PREFACE
. ..Je r/ai pas voulu confiner mon travail dans une étude des rapports entre le pape et le roi ; j'en ai fait l'objet de la première partie de ma thèse, mais il m'a semblé nécessaire d'étudier aussi l'action du pape sur le clergé français, même dans les affaires dans lesquelles la royauté n'est pas intervenue. Pour faire comprendre celte action, et d'autre part pour éclairer la politique du roi vis-à-vis du Saint- Siège, j'ai dû m'occuper aussi de la politique religieuse de Philippe P^ en France, même en dehors de l'action de Pascal II. Enfin il eût été difficile de se rendre compte du rôle joué par la papauté ou la royauté sur le clergé français, sans connaître exactement l'état de celui-ci, et les rapports qui unissaient les séculiers aux réguliers ; de là bien des pages qui pourraient être considérées comme des digressions, mais qui étaient comme les préliminaires indispensables de la question elle-même.
Je me suis tenu d'une part à n'étudier que les affaires religieuses auxquelles étaient mêlés le pape ou le roi et le clergé français, c'est-à-dire le clergé dépendant directement de la couronne ou parfois de ses vassaux immédiats, le clergé sur lequel le roi de France pouvait avoir des droits ou de l'influence. Si j'ai mentionné de temps à autre des affaires concernant des évêchés ou des abbayes sis en dehors de ce territoire, du royaume de France proprement dit, c'est que ces affaires, nées en domaine non royal (en Languedoc par exemple), pouvaient servir à expli-
Wlll l'RÉFACK
quer ratlitiule du pape vis-à-vis du clergé français, en des circonstances qui n'avaient pas eu Toccasion de se produire pendant les neuf années 1099 à \ \ 08, et sur le territoire dans lequel se circonscrivait notre étude. La délimitation était souvent délicate, tel évêché sis en terre non française dépendant d'un métropolitain qui dépendait lui-même du roi de France, par exemple; et le roi pouvant, dans ce cas, exercer son intluence sur cet évêché par l'entremise de ce métropolitain ; ou, telle abbaye sise en terre vassale du roi de France dépendant immédiatement du roi considéré comme roi-abbé.
Ce n'est donc qu'incidemment que nous mentionnerons des événements relatifs au clergé non français (Flandre, Anjou, Bourgogne, Midi...), soit pour éclairer la politique pontificale, soit surtout pour fixer la nature des rapports existant entre l'épiscopat et le clergé régulier.
D'autre part, tout en nous tenant, pour le développement de notre thèse, aux personnes et aux établissements ecclésiastiques qui, pendant cette période, ont été en relations directes ou indirectes avec la papauté ou le roi, nous avons dû parfois faire intervenir les autres, lorsqu'il fallait établir par des exemples nombreux et variés le fonctionnement de telle institution religieuse ou l'organisation de telle coutume canonique.
Il était impossible de prétendre faire une histoire complète. L'abondance de textes analogues rendait inutile de les citer tous ; et nous ne pouvions d'ailleurs songer à faire la critique interne et externe de chaque texte cité: ce travail considérable n'aurait été d'aucun profit au point de vue de notre thèse, car il suffit que tel texte ait été considéré comme authentique au xii' siècle, pour que les conclusions que nous tirons de sa teneur eussent loule leur valeur.