‹ Essai sur les rapports de Pascal II. avec Philippe Ier (1099-1108)Chapitre 84 sur 128 · Esmein, lor. cit., \k l.'t'J · texte numérisé non relu

Esmein, lor. cit., \k l.'t'J

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évèquo étaient le clerg-é, le peuple, le roi et le métropolitain ou le pape. Le clergé et le peuple ne votaient pas tous les deux. L'expression electus a clero et populo ou assensu clcri et populi n'est qu'un mot. Le clergé seul votait ; le peuple donnait ensuite son assentiment.

Le roi jouait un rôle très important. D'abord, avant l'élection, il jouissait des régales de lévêché laissé vacant par la mort de l'évêque, prolongeait cette vacance tant qu'il voulait, pour son plus grand profit, et disposait pendant ce temps des prébendes et des bénéfices attachés àl'évêché. Puis, sur la demande du clergé, il accordait la liceiitia eligendi. Après l'élection, il donnait son assentiment [praebere assensum). Et enfin il conférait à l'évêque élu l'investiture des ref/alia, territoires épiscopaux et droits attachés à ces territoires, et recevait en échange le serment de fidélité. Le rôle du métropolitain consistait à convoquer le collège électoral et à consacrer l'élu, à moins que celui-ci ne demandât sa consécration directement au pape '.

Comme on le voit, le roi joue un rôle prépondérant dans les élections épiscopales ; il peut empêcher l'élection d'avoir lieu et l'élu de devenir évêque en refusant la licentia eligendi, Vassensus ou l'investiture. De plus, par la recommandation, officieuse ou ofTicielle, il influence le choix des électeurs. Mais, comme nous l'avons fait observer au sujet d'Etienne de Garlande et de Gervais de Rethel, il peut empêcher, mais non pas imposer. Son autorité n'est absolue qu'autant qu'elle est prohibitive. S'il, a contre lui le clergé, ou surtout le pape ou le métropolitain, qui refusant la consécration, empêchent la reconnaissance de Lélu, il est impuissant ~.

De même, le pape a, par la consécration, un pouvoir prohibitif considérable puisque, en la refusant, il s'oppose d'une façon définitive à l'élection et élimine ainsi l'élu qui ne lui plaît pas. Nous

1. Voir, sur ce sujet, Paul YïoWei, Histoire des inslitutions politiques et administratives de la France, t. II, p. 342 ; A. Luchaire, Histoire des institutions monarchiques de la France sous les premiers Capctiens, 2" éd., t. II, p. 59 et suiv. ; Esmein, loc. cit., p. 144; Iinbartde La Tour, op. cit., p. 438 et suiv.

2. C'est ce qui est arrivé pour Etienne de Garlande qui, quoi qu'en ait dit M. Imbartde La Tour, ne triompha jamais et ne fut jamais évoque de Beauvais (cf. ci-dessus, p. 34). La conclusion qu'en tire M. Imbart de La Tour (op. cit., p. 444) est, partant, erronée.

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disons ici le papo, non soulcMnenl parce que souvent les évêques st' faisaient consacrer direclcment par lui, mais parce qu'il avait eiKMue assez d'influence sur ses archevêques pour les empêcher de consacrer l'élu auquel il s'opposait. Ainsi, ce n'est que par cette influence du pape sur les métropolitains qu'on peut s'expliquer comment Ktiennede Gaiiande, élu évêque de Beauvais sans concurrent, ne fut pas consacré par l'archevêque de Reims. Mais le pape n'a pas plus que le roi le pouvoir d'imposer son candidat : nous avons vu qu il ne put triompher de Philippe I'"'' ni au sujet de Galon, ni au sujet de Raoul le Vert.

Il est incontestable que, pendant la période qui nous occupe, le roi a exercé ses droits d'une façon complète, absolue, qu'il n'a renoncé à aucun d'entre eux, et que, jusqu'à sa mort (l'élection de Reims, pendante depuis 110(), ne fut réglée que sous Louis VI), il défendit énerj^iquement ses prérogatives contre le pape réformateur, tout en lui témoignant un profond dévouement dans sa lutte contre l'empereur. Il entendait user de ses droits sans se soucier de la volonté pontificale et opposait à Pascal II une remarquable force d'inertie en appuyant Gervaisde Rethel contre Raoul le Vert, mais sans rien bruscjuer, avec une certaine ironie, laissant, par exemple, le pape en plein concile de Troyes, proclamer Raoul archevêque de Reims, sans protester autrement qu'en refusant de le reconnaître et en continuant à appuyer Gervais.

On ne peut donc pas dire, avec M. Luchaire •, que l'ingérence de Philippe I'"'" (( dans la* nomination aux prélatures », dès le commencement du xu'' siècle, « ne se produisait plus sous les formes que le parti grégorien tenait pour illégales » et « (pie Philippe avait cédé sur ce point ». Il n'avait nullement cédé, et si l'on peut noter en cette période du règne de Philippe un revirement dans les rapports politiques entre le Saint-Siège et la cour de France, ce n'est pas dans un abandon que le roi de France aurait fait de ses droits et de ses prérogatives sur son clergé cpi'il faut le chercher. 11 y eut un comprt)mis, cela est évident. L'attitude respective de Pascal et de Philippe de L102 à llOi et depuis l'absolution du roi jusqu au voyage du pape en France dénote une polititpie nouvelle : elle est Pieuvre du tiers-parli, d'Ive de

1. A. I.ucliJiiic', dans I.avissc, llislnin' di' Fr;inc<\ I. II, i'" |)iii-tit' |>. 220- 22d.

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Chartres, qui, dans l'intérêt de la papauté, de l'Eg-lise de France et de la réforme elle-même, amena le pape à transiger, à s'accommoder d'une situation qui sauvegardait les principes généraux de la réforme sans blesser le roi dans ses prérogatives les plus chères. En somme, il y eut des concessions de part et d'autre.

Il serait d'ailleurs erroné, nous l'avons déjà dit, de considérer le roi capétien comme opposant à lapapauté une hostilité tenace et irréfléchie, pour le bon plaisir de faire triompher des prélats infâmes. Philippe a, sans doute, souvent vendu ou marchandé ses évêchés. Mais, de 1099 à 1108, son intervention dans les affaires du clergé a un tout autre caractère. Elle est légale, légitime du moins, quand, par la candidature otficielle, il fait choisir par le collège électoral un évêque auquel il est favorable. Cette recommandation (que nous constations au moment de l'élection d'Etienne de Garlande à Beauvais) est plus discrète que la violence et la force avec laquelle Robert le Pieux imposait son candidat^. Et quand un conflit a éclaté, l'intervention royale peut encore se légitimer ; son opposition à l'action du parti ultramontain ou réformiste s'explique presque « en droit » : dans l'affaire de l'élection de Beauvais, il se pose en défenseur de l'élu du clergé ; c'est encore une fraction importante du collège électoral qu'il soutient dans l'alfaire de l'élection de Reims. Son action, nous la voyons ainsi toujours unie à celle de son clergé ou de la partie du clergé qui, en cas de dissension, représente l'Eglise « gallicane » contre la faction ultramontaine. Et, au contraire, quand l'élection a été régulière, qu'elle s'est faite sans hésitations ni conflits, le roi s'empresse, en général, de l'approuver.

Par conséquent, si nous cherchons à dégager de ce que nous connaisssons de la conduite du roi vis-à-vis du clergé séculier et de l'épiscopat, en particulier, les bases de l'entente passée entre Philippe et Pascal, il ne faut considérer cette entente ni comme un abandon des prétentions du souverain ou comme un triomphe de la papauté réformatrice -, ni comme un renoncement par Pascal à tous les principes défendus par Grégoire VII et

1. Voir Pfister, Eludes sj/r h règne de Robert le Pieux, p. 187.

2. C'est ce qu'afFirme M. Luchaire, dans Lavisse, Histoire de France, t. II, 2« partie, p. 220.

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Urbain II, mais coinmi> un siin])li' ooinjironiis, uiu' entente tacite lie ne lien taire de part ri <rauli'i' ([ui pût nuire aux intérêts légitimes du clerg-é, di' la pa|)aii(i'' et de la couronne. Si l'un des deux partis faillissait à ses enj^aj^ements, l'autre ne se considérait plus comme lié : c'est ce que nous constations à Reims où des illégalités avaient été commises de part et d'autre.

Le point spécial de cette entente fut la question des investitures.

La qucsfion ilcs inveslitures.

Au début de la querelle des investitures, c'est-à-dire au milieu du XI'' siècle, et spécialement à la fin du pontitîcat de Grégoire VII, la papauté s'était opposée à toute investiture émanée du pouvoir civil. Mais une telle intransigeance ne pouvait triompher, malgré les ell'orts et l'énergie que déploya Urbain II. La papauté ne pouvait d'ailleurs prétendre à ce que le roi cédât des terres qui relevaient de lui à des évèques nommés sans son approbation et sans qu'il pût leur en conférer l'investiture, comme il le faisait pour tous ses vassaux.

D'autre part, le roi n'avait jamais eu la prétention de conférer l'investiture spirituelle. Il s'en souciait fort peu-, et voulait seulement conserver son iniluence, bien légitime, sur des évoques qui étaient des princes temporels Si, pendant le xi*' siècle, l'investiture se donnait annulo et baciilo, c'est-à-dire par le symbole du mariage de l'Eglise avec l'évèque (l'anneau) et delà houlette pastorale '^ c'était en vertu d'une vieille tradition, mais sans que le souverain laïque y attachât une valeur spirituelle.

Le conflit résultait, au fond, d'un malentendu; il sulïisait de remettre les choses avi point : ce fut l'ceuvre d'ive de (Chartres.

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