V. norrois: ek Hlégestr hyltengr horn “tada
Gotique : ik *hhugasts *hultiggs haurn tawida.
: Saxon occid. : ik *hleogiest *holting horn *üegde.
Northumbr. : ik *hleagest “holting horn *“teigde.
V. h. allem. : ih * (h)leogast “holzing horn zewita (bavaroïs : zouwita).
« C'est moi, Hlewagastir, fils de Holt, qui ai façonné celte corne ». |
(5) Cp. H. Müller, Zur althochdeutschen alliterationspoesie, Kiel, 1888, p- 117 et suiv. , et Sievers, Aligermanische Metrik, 1893, $ 190 et suiv. tn Notre alexandrin présente une évolution analogue, bien que contrariée par l'influence de la tradition écrite (v. $ 149, fin). L’objection de
$ 160 La vraie nature du rythme échappe d'ordinaire à la conscience. Les poètes français savent toutsimplement que l’alexandrin a douze syllabes et deux (ou trois) accents fixes, dont le dernier est mis en relief par la rime(1); quant au reste, leur sens du rythme leur suflit pour choisir instinctivement entre les nombreuses combinaisons de douze syllabes, avec deux (ou trois) accents fixes, celles qui se prêtent au rythme du vers. Les Anglo-Saxons, on peut l’allirmer, savaient tout simplement que l’hémistiche normal devait contenir quatre syllabes ou plutôt quatre éléments, deux forts et deux faibles (2). |
Leur sens du rythme et l’habitude du mètre leur suflisaient pour observer à peu près inconsciemment les autres règles de leur versification. Au point de vue du puby£épeve, eneffet, celles-ci se réduisaient aux quatre suivantes (3).
I. Quand les deux éléments faibles se suivent, il faut que l’un d’entre eux soit A#i-fort, afin qu'on puisse les distinguer l’un de l’un de l’autre. Aussi ne peuvent-ils se suivre qu’à l’intérieur ou à la fin de l’'hémistiche : au commencement, l'élément mi-fort produirait l'impression d'un élément fort, d'autant plus que le premier élément fort peut être affaibli (4).
II. Les éléments faibles isolés peuvent être renforcés, c’est-à-dire recevoir un accent secondaire ; ils le sont rarement dans les hémistiches qui commencent par un élément faible obligatoire (5).
III. Les éléments forts, les éléments mi-forts et les éléments faibles renforcés se composent d’une syllabe longue, accentuée (7) pour les premiers, mi-accentuée (1) pour les autres, ou bien de sa résolution en une brève et une syllabe de quantité quelconque (2x, : x). La résolution est rare dans les éléments mi-forts, très rare dans les éléments faibles renforcés. Après une syllabe accentuée ou mi-accentuée, z et À peuvent se réduire à 4 +.
IV. Les éléments faibles ordinaires contiennent une ou deux syllabes inaccentuées de quantité quelconque, rarement davantage. Il n'y en a jamais qu’une à la fin de l’hémistiche — sans doute parce qu’une seconde pourrait sembler mi-forte — très rarement plus d’une à l’intérieur des hémistiches qui commencent par un élément faible obligatoire (5). Celui-ci,
M. Saran (v. par exemple Ergebnisse und Fortschritte der german. Wissenschaft, publ. par M. Bethge, Leipzig, 1902, p. 167) n’a donc pas de valeur. Cp. Zre P., $ 59, 85, 166, 267, 308.
(1) Encore la forte fixe n’est-ele pour eux que la « dernière syllabe sonore » d’un mot.
(2) Que les Germains aient mesuré le petit vers allitéré par éléments, nous en avons une preuve dans le malahättr scandinave, où l’on employait exclusivement des petits vers augmentés d’un cinquième élément. Les petits vers ou hémistiches augmentés, surtout x / x Z x, étaient permis dans la poésie stichique des Anglo-Saxons, nous verrons à quel endroit.
(8) Il ne s’agit ici que de la matière du rythme, non de ce rythme lui-même: représente une syllabe longue, & une syllabe brève, x une syllabe de quantité quelconque, / un accent fort, \ un accent mi-fort.
(4) Dans les types A4 et B; de M. Sievers.
(8) .L’anacruse est obligatoire lorsque sans elle l’hémistiche n’aurait que trois éléments (types B et C de M. Sievers). Elle manque pourtant dans un très petit nombre de cas, peut-être par une erreur du copiste : lissa gelong (Bcow., 215), etc. Le fornyrd'islag norrois présente, au con- {raire, un assez grand nombre d’hémistiches de trois éléments et quelques-uns de deux.
ORIGINE ET ÉVOLUTION DES MÈTRES POÉTIQUES 165 au contraire, a bien plus souvent deux syllabes qu’une seule, souvent trois, parfois davantage (1).
En résumé, les diverses formes de l’Aémistiche normal se ramènent aux cinq types suivants :
À #7 x 2 x wordum wrixlan B. (= Bcowulf), 366 a
BLXx r X2 ne lcolne lad ri a C xx of bryÿd-büre 922 a DIRES LE LC WIS: welpungen 1928 a
DREUX LC frrétiford gewat 2104 E LA x 2 wonsælig wer(2) 105 à
On se permettait quelquefois d'ajouter un élément faible d’une syllabe, surtout avant le type À, mais presque uniquement au premier hémistiche. L’hémistiche compte alors cinq éléments au lieu de quatre : c’est un hémistiche augmenté (3).
S 161. Nous n'avons là évidemment que la matière du rythme, le ‘ovOutevevey (4). Quel était ce rythme ? M. Sievers ne croit pas que le vers allitéré ait été chanté ni même mesuré, c’est-à-dire divisé en pieds isochrones. IL semble difficile de partager son avis. Toutes les versifications sont fondées sur le rythme, au sens propre du mot, même celles qui, comme la nôtre, ne connaissent aucune règle concernant la quantité et n’en suivent que de très rudimentaires concernant l’accentuation. Les Germains auraientils pu observer, eten grande partie inconsciemment(5), des règles si précises sur la quantité et l’acccentuation, s’ils ne recherchaient pas un rythme véritable, n’étaient pas guidés par le rythme ? Ce rythme, il me semble que MM. Hermann Müller, dans Zur althochdeutschen alliterationspoesie (Kiel et Leipzig, 1888), et Andreas Heusler, dans Ueber germanischen Versbau (Berlin, 1894), en ont exposé avec justesse au moins les principes. La
(x) Ces quatre règles ont l’air plus compliquées à première vue qu’elles ne le sont en réalité. La première s'impose pour ainsi dire d’elle-même. La deuxième pourrait se supprimer sans grand inconvénient : comme dans toutes les vérsifications accentuelles, la faible peut être accentuée, à condition de l’être moins que la forte ; mais il va de soi qu’on ne peut avoir ici \ x, parce que A auprès de x produirait l'impression d’un élément mi-fort, et qu’ainsi on aurait deux éléments au lieu d’un seul. Restent IL et IV, qui n’ont rien de terrible. ,
(2) I n’y a pas d'exemple certain de la forme 7 x À » : avait-on peur qu'après un élément faible À ne produisit l'impression d’un élément fort et qu’on ne s’attendit ensuite à x plutôt qu'à zP He
(3) Les Scandinaves ont créé deux variétés distinctes en employant à part l’hémistiche normal (fornyrd'islag) et l'hémistiche augmenté (mäluhattr). Par des différenciations de toute espèce, les scaldes ont porté à un chiffre très élevé le nombre de leurs mètres (v. Haltatal, éd. Môbius, Halle, 1879-81). — Les Anglo-Saxons avaient aussi des hémistiches enflés (x. Revue de Métrique, L p. 77). Le
(4) C'est M. Eduard Sievers qui, d’abord dans les Beiträge de MM. Paul et Braune TVA VII et X), puis dans son Altgermanische Metrik (Halle, 1893), en a le premier donné une analyse complète et vraiment scientifique. J’ai exposé sa « théorie des cinq types » dans la Revue de Métrique (1, p. 72 et suiv., Paris, 1895). Le bref aperçu que je viens de donner se fonde sur ses travaux, tout en s’écartant de sa manière de voir.
(5) V. Ire Partie, $ 169.
Vernier, Métrique anglaise, II. II
162 s ESTHÉTIQUE DU RYTHME
place me manque ici pour m'expliquer sur ce point. Voici — en se rappelant que chaque note peut être remplacée par sa résolution es notes plus brèves, par une note et un silence (1) — comment il est permis de se représenter à peu près le rythme des cinq types (2).
Cadre métrique : JS UEN ou dd dd
La première forme plutôt dans le chant, qui prolonge les syllabes, surtout les voyelles ; la seconde plutôt dans la diction mesurée. Il n’y a là qu'une différence de tempo (v. $ 117).
A(2ab) gudrinc goldvwwlanc (B. 1882 a) | [ill
A1 wordum wrixlan (3) (B. 366 a) eve
B ne léof ne lad (3) (B. 511 a) J JJ | / Ÿ
di of brÿd-büre (3) (B.g2a) Jld| JJ/G)
Da Waulf Wonreding (B. 2966 a) | | ° ci RE b fléat famig-heals (B. 1911 a) | J | / soie
E de din Œiôérme) JT
La principale objection, suivant M. Sievers (Aligerm. Metr., p. 11), c'est qu'avec ce rythme on est souvent forcé de prolonger extrêmement certaines syllabes et d’en prononcer d’autres, dans les éléments faibles de plusieurs syllabes, avec une extrême rapidité. La musique du moyen âge présente ailleurs des exemples de ces deux phénomènes :
che) TRE I RER
SANG LUS 1 0Do-minus me nSsSa-Da— oth (5)
(x) Mes expériences sur le chant et sur le vers anglais m'ont appris qu’il faut se montrer économe de silences, (2) Au point de vue historique, il vaudrait mieux partir de la forme primitive @) 35 |
À J J (). Mais je ne saurais exposer ici une théorie complète du vers allitéré avec discussion des classifications de MM. Sievers, Fubr, Trautmann, Hirt, Kaluza, Kauffmann, Deutschhbein etc. (3) Dans les pieds qui contiennent une accentuée longue et une inaccentuée, la première se prolongeait probablement aux dépens de la seconde, par un effet d’agogique, comme dit M. Riemann, et surtout par suite de son importance prédominante au point de vue du sens. On peut se demander si en pareil cas le rythme ne se représenterait pas plus exactement par une noire pointée et une «croche. C’est ce rythme, le rythme pointé de M. Riemann, que les Anglais donnaïent vers le commencement du siècle dernier à leurs pieds dissyllabiques ; c’est ainsi que Chapman, dans The Music of language (1818) scande ce vers de W. Scott: The way was long, the wind was cold. Je ne crois pas, d’ailleurs, que le rapport de durée entre syllabes ait été bien précis : l'important, c'était d'aller en mesure, tout en faisant ressortir les syllabes accentuées.
(4) Le fréquent abrégement du second élément fort (£) vient peut-être d’une tendance à établir le même rapport de compensation entre l’anacruse obligatoire et le second pied que dans le type B : dans notre musique moderne, on tend de même à retrancher du dernier pied de Ja phrase musicale une durée égale à celle de l’anacruse.
@) V: Em. Burnouf, Les Chants de l'Eglise latine, Paris, 1877, p. 162. Cp. Antiphonaire et Graduel rythmés (Paris, Lecoffre), en particulier les psaumes.
AT
Il n’est pas nécessaire de remonter si loin. Dans Sally in our Alley, aussi bien 0 dans God save the King, on trouve des oppositions du même
D Ra
There's ne’er a la-dy in the land...
LEARN El
God save the king !
On en rencontre aussi dans ces vers de Tennyson, pourtant si harmonieux — et précisément à cause du changement de rythme :
“Ne ARE ie DL AA
Low, low, breathe and blow, Wind of the western sea.
$ 162. Rien ne s "oppose donc à ce que les Germains, après l’époque des grandes 1 inv asions, aient continué non seulement à réciter en mesure leur vers allitéré, mais encore à le chanter, comme au temps de Tacite leurs aïeux le chantaient en l'honneur des dieux et à la gloire des héros(r). L'historien latin y revient en plusieurs endroits. Il s’agit presque partout du chant choral (concentus, Germania, HT), qui exige la mesure isochrone, en particulier le chant de marche. Il y avait aussi des danses chantées, comme en témoigne Sidoine Apollinaire :
Barbaricus resonabat hymen scythicisque choreis Nubebat flauo similis noua nupta marito(2).
Julien avait entendu les Alamans chanter (3cyr<<) en chœur des chants sauvages Grpra v£kn), dont la mélodie (ucscxf) manquait de charme pour ses oreilles, mais ne laissait pas de ravir les chanteurs (ogpave uévous) (3). À la cour des Amales et des Balthes (4), on chantait, en s’accompagnant sur la harpe, les exploits de leurs ancêtres (5). À Streanaeshalch (Whitby), en Angleterre, deux ou trois siècles plus tard, vers 670, « aux beuveries où pour s'amuser on chantait à tour de rôle en s’accompagnant de la harpe, Cædmon se levait quand il voyait approcher de lui la harpe et il se retirait chez lui, parce qu’il n'avait pas appris de chanson ». Une nuit qu'il était ainsi allé se coucher, un homme lui apparut en songe et lui ordonna de
(x) Germania, I et surtout IT (primumque [Herculem] omnium uirorum fortium ïituri in praelia canunt) ; Hist. IV, 18,11, 22; Ann. IV, 47.
(2) Carmina, V, v. 219-220, éd. Luetojohann (Mon. Hist. Germ.), p. 193.
(3) Préface du Misopogon, éd. Teubner, 1855, p. 434. Bien plus encore que la musique récemment retrouvée de plusieurs chants grecs anciens, les mélodies des Germains devaient « se rapprocher beaucoup plus de la déclamation parlée que de la musique pure » (v. $ 147): elle ne pouvait laisser de choquer l'oreille d’un Romain hellénisant du rve siècle, habitué qu'il était à un art plus raffiné. V. Add.
(4) Familles royales des Ostrogots et des Visigots.
(6) Ante quos etiam cantu maiorum facta modulationibus citharisque canebant (Jordanis,V, 43). Jordanis, secrétaire de Cassiodore, savait le sens de canere et de modulationes. V. Add.
chanter la création. Il chanta en rève des vers qu’il put répéter à som réveil. Bède (672-735) en donne une traduction latine dans son Histoire Ecclésiastique (IV, 24; éd. Migne, p. 212). Dans le manuscrit d'Ely de cette histoire, écrit en 737, le copiste a mis en marge le texte original, et nous le trouvons reproduit en saxon occidental dans la traduction de Bède qu’a faite ou fait faire Alfred le Grand (1). Qu'il soit authentique ou non, peu importe (2). Tout ce que je veux conclure, c’est que pour Bède et pour Alfred il pouvait se chanter : or il est en vers allitérés de forme normale (types À, B, D, E)(3). Aldhelm, qui était un jeune homme à la mort de Cædmon, est représenté comme un adroit musicien et n'avait pas d’égal, au jugement de ses contemporains, pour composer et chanter des vers anglais (4). Ses chansons étaient encore populaires sous Alfred (5). Hereward, au xi° siècle, chante avec ses compagnons à une noce cornouaillaise et ravit ses auditeurs celtes (6). Les Scandinaves, à qui M. Sievers fait dire presque tous leurs vers ({. c., p. 22) (7) passaient encore au xt siècle pour d’habiles chanteurs ; ils chantaient même en deux parties, probablement à la quinte, comme le font encore les Islandais, etils auraient importé cet art dans la région de la Grande-Bretagne qu'ils avaient conquise et peu à peu colonisée (8). Les Féroéiens ont conservé jusqu’à nos
(1) La traduction porte son nom, mais elle contient des fautes et manque d’art (cp. Sweet, Anglo-Saxon Reader, note X. 48, et A. Brandl, Paul's Grundriss, 2e éd., IT, I, p. 1069).
(2) I présente bien les particularités du plus vieux northumbrien.
(3) Cithara canere, canebat, carmina (Bède). Be hearpan singan, ongon he sôüna singan,. dæt léod singan (Alfred). Jai rapporté l’histoire de Cædmon dans les propres termes de Bède. Ce savant religieux, qui s’est occupé de métrique et de musique latines, ne pouvait employer ici carmina, canebat dans un sens figuré. L’accompagnement de la harpe ne s’accorde qu'avec le chant, tout au moins avec une récitation rythmée. — Dans ce passage de Bède, il s’agit de solos. Mais aux beuveries, aux noces, dans les marches, etc., on chantait aussi en chœur: dream, efenhleoprung « concentus, adunationes multarum uocum » (Wright-Wülcker, Vocabul.. p. 213). Ce concentus suppose le rythme.
(4) Poesim Anglicam posse facere, cantum componere, eadem apposite uel canere, uel dicere: (Guillaume de Malmesbury, Gesta Pontificum, éd. Hamilton, p. 336). Guillaume (commencement du xnie siècle) se fonde sur le Handbôc d'Alfred. — Sanctus Aldhelmus, Inae regis Wessaxonum amantissimi propinquus, citharedus erat optimus, saxonicus atque Latinus poeta facundissimus, cantor peritissimus (Florentii Wigorniensis Ad Chronicon Appendir, Monum, Hist. Britann., 1, p. 620).
(6) Guill. de Malmesbury, L. c.
(6) V. De Gestis Herwardi, éd. R. B. S., p. 35r.
(7) M. Sievers traduit par «dire » le mot kved a appliqué aux poésies en vieux norrois et il s’appuie sur l'expression moderne kveda rimur. Maïs on entend par là chanter des rimur, je le sais par expérience; si la mélodie n’est pas aussi artistique que celle des hymnes et des airs modernes (cp. p. 163, note 3), elle se rapproche au moins autant du chant véritéble que celle de nos récitatifs. Pour prouver que le /jüd se disait, M. Sievers rappelle que l’expression kveda ljod est appliquée aux Grotlasongr. Mais c’est là une chanson à travailler, qui ne pouvait se passer de rythme (v. p. 78, note 4).
(8) V. Giraldus Cambrensis, Descriptio Kambriae, I, cap, XII (éd. Dimock, Londres, 1868 p- 189 et suiv.). Outre le duo à la quinte (au moyen âge notre musique employait la a. les Islandais ont la particularité de ne pas éviter le triton (la quarte augmentée), que nos Se musiciens appelaient diabolus in musica (V., dans Skirnir, Reykjavik, 1906, p. 289 et suiv., l’ar-ticle de M. B. Porsteinsson). — V. Add. et cp. l"® Partie, P: 99, note 4. à
Jours leurs anciens poèmes sur Sigurd et ils les chantent, en dansant, sur des airs non moins anciens (V. Add).
Je peste donc persuadé que les Germains chantaient bien leurs vers, qu'il s’agit d’un simple récitatif, comme c’est assez probable pour l’épopée (1), ou bien d’un chant véritable, comme on peut le supposer pour la poésie lyrique (2).
$ 163. M. Sievers admet lui-même que le ljodahattr scandinave se chantait (2. c., p. 226 suiv.). Ce « mètre des chansons » présente à peu près toutes les formes qu’on peut tirer à l’aide de contractions, de résolutions et
de silences — de ce rythme fondamental, celui du vers germanique primitif : :
AO PPPPIAPRIOITE) gambanreïipe go.pa. ji 5 ; à | À ù m.
Skïrnesmgl (éd. Finnur Jénsson, Halle, 1888, str. 392).
Deyr fe, © | g =
deyja frændr, J è
deyr sjalfr et sama. ° | 2h . | . J (4)
ek veit einn, || à J Ÿ
at aldre deyr, . | d o | J me
domr of daupan hvern. | 1 ' . | . ae (5)
Hôvamol (ib. str. 58).
On pourrait supposer que chez tous les peuples germaniques il existait ainsi un mètre des chansons, libre et varié, à côté du mètre plus fixe et plus savant des cing types, et qu’il s’est perpétué jusqu’à nos jours, en se modifiant peu ou prou par suite de l’évolution de la langue et sous des influences étrangères, dans la poésie populaire de tous les pays germaniques, surtout dans leur poésie enfantine (nursery rhymes) (6). Cette hypothèse, quoique plausible, n’est pas nécessaire : les formes de cette poésie populaire ont pu naître du vers allitéré normal par une transformation nouvelle, qui apparait clairement en Allemagne dès la première moitié du rx° siècle,
(1) Il en était de même sans doute chez les Grecs et chez nos trouvères.
(2) Qu'on ait souvent dit les vers, il n’y a pas de doute. Cuthbert racontant dans une lettre la mort de Bède, son maître, rapporte que le mourant chantait (canebal) des passages des Saintes Ecritures et qu’il disait (dixit, dictum) des vers improvisés en anglais. Nous possédons le texte de ces vers dans un manuscrit du 1xe siècle (St Gall, n° 254). Sans les chanter, Bède a pu les rythmer.
(3) V. Heusler, Der Ljodahattr, Berlin, 1890.
(4) Deyr, à la troisième répétition, n’est plus accentué (v. re Partie, $ 77) : toute la force de l'expression tombe sur sjalfr et sama.
(5) V. p. 162, note 3, et cp. Heusler, L. c., p. 8x.
(6) Le moy. h. allem. liet signifie strophe, comme ljod en v. norrois. — V. Heusler, Germ. Versb. Pour l’anglo-saxon, v. Paul’s Grundriss, 2e éd., IL, I, p. 956 et suiv., 902. — Cp. Add.
chez Ottrid, et en Angleterre dès la fin du x°, dans la Chronique anglo-
saxonne (1).
6° LE vERS ANGLAIS.
S 164. Sous l'influence de l'octonaire et du septénaire des hymnes latines et plus tard des octosyllabes français, influence qui s’exerça d’abord par l'intermédiaire du chant, la rime finale s’introduisit en Angleterre comme en Allemagne, et le mètre du vers national revint à sa forme primitive, les quatre éléments se développant en quatre pieds, mais avec anacruse facultative et suppression ou redoublement facultatifs des faibles intérieures (2). Deux des fortes continuent à l'emporter sur les autres en intensité, et Otfrid les marque d’un accent, pour qu’on ne s’y trompe pas.
Ex. (grand vers) :
Thar ist lb äna tod, lioth ana fénstrz (3).
Orrrip, Ï, 18, Q.
En Angleterre, Layamon employa le mème mètre dans les 32 250 petits vers de son Brut (fin du xu° siècle). J'en ai cité plus haut quelques exemples (S 144-145). En voici d’autres :
Pa com him to an hende eniht.
Bi us he sende word ,pe (4). Arthur is pe keneste mon.
Ofte wes pe drake buven.
Mid seolvre and mid golde (5).
Peines wunder blipe (6).
(x) Ms. DE an. 959 (règne d’Eadgar), an. 975 (mort d'Eadgar) ; CD an. 1036 (mort d’Ælfric); E an. 1087 (règne de Guillaume le Conquérant). Les derniers exemples de vers allitérés qui observent encore les vieilles règles sont les vers de la Chronique sur la mort d'Eadweard (an. 1065) et le poème sur Durham (xrre siècle).
(2) V. surtout Sievers, Die Entstehung des deutschen Reimverses (Paul-Braune’s Beiträge, XIII, 121-166 ; (bibliographie) Braune, Althochdeutsches Lesebuch, 5e éd., Halle, 1902, p. 184 et suiv.); Luick, Paul’s Grundriss, 2e éd., I, 2, etc. On ne saurait voir dans le vers d’Otfrid une simple continuation du vers allitéré normal, comme le pense M. Luick : il ressemble encore de de très près aux cinq types dans les premiers chapitres du Krist ; mais il s’en éloigne ensuite de plus en plus, au fur et à mesure que le poète apprend par l’exercice à mieux adapter le vers indigène au rythme des hymnes latines. L’imitation est toujours restée imparfaite, il est vrai, sous le rapport du syllabisme, du À6yo$ xoûxds et de la forme dipodique. A ce dernier point de vue, il est probable que si Otfrid indiquait les fortes principales, c'était précisément pour empêcher le lecteur de violer l’accentuation en adoptant partout le rythme (x)| æ xiæx|æx}+. Cependant plus de la moitié de ses petits vers ou hémistiches (7579) se composent de deux dipodies décroissantes. — Les mêmes remarques s'appliquent à la versification anglaise du moyen âge; mais à côté des hymnes latines, il faut ajouter la poésie française. Layamon a traduit le Brut de Robert Wace.
(3) FfFFfF, FFÉFF. Cp. dans le Muspilli (en vers allitérés) : Där ist lip ano tod, lioht äno finstri (B + A). Otfrid reproduit ce vers sans même y ajouter la rime.
(4) Cp. : I took him by the left leg (Nursery rhyme).
(9) Cp. : And in my lady’s chamber (ib.).
(6) Cp. : Goosey, goosey, gander (ib.).
ORIGINE ET ÉVOLUTION DES MÈTRES POÉTIQUES 167 Comment il rimait, ces quatre vers le montrent :
And pa nomen of pan tuüunen On sexisce rüunen Cr
AI häl më makien
Mid hale weige drenchen (2).
Layamon, comme Otfrid et les Minnesinger (dans l’épopée courtoise), emploie pêle-mèle toutes les variétés du nouveau vers. Sous l'influence grandissante des hymnes latines et surtout de la versification française, on ne se servit bientôt dans un même poème que d’une forme déterminée, octonaires, septénaires ou sénaires, tantôt xatx oriyoy, tantôt en strophes. Celles-ci se composent en général de deux grands vers ou de quatre petits :
À. Octonaire : deux petits vers à terminaison pleine (3).
Weping hauep myn wonges wet for wikked werk and wone of wyt; Unblipe y be, til y ha bet bruches broken, ase bok byt.
Büpperer, W. L. IV.
And singe sal I to pe to wel
in harpe Halgh of Israel.
The Suritees Psalms, LXX.
Les nursery rhymes ont continué à employer l’octonaire (4). La strophe de deux octonaires régularisés à rime léonine est assez fréquente dans le Hymn Book, où elle porte le nom de Long Measure(5). Elle se trouve parfois dans la poésie littéraire sous une forme plus ou moins libre (6). L’octonaire coupé en deux petits vers à rime finale se rencontre de tout temps dans la poésie narrative ou descriptive.
B. Septénaire : deux petits vers, le premier à terminaison pleine, le second à terminaison tintante (faible) ou tronquée (7).
Per nas non of pe soue artz, pat heo gret clerk of nas. Légende de S"® Catherine.
CORRE AICPR CREFF EF.
COCO RME CR, f PCF: PF.
(3) La césure du grand vers peut être reculée (FF, F au lieu de F, fF). Comparez le septénaire et l’octonaire latins, p. 166 a (note 2) et b; en anglais moderne le vers de Little Jack Horner et celui de Locksley Hall.
(4) Humpty Dumpty sat on a wall, Humpty Dumpty had a great fall — When the wind is in the East, It is neither good for man nor beast — There was a navy went to Spain; When it it returned, it came back again — See a pin, and pick it up, all the day you'll have good luck (assonance) — The cat began to kill the rat, The rat began to gnaw the rope (vers blancs).
(5) What star is this, with beams so bright, More beauteous than the noonday light ? (Hymn Book, 77).
(6) No stir in the air, no stir in the sea, The ship was as still as she could be (Southey, Inchcape Bell).
(9) V: Add. 15.
Pat child, pat is so milde and wlong and eke of grete mundë, Bope in boskes and in bank
isout me havet astoundë.
Chanson de Päques.
Sumer is icumen in, Ihude sing cuccu !
Growep sed
and blowep med
and springp pe wde nu.
Chanson du coucou.
Piss boc is nemmnedd Ormulum forpi patt Orm itt wroghtë. Ormulum.
Then spake a berne upon the bent of comforte that was not cold. Bataille d'Otterburn.
My desteny ‘s for to dey a shamful dethe TI trowe. The Nut Brown Maid.
Grâce à la terminaison différente de ses deux hémistiches, le septénaire forme une section rythmique nettement délimitée, comme le tétramètre grec et le septénaire latin ; aussi est-il beaucoup plus employé dans la poésie lyrique que l’octonaire et le sénaire. Au xvr° siècle, il a failli devenir le vers épique de l’Angleterre(1). La strophe la plus répandue se compose de deux septénaires : c’est le mètre par exellence des ballades, le ballad metre (2); c'est la Common Measure du Hyÿmn Book (3); c’est le rythme favori des nursery rhymes (4). Tous les poètes s’en sont plus ou moins servis, sous des formes diversement régularisées ou sous forme libre (5).