MuNon. — Piisriil II et Philippe h
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termédioiro de ses légats, que contre le mépris qu'il avait affiché pour rexcommunication fulminée contre lui par son prédécesseur, en se faisant couronner ;i la Pentecôte. Le chef suprême de la Chrétienté ne pouvait toU-rer ([ue le roi de France fît si peu de cas des peines infligées [);ir le Saint-Siège.
Ive de Chartres, qui prévoyait l'importance des événements prochains, s'empressa de se mettre en relation avec les légats, afin de leur donner des conseils sur la conduite à suivre. Le concile avait primitivement été fixé au 29 juillet. Aussitôt Ive écrit à Jean, pour le prier d'en reculer la date jus([u"à l'automne ' : il prévoyait que la réunion du concile à une époque prématurée serait pour beaucoup d'évècjues un prétexte pour ne pas y venir, sans compter que les dangers du voyage, les embuscades des vassaux du roi menaçant les prélats forçaient plusieurs d'entre eux à faire de longs détours. De plus, Ive rapportait à Jean ce ({u'il avait appris de la cérémonie de la Pentecôte et le félicitait du tact dont il avait fait preuve, vu la délicate mission qui lui avait été confiée, en s'abstenant d'aller voir le roi. C'était la meilleure façon de protester au nom du Saint-Siège. Il ajoutait que le choix même de Poitiers comme lieu de réunion lui paraissait excellent, car les légats y pourraient plus librement discuter les intérêts de l'Eglise et s'attaquer au roi que dans « une ville de la Belgique ou de la Celti([ue, où il faudrait taire beaucoup de choses, de peur de soulever le scandale et de perdre les fruits du concile par les orages qu'elles susciteraient », Se rendant sans doute aux raisons d'Ive de Chartres, les légats convo- ([uèrent les évoques et les abbés à Poitiers pour le 18 novembre 1100 -'.
Au jour dit ', en l'église Saint-Pierre, le concile s'ouvrit. Quatre-
1 Ive (le Chaili-cs, letlro 84, dans les llisl. de Fr., t. XV, p. 107.
2. Nous avons conservé la lettre de convocation adressée à Tévèque d'Arras Lambert [Ilisf . dr France, t. XV, p. l'.)l).
3. On peut cependant hésiter pour la date d'ouverture du concile entre le 18 novembre, ((ui était la date de la convocation adressée par les légals et qui est donnée par Uugiu'de Flavigny (Mon. Gcrin., Script., t. VIH, p. 4U1), et le 10 novemi)re, date donnée par la CJirnnique de Saint-MaixenI (voir A. Richard, Histoire des comtes de Poitou, t. I, p. 428, n. 3), par GeolTroi le Gros, dans sa Vie de Bernaid de Tiron [Acta Snnclorum, avril, II, |). 233), et par une charte-nolice du carlulaire de Sainte-Marie d'Aiich, lixant le cinquième jour (lu conciU' au xciidreli 23 noveinl)re iHisf. de Fr., t. XIV, p. 321;.'
vingts évêques ou abbés y assistaient, suivant Hugue de Flavigny * ; cent quarante, suivant Geoffroi le Gros, le biographe de saint Bernard de Tiron -'. Une des relations du concile -^ nous donne les noms dun certain nombre d'évêques présents : Raimond d'Auch, Raoul de Tours, Philippe de Saint- Paul-Trois- Chàteaux, Lambert d'Arras, Morvan de Vannes, Pierre de Lectoure, Bernard de Labour, Bertrand de Comminges, Engerand de Laon, Marbeuf de Rennes, Ive de Chartres. Nous avons vu que Hugue de Lyon avait envoyé pour le représenter Gautier de Ghalon et Ismion de Die ; et il y avait d'autres évêques encore « de la Gascogne et de la Gaule ».
Philippe savait fort bien à ([uoi il devait s'attendre ; et s'il n'empêcha pas les évêques de se rendre au concile, comme le craignait Ive de Chartres, du moins manda-t-il à son vassal Guillaume, comte de Poitou, d'empêcher que le concile se tînt dans une ville de ses états, faisant partie de son royaume ^. D'après Hugue de Flavigny •', les légats étaient allés en personne trouver le roi, afin de lui annoncer ce qui allait se passer, peut-être afin de le ramener à de meilleurs sentiments ; et, « n'ayant remarqué dans ses paroles et ses actions aucun signe de repentir ni d'amendement, quoiqu'ils eussent eu recours pour le convertir aux mêmes moyens qu'on emploie pour fertiliser un arbre stérile, incapables de tolérer plus longtemps l'ignominie et les dommages auxquels était exposée l'Eglise catholique, ils résolurent de retrancher ce membre pourri du corps du Christ par l'anathème, au concile de Poitiers ». Si cette démarche des légats est authentique, elle doit se placer après le début de juillet, puisque nous avons vu Ive à ce moment féliciter les légats de n'avoir pas été eux-mêmes trouver Philippe '•. En tout cas, le comte de Poitou n'empêcha pas les prélats de se réunir. Peut-
1. Hugue de Flavigny, Chronic, 1. II, dans les Mon. Gerni., Script., t. VIII, p. 491.
2. Acla Sanctorum, avril, II, p. 233 : Ilist. de Fr., t. XIV, p. 169.
3. C'est une notice relative à un démêlé entre le chapitre de Sainte- Marie d'Auch et les moines de Saint-Oriens \IIL<if de Fr., t. XIV, p. 321).
4. Gesla in concilia Pictavensi (récit composé à Saint-IIilaire de Poitiers), dans les Hist. de Fr., t. XIV, p. 108.
;>. Hugue de Flavigny, Chronic, I. 11, dans les Mon. Gerni., Script., t. VIII, p. 491.
ti. Voir page précédente.
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être iU' levul-il les instructions de Pliilippe qu'uni" fois k; concile C(tinniencé, ci' qui expli(|uer;iil assez sa conduite soudainement violente ; peut-être n'osa-t-il pas s'opposer aux projets des léj^ats avant d'avoir vu la tournure' que prendraient les événements, ce qui expliquerait son intervention au monu'ut même de l'excommunication du roi ; peut-être entin n'avait-il rei^-u aucune lettre de Philippe, et Ilu^ue de Flavigny a-t-il sans fondement supposé l'existence de cette correspondance pour expliquer après coup les événements qui s étaient déroulés.
Avant d'examiner le cas de Philippe I'"'", le concile non seulement régla l'alVaire de Norgaud, ainsi ipie nous l'avons déjà vu précédemment ' , mais s'occupa aussi de divers conflits qui avaient éclaté entre certains membres du clerji^é et de quelques questions de discipline ecclésiastique.
Ainsi, sans que nous sachions ce qui en est résulté définitivement, un chanoine du nom de Dreu vint se plaindre d'avoir été injustement dépouillé de la trésorerie de Chàlons-sur-Marne, dont il avait été investi par l'évêque défunt -. Faisant droit aux observations de ses adversaires, le concile déclara qu'étant entré en possession de la charge après avoir importuné l'évêque sur son lit de mort pour se la faire concéder, Dreu n'avait pas été régulièrement investi ; mais ce dernier fit casser la sentence par le pape. Nous verrons plus loin, en étudiant les relations entre le Saint-Sièg-e et l'épiscopat français, comment se poursuivit cette alïaire.
Ce fut aussi à l'une des séances de ce concile qu'on accorda à Ive de Chartres le droit d'autel à Bazoches, en Dunois, fait qui semble de minime importance, mais qui sera gros de conséquences •*. Enfin, Robert, abbé de Saint-Remi de Reims, qui avait été chassé de son monastère et remplacé par un nommé