‹ Essai sur les rapports de Pascal II. avec Philippe Ier (1099-1108)Chapitre 89 sur 128 · Cf. ci-dessous, p. 107, n. 4, et 109, n · texte numérisé non relu

Cf. ci-dessous, p. 107, n. 4, et 109, n

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désir d'indépendance, les autres par besoin d'austérité cherchèrent à se séparer de Cluny.

Cluny, qui, au xi" siècle, avait réformé le clergé régulier en France, avait besoin d'être réformé à son tour. Il nous suffira de citer, dans la jiériode du règne de Philippe I*"" (pii précède l'avènement de Pascal II, la fondation de Saint-Martin de Pontoise (1069), de Grandmont (1073), de Molesmes (1075), delà Grande Chartreuse (1084), de Fontevrault (1096), de Citeaux (1099), pour montrer la force du mouvement qui réagit contre l'ordre de Cluny, en lui opposant des établissements rivaux, qui, tout en restant, comme lui, extérieurement attachés à la règle bénédictine, prétendaient l'observer avec plus de rigueur.

Cluny et ses nombreuses filiales avaient trop manifesté, par l'exemption, leur indépendance vis-à-vis de l'épiscopat, pour que celui-ci ne cherchât pas à favoriser ce mouvement. Il trouvait d'ailleurs des alliés parmi les abbés des monastères dépendant d'un chef d'ordre exempt, qui, comme Bernard, abbé de Saint-Cyprien de Poitiers, préféraient relever de leur diocésain, qui les favorisait, que de leur chef d'ordre, qui les opprimait. Au xii*" siècle, l'abus était devenu tel, que saint Bernard, qui, en matière épiscopale, condamnait la simonie, l'investiture et même toute ingérence du pouvoir laïque dans les élections, n'hésita pas à attaquer violemment cette habitude qu'avait prise le Saint-Siège d'enlever les monastères à leurs chefs naturels, les évêques diocésains, pour se les attacher directement '. Mais au xi" siècle déjà cette -idée avait fait des adeptes : dès le début, les Chartreux et les Cisterciens déclarent soumission et fidélité à leurs évêques. Bien plus : c'est l'évêque de Grenoble (jue les Chartreux choisissent comme supérieur ; ils s'astreignent à n'avoir que des prieurs dans leurs établissements ; et les Cisterciens (Clairvaux, dont saint Bernard sera abbé, est une des filles de Cîteaux) prétendent rester dépendants de leur évêque et ne pas demander de privilège d'exemption.

Dans la suite, cette belle conduite ne sera plus observée ; le mouvement d'exemption gagnera les ordres nouveaux, comme il avait gagné toutes les abbayes bénédictines. Du moins les fon-

1. (;f. Luchaiie, dans Lavisso, Uisloire de France, l. II, 2" partie, p. 272-

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dateurs de ces nouveaux ordres avaient-ils observé que l'exemption, qui faisait la force de Cluny et de tant d'autres établissements réguliers, était une des causes de conflit avec le clergé séculier, en même temps qu'une des causes de l'orgueil insensé, auquel ils s'étaient laissés entraîner ; par réaction, ils n'avaient pas hésité à déclarer d'avance soumission et obéissance à Tépiscopat et s'étaient ainsi assuré son appui.

Cela nous explique leur vogue et la protection, les donations, les confirmations que leur prodigua le clergé séculier. Molesmes et Citeaux furent comblés par les évêques ; Bernard, abbé de Saint-Cvprien de Poitiers, fut soutenu par l'épiscopat dans sa lutte contre Cluny ' ; Pierre, évêque de Poitiers, confirma la fondation de Fontevrault ' ; et quand Cîteaux fut recommandé à Pascal II, ce fut sur la demande des évêques que celui-ci lui conféra un privilège, dans lequel d'ailleurs la mention « salva episcopi canonica reverentia » était une garantie de la soumission de l'ordre au diocésain •^.

Pour les mêmes raisons, avec le même but, l'épiscopat favorisa à cette époque l'extension des abbayes de chanoines réguliers. Et c'est ainsi qu'au milieu des désordres qui déshonoraient les établissements monastiques et sur les ruines mêmes de Cluny, un clergé séculier nouveau et plus pur commençait à se développer et à attirer à lui toutes les faveurs.

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