Lettre 60, dans les Ilisf. de Fr., t. XV, p
4. Geoffroi de Vendôme, au contraire, n'admet pas l'investiture anniilo et baculo [Oj)uscula, toc. cit., col. 220).
'■>. Cl". Esmein, La question des investitures dan? les lettres d'Yves de Chartres, dans la Bihliolh. de V Ecole des hautes études, sciences religieuses, t. I, p. 148.
6. Accord qui résulte de toute la politique qui suit ce concile. — Cf. Luchaire, dans Lavisse, Histoire de France, t. II, 2" partie, p. 220.
7. On ne peut pas dire avec ]M. Luchaire. loc. cit., p. 220, que désormais (( Philippe ne prati({ue plus l'investiture spirituelle » — il n'avait jamais prétendu la pratiquer ; — ni que Philippe « cessa de recevoir l'hommage féodal des évèques » : il était loin de renoncer à ce serment qui liait l'évêque à la couronne. Même après la mort de Philippe, Louis le Gros exigea un serment analogue, qui a une grande importance, de Raoul le Vert, archevê {ue de Reims, et ce n'est qu'à la suite de ce serment qu'il consentit à le reconnaître comme évè({ue et à l'investir. Voir ci-dessus, p. 86.
Di- CUAI'IIUK III
Iiiccsliturc cl. cunsccniiiun.
Mais si cet accord put se produire sur le fait iiièine de l'investiture, il reste une autre question de droit canon, moins bien élucidée aujourdluii, non moins importante au xii'' siècle, celle de savoir si l'investiture donnée par le roi devait précéder ou suivre la consécration donnée par le pape ou par le métropolitain.
Le problème est important parce que, si la consécration est' préalable, l'autorité du roi est annihilée ou, en tout cas, fort aU'aiblie; si, au contraire, l'investiture précède la consécration, le roi reste, au fond, le maitre des élections : le pape peut protester en ne consacrant pas celui que le roi a investi, mais il est bien moins fort pour faire triompher son candidat.
Or les historiens diffèrent complètement d'opinion sur ce point: les uns, comme M. Luchaire, disent formellement que l'investiture suivait la consécration ' ; les autres, comme M. Esmein, quelle était toujours antérieure-. Cette dernière opinion nous paraît la plus conforme aux textes. En effet, comme l'a fait remarquer M. Esmein \ Geoffroi de Vendôme s'élevant, dans un de ses ouvrages'', contre les abus auxquels l'investiture donnait lieu, demande que cette investiture, s'il est impossible de l'éviter, soit du moins postérieure, et non antérieure à la consécration. Ainsi, disait-il, on ne pourrait supposer de la part du laïc une intention de sacrement. Ce point de vue purement théologique s'accordait parfaitement en cela avec le point de vue politic{ue du Saint-Siège, qui recherchait dans cette priorité un moyen de s'assurer une plus grande influence dans le recrutement de l'épiscopat. En effet, si la consécration précédait l'investiture, le roi serait bientôt forcé de renoncer à s'opposer à un évêque élu et consacré et se verrait contraint de l'investir, faute
1. Luchaire, Iliat. des iiislilul iotis inoniirvhiques, 2'' éd., t. II, p. 8U. Cependant, dans son Manuel des insUlalions françaises, p. r)00, M. Luchaire est revenu de cette aflirnialion : if a distinfjué deux |)ériodes et admis ([u'avaiil la réforme grégorienne l'investiture jn'écédait la consécration, laiidis (pTà partir de Louis le (iros elle la sui\ it toujours.
2. l^sMiein, /oc. c//., p. 17a, !{. Esmein, lue. eil., p. Illi.
i. Migne, J'ulrul. lai., l. CI.XU, coi. 2:20.
LA QUESTKJN DK l'tNVESTITURE 95
d'en pouvoir investir un autre qui n'aurait point reçu encore la consécration. Mais si Geotl'roi de Vendôme réclame cette mesure, c'est qu'elle n'était pas pratiquée d'ordinaire ; et ce fait nous permet de dire qu'au moins pendant tout le règne de Philippe P'', l'investiture ne cessa de précéder la consécration.
Malheureusement, comme nous ne possédons de récit détaillé d'aucune élection régulière, nous ne pouvons vérifier cette théorie dans les faits. Nous voyons, au début du xW siècle, le pape et le roi en user à leur guise, le roi investissant ceux que le pape ne consacre pas (Gervais de Reims) et le pape consacrant ceux que le roi n'investit pas (Raoul et Galon). Mais ces faits se sont produits à des heures de trouble, à des moments d'anarchie. La règle générale paraît bien avoir été cjue l'investiture précédât la consécration ^ .
Conclusioji.
Le résultat de la politique pacifique de Pascal et de Philippe fut donc, autant que nous pouvons le supposer, un accord par lequel chacun s'engageait à ne pas entraver l'exercice régulier des institutions ecclésiastiques : le roi, à ne pas faire d'opposition aux élections régulièrement faites, à ne pas abuser de son pouvoir sur le clergé séculier ; le pape, à observer de son côté la même neutralité. Cette neutralité réciproque cesse dès que l'élection est irrégulière, comme à Reims, et chacun use alors de sa force aux dépens du droit.
L'union de la France et du Saint-Siège qui résolvait de cette façon la question de la réforme, posée cinquante ans auparavant, avait à ce moment des raisons supérieures aux principes de cette réforme : le danger, pour Pascal, venait de l'autre côté du Rhin. Aussi le roi et le pape cédèrent-ils chacun, l'un k l'autre, le roi pour n'investir pas spirituellement, le pape pour n'interdire pas toute investiture.
Quant à la question de priorité de l'investiture ou de la consécration, nous croyons que Philippe continua jusqu'au bout à