‹ Essai sur les repeuplements artificiels et la restauration des vides & clair�eres des for�etsChapitre 67 sur 150 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

IaC» memAti forestiers en i^énéral

1. Procédés des semis forestiers. — 2. Modes divers de préparation du sol. — 3. La culture "du sol en général. Opinion ancienne. — 4. Réfutation de cette opinion. — 5. Enracinement et tempérament. — 6. La prétendue dessiccation du sol ameubli. — 7. Le mode le plus simple. — 8. Inconvénients du système. — 9. Semis sur bruyères arrachées ou coupées. — 10. Inconvénients de ce système. — 11. Labour à la charrue, en plein. — 12. Labour par bandes continues à la charrue. — 13. La charrue forestière

— 14. L'écobuage. — 15. Le sartage à feu courant. — 16. Le sartage à feu couvert. — 17. Résultats de l'écobuage. — 18. Action des cendres sur les terrains cultivés. — 19. Cas où l'écobuage est utile. — 20. Inconvénients de l'écobuage. — 21. Les cultures agricoles préalables. — 22. La culture à bras d'homme. — 23. Inconvénients de la culture en plein. — 24. Les bandes cultivées. — 25. Avantages des bandes. Maintien des terres. Abris. — 26. Arrêt des feuilles et des eaux. — 27. Régularité. Dépense. — 28. Etat moins serré. — 29. Attaques des insectes. — 30. Les incendies. — 31. Le lapin.

— 32. Tableau n» 8. — 33. Calcul de la longueur et de la surface à cultiver. — 34. Les bandes brisées ou discontinues. — 35. Avantages de ces bandes. Dépense et régularité. — 36. Tracé facile. — 37. Les eaux pluviales.

— 38. Calculs concernant les bandes brisées. — 39. Tableau n^ 9. — 40. Formation d'un tableau. — 41. Tableau n? 10. — 42. La cidture par places. — 43. Formes des places cultivées. — 44. Calculs concernant les potets. -— 45. Tableau n° 11. — 46. Tableau n» 12. — 47. Pots carrés. Formule à établir. — 48. Tableau n? 13. — 49. Les bandes relevées ou banquettes. — 50. Piochage superficiel du sol. — 51. Avantages des banquettes. — 52. L'assainissement. — - 53. Débordement des cours d'eaa.

— 54. Sources apparentes ou souterraines. — 55. Imperméabilité du soussol — 56. Données numériques d'un réseau d'assainissement. — 57. De l'irrigation. — 58. Epoque de préparation du terrain. — 59. Saison la plus favorable au semis . — 60. Conditions spéciales des semis artificiels. — 61. Conditions spéciales des semis en montagne et dans les régions méridionales. ■— 62. Immersion dans l'eau. -— 63. Conclusion. — 64. Quantité de graines à employer. — 65. Tableau pratique n» 14. — 66, Importance de la question. — 67. Données numériques* — 68. Tableau d'Hartig, n^ 15.

— 69. Compte à tenir du sol et du climat. — 70. Qualité et âge de la graine. -^ 71. Culture en plein partielle. — 72. Formation de tables. Tableau n<' 16. — 73. De l'influence de l'état serré des jeunes peuplements.

— 74. Une citation de Delamarè- Vilmorin. — 75. Le répandage de la graine. Ordre à établir dans cette opération. — 76. Procédés du répandage.

— 77. Surveillance du répandage. — 78. Le recouvrement de la graine. Expériences de Duhamel.— 79. Règles générales à suivre. — 80. Semis suri neige. — 81. Les semis des dunes. — 82. Le repiquement. —83. Semis d'essences mélangées. — 84. Conservation des semis. — 85. Sarclages, binages et regarnis. — 86. Sarclages et binages dans les bois feuillus. — 87. Sarclages et binages dans les bois résineux. — 88. Epoque des sarclages et binages. — 89. Utilité des sarclages et binages. — 90. Regarnis. — 91. Recépage et nettoiements.

1. Procédés dessebos forestiers. — Les semis forestiers comprennent une série d'opérations successives qui peuvent, dans Tordre chronologique, se classer comme U suit :

1» Mode de préparation du sol.

2« Epoque de cette préparation.

3» Epoque du semis.

4* Quantités de graines à employer.

5» Mode de répandage et de recouvrement.

6« Travaux complémentaires.

7» Travaux d'entretien.

L'étude de ces opérations fera l'objet du présent chapitre, le chapitre suivant devant comprendre des détails pratiques sur ces opérations et sur la dépense qu'elles exigent.

2. Modes dr^ers de préparation du sol. — Depuis la suppression complète de culture du sol Jusqu'au labour profond, la préparation du terrain comprend tous les degrés d'ameubllssement.

En voici le classement :

l« Ameublissement nul (semis sur la bruyère, le gazon, la neige). 2« Extraction de la végétation superficielle du sol (mousse, bruyère, graminées).

3» Labour à la charme.

4» Ecobuage et sartage.

140 LES sEuts PORBSTieHS en grnbral

5" Culture à bras d'homme.

Le terrain à semer peut être préparé sur toute son étendue, ou partiellement. De là plusieurs modes de culture, savoir :

l- Culture en plein.

S" Culture par bandes (continues, discontinues

3" Culture par places (potets, fossettes).

Enfln le terrain peut être préparé quelque temps avant le semis, ou bien le semis a lieu en même temps que la préparation du sol.

Ces modes divers correspondent aux situations variées du sol, telles que sa nature, sa pente, son état superficiel. Les essences à semer, le climat, influent également sur le meilleur mode k adopter.

La question de culture à donner au sol étant fondamentale, nous allons en dire quelques mots.

3. La, culture du sol en général. Opinion ancienne. — Longtemps une culture soignée donnée au sol a été considérée comme peu favorable au succès des semis forestiers. 11 n'y a pas 25 ans, M. Parade, auteur du Cours de culture des bois de l'Ecole forestière (4" édition, 1860), écrivait ces lignes : « 11 est d'expérience que les labours profonds et répétés, ainsi que le nettoiement trop soigné du soi, ne sont pas, en général, favorables à !a réussite des semis d'essences forestières. L'analogie qu'on a prétendu exister sous ce rapport entre la culture des bois et la culture des céréales est une erreur.

" Les céréales, en efiet, germent prompte ment, et, aussitôt levées elles ne demandent que quelques semaines pour s'enraciner à une profondeur assez considérable ; puis, continuant à croître rapidement, elles ne tardent pas à devenir assez hautes et assez fourrées pour couvrir entièrement le sol et empêcher son dessèchement. Enfin, ces plantes qui sont annuelles, atteignent leur maturité à l'époque des fortes chaleurs et ne courent plus aucun risque de périr.

< n en est tout autrement de nos essences forestières. La plupart d'entre elles, d'abord, ont des graines qui ne supportent que d'être très peu recouvertes, et néanmoins demeurent quelquefois longtemps en terre avant de germer ; en second lieu, les jeunes plants pendant la première année (et souvent même jusqu'à la deuxième et la troisième) restent petits et délicats de racine et de tige, et ne couvrent point le terrain. Il peutdonc arriver que, par un défoncernant complet et très soigné, la terre très ameublie se dessèobe ù une profondeur plus grande que ceUo à laquelle la semence est placée, et qu'ainsi la germination se trouve entravée ; il peut arriver

encore que la jeune plantule, bien que formée, soit entièrement saisie par la chaleur, et privée ainsi de la fraîcheur indispensable à sa nutrition. Certains sols même (principalement les sols calcaires), lorsqu'ils soot trop ameublis, présentent un danger de plus, celui de donner prise aux gelées de Tarrière-saison et du printemps. Ces gelées, dans ce cas, boursoufûent la terre à sa surface et soulèvent ainsi les jeunes plants naissants ; puis lorsque, vers le milieu du jour, le soleil opère rapidement le dégel, les radicelles se déchaussent, et, privés de leur assiette, les plants tombent et dépérissent. »

4. RÉFUTATION DE CETTE. OPINION. — U ost facile de réfuter cette opinion erronée. Nous emprunterons dan^s ce but les preuves de raisonnement et de faits fournies par M. Matthieu, ancien professeur à l'École forestière.

« Tout le monde reconnaît que le mode d'enracinement des végétaux d'espèces 'diverses est l'une des principiales circonstances qui en règle le tempérament, et principalement l'aptitude de résister à une vive insolation, à des sécheresses prolongées. Avec des racines profondément enfoncées, dans les zones qui conservent de la fraîcheur, l'alimentation reste assurée et la plante peut braver les ardeurs les plus vives et Iqs plus prolongées du soleil. C'est en partie grâce à cette disposition que certaines essences méridionales résistent dès la jeunesse à l'aridité de la saison chaude ; le chêne-liège, entre autres, qui, avant d'avoir élevé sa tigelle au-dessus du sol, a déjà parfois enfoncé son pivot à plus de 35 cent, de profondeur, comme j'ai pu l'observer dans l'Estérel (Var). »

5. Enracinement et tempérament. — « Ce qui est vrai d'essences difTérentes l'est bien plus encore d'individus d'une essence unique suivant l'âge qu'ils présentent. Entre un jeune hêtre, que l'insolation directe tue, et un hêtre plus âgé qui y résiste parfaitement, quelle est la différence ? Chez l'un et chez l'autre la proportionnalité entre les organes d'absorption, la racine, et les organes d'exhalation, les feuilles, est la même ; chez tous les deux les jeunes pousses et les feuilles sont identiques, semblablement constituées, d'âge et d'existences égales. La seule différence est dans l'enracinement; superficiel dans le premier cas, placé dans cette couche de terre qui se dessèche complètement en été ; relativement profond dans le second, pénétrant dans lazone qui se maintient encore fraîche.

« Donc, favoriser l'enracinement profond et rapide des Jeunes

142 LES SEMIS FORESTIERS ES GÉxÉRAL

plants, c'est en fortifier le tempérament; c'est du même coup les mettre mieux en état de lutter contre les dangers du soulèvement et du déchaussement, contre ceux de la dénudation.

« Le moyen d'atteindre ce but est simple : il suffît, pour y arriver, d'ameublir le sol lorsque, par sa consistance, on juge qu'il sera un obstacle au développement rapide des organes souterrains. »

6. La prétendue dessiccation du sol ameubli. — On a paru craindre que, dans les sols secs et chauds enparliculier,rameublissement trop profond n'amenât un excès de sécheresse correspondant. Il n'en est rien cependant; et, à cet égard, la théorie est confirmée par les faits. M. de Gasparin, dans !son Agrologie, recommande « aux cultivateurs de maintenir leur terrain en culture superficielle pendant les chaleurs de l'été pour qu'il ne perde pas de son humidité intérieure ». Par l'ameubUssement, on augmente l'absorption des pluies par lesol;lafraicheur de ce dernier est accrue, l'éva- Çoration est diminuée, la rosée se forme d'une manière plus facile et plus abondante.

De nombreux exemples de cette vérité sont fournis par les. travaux exécutés dans les montagnes du Midi de la France depuis 1860. Partout où les chaleurs sont vives, les sécheressesprolongées, les semis sans préparation suffisante du sol n'ont pas réussi.

Sans doute, en pratique, ce principe général ne peut être pris comme règle absolue. Si le climat est humide, s'il s'agit d'un terrain naturellement frais, peu sujet au tassement, ou d'un sol déjà couvert d'une végétation protectrice, Tameublissement peut devenir inutile, comme dans les terrains montagneux du plateau central. Il existe d'ailleurs des procédés économiques pour abriter les jeunes plants contre la sécheresse, sans recourir à une préparation trop profonde du terrain.

7. Le mode le plus simple. — Le mode de semis le plus simple peut donc consister dans la suppression complète de préparation du sol. Mais pour qu'il soit économique et efûcace, il faut que le sol soit garni de bruyères courtes ou d'autres plantes peu serrées. Un léger gazon, de la mousse, des pierres ne sont pas nuisibles sur un tel terrain, pourvu que la graine puisse atteindre ce dernier. Si des repeuplements nombreux exécutés dans ces conditions ont résisté aux sécheresses les plus prolongées, à des gelées répétées* c'est qu'ils ont trouvé dans les bruyères, dans le gazon, dans la mousse, dans les pierrailles, l'abri qui leur est si utile pour se développer.

Dans ce système, le serais a lieu en plein. La bruyère et les

antres plantes ne tardent pas à disparaître, étouiTées pax le jeune massif naissant.

8. Inconvénients DU système. — Mais cet abri même, indispensable pour assurer les succès du semis, peut être un obstacle à son développement complet. Il y a souvent une perte notable de graines qui, tardant à se trouver dans les conditions favorables à la germination, deviennent la proie des animaux ou se détériorent sous les influences atmosphériques. On obtient tardivement des résultats incomplets, et on est obligé de revenir sui les nombreux vides qui se produisent. Comme on doit d'ailleurs employer dans ce genre de semis une quantité de graine notablement plus grande que celle à adopter dans un terrain qui a subi ime préparation, on doit y renoncer si la semence est d'un prix élevé.

A moins de circonstances spéciales, il arrive donc que [ce semis si simple et si économique donne lieu à une forte dépense.

9. Semis sur bruyères ARRAcmsES ou coupées. — Dans certains cas, le dépouillement du sol fait légèrement de manière à ne pas déraciner complètement les bruyères, mais seulement à les déchausser et à les renverser, suffit pour préparer le terrain à recevoir la graine. On enlève les mousses, gazons, et autres couvertures trop serrées qui ne permettraient pas à la graine d'atteindre le sol. C'est le système de nettoiement dit racines en Pair. Il s'opère en plein sur toute la surface à cultiver, et précède le répandage. Un léger hersage est ensuite nécessaire pour enterrer la graine qui doit être abondamment répandue.

L'extraction delà bruyère est déjà une opération coûteuse puisqu'elle revient à 50-80 fr. par hectare, au moins pour l'arrachage dans des conditions convenables. Si on trouve dans la localité des amateurs qui consentent à l'arracher moyennant délivrance du produit, l'opération devient plus économique ; mais il est alors à craindre que l'extraction soit mal faite et que les brins trop faibles pour donner des produits combustibles soient mal arrachés ou laissés sur place.

Dans certains cas, on sème sur la bruyère, et on procède ensuite à la coupe où à l'extraction de la bruyère. Dans ce système, la graine qui est restée suspendue tombe sur le sol légèrement remué par l'arrachage, mais il faut, pour le succès de l'opération, que la graine soit suffisamment lourde pour tomber à terre et n'être pas emportée i^vec la bruyère.

iO. Inconvénients de cb système. — Le système précédent.

extraction de la végétation superficielle du sol, présente une partie des inconvénients signalés à l'art. 8. On sème une grande quantité de graine pour obtenir le plus souvent un résultat incomplet. L'ameublissement donné au sol par l'extraction ou là coupe de la végétation superficielle peut être suffisant pour favoriser la germination; mais il est généralement trop incomplet pour assurer le développement des racines des .jeunes plants qui végètent dans les premières années. Ajoutons enfin que le terreau de bruyère, qui renferme un acide nuisible aux jeunes résineux, reste intact en terre, et conserve ses principes nuisibles qu'il aurait perdus à la suite d'un ameublissementplus complet du sol.

11. Labour a la charrue, en plein. — Dans le cas où le sol est dénudé, le terrain non accidenté, s'il n'est pas garni de pierres ou de trop fortes racines, l'emploi de la charrue se trouve justifié et peut se faire dans de bonnes conditions culturales.

Il est alors nécessaire de se servir d'instruments très solides et d'attelages robustes, car le défrichement d'un terrain nu exige une force plus considérable que le labour d'un champ ordinaire.

Si le labour a lieu en plein, on donnera deux façons avec la fcharrue, à angles droits, à six mois d'intervalle. Le premier labour, découvrant la surface, exposera à l'air les parties du sol chargées d'acides minéraux ou organiques qui seront neutralisés par suite de cette exposition. Les agents atmosphériques ameubliront la terre, qui se trouvera ainsi mieux disposée pour recevoir la semence et lui assurer une bonne végétation. Il n'est pas nécessaire que le premier labour soit profond, et la charrue doit avoir pour cela une faible entrure.

Le second labour qui complète le travail d ameublissement, à une profondeur de 25 cent, environ, devra être conduit de manière à ne pas retourner les tranches de gazon ou sillons soulevés par la charrue en premier lieu, et par suite à ne pas ramener. à la surface les parties gazonnées déjà rompues.

Ces labours n'exigent pas une grande perfection qui se traduirait toujours par une élévation des frais. Il n'est pas en efiet nécessaire de rendre le sol trop uni à la surface. Les mottes de terre forment autant d'aspérités qui servent d'abris où les graines lèvent mieux, par suite de la fraîcheur qu'elles y rencontrent (voir chap. IX, § 2).

12. Labour par bandes continues, a la charrue. — On pourra économiser notablement la dépense, et en même temps profiter des avantages économiques de la charrue dans les sols en pente légère, en labourant par bandes alternes et horizontales. Dans

co cas, la largeur des bandes cultivéesne devra jamais être inférieure à 1 mètre, qt l'espace inculte pourra varier de 1 à 3 mètres, suivant les essences. Par ce système on évitera le danger du ravinement, si la pente le faisait redouter.

Ce mode de labour présente l'avantage de maintenir dans les intervalles incultes la végétation naturelle dont l'abri est fort utile pour les jeunes plants contre le vent, la gelée, les pluies. On donnera alors deux façons dans le même sens» avec les précautions indiquées plus haut, § 11.

La dépense par hectare dépend de la charrue employée, de la nature du sol, de la profondeur du labour. Elle sera, en tout cas, plus économique que le travail à la main.

Pour les détails de dépense, voir chap. IX, § 6.

13. La charrue forestière. — La charrue ordinaire ne peut être employée dans les sols rocailleux, ou très inclinés, ou garnis d'une végétation à racines enchevêtrées et fortes. On a imaginé, pour ces terrains, une charrue forestière dont la disposition tient à la fois de la herse, de la charrue ordinaire et du butoir. Nous en donnons ciaprès une description sommaire (ilnna/es forestières, 1860, p. 94).

Cet utile instrument tient de la herse par le nombre et le faible écaitement de ses socs; il tient de la charrue ordinaire et du butoir par la forme de ces socs, qui sont arqués en avant, se terminent en coin, pour faciliter l'entrure, soulever et renverser le terraii-.

Le bâtis est armé de cinq socs, deux à l'avant, trois à l'arrière et est porté sur trois roues.

La charrue trace simultanément cinq sillons parallèles, distants de 8-10 cent, environ.

Un mécanisme à deux leviers permet de surmonter les obstacles opposés par les souches, les pierres, les racines. Cet ingénieux système permet : 1° d'abaisser ou de relever les socs, de manière à modifier l'entrure ; 2o d'abaisserou de soulever le bâtis: S» de faire reculer la charrueet de la dégager des obstacles qu'elle aurait rencontrés.

Le laboureur placé aux mancherons produit ces divers effets; suivant qu'il ramène à lui ou qu'il éloigne, à l'aide d'une poignée, un levier cintré qui est le régulateur unique de la charrue.

Deux chevaux suffisent pour la conduire, car l'entrure est faible et varie de 3-7 cent, de profondeur. Ces chevaux doivent être forts, doux et bien dressés ; les mancherons doivent être tenus par un homme jeune, intelligent, attentif, prompt dans ses mouvements et très exercé au maniement du levier cintré, dont il faut se servir aussitôt que les socs rencontrent des racines un peu fortes, des souches ou tout autre obstacle.

Ii6 LES SEMIS FORESTIERS EN GENERAL

Cet appareil peut IJhctionner dans tous les sols, sauf les sols très rocheux ou trop Inclinés pour que les chevaux puissent s y tenir debout. Dans les terrains très tenaces, à base d'argile presque pure,onfait deux labours, le premier avec trois, le second avec cinq socs. La charrue forestière est disposée dans cette prévision. On remplace, au besoin, les deux socs du devant par un seul, en môme temps qu'on supprime celui de larrière et du milieu.

Poiu: les terrains d'une difficulté exceptionnelle, on fait construire une charrue d'un modèle moins grand, à trois socs, avec bâtis et socs plus forts.

Pour la dépense^ voir chapitre IX, § 4.

IL L'ÉconuAGE. — Quand le terrain à repeupler est garni d'une végétation tellement épaisse et serrée que le jeune plant serait étouffé avant de pouvoir se faire jour; quand le sol est recouvert d'un feutre trop serré de mousses et de bruyères qui empêcherait la graine d'arriver jusqu'au sol, on peut procéder à un écobuage, pourvu que le sol puisse s'y prêter et que la pente ne soit pas trop rapide.

L'écobuage est une opération dans laquelle on brûle la végétation superficielle du sol. On le pratique, soit à feu courant, soit à feu couvert.

15. Le sartagb a feu courant. — L'écobuage ou sartage à feu courant consiste dans l'incendie de la végétation superficielle, opération entourée de toutes les précautions nécessaires, pour éviter que l'incendie ne sorte de l'enceinte désignée pour Topéra- ^ion. C'est un écobuage superficiel, très économique, qui se pratique avec succès dans le plateau central, deux ou trois ans avant le semis. On épargne lésinais de main-d'œuvre, et on peut opérer sur des terrains inclinés ou d'une nature assez légère. Le sol, en effet, n'est pas remué, il conserve toute sa compacité; et pour peu qu'on laisse sécouler quelques mois, de l'automne au printemps, par exemple, entre l'écobuage et le semis, les cendres sont en très grande paxtie dispersées par les vents, de telle sorte qu'on est parvenu à se débarrasser des plantes nuisibles à peu de frais. On peut alors procéder à un labour avant d'effectueir le semis.

16. Le sartagb a feu couvert. — L'écobuage ou sartage à feu couvert consiste dans la coupe de la superficie du sol en tranches ou jûaques qu'on fait sécher. On en secoue la terre, puis on en forme de petits fourneaux qu'on allume et qu'on brûle à feu étouffé* On répand ensuite les cendres sur toute la surface écobuée. Sur

un terrain très humide, tapissé d'une végétation très serrée, c'est le procédé recommandé, mais il est peu économique. D'ailleurs, dans ce cas, la plantation est bien préférable au semis.

17. RÉSULTATS DE l'écobuage. — Lcs résultats de l'écobuage sont divers. H détruit les mauvaises herbes et leurs semences, ainsique les repaires et les œufs des animaux nuisibles. Il brûle les acides végétaux qui se trouvent en excès dans le sol et nuisent à la végétation forestière. Enfin il agit comme amendement.

Tous ces résultats sont discutables. Les mauvaises herbes apparaissent en eilet plus nombreuses que jamais sur certains terrains après l'écobuage ; car leurs graines, répandues abondamment dans l'intérieur de la terre, au delà du rayon d'action du feu, n'attendent souvent qu'une occasion favorable pour germer.

Si l'écobuage brûle certains acides nuisibles, il peut détruire aussi certains principes utiles et amaigrir encore le sol.

Gomme amendement, l'effet de l'écobuage est variable comme le sol lui-môme et la natiu'e de la végétation qu'il porte.

18. Action des cendres sur les terrains cultivés. — De Can- ■doUe (Physiologie végétale, tome III, page 1267) estime que les cendres tiennent le milieu entre les amendements et les engrais parce qu'au milieu des matières terreuses qui en constituent la masse se trouvent quelques sels et débris organiques de nature trèsvariét. On peut dire seulement en général que les cendres : « 1» agissent mécaniquement en divisant les sols trop compacts, et, sous ce rapport, plus elles sont siliceuses, plus elles 6nt d'action; 2° elles ont une action hygroscopique, en absorbant l'humidité ; 3^ elles paraissent accélérer la décomposition du terreau ; 4° enfin, peut-être agissentelles à titre d'excitants. »

19. Cas ou l'écobuage est utile. — « Il est donc évident, dit de Candolle, et la pratique confirme cette théorie, que l'écobuage est utile : 1« dans les terrains trop argileux, pour les diviser et les rendre moins hygroscopiques ; 2o dans les terrains très chargés de mauvaises herbes et en même temps très humides ; 8» dans les climats où l'humidité de l'air est très continue ; 4« dans les terrains marécageux, tourbeux ou froids, couverts de mousse, de joncs, do lichens, etc^, pour les exciter par les molécules alcalines des cen* dres, et accélérer leur décomposition. »

20. Inconvénients de l'écobuage. — Il faut bien dire qu'en pratique l'écobuage exige un temps calme et doit être entouré de grandes

précautions, afin d'éviter que par des sautes de vent le feu ne se propage et ne gagne les terrains boisés voisins. Ilfautdonc un concours de bras et de précautions spéciales qui élèvent la dépense, sans parler des régions où des arrêtés préfectoraux interdisent de se livrer à cette opération sans autorisation et sans la surveillance imposée des autorités locales.

Ajoutons que Técobuage détruit tout le couvert , cependant si utile pour la germination, et que la quantité de cendre produite est bien minime pomr produire im effet utile sur le sol, quand elle n'est pas dispersée par les vents.

81. Les cultures agricoles préalables. — Après labour en plein du écobuage en plein, on trouve parfois avantage à livrer le terrain à la culture des céréaJis avant d'y effectuer les semis forestiers. L'Etat concède ainsi, dans les vides de ses forêts, pour deux ou plusieurs années, les terrains à reboiser sous certaines conditions spéciales, notamment celles de donner, après là dernière culture agricole, une préparation déterminée au sol, et de fournir des quan tités désignées de semence.

Parmi les mille combinaisons qu'on peut adopter, nbus citerons la suivante, employée avec succès par un grand propriétaire forestier du Limousin :

« Les parties incultes de nos contrées étaient et sont encore couvertes d'ajoncs, de bruyères et de fougères.

« On défrichait pendant Vhiver, en pénétrant dans le sol le plus profondément possible, avec la charrue défonceuse système Dombas le, attelée de quatre bœufs et servie par deux hommes.

« Après défrichement, on faisait, pendant Vété, un premier hersage ; au mois de septembre j on en faisait un second^ après lequel on répandait, par hectare, six hectolitres de noir animal azoté, de MM. Pichelin frères, avec semence d'avoine ou de seigle, le tout recouvert par un dernier coup de herse.

« La deuxième année, après les travaux préparatoires, nouvelle semence d'avoine ou de seigle, alternant s.Yec la récolte précédente, et fumure de noir animal, mais avec demi-dose seulement. « La troisième année, une plante sarclée, sans fumure aucune. «Enfin, au mois de février de la 4« année, avoine et semis à la fois et fumure de noir animal, mais avec demi-dose seulement. »

Pour ces opérations de labour avec culture agricole, il faut que le vide soit assez étendu (80 ares à 1 hectare et plus).

22. La culture a bras d'homme. — Dans les sols rocailleux à l'excès, à fortes pentes, peu profonds, on peut être amené à préparer le sol à bras d'homme. Les outils qu'on emploie généralement pour travail-

1er la terre varient d'une contrée à l'autre ; houes pleines, houes à deux dents, bêches plates, bêches fourchues, pioches, binettes, etc. (voir chap. VII, §29). On doit adopter dans chaque région Tinstrument le mieux approprié au terrain, à la nature de l'opération, aux habitudes du pays.

Dans les travaux considérables du reboisement des montagnes, on s'est arrêté à un seul et unique outil, dont nous donnons ci-après la description (Demontzey).

« C'est la pioche à pic, à douille ovale, présentant d'un côté un taillant large de 7 centimètres, allant en se rétrécissant vers la douille, mais fortement renforcé, et de l'autre côté un fort pic; chaque extrémité de la pioche est bien aciérée; les deux branches, sensiblement égales, forment un arc de cercle dont la corde a 55 cent, de longueur et la flèche 8 centimètres.

« Cet outil emmanché pèse 4 kilogrammes.

« Armé de cette pioche, un bon terrassier peut suffire à toutes les nécessités de la préparation du sol, voire même de laplantatiom et produit à la fin de sa journée la plus grande somme de travail utile; le poids do^cet outil aide singulièrement, car il supprime les contre-coups qu'un outil plus léger ne manque pas de produire dans les bras de l'ouvrier, dont la plus grande peine se réduit à élever et diriger la pioche, qui, en retombant, opère, par l'effet de son propre poids, un travail considérable sans grands efforts de celui qui la manie (1). »

23. Inconvénients de la culture en plein.— La culture en plein, c'est-à-dire la préparation du terrain à semer, sur toute son étendue, peut présenter des inconvénients. Quand le sol doit recevoir une préparation sérieuse, la dépense est notable, surtout si la culture a lieu à bras d'homme. Il faut une quantité de graines plus considérable que pour une culture partielle. £nûn,il est plus difficile de se rendre compte de la réussite de l'opération, et les regarnis sont plus dispendieux.

Dans les pentes rapides où l'on pourrait craindre l'éboulement des terres, la culture en plein ne doit jamais être pratiquée.

24. Les BAin>ES cultivées. — La méthode de la culture partielle, par bandest est bien préférable. EUe consiste à ouvrir, à la charrue ou à la houe, des sillons parallèle«de largeur constante espacés entre eux par des bandes laissées en friche. Les sillons sdnt dirigés, autant que possible, de Test & Touest; et la terre est re jetée

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