CHAPITRE III
LES ÉLECTIONS ÉPISCOPALES ET LA QUESTION DE l'iNVESTITURE.
Les différents pouvoirs en conflit dans les élections.
Il est assez difficile de dég-ager des conflits précédents l'usage et la règle en matière d'élection épiscopale à la fin du règne de Philippe P'". Seules, en effet, les élections irrégulières nous sont racontées avec quelque détail, et il serait vain, d'autre part, de vouloir remonter au ix*' et au x*" siècle pour chercher à connaître les règles du droit canon. Le droit canon évoluait avec le temps ; l'usage modifiait la règle. Avissi, pour l'époque que nous étudions, en sommes-nous réduits à des conjectures.
Malheureusement tous ceux qui ont étudié ce problème se sont attachés, sinon, comme M. Imbart de La Tour^, à accommoder les textes à une théorie construite a priori, du moins à rechercher dans ces textes les manifestations du pouvoir effectif du roi et du pape, pour en conclure : le roi et le pape avaient tel et tel droit en matière d'élection épiscopale, sans se soucier de savoir si ces droits leur étaient régulièrement reconnus ou s'ils se les attribuaient illégalement en vertu de leur influence ou de leur force.
La question des investitures s'était posée d'une façon toute différente en France et en Allema£rne. En France, la lutte avait mis en présence trois partis : le parti du pape, qui réclamait l'abolition complète des investitures laïques, comme le décrétèrent tous les conciles tenus sous Grégoire VII et Urbain II et comme le proclamait Geolfroi de Vendôme dans ses opuscules ; le parti du roi, qui défendait, au nom de la constitution féodale de la France et des légitimes prérogatives du pouvoir royal, le maintien du droit du souverain en matière d'élection et d'investiture,
i. Imbart de La Tour, Les élections épiscopales dans V Eglise Je France du IX'' au XII" siècle [Étude sur la décadence du principe électif), Paris, 1890, in-S".
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parti (|uo nous avons vu î\ l'uaivro dans les alîairc^s do Hcauvais l'IdcTuMnis, ol dont lo théoricien tut Ilugue de Fleui-y ' ; et enfin le tiers-[)arti, représenté p;u' Ive de Chartres ''', qui finit par concilier le pape et le roi, en trouvant un terrain d'entente dans une nouvelle interprétation du droit d'investiture -^ Le problème fui compliqué par la question du sacre : il s'ag-issait de déterminer la(|uelle précéderait l'autre, de l'investiture donnée par le roi ou de la consécration donnée par l'Eglise.
De fait, il était impossible d'enlever au roi tout droit d'inveslilure. Puisque les évêques recevaient un pouvoir temporel, des terres vassales de la couronne, auxquelles étaient attachés des droits temporels de justice, de péag;es, etc., il était juste que le roi gardât les mêmes droits sur la collation de ces terres que sur celle des terres seigneuriales. D'autre part, à une époque où la France était en train de se former et le pouvoir royal de se constituer, (( l'obligation pour les évèques et les abbés de demander au prince l'investiture de leurs bénéfices était le lien le plus fort qui retînt encore l'Eglise dans une certaine dépendance du pouvoir temporel » '*.
Les abus du xi*" siècle avaient provoqué une réaction contre ce droit; la papauté réformatrice avait essayé de réduire ce pouvoir du souverain laïque dans l'Eglise. Elle n'y était pas arrivée. Nous devons maintenant examiner comment, sous Pascal II, le problème fut résolu.
Accord entre le pape et le roi.
Dans les élections que nous avons étudiées, nous avons vu que les différents éléments qui concouraient à la nomination d'un
1. Voir son Truclaliis de regiu polcslato et sncprdotcili ilitjnilate, dans les Mon. Germ.^ Libelli de lUc, t. II, p. 465-494.
2. Voir Esmein, La quenlion des i?iveslilures ilaiis /es Irtlrex d'Yvea de Chartres, dans la Bihlioth. de V École des hautes études. Sciences religieuses, t.I (1889), p. 139-178, et cl". A. Luchaire, dans Lavisse, Histoire de France, t. II, 2'' partie, p. 21 H.
3. Comme nous le verrons plus loin, celte nouvelle interprétation consista î» considérer l'investiture donnée par le roi comme purement temporelle, rinveslilure spirihu'llc n'élaiit conférée (pie par le sacre.