‹ Essai sur les repeuplements artificiels et la restauration des vides & clair�eres des for�etsChapitre 77 sur 150 · D» ORDRE · texte numérisé non relu

D» ORDRE

VAT.KURS

DE

MULTIPLICATEURS DIVERS DB (Q)

L'usage de cette table ou de toute autre plus détaillée se fera de la manière suivante :

Les données numériques de la préparation partielle du terrain étant fournies par Tun des tableaux 8 à 13, supposons que la surface cultivée soit de 4.225 mètres carrés, et que le multiplicateur à adopter soit 1.75. Le coefficient réel sera compris entre 0.700 et 0.787, soit dans le cas particulier 0.74 environ. Si P = 8 (pin sylvestre désailé, tableau n« 14), on a P4 = 5 kilog. 92, soit 6kilog

73. De l'influence de l'état serré des jeunes peuplements. — Les chiffres très variables fournis par les praticiens, pour les quantités de graines à semer à Thectare, résultent des opinions diverses que ceux-ci soutiennent sur Tétat plus ou moins serré à donner aux jeunes peuplements. 11 parait nécessaire de s'expliquer sur ce point important de culture forestière.

Dans im jeune peuplement très serré, il y a lutte entre les jeunes plants ; les plus vigoureux dominent bientôt aux dépens des plus faibles quipérissent étouffés, n en résulte une souffrance, et par suite un temps d'arrêt dans la végétation. Les brins do-

LES SBMIS FOBBSTIBRa EN GÂNEBâB 171

minants eux?mêmes restent grêles de raeines comme de tiges. Cet état les oblige, il est vrai, à croître en hauteur; mais cet élancement des tiges peut devenir funeste aux jeunes plants, quand intervient le premier nettoiement, qui devient une opération très délicate, utile ou dangereuse, suivant la manière dont il est pratiqué. Il semble donc préférable de maintenir les semis à un état serré moyen dès le début. Les tiges sont alors plus robustes, la lutte est moins grande entre elles, leur végétation est plus soutenue ; la tige, la racine, les rameaux, sont dans un état relatif plus satisfaisant. Ajoutons que les dépenses de la graine et de la maind'œuvre sont moins considérables, ce qui n'est pas à dédaigner pour le propriétaire forestier,«qui désire avant tout faire de son argent un placement avantageux.

74. Une orrATiOKDsDBLAHABE- Vilmorin. —Vilmorin s'exprime sur ce sujet, en ce qui concerne les pins, de la manière suivante :

« Duhamel, et la}plupart des écrivains venus après lui ont considéré le principe des semis très épais comme fondamental dans la culture des pins; ils l'ont puisé dans la pratique à peu près générale, et Ton ne peut disconvenir qu'il ne soit fondé sur de bonnes raisons : des arbres destinés à s'élever en futaie doivent être tenus dans un état serré pour prendre de l'accroissement en hauteur. Gomme il faut, de plus, faire la part de bien des accidents possibles, tels que les dégâts des mulots, des oiseaux et des insectes, les hivers rigoureux quant au pin maritime, la sécheresse quant au pin sylvestre, etc., l'on a été amené à répandre les graines dans une proportion très surabondante. Cette précaution, cependant, fait tomber souvent dans un excès nuisible ; s'il faut que les pins soient serrés jusqu'à un certain point pour que leur tige file et s'élance, il n'est pas moins essentiel, si l'on veut qu'ils deviennent un jour des arbres vigoureux et de fortes dimensions, de leur préparer dans leur jeunesse une bonne et forte constitution. Or c'est ce qui n'arrive pas avec des plants excessivement serrés et que l'on ne commence à éclaircir qu'à l'âge de cinq, six ou sept ans. Ils sont alors déjà étiolés, leur grosseur n'est aucunement proportionnée à leur hauteur, leurs racines n'ont pu prendre la force nécessaire, et il doivent probablement s'en ressentir toute leur vie. Il est difficile de n'être pas frappé de cette vérité lorsqu'on observe im semis de cinq ans ou plus, édairci pour la première fois, ou qui attend cette opération; aussi n'est-il pas étonnant que quelques praticiens aient tenté de s'écarter de la règle commune. . .

« Lors donc, continue Vilmorin, que l'on a affaire à des sables doux, favorables à la levée des graines, que d'un autre côté l'on

8*e8t assuré de leur bonne qualité, enfin lorsq[u'on n'a pas à (craindre quelque cause probable de grande destruction du plant, je pense qu'il est avantageux de semer beaucoup moins fort qu'on Va coutume de le faire.

« Ce que je viens de dire me conduit encore à penser que les semis par bandes alternatives doivent avoir, pour Tenforcissement du plant dans sa jeunesse, de l'avantage sur les semis pleins : c'est un des moyens de diminuer le principal inconvénient d'une levée trop épaisse. »

75. Le répandage de la graine. Ordre a établir dans cette OPÉRATION. -— Si peu étendue que soit la surface à semer, il importe de la diviser en plusieurs parties, et de partner ensuite la semence en autant de portions correspondantes. Par cette précaution, les semeurs auront plus de facilité pour répandre sur toutes les parties à semer une quantité égale de graines. Si on néglige cette précaution, il pourra arriver que, dans le commencement de l'opération, on sèmera trop dru ou trop clair, et on ne s'apercevra souvent de cette faute que vers la fin du semis. Dans les deux cas il en résultera un ensemencement inégal.

La division du terrain et des graines est surtout nécessaire dans les semis partiels. Quand il s'agit d'un semis en plein, quelques praticiens conseillent de diviser la semence en deux portions ; la première portion est semée en parcourant le terrain suivant une direction déterminée, la seconde en le parcourant suivant une direction perpendiculaire .

Cette pratique est fondée sur les considérations suivantes. .

Si on n'a pas assez de graines pour terminer le premier semis, on emprunte sur la seconde portion, et on fait le second semis un peu plus clair que le premier. Dans le cas contraire, on fait le second semis plus épais.

On ne risque pas ainsi de laisser sans semences des bandes étroites, comme cela peut arriver quelquefois lorsque l'ensemencement a lieu dans le même sens en une seule fois. Le passage du semeur deux fois sur le même point doit faire supposer que la graine y est répandue la seconde fois, si on a . omis d'y semer en premier lieu; dans le cas le plus défavorable, chaque point reçoit au moins une demi-semence,/ ce qui suffit pour rendre inutile un ensemencement ultérieur.

76. Procédés du répandage. — Pour répandre la graine, on opère généralement à la main.

Quand on sème à la volée, il est bon de mêler les semences lé-

gères avec de la terre, afin de les répartir plus également. Cette précaution est surtout utile quand le semis a lieu sur la bruyère, afin d'obliger la semence à tomber sur le sol.

S'il s'agit de bandes ou de potets, on doit se baisser pour répandre les semences légères, afin qu'elles ne soient point emportées par le vent sur les parties incultes. La graine doit glisser entre le pouce et l'index pour être répartie plus également et en quantité convenable.

Les semoirs mécaniques peu^rent aussi être employés. Nous en parlerons plus loin (chap. IX, § 34), en traitant les procédés pratiques sur la matière. Il y a lieu, suivant les cas, d'employer l'araire, la binette, la pioche, etc. (Chap. IX, §§ 7 et suivants).

77. Surveillance du répandage. — Tous les détails des travaux de repeuplement exigent une surveillance assidue. Mais cette surveillance doit surtout s'exercer lors, du répandage de la graine. Le garde surveillant, s'il néglige de suivre attentivement cette opération, peut craindre de voir la semence détournée par cupidité ou par méchanceté ; ses ordres peuvent être mal ou point du tout exécutés, soit par ignorance, soit par malice ou mauvaise volonté.

Un propriétaire forestier aurait intérêt à imposer à ses gardes une certaine responsabilité relativement aux travaux qui s'exécutent sous leurs ordres, et à récompenser leurs bons services en leur attribuant une part dans les améliorations constatées dans leurs forêts.

78. — Le recouvrement de 'la graine. — Expériences DE Duhamel. — Aussitôt semées, les graines doivent être recouvertes.

Nous avons déjà examiné (chap. VI, § 36) à quelle profondeur les semences des diverses essences doivent être placées en terre pour germer dans les conditions les plus favorables. Quelques renseignements nouveaux sur le même sujet ne seront pas sans doute sans intérêt.

Duhamel du Monceau a fait à cette occcision des expériences intéressantes. Il a constaté : i^ que toutes les semences, même leb plus grosses, placées à plus de 16 centimètres en terre (6 pouces) ne levaient point ; 2» que les grosses semences, placées à 16 centimètres et moins enterre, levaient plus ou moins facilement; 3» que les menues semences, placées à plus de 11 centimètres en terre (4 pouces), ne levaient point; 4» que les semences très fines ne Itvaient qu'à la condition d'être recouvertes d'une couche très mince de terre.

174 LES 8BMI8 FORE9TIERB BN GÉTïÉRAL

En fouillant la terre, Duhamel constata l'état des semences qui n'avaient pas levé. Les grosses semences avaient des racines encore vives ^ et des tiges de 12-15 centimètres qui s'étaient desséchées avant d'avoir pu atteindre la surface de la terre. Les menues semences n'avaient point germé.

Il résulte de ces expériences qu'on peut mettre les grosses semences à une plus grande profondeur que les menues. Mais la profondeur la plus favorable dépend de la grosseur du fruit, de la quantité d'humidité nécessaire à la germination, de la dureté de l'enveloppe, de la fertilité et de la nature du terrain, delà température variable de l'air.

79. RÈGLES GÉNÉRALES A SUIVRE. — L'expérieuce et l'observation fournissent les règles générales suivantes.

1® Les semences légères, d'un minime volume, produisant un plant très tenu à l'origine, ont besoin d'une très faible couverture, surtout si elles ont un abri. Il sufût alors de trdner un fagot d'épines sur le sol pour favoriser l'entrée des graines en terre, si le sol] est nu. Si le sol présente une végétation d'abri, aucun recouvrement n'est nécessaire.

2®. — Les grosses semences, ayant besoin d'humidité pour briser leur enveloppe et germer, ont besoin d'une certaine couverture, 3 à 4 cent.

3°. — Dans les terres compactes, les semences doivent être placées plus près de la surface que dans les terres légères.

4®.— Il faut empêcher la formation d'une croûte sèche et dure à la surface du sol.

Le recouvrement des grosses semences se fait au moyen de la herse et du râteau.

Dans les sols légers et meubles, il est bon de tripler la terre, c'est-à-dire de la tasser de manière à unir la graine aux parcelles terreuses qui l'entourent immédiatement. Cette opération se fait au moyen du rouleau dans les semis en plein, avec les pieds ou par damage dans les semis partiels.

80. Les semis sur la neige. —A l'occasion durépahdage des graines, nous signalerons un procédé dit semis à la neige. Il consiste dans le répandage, à la volée, des graines sur la neige; celle-ci, en fondant, dépose les semences sur le sol et les fait même pénétrer légèrement en terre.

Ce procédé a été expérimenté, il y a trente-cinq ans pour la première fois, dans les Basses-Alpes, sur un sol calcaire, depuis long-

LES BEBfIS F0RBSTIBR3 EN GÉNÉRAL 175

temps sans culture^ gazonné et à Texposition du nord. Q a parfaitement réussi.

L'expérience j renouvelée en i862,â donné dé bons résultats pour le mélèze, sur des terrains gazonnés, au nord. Le sapin a ma,nqué, ce q\d n'est guère étonnant, cette essence délicate ayant besoin d'abri.

Le semis doit se faire sur une neige ramollie, par un temps calme, afin d'éviter les coulées occasionnées par les vents du midi et les pluies chaudes.

De tels semis sont très économiques, mais d'un succès douteux. Les expériences faites à ce sujet, depuis 1862, ont donné des résultats incomplets. L'économie n'est dès lors qu'apparente.

Les semis sur la neige donnent, il est vrai, à la graine l'humidité et la chaleur nécessaires pour la germination; mais ils n'assurent pas un abri au jeune plant dans la plupart des cas.

Il n'y a donc pas lieu de ranger ce procédé dans la catégorie des méthodes régulières de repeuplement.

1 . Les semis des dunes. —- Nous dirons quelques mots du procédé suivi dans les dunes de sable pour semer les résineux. Aucune préparation du sol n'a lieu, en raison de la mobilité du sable. La graine est semée à la volée, et on ne se préoccupe que du maintien d'une couverture suffisante pour l'empêcher d'être entraînée par les vents, si violents sur les bords de la mer.

A cet effet, on prend des fagots réeineux du poids de 8-10 kilog., et on les répand sur le terrain semé, à raison de 1.500-1.800 par hectare. Dans les dunes semées en résineux,on se procure à bon compte ces fagots provenant des éclaircies, et qui n'ont aucune valeur marchande.

Un procédé plus perfectionné consiste dans l'enlèvement des liens des fagots dont les branchages sont posés à plat, en éventail. Le sable destiné à maintenir ces branchages est lancé par pelletées, en prenant soin do le répartir le plus également possible et d'éviter les accumulations.

Dans un terrain moins mobile que le sable des dunes, mais cependant léger et très meuble, on pourra recouvrir les graines avec des genêts, bruyères et autres menus branchages, suivant les ressources de la localité.

82. Le REPIQUE3IENT.— Lo procédé de repiquement consiste dans le répandage de la graine, au fur et à mesure de l'ouverture de trous faits à la houe ou an plantoir. On recouvre ensuite la semence avec le même instrument, ou bien simplement avec le

pied, si le sol est meuble. La motte de terre qui remplissait le tron est émiettée et divisée et sert de couverture à la graine.

Ce procédé est surtout usité pour les semences lourdes (glands, faînes, châtaignes). Il permet d'économiser beaucoup la graine, et la met mieux à Tabri des ravages du gros gibier. Dans les lieux clairières, parmi les jeunes semis incomplets, dans les sols gazonnés, lorsqu'il s'agit d'établir un mélange d'essences diverses, le repiquement est d'un emploi avantageux et économique.

Le repiquement peut s'appliquer aussi aux semences légères. Le maniement des petites graines est toutefois moins aisé, et la main-d'œuvre se trouve par suite augmentée.

Pour les détails pratiques du repiquement, voir plus loin (chap. IX, §S 20 et suivants).

83. Semis d'essences mélangées. — Nous avons déjà traité la question des essences mélangées (chap. III, §§ 8 à il).

Lorsqu'on veut procéder à un semis de cette nature, on doit opérer d'après les règles propres à chaque semence et mettre d'à bord en terre celle qui a besoin d'une plus forte couverture ; celle qui nécessite le recouvrement le plus superficiel est répandue en dernier lieu. -

Quant aux quantités de semence à employer, elles sont déterminées par les proportions à obtenir dans le mélange. S'il s'agit d'obtenir un semis formé par parties égales de chêne, hêtre, bouleau, on emploiera par hectare le tiers des quantités indiquées aux tableaux 14 ou 15, soit 3 k.3 pour le chêne, 2 k. 6 pour le hêtre, 12 k. 66 pour le bouleau, pour un semis en plein.

En pratique, on peut modifier cette règle théorique et réduire la quantité de l'essence la plus chère ou la plus rare. Un bois composé de différentes essences ne les conserve pas en efîet toutes dans les mêmes proportions aux divers âges du peuplement. Ed faisant porter les nettoiements et les éclaircies sur telle essence plutôt que sur telle autre, on augmente la proportion primitive de cette dernière dans le peuplement. C'est ainsi qu'un bois composé de chêne (1/4) et de charme (3/4) à l'origine, peut-être transformé en forêt de chêne pur à l'âge de cinquante à soixante ans.

Dans les semis résineux mélangés, il y a intérêt à employer le pin maritime comme essence auxiliaire destinée à disparaître dans les éclaircies, en raison du bas prix de sa semence.

84. Conservation des semis. — Il importe de garantir les semis contrôles accidents auxquels ils sont exposés de la part des hommes, des animaux et des intempéries des saisons.

A regard des hommes, c'est par une bonne surveillance et une sévère application des lois sur les délits qu'on doit chercher à prévenir ou à réprimer les dégâts qu'ils peuvent commettre. 11 est regrettable d'être obligé do dire à ce sujet que la législation actuelle est bien incomplète, et qu'en dehors des forêts soumises au régime forestier et protégées par le code forestier de 1827, la propriété boisée est 'mal défendue. Des réformes pénales sont bien désirables à cet égard.

Les animaux domestiques, chèvres, moutons, vaches, ... font le plus grand tort aux semis. Il convient donc de leur interdire sévèrement l'accès des vides repeuplés et d'exercer à cet égard une surveillance active.

Quant aux animaux sauvages, cerfs, biches, sangliers, lièvres, lapins, ils sont aussi fort à redouter. Quand on ne peut pas les détruire ou en réduire le nombre, il faut se résigner à enclore les vides repeuplés ou à les faire garder. Les incursions du gibier sont souvent un obstacle au repeuplement des vides des forêts ; aussi les bons forestiers sont-ils les ennemis du gibier nuisible à la bonne culture de leurs, bois, et doivent-ils en poursuivre la destruction ou la diminution par tous les moyens en leur pouvoir.

Pour protéger les graines non encore levées contre les attaques des oiseaux de passage, on cherche à les écarter par des épouvantailsou par quelques coups de fusil, Jusqu'à ce que les graines aient germé.

Les intempéries des saisons peuvent gêner le développement des jeunes semis. On y remédie au moyen d'abris, de couvertures...

Les abris jouent un rôle capital dans les semis, et c'est dans le but de leur en procurer d'une manière économique qu'on a recours aux divers procédés dont il a été déjà parlé (§§ 7, 25).

Il serait, à ce point de vue, imprudent d'épierrerle sol. Lespierres de moyenne grosseur favorisent la réussite des semis au lieu dé l'entraver. Elles donnent un abri aux jeunes plants, et raffermissent les sols trop légers, en y maintenant la fraîcheur.

Le mélange des essences permet de faire croître lefi plus délicates à l'abri des plus rustiques, et protège ainsi les premières contre le« accidents météoriques.

Dans certains cas, quand on le peut, on doit couvrir les semis avec des branchages, des herbes, de la paille, pour les protéger contre les gelées et les sécheresses.

C'est dans le môme but que sou vent on répand sur le sol cultivé des graines fourragères. On obtient ainsi une végétation herbacée qui protège les semis contre le soulèvement de la terre et contre

la persistance et Texcès de la sécheresse dans la saison chaude. Tels sont les soins et travaux d'entretien à ne pas négliger pour assurer la conservation des jeunes semis forestiers.

85. SARcaiiAOES, BINAGES ET REGARNIS. — Indépendamment de ces soins et de ces travaux, les jeunes semis en exigent d'autres dont nous devons nous occuper. Le succès d'un repeuplement artificiel ne peut être considéré comme certain qu'au hout de cinq à six ans. Jusqu'à cette époque, le sylviculteur ne doit point abandonner son œuvre, sous peine d'en compromettre les travaux et les dépenses. Il doit écarter les dangers qui menacent le jeune massif naissant par des sarclages et binages, et réparer les dommages constatés par des regarnis ou remplacements.

Au chap.VI (§§ 50 et 51) nous avons défini ces deux premières opérations. Sarcler, c'est enlever les mauvaises herbes qui poussent parmi les jeunes plants; cet enlèvement se fait au couteau, au sarcloir, ou à la main. Biner, c'est donner une façon nouvelle à la terre, de manière à l'ameublir et à la rendre ainsi plus fraîche ; cette façon se donne à la houe légère ou avec un crochet. Regarnir, c'est compléter le repeuplement dans les parties où le semis n'a pas réussi ; cer remplacement se fait par voie de semis ou de plantation.

89. Sarclages et binages dans les bois feuillus. — Dans les bois feuillus semés en plein et qui ont bien levé, ces opérations sont rarement nécessaires, surtout si le sol a reçu une forte préparation précédée d'une culture en céréales. On agit dans ce cas suivant les circonstances.

S'il s'agit d'un semis partiel, les plantes nuisibles sont plus à redouter, car les parties demeurées incultes favorisent leur reproduction sur les parties cultivées. Des sarclages pendant les deux premières années, suivis de binages, sont nécessaires. Il est môme utile d'étendre ces opérations aux parties incultes, pourvu que la pente du terrain le permette, et que les essences du semis ne réclament pas un abri» dans les premières années, comme le hêtre. On supprime ainsi un foyer d'humidité qui peut devenir funeste pour les jeunes plants, lors des premières gelées d'automne, quand le sol est frais et dans un bas-fond.

87. Sarclages et binages dans les bois résineux. — Les sols qui sont semés en résineux sont généralement légers et en terrain accidenté. L'envahissement des herbes y est moins à craindre que dans les terres fortes ; mais, par contre, on doit redouter la pré-

sencede certains arbustes, bruyères, ronces» myrtilles. U convient alors de procéder à des sarclages, mais l'extrême ténuité des jeunes plants oblige à les faire au couteau ou à la main.

Quant aux binages, ils ne doivent être faits que dans des cas exceptionnels. S'O s'agit surtout de terrains en forte pente, on doit éviter de donner une culture aux bandes incultes comme aux bandes cultivées ; on se bornera dans ce cas à arracher ou couper la végétation parasite qui nuit au semis en s'abattant sur les parties cultivées.

^8. Epoque des sarclages bt binages. — L'époque la plus favo rable aux sarclages et binages est celle où les plantes nuisibles pous* sent avec le plus de vigueur, pendant les mois de mai et juin. On doit suspendre ces opérations pendant les fortes chaleurs. S'IL est nécessaire de les renouveler à bref délai, on choisit le mois de septembre.

89. Utilité DES SAKCLAOES ET BINAGES. — Les travaux de sarclages et binages des semis sont souvent négligés , en raison du surcroii de dépense qu'ils occasloDuent^ et de l'active surveillance qu'ils exigent. De tels travaux sont cependant fort utiles, car ils assurent souvent la réussite de beaucoup de sujets qui étaient condamnés à périr ; ils augmentent notablement la croissance dans les premières années, donnent aux divers organes leur développement normal, assurent enfin l'avenir d'un peuplement vigoureux et prospère qui dédommage plus tard le propriétaire des dépenses et des soins qu'il lui a prodigués à sa naissance.

90. Regarnis. — On ne peut juger du degré de réussite d'un semis que trois ou cinq ans après l'opération. C'est alors qu'on doit procéder au regarnissage des places où le semis a manqué . Mais on ne doit pas trop tarder à le faire, autrement le jeune massif voisin s'élèverait rapidement au point d'interdire tout nouveau semis. Ces petites places vagues, de quelques mètres carrés, resteraient sans produit jusqu'au moment de l'exploitation.

On doit conseiller aux propriétaires forestiers de suivre attentivement les jeunes semis qu'ils ont faits, et de les compléter avant d'attaquer le repeuplement des autres vides de leurs forêts. Ces vides, quand ils dépassent vingt ares, par exemple, peuvent être repeuplés en tout temps; mais les petites places vagues, dont le nombre représente souvent de notables étendues, ne peuvent plus se repeupler dès que les bois environnants ont pris une certaine élévation qui donnerait aux jeunes semis un ombrage nuisible et

180 LES 8BM1S FORSSTIERS EN GÉNÉRAL

les étoufferait . Ces terrains ne représentent plus dès lors qu'un capital mort qui reste quelquefois cent ans et plus sans donner de produits.

91. Rbcépages et nettoiements. — Lorsque les jeunes semis sont languissants, on peut leur rendre ime certaine vigueur, s'ils sont feuillus, en procédant au recépage. Cette opération se fait au mois de février ou demars.Lesjeunes plants poussent alorsau printemps trois ou quatre jets vigoureux qui remplacent la tige coupée, n faut bien prendre garde d'ébranler les racines, et pour celail est nécessaire d'appuyer le pied contre le collet de la racine, de tirer à soi avec la main gauche la cime de la tige, et de couper cette tige avec une serpette bien tranchante, tenue de la main droite, le plus près de terre possible et en sifflet.

Le recépage est aussi indispensable dans le« jeunes semis abrou^ tis par le bétail, ou parcourus par un incendie. S'il porte sur tous les plants sans exception, il a lieu à blanc-étoc;s'il porte sur quelques plants seulement, il constitua le recépage ordinaire.

Quand le recépage a pour but la suppression des brins surabondants, il devient un nettoiement. Il constitue alors tme opération d'exploitation dont l'examen sort des limites de ce travail, lequel n'a pour objet que la formation des Jeunes massifs forestiers.

Page 1