CHAPITRE PREMIER
La revendication coloniale allemande n’est pas nouvelle : on peut dire qu’elle date des traités de paix euxmêmes. Mais elle avait longtemps gardé un caractère
(1) En raison même de l'intérêt qui s’attache aujourd’hui en Allemagne à la revendication coloniale, il est difficile de présenter à propos de cette exigence nouvelle, une bibliographie qui puisse avoir la prétention d’être complète. On se bornera à signaler ici les études les plus utiles qui soient parvenues à notre connaissance à la date du 1° février 1938 : a) La revue coloniale allemande Afrika Rundschau a commencé, dans son numéro d’octobre dernier (p. 189), sous le titre Schriftum über Afrika une Koloniale Fragen, à établir une bibliographie des travaux récents concernant les problèmes coloniaux ; mais bien d’autres problèmes que ceux des «revendications coloniales > y sont passés en revue et sur ces problèmes mêmes les indications doivent être considérées comme fragmentaires. b) Il a été publié en Allemagne un recueil de documents assez soigneusement préparé sous la direction du Dr. Jacob (avec une préface du Dr. Schnee), le Kolonialpolitisches Quellenheft, Bamberg, 1935, 198 pages. Ce recueil contient des extraits des principaux documents — textes, déclarations, etc. — relatifs aux anciennes colonies allemandes depuis la conclusion des traités de paix ; il comporte en outre d’assez abondantes indications statistiques sur la vie économique de ces territoires. Ce recueil où les documents sont présentés sans commentaires, n’est pas, bien entendu, complet. La revue allemande Der Vôlkerbund, publiée à Genève, a rassemblé dans un volumineux numéro spécial de 140 pages in-quarto illustré, sous le titre « Colonies et Matières Premières >», une assez abondante documentation sur l’origine et les caractères des prétentions allemandes. c) Quant aux ouvrages et articles eux-mêmes, dont on trouvera une liste plus détaillée dans la bibliographie générale de notre travail, on peut les diviser en trois groupes ; les premiers, qui nous intéressent seuls ici, exposent les opinions des divers milieux allemands favorables à la revendication coloniale. Parmi ces ouvrages ou articles, on consultera particulièrement, pour l’étude des thèses des milieux de la Reichsbank et plus
secondaire ; ce n’est qu’à une époque récente qu’elle a pu acquérir son actuelle vigueur. ..
Avant d'exposer les divers arguments présentés par
généralement pour l’étude des aspects économiques de la revendication, l’article du Dr. Schacht, publié par Foreign Affairs, en janvier 1937, Germany’s Colonial Demands, et la brochure de M. H. W. Bauer : Kolonien oder nicht? Die Einstellung von Partei une Staat zum Kolonialen Gedanken, avec une préface du Dr. Schacht, Leipzig, 1936, 51 pages ; et divers articles du Deutsche Volkswirt, Die wehrwirtschafliche Bedeutung von Kolonien, par H. Helmer (25 septembre 1936), aéjà cité dans notre introduction, et Rohstofflage une Kolonialproblem, par A. Hufner (9 octobre 1936) ; les indications données par ces articles pourront être complétées par les documents statistiques publiés par le Dr. Weigelt, de la Deutsche Bank une Diskonto- Gesellschaft, dans le Berliner Tageblatt du 15 mai 1936 et par le Wirtschaftsdienst du 16 octobre 1936, sous le titre « Rohstoffbeschaftung mit oder ohne Kolonien », article de M. Braun. Pour les thèses de l’entourage de M. von Ribbentrop et d’une manière générale pour l’étude des aspects politiques, sociologiques et juridiques du problème de revendications coloniales, on consultera les Beiträge zur deutschen Kolonialfrage, recueil d’études publié par le Deutsches Institut für Aussenpolitische Forschung de Berlin (ancien Institut für Auswärtige Politik de Hambourg) — avec une introduction du Professeur Dr. Berber, directeur de l’Institut — préparé sous la direction du Professeur Westermann (important) ; les études publiées sous le titre Deutschlands Recht auf Kolonien par le Consul Général Karlowa (conseiller de M. von Ribbentrop pour les affaires coloniales), le Professeur V. Freytag-Lorynghoven et M. von Tabouillot, dans le numéro spécial de l’organe du Nationalsozialistische Rechtswahrerbund für deutsches Recht, 10 décembre 1937 (organisme soumis à l’autorité du ministre Frank), les articles du Consul Général Karlowa dans la revue Vôlkerbund und Vôlkerrecht, juin 1937, p. 151, sous le titre : Zur Kolonialfrage, et dans l’Esprit International (en français), sous le titre : L’Allemagne et la question coloniale, juillet 1936 : Particle anonyme de la revue Volkerbund und Vôlkerrecht intitulé « Die Kolonialdebatte >» (1935-36, p. 713) : et enfin les importants articles du Général von Epp, dans lEuropäische Revue (septembre 1936) et le Journal of the Royal African Society (janvier 1937). — On peut ranger en une seconde catégorie les ouvrages scientifiques, consacrés à divers problèmes coloniaux qui n’abordent qu’indirectement les revendications proprement dites : d'importants ouvrages de Westermann, de W. Arning, de Schober, de W. Pahl, de Troll, etc. seraient à signaler ici : on en trouvera une liste dans la bibliographie générale de notre étude. — On peut enfin ranger en une dernière catégorie les ouvrages déjà innombrables, de propagande, intérieure et extérieure (par exemple le livre ancien déjà de Senta Dinglreiter. Wann kommen die Deutschen endlich Wieder ?, Leipzig, 1935, 216 pages ; les brochures de J. Appel, Deutsche Kolonien, die Forderung des Dritten Reïches, Berlin, Propagande-Verlag Hochmuth, 1937, 392 pages, et surtout du Dr. Schnee, Deutschlands Koloniale Forderung,
l'Allemagne à l’appui de sa demande, il paraît utile, conformément à la méthode que nous avons proposée, d'examiner les raisons qui donnent à ces arguments souvent traditionnels, une force dont ils ne disposaient pas jusqu’alors.
D'une manière générale, il semble que l’on doive rattacher les revendications actuelles du Reich non tant aux efforts du passé — à ces efforts de propagande entrepris dès le lendemain de la guerre au nom de principes souvent maintenant combattus — qu’à l’ensemble des tâches actuellement accomplies par l'Allemagne, avec le dessein de transformer la structure économique de la nation et les conditions de sa puissance politique.
L'Allemagne, au moment où elle réclame ses anciennes colonies, demande une amélioration des conditions de son approvisionnement en matières premières. Elle affirme la liaison de l’une et l’autre revendication. Cette tentative de lier le problème économique et le problème colonial, coïncidant avec le développement patient et tenace de la politique de la « Gleichberechtigung», a pour effet d'insérer la revendication dans des cadres
Berlin, 1937, 51 pages et de Kurt Johannsen et H. Kraft, Das Kolonialproblem Deutschlands, Hambourg, 1936, 84 pages, traduit en anglais. sous le titre « Germany’s Colonial problem », Londres, Butterworth, 1937, 96 pages. — En langue française, il faut signaler les substantielles études de M. Lahaque, « L’Allemagne devant la question coloniale» (Revue politique et parlementaire, novembre 1933) ; « L’Enseignement colonial supérieur en Allemagne » (Afrique Française, avril 1936) ; «Le Troisième Reich et la politique indigène en Afrique » (Revue politique et parlementaire, juin 1936) et «Le Crépuscule du Reichskolonialbund (Revue politique et parlementaire, décembre 1936). On trouvera dans notre bibliographie l’indication d’articles parus dans la Revue Hebdomadaire, le Mois, Frontières, etc. Cf. aussi les passages consacrés à l’étude de la revendication allemande par M. O. Louwers, Le problème colonial du point de vue international, Bruxelles, 1936. Pour les ouvrages et articles en langue italienne et anglaise, on voudra bien se reporter à notre bibliographie à la fin du volume.
plus vastes, de donner à la prétention coloniale allemande une portée, une fin auxquelles jusqu'à présent rien ne lui avait permis de prétendre.
L'intérêt de la revendication coloniale actuelle de l'Allemagne paraît résider moins dans la thèse ellemême que dans cette portée qu’on y attache, dans la fonction qu’elle remplit.
C’est à déterminer cette portée, à préciser cette fonction que l’on s’appliquera ici en examinant successivement la formation et les caractères de la thèse nouvelle.