée que de la musique pure (1). » Quant à la musique instrumentale, ses xpoÿuxrx ne servaient au début qu’à accompagner le chant à l'unisson ou par des accords très simples (2).

En somme, la poésie règle et domine la musique (3).

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