C. Sénaire : deux petits vers à terminaison tronquée
Mid yverness and prude and yssing wes pat on; He nuste noucht pat he wes bope god and mon (6). La Passion de Notre-Seigneur (V, 35, 36).
(1) Chapman, p.ex., l’a employé dans sa traduction de l’Iliade : And all the signs in heaven are seen that glad the shepherd’s heart (VII). (2) V. les deux derniers exemples cités plus haut. (3) Ex.: As now the sun’s declining rays At eventide descend (Hymn Book, 13). (4) Little Jack Horner, Little Bo-Peep, etc., etc. @) The ship was cheered, the harbour cleared, Merrily did we drop, etc. (Coleridge, Ancient Mariner). — Avec un pied de moins au second hémistiche : Fear death ? — to feel the fog in my throat, The mist in my face, When the snows begin, and the blasts denote I am nearing the place. (Browning, Prospice). Cp. °° Partie, S 286-7. Les rimes présentent les mêmes dispositions que dans les septénaires du bas-latin et du français (cp. $ 157, ro).
(6) Cp. : We love the place, O God, Wherein Thine honour dwells. The joy of thine abode
AIT carthly joy excels (Hymn Book, 242). — Ding, dong, bell. Pussy’s in the well. Who put her in P Little Tommy Thin, etc.
Au moyen âge, dans la Zésende de S*-Catherine, par exemple, et dans la Chronique de Robert de Gloucester, le sénaire est mélé irrégulièrement au septénaire. À la Renaissance, les deux vers alternent régulièrement dans certains poèmes, la plupart de Surrey : c’est la Poulter's Measure, dont la résolution a reçu dans le Æymn Book le nom de Short Measure (1).
Dans toutes ces formes — au moins dans les formes régularisées, dont se servaient surtout les clercs — il y à certainement eu adaptation directe ou indirecte aux rythmes réguliers des hymnes latines et des vers français, y compris l’alexandrin (2). Non seulement certains poètes écrivaient aussi bien en français qu’en anglais, comme le faisait encore Gower, mais ils mêlaient parfois les deux langues, dans le Chant à Marie par exemple, où elles alternent d’un bout à l’autre :
Mayden moder milde, Oiez cel oreysoun, From shome thou me shilde
E de ly malfeloun(3).
Il ne faut pas oublier que beaucoup de clercs anglais avaient fait leurs études à Paris, comme cet Hilarius qui s’établit pour toujours en France et dont il ne nous reste plus que des vers latins ou français, parfois entremêlés (4).
Malgré le triomphe de la rime, l’allitération n'avait pas disparu. Tantôt elle s’employait seule, tantôt à côté de la rime (v. À, premier exemple). Mais elle ne tarda pas à tomber en désuétude en tant qu’élément essentiel de la versification (5).
$ 165. Dès la période du moyen anglais, l'allongement de presque toutes les brèves accentuées rendit peu à peu impossible la résolution régulière des fortes, et les pieds ne se distinguèrent plus que par le nombre des syllabes. En anglais moderne, par suite de l’affaiblissement et de l’amuïssement progressifs des voyelles inaccentuées, la terminaison tintante faible (gôlde, blipe) disparut aussi peu à peu, au moins dans la poésie littéraire(6). Pour des raisons analogues, on fut amené à n’employer que des pieds parisyllabiques, presque uniquement celui de deux syllabes, en
(x) V. re Partie, $ 286, 1° a et d.
(2) I n’y a ici que l’adaptation d’un mètre indigène à un mètre étranger. On ne peut donc y voir le pendant exact de ce qui s'est passé chez les Romains quand ils adoptèrent les mètres grecs en conservant certaines habitudes de leur versification nationale.
(3) V. Wülcker, Altengl. Lesebuch, Halle, 1874, p. 49. C’est également dans ce recueil que j'ai pris la plupart des exemples précédents. Au temps de la poésie allitérée, nous trouvons des vers moitié anglais et moitié latins, à la fin du Phénix et dans l’Oratio Poelica : mais c’est le latin qui est accommodé au mètre indigène. |
(4) P. ex.: Si venisses primitus, Dol en ai, Non esset hic gemitus. Bais frere, perdu vos ai.
(5) Sur ces questions, v. Luick, L. c. |
(6) Cp. à l’ancienne la forme moderne du ballad metre : « eight and six », dit Quince (A Midsummer-Night's Dream, I, i, 1. 25), c’est-à-dire huit syllabes et six syllabes.
tâchant de faire toujours coïncider le temps marqué avec un fort accent. C’est là ce que constatent et recommandent à peu près tous les métriciens, depuis Gascoigne et Puttenham jusqu'a ceux du xx siècle, mais surtout ceux du xvim*.
Le syllabisme en résulta (1). Les poètes anglais sy conformèrent d'autant plus naturellement que par imitation directe ou indirecte ils avaient presque toujours pour modèles nos octosyllabes, notre alexandrin et surtout notre ancien vers épique ou commun, le décasyllabe (2). Dans le vers «régulier », celui de Pope, le syllabisme n’est jamais enfreint consciemment(3). On réusssissait pourtant à employer des pieds différents, grâce aux variations combinées (4); c'était là le seul moyen qu'on eût de varier le rythme, et certes on n’en abusait guère. Mais au xvi‘ siècle et au xIx° les poètes se sont plus ou moins permis des variations simples (4), dont ils trouvaient l’exemple dans la poésie populaire, en particulier dans les vieilles ballades et dans les nursery rhymes. Celles-ci ont perpétué en Angleterre, comme dans les autres pays germaniques, l’ancien vers allitéré sous la forme qu’il avait prise par exemple chez Otfrid et chez Layamon. À côté du pied de deux syllabes, elles en emploient souvent de trois :
Little Jack Horner sat in a corner, eating his Christmas pie;
parfois d’une seule :
He went to shoot a wild duck(5);
rarement de quatre :
Baa baa, black sheep, have you any wool?.
Elles ont conservé la terminaison tintante, au moins dans la diction rythmée des enfants — espèce de rxpaxaraheyh voisine du chant :
Little Bo-Peep has lost her sheep and cannot tell where to find them.
Il en est de même des terminaisons tronquées :
Ding dong bell, Pussy’s in the well(6).
(1) Orm (ou Ormin, commencement du xrme siècle) est le premier poète anglais qui se soit astreint à un syllabisme absolu. Il a certainement adapté le grand vers anglais au septénaire des hymnes latines.
(2) Je me vois forcé d’en parler dès maintenant, à cause de l’histoire du syllabisme.
(3) Les pieds de trois syllabes sont dus à des consonnes syllabiques : heaven ['hevn] était et est encore souvent traité comme monosyllabe.
(4) V. Ire Partie, $ 305 et 322.
(5) Les deux derniers vers cités au $ 206 de la Jre Partie forment une Poulter’s Measure où dominent les pieds d’une sfllabe.
(6) V. On trouve presque toutes ces irrégularités en même temps que l’allitération sporadique auprès de la rime, dans Goosey, goosey, gander (x. Ire Partie, $ 211). — Certaines de ces nur-
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Aux nursery rhymes on peut ajouter les proverbes et dictons de toute sorte : To run with the hare and hold with the hounds — March winds, and April showers Bring forth May flowers (v. 1" Partie, $ 159).
Pour les métriciens habitués au vers régulier, au vers syllabique, ce mètre libre a quelque chose de fruste et de grossier, de barbare. Aussi sont-ils un tant soit peu embarrassés quand ils le rencontrent chez Shakespeare, par exemple (1). Car la poésie littéraire le conserva elle-même Jusqu'au xvu* s., non seulement dans les chansons, mais encore dans la poésie narrative ou descriptive : c’est celui des ballades (2), des doggerel rhymes (3), du tumbling verse et même du Penseroso (4). Aïlleurs, il est vrai, comme dans le septénaire de Chapman, dans la Poulter's Measure et les strophes du Æymn Book, il s’est soumis à un syllabisme de plus en plus strict. Sous cette forme régularisée, comme vers de huit syllabes ou de sept, l’ancien mètre national a été employé dans la poésie lyrique de tous les temps et de toutes les écoles. Mais c’est seulement au xix° siècle, par limitation de la poésie populaire et sous l'influence de la littérature allemande, qu'il a repris sa liberté d’allure dans la poésie littéraire, d’abord dans The Lay of the Last Minstrel (1805) (5) et surtout dans Christabel (1815). Depuis lors on emploie dans la poésie lyrique toutes sortes de vers ainsi libérés du syllabisme, où nous pouvons voir en somme des transfortions variées du mètre populaire et indigène, c’est-à-dire, en fin de compte,
du mètre primitif des Germains. Southey (6), Coleridge (7), Shelley (8),
sery rythmes sont très vieilles. Il ÿ en a qui doivent remonter au temps où les Anglais vivaient encore sur le continent. Comment s’expliquer autrement que la même formule rimée et rythmée, avec de légères variantes, s'applique à un même jeu, à un jeu peu répandu, et dans un village du grand duché de Bade et dans une paroisse située au fond du Yorkshire (v. re Partie, p. 130) ?
(x) Dans les parties lyriques de À Midsummer Nights Dream, le mètre (1 must go seek some dewdrops here) admet 1° la suppression de l’anacruse (And I serve the fairy queen), 2° des pieds de trois syllabes (The cowslips tall her pensioners be), 3° des pieds monosyllabiques (Over hill, over dale — Swifter than the moon’s sphere — cp. Macbeth IV, 1, 6), etc. Peu à peu toutes ces libertés ont passé dans le blank verse de Shakespeare.