‹ Essai sur les revendications colonialesChapitre 2 sur 74 · INTERNATIONAL · texte numérisé non relu

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L'intérêt du règlement colonial défini lors des traités de paix n’est pas seulement d’avoir fixé le sort de territoires appartenant à l’une des puissances vaincues. D'une manière plus générale, les caractères de ces règlements constituent un témoignage de l’attitude adoptée par les négociateurs de Versailles à l’égard de la notion même d’ « Empire ».

Il est certes exact, comme on l’a dit (1), que là création du régime des mandats a été l’effet d’un compromis entre une tendance à l'annexion des anciennes colonies allemandes d’une part, une tendance favorable à l'établissement pour ces colonies d’un régime juridique international, d’autre part. C’est ce que l’on a exprimé souvent au moyen d’une formule, semble-t-il, très profondément discutable, d’après laquelle létablissement du régime des mandats était un compromis entre une tendance dite impérialiste et une tendance dite « idéaliste », anti-impérialiste (2).

Le conflit d’où est né le régime des mandats ne nous

(1) W. Rappard, Déclaration à la Commission Permanente des Mandats, P. V., 1° session, p. 4.

(2) En l’absence de toute expression exacte en langue française pour désigner le phénomène de l'expansion d'influence d’un Etat hors de ses frontières, nous nous sommes servis déjà, dans l’introduction à cette étude, du mot «impérialisme». ici, c’est bien entendu, avec une acception nettement polémique qu’il est fait usage de cette même expression.

paraît pas pouvoir être défini par cette description sommaire.

Trois courants d'opinion, en effet, peuvent être distingués, semble-t-il, parmi les tendances politiques et sociales exprimées dans les années 1919-1920, à propos de la notion d’Empire.

En premier lieu, la guerre de 1914, ou plus précisément peut-être le développement de cette guerre, a donné au fait impérial une possibilité d’affirmation et aussi une vigueur dont il n’avait guère disposé jusqu’alors, même à l’heure où — précisément peut-être pour appuyer par une construction nouvelle une politique discutée, sinon même menacée — les doctrines de l'Empire, en Grande-Bretagne, par exemple, avaient été accueillies avec le plus de faveur.

C’est en effet un des caractères essentiels — aujourd’hui très largement étudié et reconnu — de la guerre mondiale d’avoir été une guerre non pas seulement de nations, mais d'Empires, d’avoir mis en jeu et avoir vu risquer de part et d’autre l’influence économique, politique ou morale dont pouvaient jouir les puissances belligérantes hors de leurs frontières, au-delà des mers, en Afrique et en Asie même ; les conséquences de ces caractères, on le sait, sont loin d’être aujourd’hui épuisées.

L'importance du rôle joué par ces facteurs extraeuropéens a finalement modifié après la guerre, on ne l’ignore pas, la répartition des influences à l’intérieur même de l’Empire britannique. Aussi le souci de la sécurité des Empires dominait-elle à la Conférence de la Paix, l’attitude des Dominions, à un moindre degré de la Grande-Bretagne, à un moindre degré encore de la France.

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