‹ Essai Sur Les Principes De La Métrique Anglaise (volume 2)Chapitre 76 sur 95 · LE VERS GERMANIQUE · texte numérisé non relu

LE VERS GERMANIQUE

$ 158. L’intonation fixe de l’indo-européen se changea bien plus tôt en accent d'intensité chez les Germains que chez les Grecs. Cette transformation s’est produite sans doute entre le ur° et le 1°" siècle avant notre ère. Plus radicale aussi qu’en grec et en latin, puisque le nouvel accent était bien plus énergique et se transportait pour cette raison sur la première syllabe du mot, elle ne pouvaitlaisser d’entrainer une versification complètement accentuelle (1). Par suite de la place de l'accent principal dans les mots etdans les groupes de mots (2), la forme dipodique décroissante se consolida, si elle existait, comme je le crois ; sinon, elle s’imposa. Deux des fortes l’emportaient sur les autres en intensité, surtout la première. Elles étaient encore mises en relief, la première au moins, par l’allitération, qui servait aussi à rattacher les deux petits vers où hémistiches en un grand vers. Voici l’une des formes que pouvait présenter l’hémistiche en anglofrison aux premiers siècles de notre ère (3) :

CFP FÉE

*[ yo 'wi:so fastuz 'wordomiz|;

ou bien, suivant la date,

*[ya 'wi:sa,fast(w)o: 'wordomit] (4).

Sous sa forme accentuelle le vers s’adapte aussi parfaitement au rythme primitif (v. $ 152) que ce vers de même forme,

O Rex aeterne Domine,

() V. Ire Partie, $ 68 et 180. — Il se peut que les Germains tiennent des Celtes et l’accentuation initiale et l'emploi de l’allitération (+. Otto Bremer, dans Paul’s Grundriss, 2e éd., t. III, p. 788 et suiv.). Cette hypothèse me semble inutile : nous trouvons également chez les Romains l’accentuation initiale et l’allitération.

(2) V. Ire Partie, $ 68 et 72.

(3) Quand il s’agit d’une langue morte dont nous ne possédons aucun texte écrit, la graphie: de toute forme « restituée » est forcément phonétique: pour exprimer par une formule courte et lisible les correspondances qui existent dans tel cas entre tels sons ou groupes de sons de plusieurs dialectes, on indique les phonèmes respectifs auxquels il est probable ou admissible, dans l’état actuel de la science, que ces sons ou groupes de sons remontent approximativement dans la langue en question. J’emploie donc la même transcription phonétique que pour l’anglais ; mais les symboles sont loin d’avoir une valeur aussi précise. Il n’est pas inutile de rappeler . pour le germanique des époques choisies nous possédons des témoignages contemporains ou très. proches — parfois même antérieurs — dans les transcriptions des auteurs latins ou grecs et dans les inscriptions runiques ou autres, ainsi que dans les textes gotiques.

(4) « Et sapientia-firma uerbis » (d’après Beowulf, v. 6272). — *[ jo, ja] (pour la voyelle cp. germ. *['sa, so], got. sa, v. norrois, s& v. angl. se, se) auprès de *[jax] < io + ge] (cp. got. nih — lat. neque), got. jah, norrois primitif Jah (inscription de Kragehul, vers 400).

au rythme de son modèle, le dimètre fambique, tel que l’employaient Horace, Sénèque et Prudence (1).

$ 159. Dès les premiers temps, l’accentuation de composés tels que *['eud,mundux, 'fo:t,laïstaz, ‘hand ,worxtax, ‘man ,li:kaz, 'bro:k lausaz|, ete., a dû imposer la contraction de FfFf en FFf(2). Peut-être s’en permit-on bientôt de semblables dans d’autres cas, par exemple, avec des formes telles que “['/aü(ü)aimix| (3), ete. Nous en avons un exemple, du commencement du 1v* siècle, dans l'inscription de la corne d’or de Gallehus (près de Mageltünder, en Slesvig), s’il faut y voir un vers :

AN A CN APT 0 DE VON US Cl 2 8 ek hlewagastir. holtinar. horna. tawido.

[ek 'xlewa,gastis 'xoltinsas ‘xornà ltawido:] (4).

Mais c’est là peut-être une simple ligne de prose. Il est donc impossible de dire s’il y avait d’autres contractions que celles imposées par l’accentuation de certains composés.

Mais les chutes de voyelles, syncopes ou apocopes, dues à l'énergie de l’accentuation, introduisirent peu à peu une quantité de contractions dans les vers transmis de père en fils, qui sous cette forme mutilée servaient de modèles aux poètes des âges suivants. Un petit vers ou hémistiche tel que celui du paragraphe précédent devait devenir en vieil anglais :

ge visfæst wordum.

C’est ainsi que, tout au moins dans la poésie stichique des Anglo-Saxons et dans le fornyrdislag des Scandinaves, les quatre pieds se trouvèrent enfin réduits à quatre syllabes ou plutôt à quatre éléments (5):

(x) Il ne faut pas oublier que la première syllabe s'était abrégée dans aeterne et allongée dans domine. Aussi le rythme était-il exactement le même pour l’oreille que dans ces vers du même temps, qui respectent à la fois l’accent et la quantité classique : Jam sol recedit igneus.. Infunde lumen cordibus. |

(2) Ces composés ont pour premier terme un monosyllabe à thème consonantique : Cp. v. angl. fotläst « empreinte du pied » (le got, laists a un thème en i); v. norrois Gudmundr (Eu pumu(n)t dans l'inscription de Helnæs, vers 800); got. handuwaurhts, v. anglais handgeweorec ; got. manleika « image » ; v. norrois broklauss « sans-culotte ». — Il va sans dire que le pied réduit à une syllabe pouvait continuer à se chanter sur deux notes.

(3) > fohem (Hildebrandslied, v. 9).

(4) Voici la forme que cette phrase aurait présentée plus tard dans les divers dialectes germaniques :

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