‹ Essai Sur Les Principes De La Métrique Anglaise (volume 2)Chapitre 79 sur 95 · V. Ire Partie, S · texte numérisé non relu

V. Ire Partie, S

(2) Surtout dans la forme ancienne :

The Perse owt off Northombarlonde an avowe to God mayd he That he wold hunte in the mountayns of Chyviat within days three. Chevy Chase.

mais aussi dans la forme modernisée :

Let it never be said that a daughter of thine was married to a lord under night, And there he spy’d her seven brethren bold come riding over the lea.

The Douglas Tragedy.

(3) V. note 1.

(4) L’anacruse est facultative.

(5) Non seulement Scott a imité le mètre des ballades, il en a même écrit quelques-unes.

(6) Thalaba, etc.

(7) To a cataract (traduit de l’allemand).

(8) Queen Mab.

172 ESTHÉTIQUE DU RYTIHME

Tennyson(1) et surtout Walt Whitman(2) ont même employé un vers presque tout à fait libre ; mais cette prose rythmée, à laquelle a sans doute préparé le blank verse et conduit surtout l’imitation de poèmes allemands, n’a point son origine dans le mètre national. Celui-ci se reconnait facilement à travers toutes ses métamorphoses. Par ses diverses formes, les unes à rythme régulièrement dissyllabique (3) ou trissyllabique (4), les autres à rythme mixte (6), il rappelle d’assez près la différenciation du tétramètre grec en vers fambiques, trochaïques, anapestiques et dactyliques, où souvent figurent côte à côte des pieds de deux ou de trois syllabes.

$ 166. Quant au genre du rythme, MM. Hermann Müller, Heusler et Sievers croient qu'il était binaire dans le vers allitéré (6). Il semble qu’on peut l’affirmer du vers d’Otfrid (7). C’est aussi le rythme binaire que présentent les airs anciens sur lesquels les Féroéiens chantent encore leurs petits poèmes épico-lyriques du cycle de Sigurd. On ne peut voir nulle part une influence des hymnes latines : elles se chantaient sur le rythme des strophes ïambiques ou des trochaïques, qui leur servaient de modèles et dont elles adoptaient sans aucun doute la musique (8), c’est-à-dire sur un rythme ternaire. Pour que la poésie germanique du moyen àge, mème religieuse, employât ainsi dans le chant un rythme binaire, il fallait qu’elle leût hérité de sa versification primitive et que pour des raisons en grande partie linguistiques elle n’eût pas pu y renoncer. Ce n’était pas seulement le rythme du chant, mais à plus forte raison celui de la diction mesurée. Le chant, d’ailleurs, conserve toujours à l’origine le rythme naturel -des paroles, soit exactement, soit en le régularisant. Ce qui est vrai du vers d’Otfrid, l’est sans doute aussi du vers de Layamon (9). Le rythme est binaire dans la nursery rhyme qui en a le mieux gardé la forme primitive (Goosey, Goosey, Gander). I l’est aussi bien souvent dans les proverbes et les dictons. Il se peut néanmoins que l’affaiblissement progressif des voyelles inaccentuées ait entrainé peu à peu un changement de genre dans le rythme anglais. C’est le rythme ternaire, si je ne me trompe, qui domine dans les nursery rhymes (10). En revanche, sur les 114 chansons an-

(1) Maud, p. ex. XIV, 4.

(2) Leaves of Grass, etc.

(3) Common, Long et Short Measures des hymnes, ainsi que les strophes identiques de la poésie profane ; octosyllabe des poèmes narratifs ; mètre de À Psalm of Life (Longfellow), etc.

(4) Le tumbling verse régulier ; le mètre de The Destruction of Sennacherib (Byron), etc.

(5) La Doggerel Rhyme des Elizabethan Dramas, le tumbling verse ordinaire ; la strophe de Incheape Bell (Southey), The Ancient Mariner (Goleridge), The Sensitive Plant (Shelley) ; le vers ‘de The Lay of the Last Minstrel (Scott), Christabel (Coleridge), The Pied Piper of Hamelin (Browning), etc.

(6) Pour M. Sievers, il ne s’agit que du Ujüdahattr. (v. Germ. Metr., p. 232). Mais il dérive aussi le vers normal d’un vers primitif à 4/4 (ib., p. 180 etsuiv.).

(7) V. Saran, Zur Metrik: Otfrids, p. 182-189, et Erk-Bôhme, Liederhort, IL, p.779 etsuiv.

(8) C'est bien là ce que dit Bède (v. p. 153, note 3).

(9) J'entends par là, faute d’un meilleur nom, la forme du vers indigène qui a succédé à l’an- -cien vers allitéré. 6

(10) Sur les 50 que Beljame a publiées dans ses Chansons anglaises (Paris, 1901), iln’yena -que 16 de rythme binaire. Voici les plus connues : Goosey, goosey, gander — Baa, baa, black

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glaises du Song Book il y en a 61 de rythme binaire, la plupart en pieds dissyllabiques. Il est probable que la même variété se trouve aussi dans I diction poétique, quand elle régularise le rapport de durée entre syllabes. II est probable surtout que le genre du rythme varie avec le sentiment exprimé.

$S 167. Nous avons poursuivi l’évolution d’un mètre national à travers les siècles : d'abord, par voie de reconstruction, depuis la forme germanique primitive, ou pour mieux dire indo-européenne, jusqu’à l’ancien vers allitéré ; ensuite, par un exposé historique des faits, depuis le vers allitéré jusqu'aux zursery rrhmes et à la poésie lyrique ou épico-lyrique de l’Angleterre contemporaine. Nous avons vu comment il s’est perpétué en s’accommodant aux modifications phonétiques de la langue et en se différenciant par des variations spontanées ou sous l’influence de versifications. étrangères. De tous les mètres anglais, c'est encore aujourd’hui le plus vivace : la littérature populaire n’en connait guère d’autre. C’est le seul à coup sûr qui survivrait si l’anglais littéraire venait un jour à disparaître (1).

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