CHAPITRE PREMIER
LE MONACniSME A LA FIN DU Xl" SIÈCLE
Au moment où Pascal II arrivait au trône pontifical, le clergé régulier, en France, traversait une cinse qui devait, au cours du xii" siècle, être caractérisée par la décadence définitive de Cluny et l'élévation d'ordres de moines (Chartreux et Cisterciens) et de chanoines rivaux.
Pendant tout le xi** siècle, Cluny avait grandi d'une manière continue. « Devenue puissance territoriale et politique », cette abbaye « avait cessé d'être, pour les fervents, un objet d'édification » ^ Sa richesse même, qui entraînait ses membres à la mollesse, fut cause de sa ruine. Certes, l'abbé Hugue, qui ne mourut qu'en 1109, ne devait pas assister à ime chute précipitée de la grande abbaye ; mais déjà des scissions se produisaient. L'ascétisme exagéré que professaient ceux qui, comme Robert de Molesmes, ou comme Bernard de Saint-Cyprien de Poitiers^, embrassaient la vie érémitique, était une protestation contre la vie relâchée et somptueuse des moines clunisiens. Après avoir été le principal instrument de la réforme grégorienne, ils allaient, par leur conduite, battre en brèche et les principes de cette réforme et ceux même qui avaient présidé à l'institution de leur règle. La puissante organisation qui rattachait à l'abbaye-mère tous les établissements dépendant d'elle, enlevant toute indépendance à ceux-ci pour renforcer l'autorité de celle-là, pesait souvent aux monastères ainsi soumis 3. De sorte que les uns par
t. Luchaire, dans Lavisse, Histoire de France, t. II, 2« partie, p. 260.
2. Pour Bernard, qui, après avoir été abbé de Saint-Cyprien de Poi tiers devait fonder l'abbaye de Tiron, voir sa Vie par GeofTroi le Gros, dans Miyne, Patrol. lat., t. CLXXII, col. 1367 et suiv.