IL — LE RÈGNE DES PRINCIPALES PUISSANCES ALLIÉES ET ASSOCIÉES
Le 13 janvier, le Conseil avait accepté la liste des sujets de discussion établie par le Président Wilson. En premier lieu devait être examiné le projet de fondation de la Société des Nations; en second lieu les problèmes de réparations et les questions territoriales; en dernier lieu seulement les questions coloniales (14).
L’effort de M. Lloyd George tendait à instituer dès l’abord, et autant que possible, avant même l’élaboration du Pacte, un débat sur le sort des anciennes colonies allemandes. Le 22, le projet de création de la Société des Nations avait été renvoyé par une résolution à une commission spéciale, dont Wilson devait être Président. Le 23, M. Lloyd George souleva la question colonale (15). Clemenceau et Sonnino l’approuvèrent aus- Chambre des Députés, le 17 septembre 1919. (Chambre des Députés, Débats parlementaires, 18 septembre 1919). Maïs la note préparée par M. Tardieu sur les instructions de Clemenceau pour M. Lloyd George (Tardieu, La Paix, Paris, 1921, p. 129) n’adoptait pas, à
l’égard des colonies allemandes, une attitude d’intransigeance.
(4) Baker, t. I, p. 251.
(5) Baker, op. cit., t. I, p. 251, voit dans cette attitude de Lloyd George le désir non seulement de présenter immédiatement ses exigences, mais aussi d’«éprouver » dès l’abord la valeur combattive exacte de son partenaire américain. Le Président Wilson était, en effet, suivant l’expression de Baker, le «great unknown factors à
sitôt. Même s’il n’y avait pas eu entre eux, comme le croit Baker (16), un accord préalable, M. Lloyd George avait la certitude que, sur la nécessité d’une discussion immédiate du problème de la répartition des biens allemands, le front des Alliés serait uni : il n’ignorait pas qu’il n’en serait pas toujours ainsi ; il fallait mettre à profit le moment, il faut l'avouer, propice pour affirmer une unité que chacun jugeait menacée.
L’argument de M. Lloyd George en faveur d’une discussion immédiate, était que les problèmes « orientaux » et « coloniaux » étaient moins compliqués (« involved) » que les problèmes « européens » et qu’ainsi, ce serait économiser du temps que d’en aborder immédiatement l’étude.
Le trait était direct. Le Président Wilson répliqua qu’il préférait hâter la solution des problèmes européens, puisque l’inquiétude du monde n’avait pas d’autre origine que l’incertitude de l’Europe elle-même (17). On s’accorda à remettre à quelques jours la discussion du sort des possessions allemandes d’outre-mer.
M. Lloyd George n’était pas battu. Il eut recours à un procédé de théâtre : le lendemain, à la séance du Conseil des Dix, il ouvrit la porte aux délégués des Dominions.