XVIII INTRODUCTION
Les produits de la coupe réalisés net en 1879 sont les suivants :
1° 250 stères à 7 Vun 1.750 fr. (
2° 2.500 bourrésà 6 fr. le cent 150 t ^'^^ ^•
3*» Si on ajoute la valeur du fonds 400 tr.
On obtient le produit total . . . 2.300 fr.
Or un capital de 300 francs, placé à intérêts composés pendant trente-cinq ans, et donnant 2.300 francs, fonctionne au taux de 6 p. 100.
11 faut bien noter que nous laissons de côtelés produits des nettoiements et des éclaircies avant Tépoque de la coupe principale. Ces produits, souvent importants, ont sufii, et même bien au delà, pour payer les frais de garde et d'entretien du repeuplement pendant la période indiquée.
35. En Champagne. — Allez en Champagne. Consultez les grands comme les petits propriétaires de cette région parsemée de terrains arides et improductifs. Çà et là la monotonie du paysage est tranchée brusquement par des bandes de verdure. Ce sont les repeuplements résineux, en pin sylvestre, pin larîcio, pin d'Autriche, mélèze, effectués depuis cinquante ans, sur de vastes espaces, et qui aujourdTiui sont en plein rapport. Là un propriétaire qui avait acheté l'hectare aride et nu au prix de 4 francs, il y a trente-cinq ans, et qui a dépensé 50 francs seulement pour le reboîsement,vientde retirer 1.800 francs de sa coupe ; le terrain repeuplé naturellement vaut maintenant de 400 à 600 francs l'hectare. — Ailleurs, c'est un petit cultivateur qui a abandonné la culture agricole sur un terrain avare, d'une valeur de 100 francs seulement (l'hectare), et qui, par des travaux importants de plantation s'élevant à 180 francs, à décuplé en trente-cinq ans la valeur du capital engagé, et réalisé ainsi un placement dépassant 10 p. 100. — Il n'y a pas souvent d'exploitation industrielle plus sûre, plus solide, plus féconde, plus fructueuse que la mise en valeur des terrains pauvres par le reboisement.
36. Le progrès sylvicolb. — La démonstration est faite. Nous renvoyons pour de nouveaux détails au chapitre xn de
INTRODUCTION XtL
cet Essai. Aux incrédules^ nous conseillons d'ouvrir une enquête, de consulter les reboîseurs et propriétaires forestiers qui ont créé ces valeurs nouvelles, et accru à la fois leur fortune privée et la richesse publique. Ils apprendront alors que le placement forestier, loin de fonctionner au taux de 1/2 p.lOO, peut atteindre les plus hauts taux des industries solides et durables, 5, 6,et 10 p. 100.
Ainsi appliquée, la sylviculture joue un rôle important dans le progrès moderne, si on doit entendre par ces mots Taccroissement continu des capitaux matériels et moraux d'un pays.
« Une génération laisse-t-elle, en effet, plus de capitaux accumulés qu'elle n'en a reçu, ellea ftiit avancer l'humanité et contribuée notre émancipation; en a-t-elle consommé plus qu'elle n'en a produit, son bilan se solde par un déficit, elle a spolié d'autant la génération suivante et retardé sa marche dans le progrès. Si nos descendants ne devaient pas trouver des forêts plus productives, mieux cultivées, mieux distribuées sur la surface du pays que nous ne les avons trouvées nousmême3,nousmanquerionsà nos devoirs envers eux. »( Clavé.)
37.Les mécomptes du reboisement. — Les principes et les résultats qui viennent d'être exposés présenteraient un caractère d'évidence incontestablOj s'il était bien établi que les repeuplements artificiels sont d'une exécution facile, d'un prix modéré, d'un succès certain. Beaucoup de propriétaires forestiers ont éprouvé à ce sujet de graves et sérieux mécomptes ; de grandes dépenses ont été engagées, des repeuplements ont été exécutés sur de vastes étendues, des chantierslimportants ont été constitués. Les auteurs de ces entreprises ont perdu à la fois leur temps, leur peine, et leur argent.
38. Difficultés de l'opération. — Si de grands efforts et des sonmes fmportantes se trouvent dépensés en vain, il faut en attribuer la cause aux difficultés que présente le plus souvent le reboisement d'un terrain nu. « Il n'est pas en effet aussi facile qu'on le croit communément de rendre à la culture des bois des terrains qui, pendant des siècles peut-être, sont restés exposés à l'action desséchante du soleil et des vents,