Jaffé-Wattenbach, Regesla, t. I, p
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j-oire \'1I et siuloul avec celui (riJrbain II un contraste saisissant. Il sentait que ce ne serait pas en frappant de grands coups, en blessant l'ennemi de front, en tracassant les pouvoirs placés en face de lui qu'il réussirait là où avaient échoué des hommes aussi énergiques et aussi bien secondés que l'avaient été ses prédécesseurs. Il arrivait à une heure où la lutte ne pouvait qu'exaspérer les résistances au lieu de les briser, où les sévérités étaient devenues inelllcaces à force d'être répétées, envers un roi pour qui les promesses n'étaient que de vaines l)aroles, et l'excommunication une comédie. 11 fut assez clairvoyant et assez habile pour comprendre que l'intérêt du Saint- Sièg-e lui commandait de s'appuyer sur la France contre l'Empire, de ne pas la laisser premlre vis-;i-vis de Rome l'attitude hostile qu'avaient eue un instant llugue (]apet et Uid^ert et qui menaçait de devenir plus marquée encore avec Philippe l"''. Il savait qu'il avait ii se mesurer avec un homme avide de plaisir et d'arg-ent. Pour se le concilier, mieux valait fermer les yeux sur sa vie privée, tant que le scandale ne serait pas trop g;rand, et prendre ses promesses pour sincères, alors même qu'il était évident qu'elles ne l'étaient pas ; lui céder sur le terrain canonique (élections épiscopales) quand les apparences de légalité et de régularité seraient sauvées, quitte à réclamer assez énergiquement pour imposer sa volonté et lui donner force de loi, quand son intervention serait nécessaire.
D'ailleurs, si les tendances naturelles de son esprit n'avaient pas poussé Pascal à la conciliation, les événements mêmes et les circonstances de la lutte politique auraient suffi à l'y amener. Forcé d'excommunier Philippe, il n'eut de cesse qu'il ne fût absous, et, menacé par l'empereur Henri V, il courut se réfugier en France comme chez son alliée naturelle, sans s'être fait annoncer, sûr du bon accueil qu'on lui réservait. Dans ce pays, en ell'et, la lutte pour les investitures n'avait pas le même caractère qu'en Allemagne. Philip{)e T'' ne pouvait pas avoir les mêmes exigences que les empereurs : il ne pouvait être question pour un roi de France tl'intervenir en Italie, et il devait s'inquiéter fort piiu de ce qui se passait îi Honu', n'ayant jamais eu la pré- "tention de gouverner le Saint-Siège ou de lui imposer sa volonté. Se contentant de faire chez lui ce cpu^ bon lui semblait, il bornait la lutte à ne [)as se soucier de l'autorité pontificale.
PASCAL II ET LA FRANCE ô
Telle était la situation ; tel était l'homme ; et nous croyons que c'est mal juger celui qui, recevant un aussi lourd fardeau, arriva à préparer le concordat de Worms après avoir fait de la France la fille aînée de l'Eg'lise, que dire de lui, comme on l'a fait : « Il ne se rendait pas compte de la situation des pays étrangers '. »
Certainement sa politique, dans les premières années surtout, est hésitante ; il se dédit, désavoue ses légats, revient sur des décisions prises, semble manquer de ligne de conduite ferme et stable. Mais si l'on considère qu'en sept ans, après avoir excommunié le roi, il est arrivé, sans violences, comme sans concessions, à faire une sorte de traité d'alliance contre l'Empire avec ce royaume de France qui avait eu tant à souffrir de ses prédécesseurs et qui leur avait donné tant de mal, on comprendra quelle fut son habileté, les motifs de cette temporisation qui parfois semble de la faiblesse, de cet « opportunisme » qui est la véritable voie politique. Urbain II pouvait sembler plus grand dans sa farouche intransigeance ; mais c'est aux résultats qu'il faut juger les œuvres, et le pontificat de Pascal II a donné, au point de vue des relations cordiales, on peut même dire d'amitié et d'alliance, entre la France et Rome, des résultats auxquels jamais Urbain II n'était arrivé. Or n'était-ce pas mieux concevoir le bien de l'Eglise que d'agir comme le fit Pascal? L'œuvre de réforme ecclésiastique en fut facilitée : les règnes de Louis VI et de Louis VII en sont la preuve éclatante.
Dès son avènement, Pascal se mit en rapports avec la France. Le premier acte que nous ayons conservé de lui, est la lettre qu'il envoie- de Rome, le 10 septembre 1099, à Hugue, son ancien supérieur de Gluny, par laquelle il lui annonce son élévation au pontificat, « du consentement du clergé et de tout le peuple catholique ». Sa première bulle '^ d'une portée générale est la sorte d'encyclique qu'il adresse vers la fin de cette même année 1099 à tous les archevêques, évêques et abbés de France pour les prier d'encourager les chevaliers de leurs diocèses à partir pour la Terre-Sainte.
1. Wattenbach, Geschichle des rùmischen Papslthiims, p. 152: <c Er batte gar keine Voistellung von den Vci-haltnissen der fremden Lânder ».