ET LA CRISE D'EXTRÊME-ORIENT
LA visitE A BERLIN DE LORD HALIFAX.
Plus forte depuis son effort de réarmement, mais inquiète du développement du conflit en Extrême-Orient et des menaces qui pèsent sur la Méditerranée, l’Angleterre témoigne aujourd’hui du désir de parvenir en Europe à un apaisement dont sinon exactement le signe, du moins le moyen serait l’apaisement des angoisses et des ambitions de l’Allemagne, la « cautérisation » ainsi des blessures anciennes. La préoccupation d’un règlement européen, et avant tout, d’un règlement angloitalo-allemand, paraît avoir dominé les actes récents de la politique anglaise : c’est à ce souci que semble bien
(7) Dans une série d’articles de l’Observer, M. Garvin, le journaliste anglais bien connu dont on connaît les récentes campagnes, a proposé de rendre à l’Allemagne le Cameroun, le Togo et le Tanganyika.
(8) V. Manchester Guardian du 6 février 1937. V. aussi l’article de M. Harris, Manchester Guardian du 15 février 1987.
se rattacher l’initiative de la récente mission accomplie par Lord Halifax en Allemagne.
Plus encore qu’au début de 1937, ainsi le problème colonial a été étudié outre-Manche en fonction du problème général de l’assainissement des relations économiques internationales et du règlement politique européen.
a) Les partisans d’une restitution intégrale et inconditionnelle paraissent, en définitive, peu nombreux en Grande-Bretagne. |
L'opinion de Lord Rothermere qui écrivait encore dans le Daily Mail en juin 1937 : « Les territoires sous mandat n’appartiennent pas à la Grande-Bretagne qui n’en a que la gestion ; la plus stricte justice commande de les restituer à l’Allemagne », n’est partagée que par une très faible minorité.
On ne peut guère citer dans le même sens que la déclaration de Lord Arnold, lors d’une discussion qui suivit l'exposé de M. Harold Nicholson au Royal Institute of International Affairs sur la question coloniale (9) : «le traité de Versailles était inique et sa signature ayant été arrachée à la pointe des baïonnettes, on ne peut exiger plus longtemps l'exécution de son contenu ».
b) En revanche, les adversaires de toute rétrocession territoriale semblent nombreux. La thèse allemande de la «fatalité> d’une expansion coloniale, du « droit » allemand aux colonies n’a guère bénéficié d’adhésions nouvelles.
Sir Page Croft, ultra-conservateur, déclarait en octobre dernier : «on ne peut plus parler de « colonies »
(9) Discussion publiée par International Affairs, janvier-février 1938. !