‹ Essai sur les revendications colonialesChapitre 26 sur 74 · LA VIGUEUR DES REVENDICATIONS · texte numérisé non relu

LA VIGUEUR DES REVENDICATIONS

Depuis le début de 1936 la reveñdication allemande a été affirmée dans de très nombreux discours.

Discours de personnalités politiques, comme celui de M. Goebbels le 17 janvier et le 30 octobre 1936, de M. Herrmann Goering le 28 octobre, de M. Von Ribbentrop le 1* mars 1937, du chancelier Hitler le 22 septembre 1936 à Nüremberg, le 30 janvier 1937 à Berlin, le 3 octobre 1937 à Buckeberg lors de la fête de la Moisson.

Déclarations des principales autorités économiques du Reich : discours du Dr. Schacht, le 9 décembre, à Francfort ; article du même Dr. Schacht dans le numéro de janvier de Foreign Affairs; discours de M. Schwerin von Krosigk, ministre des Finances, de M. Trendelenburg, alors président du «Reichsgruppeindustrie », le 31 août 1936 et lors de la réunion à Berlin de la Chambre de Commerce International.

Par ailleurs, la politique coloniale a fait l’objet récemment d’une propagande accrue. En octobre dernier, une nouvelle campagne a été entreprise. Le général Von Epp prononça le 29 octobre 1937 un grand discours à Munich. Depuis lors, les manifestations se sont multipliées. Le général Von Epp, le 6 décembre, au Palais des Sports, défendit à nouveau la thèse désormais classique de la liaison à établir entre le problème économique et le problème colonial.

L'organisation de la propagande. — Elle a été plusieurs fois réformée depuis l’arrivée au pouvoir du Troisième Reich. Au mois de janvier 1936, l’ancienne Ligue coloniale dont le président était le Dr. Schnee a été dissoute. Un organisme nouveau a été fondé. Le

Dr. Schnee et ses collaborateurs ont été écartés de la direction même de cet organisme, dont le chef désigné fut M. Von Epp, ancien officier de l’armée coloniale, membre du parti national-socialiste, ancien chef du Bureau Colonial du parti à Munich.

Mais, et c’est là un point essentiel à noter, la Ligue a fait l’objet d’une nouvelle réforme au mois d’octobre 1936 ; la transformation n’a été achevée que quelques mois plus tard.

La Ligue Coloniale allemande avait été fondée en 1933 avec le dessein de grouper un assez grand nombre d'organisations, chargées les unes et les autres d’une besogne de propagande, parmi lesquelles on peut citer: la Société Coloniale allemande (Deuische Kolonialgesellschaft), fondée en 1882 ; la Ligue des Anciens Combattants allemands coloniaux (Deutscher Kolonialkriegerbrund), fondée en 1922 ; la Croix-Rouge allemande et l’Association Féminine allemande d’outre-mer, fondée en 1888; la Ligue Féminine de la Société Coloniale allemande (Frauensbund der D.K.G.), fondée en 1907; le Comité d'Economie Coloniale, fondé en 1896; la Ligue Académique Coloniale dont il a été parlé plus haut, fondée en 1926.

Les effectifs de ces organisations ne paraissent pas être très considérables. D’après une étude récente (41), on évalue à 25.000 le nombre des adhérents de la Société Coloniale, à 28.000 le nombre des adhérents de la Ligue Féminine, à 3.000 l'effectif des groupements de combattants et autres organisations. Au total, 70.000 personnes à peine s’intéressent d’une manière directe au développement de la propagande coloniale (42).

(41) Voir Lahaque, op. cit., p. 243.

(42) En Pologne, la Ligue Coloniale polonaise groupe déjà plus de 500.000 membres. (Voir infra).

Le parti national-socialiste dispose du Bureau Colonial du parti (Kolonialpolitisches Amt), créé en 1935 en remplacement d’un ancien Conseil Colonial. Le Bureau siégeait à Munich, mais était représenté à Berlin par un bureau de liaison qui tendait à devenir le centre de l’organisation.

Les réformes récentes semblent avoir été inspirées par le souci de rendre plus étroits les liens entre le parti d’une part, les organisations de propagande d’autre part. Le Bureau Colonial est représenté dans le Comité de Direction (Vorstand) de la Société Coloniale. Une coordination de même a été établie entre les sections régionales du parti et les filiales de la Société Coloniale. Une liaison enfin rattache les groupes de propagandistes aux principales institutions du parti : Jeunesses, ministère de la Propagande, Front du Travail, etc...

Les procédés de propagande. — Ces procédés sont extrêmement divers. Les organes de propagande s’efforcent tout d’abord de donner le plus d’éclat possible aux commémorations. Ces commémorations solennelles, auxquelles participent les anciens chefs des armées coloniales allemandes, tels que le général Von Epp et le général von Lettow-Vorbeck, le défenseur de lPEst- Africain allemand pendant la guerre (43).

Des soins particuliers sont accordés aux expositions. Pour 1936, parmi ces expositions, il faut signaler celle de Hambourg. Le public trouvait dans cette exposition

(43) En juin 1935, par exemple, le général Von Epp remit solennellement aux représentants de la Sarre, de la terre recueillie à l’endroit où en 1883 le commandant Lüderitz prit possession du Sud-Ouest Africain au nom de l’Allemagne. Le 28 décembre 1934, à Hambourg, fut célébré avec un enthousiasme particulier l’anniversaire de la bataille de Tanga. j

des cartes, des vitrines rappelant l’histoire des anciennes colonies allemandes, des échantillons de produits coloniaux, etc. Une exposition a eu lieu la même année à Karlsruhe. Une exposition d’une particulière importance devait avoir lieu à Breslau en octobre 1936 : elle a été brusquement décommandée, au moment même où l’on apprenait la nouvelle réorganisation du Reichskolonialbund.

Les organismes de propagande disposent d’un service de conférences (Vortragsdienst). Plusieurs périodiques sont édités par les sections, centrale ou locales. La radio et le cinéma sont bien entendu utilisés. Certaines sections particulièrement zélées prévoient des visites de musées. Les réunions régulières des diverses organisations affiliées à la Ligue Coloniale donnent lieu à des manifestations de propagande parfois importantes. D’anciens colons sont invités à faire des causeries ; on lit en commun des lettres venues des tropiques. Des femmes allemandes, devenues « marraines >» de petits indigènes, discutent du sort de leurs protégés. Des bals, des ventes de charité sont organisés au profit de la création d’écoles ou d'institutions diverses dans les anciens territoires allemands.

Plus importante, semble-t-il, que cette propagande directe, est la propagande indirecte, notamment celle qui a pour dessein de faire pénétrer les préoccupations d’ordre colonial dans l’enseignement — enseignement supérieur et enseignement technique avant tout.

C’est là un des aspects essentiels de la propagande coloniale allemande.

Le nombre des chaires d'enseignement colonial dans les Universités et les Ecoles Supérieures allemandes n’a cessé de croître au cours des dernières années : il

y avait, en 1937, 341 chaires en Allemagne (44). Neuf Ecoles et Instituts se consacrent à la formation de cadres scientifiques coloniaux. Le Séminaire Oriental de l’Université de Berlin devenu « Université allemande pour l'Etude de l'Etranger >» comporterait, en 1937, 26 chaires de langues africaines. Cet Institut se trouvera capable, dans un délai relativement bref, de préparer les cadres nécessaires à une future activité allemande en Afrique. Dans l’ensemble de l’Allemagne, 105 chaires étudient les questions générales de la politique coloniale, 47 les questions ethnographiques, 56 les questions de sciences physiques et biologiques, 109 les questions linguistiques. En 1935, 41 thèses de doctorat auraient été soutenues sur des sujets se rattachant aux problèmes coloniaux. Il faut signaler que dans les cours et les conférences, une large place est faite à l’enseignement du rôle des Missions dans la politique indigène (45). Malgré ces efforts, on l’a vu, les effectifs des organisations demeurent faibles et il semble que l’on aurait quelque difficulté à parler en Allemagne d’une psychose coloniale. Il ne faut pas oublier pourtant que l’on ne demande pas à l’Allemand moyen de participer directement à l’œuvre «coloniale» comme il participe à d’autres œuvres du parti, comme il participe, par exemple, aux exercices de défense antiaérienne du territoire. La presse créera, au moment voulu, le « mouvement d'opinion» nécessaire : l'essentiel, au regard de la propagande, est d’habituer à l’idée coloniale : comme la création même de l’Empire colonial allemand, au temps de Bismarck, la revendication aujour-

(44) Lahaque, « L’Enseignement Colonial Supérieur en Allemagne », Afrique française, avril 1936, p. 200.

(45) Lahaque, article précité.

d’hui de l’ancien Empire est en définitive l’affaire d’un petit nombre de groupes, influents mais de peu d’étendue, et du gouvernement du Reich lui-même.

Page 1