‹ Essai sur les repeuplements artificiels et la restauration des vides & clair�eres des for�etsChapitre 5 sur 150 · INTRODUCTION V · texte numérisé non relu

INTRODUCTION V

rapport de son patrimoine d'une manière sûre et durable; si, dans oe but il fait les déboursés nécessaires, il ne pourra v^r à l'idée de personne de lui en faire ua crime et de lui eiter comme un exemple à suivre oeiui de son voisin qui, redoutant la dépense, ne retire de sa terre qu^im revenu bien inférieur. >

10. Exemple de la sylviculture. — a II en est de môme dé la propriété forestière. Ici encore, Tintérét bien entendu du propriétaire est de faire produire au sol, dans le plus bref délai, la rente la plus élevée, la plus assurée et la mieux soutenue possible. Et du moment où ce but pourrait être atteint, moyennant quelques dépenses bien raisonnées, il faudrait blâmer sévèrement celui qui, avec la certitude de réaliser de beaux bénéfices, se refuserait à faire un sacrifice sans importance. ^>

11. DlFFÉRE.\CE EMUE LES CULTURES DES GHAJtfPS ET DES BOIS. —

u Sans doute, il existe une différence entre la culture des champs et celle desbois,enceque les produits forestiers ne se récoltent qu'à un âge avancé, tandis qu'en agriculture, on se trouve bien plus vite récompensé de ses déboursés et de ses peines. — Cependant cette différence est peut-être plus apparente que réelle. Nous appuyons sur le mot apparente, car bien que pour récolter le forestier ûoive attendre plus longtemps qu« le cultivateur, il lui est cependant possible de hâter, — indirectement il est vrai, — la réalisation de ses produits et d'en augmenter la quotité, en moins de temps qu'on ne l'admet communément. »

12. Elévation rapide du revenu. — a En effet, en poussant avec ardeuf le reboisement des coupes annuelles et la culture des clairières, le forestier est presque toujours à mème| de créer des massifs d'une croissance rapide. Par ce moyen, il augmente le revenu de la forêt. 11 pourra abaisser le terme de la révolution primitivement adoptée, et mettre très rapidement la hache aux cantons les plus âgés, sans avoir rien à craindre pour Tavenir.— Les conditions qui règlent le rapport !H)ulenu ne permettraient point d'en agir ainsi, si, dans le but de faire quelques économies sur les frais de puUnre. on reboi-

Vï INTHODIJCTION

sait mal, si Ton n'élevait que de jeunes bois languissants ei claîriéréfs (1) . »

13. AccRoissEWEîir DB LA pRODtTCTTOîf . — Bu adoptant le prin-' dpe de la culture intensive, on est conduit à reboiser ou à améliorer un grand nombre de terrains incultes disséminée au milieu des forêts, et qui sont onéreux pour le propriétaire à cause de l'impôt dont ils sont grevés. On crée ainsi des valeurs productives, là où le sol est absolument inculte ; on augmente la production, là où le sol est mal planté et clairière. Dans les deux cas, on augmente la richesse publique et on rend un service réel à la société.

14. AuGMENTATxojs DE LA main-d'obuvre. — Ces travaux démise en valeur assurent pour l'avenir un développement de main d'œuvre dont l'emploi peut être très salutaire. Les ouvriers inoccupés l'hiver dans beaucoup de localités sont condvdts tout naturellement à se rendre dans les villes, où des salaires plus élevés les attirent et où ils trouvent de l'occupation toute Tannée. Si dans les régions forestières, où les bois sont claiprières et parsemés de vides, on prenait le parti d'utiliser tous ces bras enlevés aux campagnes par l'attraction urbaine, il est certain que ces ouvHers trouvant une besogne assurée l'été aux champs, l'hiver dans les bois, resteraient au village au plus grand profit du corps social qui souffre, à tant de point de vue divers, de cette affluence dans les grands centres de population.

Au moment des travaux du repeuplement, ces ouvriers auraient là une besogne assurée, car certains de ces travaux s'exécutent en hiver. Quand les exploitations commenceraient dans les jeunes bois, ce serait également en hiver, d'octobre à mai, que l'industrie forestière donneraità cette population deî& éléments inépuisables d'activité.

15. PoRTBAiTBu BucjuEfiou. 7^ M. Clavé jifait.dubûcheiroû uft.. portrait très ressemblant,

« Le bûcheron est 3ouvent pauvret mais iin'^st janaais mi-

1. V Art de planter, parle baron de Mauteuffeî. Edition française, 18Ô8, Rothschild, page 286;

IKTRODVCnON Vil

âérable. Habitant à proximité de la forêt, où Tappell^t açs trayaux, il possède le plus souvent une petite maison, un lambeau de terre qull cultive avec sa famille, une ou deux vacbjes qu'il envoi» patbre au dehors sous la garde d*un ^ant> Pendant Tété, c'est^àr*dire quand lé travail chôme en fardt» il se fait moissonneur ou terrassier, et trouve toujours à s'occuper à cette époque de Tannée, où les bras font si souvent défaut dans les campagnes. »

tt Le vrai bûcheron est en général âdële à sa forêt ; il travailla pour tous ceux qui ont acheté des coupes, et ne 1^ quitte pas pour chercher ailleurs un salaire plus élevé. Cette forôt qu'il habite depuis son enfance, il en sait l'histoire, il a suivi toutes les transformations qu'elle a subies, et pourrait dire à quelles opérations elle doit son état actuel. Il en connaît tous les arbres, les ans pour les avoir vu planter, les autres pour s' être rendu compte de l'époque où, arrivés à maturité, ils tomberont sous sa cognée. A la forme, à la hauteur, à mille signes imperceptibles pour le vulgaire, il les distingue lefi uns des autres, et s'en sert comme de guides infaillibles pour retrouver son chemin au plus profond des massifs. »

16. Une citation de M. de Perthuis., — Les sylviculteurs du siècle dernier n'ont pas manqué de faire valoir l'importance des produits forestiers, au point de vue du rendement en argent. M. de Perthuis a dît très bien quels sont à cet égard les devoirs du propriétaire forestier:

« Quant aux produits que procurent les plantations, ils sont souvent considérables. Un arbre qui n'aura exigé qu'une dépense de 0,75 à 1 fr., pour son éducation en pépinière et sa plantation à demeure, peut valoir un Jour depuis 25 francs jusqu^à 100 francs et plus, suivant les localités et l'espèce de bois. »

« Le propriétaire qui ferait seulement une dépense de 50 fr., pour ce genre de culture, pourrait planter en vingt ans un millier d*arbres qui, à Tépoque de leur maturité Vaudront au plus bas prix, 25.000 fr., et au plus haut 100.000 fr. Que l'on juge des ressources immenses qu'un propriétaire prépare à sa famille quand il peut faire des sacrifices plus considérables et donner des soins éclairés à la culture des arbres, »

t INTRODUCTION

un taux élevé, et que ce placement est généralement le seul qU*ll soit possible de faire pour obtenir une mise réelle en valeur d'un terrain aride et improductif.

21. Vente des fobéts. — La vente d'une forêt profite surtout â l'acquéreur qui n'est qu'un spéculateur avide de réaliser la superficie et de vendre ensuite le fonds. Le vendeur y trouve rarement avantage au point de vue financier.

La vente des nombreuses forêts de l*Etat réalisée depuis le commencement de ce siècle fournit à ce sujet des renseignements probants. On a fait lé compte de toutes les sommes encaissées par le Trésor public à la suite de ces aliénations, et oil a d'autre part évalué très exactement la perte de revenu net qui en résultait pour le budget de l'Etat. Le rapprochement de ces deux comptes, capital et revenu, a permis d'établir que les forêts aliénées représentaient un revenu net (c*est-â-dire déduction faite des impôts, frais de garde, de gestion, et d'entretien^ dépassant 4 p. 100.

C'est là un placement très avantageux, et l'Etat a eu grand tort d'aliéner des bois d'une valeur aussi productive; ces bois, vendus avec faculté de défricher, ont généralement disparu. Mieux aurait valu, pour l'Etat, recourir à l'emprunt pour se procurer les ressources extraordinaires dont il avait besoin, et que le budget normal et ordinaire ne pouvait lui fournir.

22. Restitution DES terrains défrichés a l'agriculture. — En ce qui concerne le défrichement et la restitution dû terrain défriché à l'agriculture, il est facile d'établir que c'est une opération désastreuse pour l'avenir, un élément nouveau fourni au contingent déjà si élevé des' terrains incultes et improductifs de notre pays.

Sans doute la réalisation le la superficie est une opération financière fructueuse, mais elle ressemble absolument à l'opération financière qui consiste à aliéner son capital pour en classer le produit dans ses revenus. C'est manger son blé en herbe.

La culture agricole sur un sol défriché est économique et facile, attendu qu'un s61 longtemps boisé a accumulé une grande .quantité dfe détritus végétaux qui rendent inutile

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remploi des fumures. Mais les récoltes abondantes obtenues ne ^e soutiennent pas longtemps, si on ne vient à entretenir là fertilité du sol par de nouveaux engrais. Eh définitive le défrichement effectué sur* un terrain maigre et peu propre à Tagriculture, comme le sont la plupart des sols forestiers, est toujours une mauvaise opéî'ation; il n'est pas rnême^ avantageux sur les sols les plus fertiles.

QUailt à la question de restitution à l'agriculture, elle se trouve par là même jugée. L'agriculture ne manque pas.de terres pour étendre son champ d'action. La statistique établie, par le service du cadastre en 1862, et publiée en 1870, accuse une étendue de terres vaines égale à plus de 7 millions d'hectares, moitié septième de la contenance totale de la France continentale.

Ce qui manque à l'agriculture, ce sont les capitaux, l'application des bonnes méthodes, l'emploi raisonné des machines. Le classement des sols défrichés dans la catégorie des fonds agricoles n'a pour effet que de reléguer à bref délai ces sols dans la catégorie des terres vaines et incultes.

23. Les quatre termes du problème fl^angier d'un repeuplement. — Pour peser mathématiquement les conséquences financières d'un repeuplement forestier en terrain vague, il y a à considérer quatre choses : 1° le capital engagé; 2** la durée pendant laquelle ce capital reste engagé; 3** le revenu obtenu et la situation du capital, au terme de rengagement; 4*^ le taux de placement. Trois de ces termes étant donnés, le quatrième s'en déduit au moycA d'une formule mathématique rigoureuse qu'on peut convertir en tables pratiques, d'une consultation facile et d'un emploi sûr et rapidfï.

C'est ainsi qu on peutimmédiatementconstaterqu un capital placé à intérêts composés devient double, triple, quadruple quintuple, décuple, après 24, 37, 47, 54, 78 années, si le taux de placement est celui de 3p. 100.

S'il s'agit d'un placement à 4pd00, les accroissements multiples du capital dans les conditions indiquées ci-dessus sont obtenus après, 17, 28,35, 41, 59 ans seulement.

Enfin les mêmes accroissenients se produisent après 14, 23, 28, 33,47 ans, si le placement peut être fait à 5 p. 100.

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